Exploration d'un royaume caché

Transcription de la vidéo :

Narrateur :
À bord du navire de la Garde côtière canadienne Hudson, des scientifiques fédéraux et des spécialistes des sciences de la mer travaillant à des universités du Canada atlantique participent à un programme concerté de recherche dans le premier corridor de découverte de la biodiversité marine du Canada.

Ce corridor a été établi pour servir de laboratoire naturel de recherche sur le nombre total d'espèces marines et leur distribution. Ce travail est directement lié à la gestion de l'océan dans le Canada atlantique.

Le premier corridor de découverte de la biodiversité marine du Canada est situé dans le nord du golfe du Maine. Il part de la zone intertidale de l'entrée de la baie de Fundy et traverse plusieurs bancs hauturiers.

Le corridor mesure environ 90 km de largeur le long de la côte et 220 km à sa limite extérieure.

Le corridor de découverte est un projet pionnier du Programme de recensement pilote de la vie marine dans le golfe du Maine, qui est un élément du Recensement international de la vie marine.

Paul Snelgrove :
Certains sont d'avis que plus de 99 p. 100 des espèces marines n'ont pas encore été décrites. En d'autres mots, nous ne connaissons qu'un très faible pourcentage de la biodiversité des océans, que les scientifiques n'ont jamais vraiment décrite. La Fondation Sloan, par le biais du Recensement de la vie marine, essaie de corriger cette situation.

Le corridor de découverte s'inscrit bien dans ce contexte et, je l'espère, constituera la contribution du Canada au recensement des organismes marins. Si vous considérez le fait que nous connaissons moins de 1 p. 100 de ces organismes, le défi semble de taille. Mais si nous essayons de couvrir tous les angles en même temps, le défi semble alors vraiment énorme. Ce que nous essayons donc de faire, c'est de cibler les recherches sur la biodiversité sur une région géographique afin d'essayer d'accroître ce pourcentage et de mieux comprendre la biodiversité dans au moins cette région géographique du monde.

Narrateur :
Le golfe du Maine est le site d'un grand nombre et d'une vaste panoplie d'importantes utilisations du milieu océanique, historiques et actuelles. Mais l'intention n'est pas de faire de ce corridor une seule grande aire marine de conservation.

Les zones existantes de gestion aux fins de la conservation de la biodiversité incluent la zone de conservation de la baleine noire aux abords de la baie de Fundy et la zone de conservation des coraux du chenal Nord Est. La première est une zone côtière et l'autre, une zone hauturière.

L'inventaire de la biodiversité se fait au niveau de l'espèce. L'identité d'espèces clés, comme les coraux des grands fonds, est confirmée par analyse génétique.

Ellen Kenchington :
Un de mes objectifs pour cette croisière de recherche est de tenter de comprendre le recrutement à ces populations de coraux des grands fonds. Nous savons que ces coraux vivent très longtemps. Il m'intéresse donc de savoir si le recrutement se produit au niveau local ou si les larves proviennent d'autres populations de coraux et, si c'est le cas, sur quelles distances elles sont transportées.

Narrateur :
Les espèces seront également étudiées au niveau des paysages marins. Un paysage marin est une région océanique où la profondeur, les attributs du fond marin et les influences de la masse d'eau sont semblables.

Pour commencer l'inventaire d'une région océanique aussi vaste, les scientifiques devront effectuer des relevés à grande échelle au niveau des paysages marins, ainsi que l'échantillonnage ciblé d'espèces et de populations particulières.

Depuis les réunions de planification parrainées par le Centre pour la biodiversité marine en 2004, plusieurs importants nouveaux projets ciblés ont été lancés dans le corridor de découverte.
En juin 2005, le navire de la Garde côtière canadienne Hudson a effectué une mission préliminaire dans le but d'explorer le plancher océanique et la colonne d'eau dans les bassins Jordan et Crowell et le chenal Nord Est jusqu'à des profondeurs de 500 m.

Des scientifiques et des étudiants de l'Institut océanographique de Bedford, de la Station biologique de St. Andrews et du Centre des sciences de la mer Huntsman, ainsi que de l'Université Dalhousie, de l'Université Acadia, de l'Université du Nouveau Brunswick et de l'Université du Maine, ont participé à cette mission de recherche.

Plusieurs couchettes ont été mises à la disposition de profanes et d'enseignants pour leur offrir la chance de connaître et d'interpréter la recherche sur le milieu marin de leur propre point de vue.
Suite à cette première croisière de recherche fructueuse, des chercheurs de l'Université Dalhousie et de l'Université Memorial ont présenté, de concert avec les scientifiques fédéraux, une demande de financement au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie.

Le but des scientifiques était d'amener le ROPOS, un véhicule télécommandé pour les recherches en eau profonde dirigé par l'Établissement canadien des submersibles scientifiques, sur la côte Est. Le ROPOS permet aux scientifiques de mener des activités d'exploration à des profondeurs allant jusqu'à 2 500 m pour enregistrer des centaines d'heures de séquences filmées de haute qualité, prendre des images fixes, déployer de l'équipement de surveillance et prélever des échantillons.

Peter Lawton :
Pour moi, dans le contexte de cette croisière de recherche, une des choses vraiment remarquables au sujet des technologies dont nous disposons maintenant est que je peux mener en eaux profondes le même genre de travaux de prélèvement d'organismes que je ferai sur le rivage, comme je le faisais enfant.

Anna Metaxas :
Dans mon laboratoire, nous étudions la dispersion des larves et les facteurs qui nuisent à la colonisation du plancher océanique par les invertébrés.

Et, au départ, ce que vous devez faire, c'est examiner la distribution des invertébrés pour voir s'il existe une corrélation entre la population d'adultes que nous voyons et les différents types d'habitat.

