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Foresterie

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Transcription de la vidéo

Jacques Régnière :
Le Service canadien des forêts, c’est une organisation fédérale qui travaille à l’élaboration de projets de recherche et d’applications de recherche afin d’améliorer la productivité forestière en général.

Robert Lavallée :
Comme son nom l’indique, c’est canadien, donc on retrouve des centres de recherche dans différentes provinces du Canada. Il y a cinq laboratoires. Il a pour mission, pour mandat, d’effectuer des travaux de recherche qui concernent la forêt entre autres, mais aussi d’assister d’autres organisations gouvernementales en ce qui concerne la réglementation par exemple.

Jacques Régnière :
Je suis Jacques Régnière, je suis chercheur scientifique, je suis entomologiste. Ma spécialité, c’est l’écologie des insectes et les biomathématiques.

Robert Lavallée :
Je m’appelle Robert Lavallée, je suis entomologiste ici au Service canadien des forêts.  La forêt, on le sait, est une ressource importante ici au Canada, et on l’a utilisée d’une façon assez traditionnelle, on l’a récoltée. Maintenant, on sait que les enjeux sont beaucoup plus grands. La concurrence, elle est planétaire donc, il faut innover, il faut développer. Dans ce contexte, il s’est développé des choses assez originales ici. On pense au moment où il y a eu les grandes infestations de tordeuses. C’était de savoir quels seraient les secteurs d’opérations pour planifier les arrosages et il manquait d’outils de dépistage. Il y avait un chercheur qui était ici à l’époque, Luc Jobin et son technicien Charles Coulombe qui avaient mis au point, qui avaient développé un piège. Ça n’existait pas, une forme d’entonnoir et qui contenait une phéromone, c’est-à-dire la substance qui attire le mâle, que la femelle normalement émet. C’est venu complètement révolutionner, parce qu’on avait un outil de détection très précis pour savoir où étaient les populations. On ne voyait même pas les insectes, mais les insectes venaient à nous, donc il y avait moyen de les détecter. Et ce piège est vendu partout dans le monde, ça a été une belle réussite.

Jacques Régnière :
Un des projets sur lesquels je travaille est celui du « dendroctone du pin », c’est un insecte qui attaque le pin. Plusieurs espèces de pins, surtout le pin de Ponderosa, en Colombie-Britannique.

Robert Lavallée :
On voyait un arbre qui changeait de couleur, qui rougissait, il y avait des petits trous d’oxydation de résine, qui indiquent qu’il se passe quelque chose de pas normal. Mais, une fois que les couples se sont ramassés sous l’écorce, ils pondent, les larves se développent, et en grand nombre sous l’écorce, mangent l’intérieur de l’écorce et c’est la partie vivante de l’arbre. Le cambium, c’est quelques millimètres et l’arbre va claquer.

Jacques Régnière :
On peut voir ici que cet insecte a une bonne raison d’avoir été limité en Colombie‑Britannique dans le passé. C’est parce que c’est à cet endroit que la survie hivernale est la plus haute. Avec le réchauffement, on voit que la bande dans laquelle le cycle vital de l’insecte est approprié a monté considérablement au Nord.

Robert Lavallée :
Les températures hivernales moins froides ont fait que les populations ont littéralement explosé. Mais ce ne sont pas uniquement les arbres qui sont faibles qui sont attaqués par l’insecte, ce sont des attaques de masse, et à ce moment, tout le monde y passe.

Jacques Régnière :
Le grand débat en ce moment, c’est que cet insecte a traversé les Rocheuses au nord de la Colombie‑Britannique et s’est maintenant déversé du côté est des montagnes rocheuses, où il n’a jamais été historiquement. Alors, c’est un insecte qui est à nos portes, qui est aux portes de la forêt boréale, dans laquelle il y a plusieurs espèces de pins qui n’ont jamais rencontré cet insecte. Alors, pour être capable de prédire, de prévoir l’étendue et la valeur de ces dommages, ça prend énormément de connaissances sur l’écologie de l’insecte, ça prend énormément de connaissances sur la disponibilité de la ressource forestière, sa vulnérabilité.

Robert Lavallée :
Parce que, avant d’être vu comme du 2 par 4, les forêts, c’est un élément de vie. C’est un milieu écologique. Il y a beaucoup de monde qui vivait là avant même qu’on soit là. Je parle en termes de biodiversité.

Jacques Régnière :
Le gouvernement fédéral a des spécialistes, des entomologistes, des écologistes forestiers qui sont capables de, collectivement, adresser ces questions et y apporter des éléments de réponse.

La première raison pour laquelle l’être humain fait de la recherche, c’est pour comprendre l’environnement dans lequel il vit, pour comprendre la nature dans laquelle il s’insère.

Robert Lavallée :
Faire de la recherche, c’est une attitude, c’est une méthode, il y a des étapes derrière ça, et ce n’est pas nécessairement demain la veille que vous allez trouver la réponse à votre question. Souvent, les questions auxquelles vous trouvez réponse vous amènent un lot d’autres questions. Surtout en recherche forestière, il faut comprendre que c’est long. Faire pousser des carottes, c’est une saison, l’amélioration à ce niveau-là ça peut se faire vite. Mais faire pousser des arbres, c’est long!

Jacques Régnière :
La recherche a aussi comme objectif de trouver des éléments de solution à des problèmes. Comme, par exemple, le problème d’harmoniser l’existence de l’économie humaine, la coexistence de l’économie humaine avec l’environnement, la nature. C’est un grand débat. Comment fait l’être humain pour ne pas trop endommager la nature? Pour être capable de continuer à vivre, tout en ayant une activité économique qui lui permet de soutenir ses grandes populations?

Le projet de recherche spécifique sur lequel je travaille en ce moment, c’est une application d’une technologie qui se développe graduellement. Qu’on a développé ici et qui s’est développée un peu partout en Amérique du Nord, qui nous permet de répondre à des grandes questions sur l’effet des conditions climatiques, des conditions forestières sur le comportement d’insectes qui sont des espèces invasives. Donc, toute technologie qui nous permet de répondre à des questions comme : « Où cet insecte, ce ravageur va aller? Combien de dommage il va faire? Combien de temps ça va prendre pour se rendre là? Quelles sont les approches de lutte qui peuvent être adoptées? » Toutes ces questions, nous ici, on développe des techniques et de la technologie pour y répondre. Et, évidemment, ça s’exporte très bien cette technologie, c’est une technologie qui est très en demande et puis, le milieu de la recherche nord-américaine, particulièrement la recherche gouvernementale nord-américaine, est particulièrement bien placé pour répondre à ce besoin technologique.