Examiner les aliments selon une perspective scientifique : un aperçu du « rayonnement » de la recherche sur les aliments de Santé Canada

Pour la plupart d’entre nous, quand notre critique gastronomique intérieur se manifeste, il a tendance à évaluer les mets selon leur texture ou leur goût, mais leur radioactivité? Probablement pas! Certains scientifiques, eux, y consacrent leur vie.

Un approvisionnement alimentaire sûr grâce à la surveillance

Tout ce que nous mangeons est naturellement radioactif, mais il n’y a pas de raison de s’en faire, nous avons besoin de ces aliments pour rester en vie et l’organisme humain a évolué pour y faire face. Les bananes, par exemple, contiennent beaucoup de potassium, qui est radioactif à 0,01 %.

Toutefois, ce n’est pas toute la radioactivité qui est de source naturelle : les hôpitaux, les centrales nucléaires et certaines industries dispersent de la radioactivité. C’est là qu’entre en jeu le travail de l’équipe de la Section de la surveillance nationale (SSN) du Bureau de la radioprotection de Santé Canada. Dirigée par Jean-François Mercier, l’équipe de la SSN s’assure que les niveaux de rayonnement dans notre approvisionnement alimentaire restent dans les limites normales.

Dans leur laboratoire à Ottawa, les membres de l’équipe surveillent régulièrement le rayonnement environnemental. Ils analysent entre autres des échantillons d’aliments et de boissons provenant de partout au pays, comme du lait, de l’eau, de la viande rouge, des champignons et des baies. Le laboratoire dispose de tout l’équipement nécessaire pour mesurer les trois principaux types de radioactivité – les rayons alpha, bêta et gamma – dans toutes sortes d’échantillons différents (sol, air, matières alimentaires, etc.). « Cette surveillance nous aide à établir les niveaux de rayonnement de base présents dans notre environnement et dans les aliments que nous mangeons », souligne Jean François Mercier. « Elle nous permet aussi de détecter l’impact des nouvelles sources de radioactivité, par exemple des feux de forêt qui libèrent les radionucléides présents dans les arbres ou encore un essai nucléaire effectué par un pays étranger. »

Outre la surveillance régulière, l’équipe de la SSN participe aussi tous les ans à l’Étude canadienne sur l’alimentation totale (ECAT), qui analyse plus de 2 000 aliments différents. Dans le cadre de cette étude, de nombreux scientifiques de Santé Canada, dont certains de l’équipe de la SSN, examinent les aliments pour s’assurer qu’ils ne présentent aucun risque pour les Canadiens lorsqu’ils sont cuits et mangés comme on le ferait à la maison.

Suivre l’évolution de l’environnement mondial

Le fait qu’un grand nombre d’aliments que les Canadiens consomment quotidiennement sont importés d’autres pays signifie que le travail de l’équipe a aussi une composante internationale.

« L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) fait le suivi des importations canadiennes et nous collaborons avec elle pour veiller à la sûreté, sur le plan radiologique, des aliments qui entrent dans notre pays. Par ailleurs, de nombreux pays exigent une certification officielle que les aliments qu’ils importent ne sont pas contaminés par rayonnement », explique Jean-François Mercier. « Grâce à la surveillance régulière que nous effectuons déjà, nous sommes en mesure d’aider les exportateurs canadiens à obtenir ces certifications. »

Comme la radioactivité ne connaît pas de frontières, l’équipe de la SSN suit les incidents nucléaires dans le monde entier. En 2011, à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima, les particules radioactives dans l’air n’ont mis que quelques jours à se rendre au Canada. Cependant, 80 % de la contamination causée par la catastrophe s’est répandue dans l’océan Pacifique et il lui a fallu plusieurs années pour atteindre la côte canadienne. En réaction à cet incident, l’équipe de la SSN a travaillé de concert avec l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) en 2012 pour analyser plus de 80 types d’aliments, y compris des produits transformés, du poisson, des fruits de mer et des produits céréaliers, importés du Japon. Santé Canada a également choisi Vancouver comme ville où se déroulerait l’étude ECAT cette année-là et a adapté l’étude pour inclure plusieurs importations en provenance du Japon. Heureusement, les scientifiques ont conclu qu’aucun des aliments qu’ils ont examinés ne contenait de niveaux nocifs de rayonnement.

Pour s’attaquer aux préoccupations à long terme, l’équipe de la SSN s’est jointe à Fukushima Inform [site en anglais seulement], un réseau d’intervenants qui évaluent les risques radiologiques pour les océans canadiens à la suite de la catastrophe de Fukushima. Une partie du rôle de la SSN a été d’analyser des échantillons de saumon tous les ans pour voir si l’incident à Fukushima a eu un effet sur les niveaux de rayonnement artificiel chez les saumons. L’étude pluriannuelle montre que seuls quelques échantillons présentaient des traces de rayonnement causé par l’accident nucléaire et que les niveaux enregistrés étaient bien inférieurs à ceux considérés comme nocifs. Un soupir de soulagement pour de nombreux consommateurs de poisson de tout le pays!

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