Peter Lawton caractérisera les types de substrats, puis nous essaierons de superposer la distribution des organismes sur les divers substrats. Cela nous permettra peut-être de comprendre comment les organismes se dispersent d'un type de substrat à un autre.

Narrateur :
Cette dernière mission de recherche s'est déroulée sur une période de 14 jours en juillet 2006. Elle a produit d'importants nouveaux renseignements sur la distribution de la biodiversité marine dans le corridor, y compris de nouvelles données sur la distribution des coraux dans la zone de conservation des coraux.

Evan Edinger :
Cette croisière de recherche m'intéresse pour différentes raisons. L'une est de trouver des spécimens de très très vieux coraux - comme celui ci - qui peuvent nous fournir des données océanographiques remontant à plusieurs centaines d'années.

Une autre raison est d'examiner la distribution des fréquences de longueur des coraux et, en particulier, des habitats sur lesquels ils poussent.

Paul Snelgrove :
Donc, ce que nous essayons de faire, c'est d'échantillonner le plancher océanique à l'aide de divers dispositifs de carottage que nous plongeons dans les sédiments. Nous les ramenons à la surface soit par submersible ou avec le carottier que nous avons utilisé de la surface. Nous retirons les sédiments du carottier, puis nous les examinons pour voir s'ils contiennent des organismes.

Nous échantillons une très grande superficie du plancher océanique, mais avec un très petit appareil d'échantillonnage. Tirer des conclusions sur l'ensemble du plancher océanique à partir des constatations faites sur cette petite superficie est donc un vrai problème pour nous.

Alors, lorsque vous pensez mettre en œuvre des stratégies comme les ZPM ou d'autres types d'approches de conservation, vous voulez savoir quels sont les différents types d'habitats disponibles et dans quelle mesure ils sont favorables pour diverses espèces. Il faut alors être en mesure de tirer des conclusions sur l'ensemble du plancher océanique à partir des constatations faites sur ce petit nombre d'échantillons pour essayer de maintenir la biodiversité du plancher océanique des océans du Canada.

Narrateur :
Plusieurs projets de recherche en milieu côtier, exécutés depuis de plus petits navires de recherche et faisant appel à des technologies de divers niveaux de sophistication, sont également en cours. L'objectif de ces projets est de recueillir de nouvelles données sur les patrons de biodiversité dans le secteur côtier du corridor.

Peter Lawton :
Une étude à laquelle nous avons tout récemment participé, cette semaine d'ailleurs, était la saisie de séquences vidéo dans les passages de l'île Deer, aux environs de l'île Casco Bay. Nous avons réussi à saisir quelques premières séquences des communautés benthiques présentes dans cette région.

Nous utilisons aussi ce type de systèmes pour établir la distribution d'espèces d'importance commerciale, comme l'oursin, le pétoncle et le homard, ainsi que pour les études de la biodiversité marine, soit le nombre total d'espèces qui constituent une communauté.

Don Gordon :
Nous étudions depuis 15 ans les effets des activités humaines sur l'habitat et les communautés du plancher océanique.

Une des principales leçons que nous avons tirées est l'importance de vraiment comprendre les communautés dans leur état naturel. Nous n'avons malheureusement pas beaucoup de renseignements de ce type pour les eaux hauturières du Canada atlantique.

Je trouve le corridor de découverte vraiment super intéressant parce que c'est un programme qui permettra d'obtenir des renseignements sur une vaste gamme d'habitats du plancher océanique. Ce programme a de nombreux avantages. Il dispose d'excellents outils, notamment le NGCC Hudson, le Videograb et le Campod pour le prélèvement d'échantillons biologiques, et le véhicule téléguidé ROPOS.

Mais l'élément le plus important, c'est l'excellente équipe de personnes qui a été mise sur pied pour effectuer ces travaux. Cette équipe se compose d'employés du MPO, de chercheurs de l'Université Dalhousie et de l'Université Memorial, ainsi que d'un très grand nombre d'étudiants, qui deviendront nos scientifiques de demain.

Narrateur :
Le concept du corridor de découverte est de conception intuitivement simple et offre de nombreuses possibilités de sensibilisation accrue à la biodiversité marine.

Un aspect fructueux des deux premières expéditions de recherche est l'opportunité qu'elles ont fourni à des étudiants diplômés, des artistes et des enseignants d'y participer et d'apprendre directement des scientifiques pourquoi ils poursuivent ces recherches.

En retour, les scientifiques apprennent comment ils peuvent mieux communiquer leurs connaissances scientifiques au grand public.

Jessica Sameoto :
Je participerai à nouveau en un clin d'œil. J'ai appris tellement de choses et je crois que ce sont principalement la motivation et l'inspiration qu'une expédition comme celle-ci donne à un étudiant diplômé de continuer à aller de l'avant et de trouver de idées, et même de mettre en question les idées que vous avez vues dans un manuel.

Narrateur :
On prévoit que les connaissances acquises grâce à ce premier corridor de découverte et, avec de la chance, à d'autres corridors éventuels, permettront de mieux comprendre comment des paysages marins particuliers et les communautés biologiques qui y vivent réagissent à une panoplie de pressions.

Ces pressions peuvent résulter de la variabilité naturelle du milieu marin, ainsi que des effets de l'usage humain, comme les pêches et l'aquaculture, ou encore l'exploitation de ressources.

À mesure qu'une connaissance de la biodiversité représentée dans les divers secteurs du corridor, sur le plancher océanique, dans le voisinage immédiat du fond et dans la colonne d'eau est acquise, nous devrions pouvoir arriver à une meilleure compréhension et à un consensus en ce qui concerne les meilleures approches de conservation, de gestion et d'utilisation durable de l'espace océanique.