Prévenir le déclin continu des chauves-souris

Halloween est le point culminant de la Semaine des chauves-souris, qui a lieu tous les ans du 24 au 31 octobre. En son honneur, ce mois-ci, Dans les coulisses de la scène scientifique se penche sur les travaux de Greg Mitchell, scientifique de la Division de la recherche sur la faune d’Environnement et Changement climatique Canada, et de Julia E. Put, ancienne étudiante coop d’Environnement et Changement climatique Canada et étudiante de cycle supérieur. Deux de leurs articles sur l’abondance des chauves-souris dans l’Est de l’Ontario ont récemment été publiés dans les revues Landscape Ecology (en anglais seulement) et Biological Conservation (en anglais seulement).

Les animaux migrateurs ont toujours fasciné Mitchell, qui fait aussi de la recherche sur les oiseaux migrateurs et les papillons monarques.

« Les chauves-souris constituent un défi de conservation intéressant non seulement parce qu’elles traversent les frontières internationales pendant leur migration, mais aussi parce que les populations ont récemment chuté à cause du syndrome du museau blanc. Il est important de comprendre les besoins en matière d’habitat afin de leur donner une chance de se rétablir », a déclaré Mitchell lorsqu’on lui a posé des questions sur son intérêt pour les chauves-souris.

Au Canada, il y a cinq espèces de chauves-souris inscrites sur la Liste des espèces en péril soit le vespertilion brun, le vespertilion nordique, la pipistrelle de l’Est, l’oreillard maculé et la chauve-souris blonde. Près de la moitié des vespertilions bruns et environ 40 % des vespertilions nordiques vivent au Canada. Les deux espèces ont vu leur population chuter de plus de 90 % depuis 2010. La pipistrelle de l’Est a connu une baisse de 75 % de sa population au cours de la même période. Les deux autres espèces de chauves-souris (l’oreillard maculé et la chauve-souris blonde) ont des populations très petites et vulnérables que l’on ne trouve que dans le sud de la Colombie-Britannique, à la limite nord de leur aire de répartition respective.

Pourquoi est-ce que les populations de chauves-souris diminuent?

Comme nous l’avons mentionné précédemment, ces diminutions majeures des populations de chauves-souris observées sont en grande partie attribuables au syndrome du museau blanc causé par un champignon découvert pour la première fois à New York en 2006 et au Canada en 2010. Le syndrome du museau blanc attaque la peau des chauves-souris pendant qu’elles hibernent. Malheureusement, chacune des espèces de chauves-souris en péril au Canada hiberne en groupes, ce qui facilite la propagation du champignon. Les chauves-souris atteintes du syndrome du museau blanc se réveillent plusieurs fois pendant la période d’hibernation. Cela accélère leur métabolisme et leur fait brûler leur graisse d’hiver. Lorsque la nourriture se raréfie, elles deviennent donc vulnérables à la famine.

Un autre facteur important qui pourrait entraîner un déclin des populations de chauves-souris est la perte des habitats de reproduction et d’alimentation. Les recherches de Mitchell et de Put montrent comment l’abondance et la diversité des chauves-souris pourraient diminuer en partie à cause du mélange des systèmes agricoles. Étant donné que l’agriculture d’aujourd’hui se concentre sur la maximisation de la production alimentaire, il y a eu une augmentation des cultures vivrières annuelles (p. ex. maïs et soja) comparativement aux cultures fourragères (p. ex. foin et pâturages). Les recherches de Mitchell et de Put démontrent plus particulièrement que la diversité et l’abondance des chauves-souris sont plus élevées dans les régions où il y a une plus grande diversité agricole. Mitchell et Put supposent que des types de champs diversifiés fourniraient un approvisionnement alimentaire plus stable puisqu’une plus grande variété d’espèces d’insectes peut être active à différents moments de l’année.

Nos scientifiques démontrent également que l’utilisation de produits chimiques comme les pesticides et les herbicides sur les cultures annuelles réduit la quantité de nourriture (c.-à-d. les papillons de nuit) disponible pour les chauves-souris. Par conséquent, il y a moins de chauves-souris et moins de types de chauves-souris dans les paysages agricoles avec pesticides que dans ceux sans.

L’importance des chauves-souris

Les chauves-souris sont essentielles aux écosystèmes agricoles puisqu’elles aident à contrôler la population de ravageurs qui endommagent les cultures comme le maïs et le soja. Par exemple, les chauves-souris fournissent environ 3,7 milliards de dollars en services de lutte antiparasitaire naturelle, ce qui signifie que les agriculteurs peuvent utiliser moins de pesticides commerciaux.

Mitchell participe actuellement à d’autres projets sur les besoins en matière d’habitat et la migration des chauves-souris.

« Il est important de recueillir des données de base sur les tendances migratoires. Une meilleure surveillance des chauves-souris partout au pays signifie une meilleure compréhension de leur cycle annuel, ce qui est nécessaire pour pratiquer la conservation toute l’année », a ajouté Mitchell au sujet de l’étude des chauves-souris.

Environnement et Changement climatique Canada collabore également avec Agriculture et Agroalimentaire Canada sur un projet en deux volets. La première partie est une expérience qui examine comment l’élimination des structures ligneuses le long des bassins versants agricoles affecte l’activité et la diversité des chauves-souris. La deuxième consiste à examiner le temps qu’il faut à la diversité des chauves-souris pour se rétablir à mesure que la végétation ligneuse commence à repousser le long des bassins versants.

L’avenir des chauves-souris

Aujourd’hui, bien que la population de chauves-souris soit encore très faible, la bonne nouvelle est qu’elle est maintenant stable. « Il y a une grande communauté de chercheurs qui expérimentent activement avec différentes solutions qui semblent prometteuses afin d’éradiquer le champignon du syndrome du museau blanc. Lorsque les chauves-souris commenceront à se rétablir, nous serons bien placés pour les aider grâce à notre compréhension de leurs besoins en matière d’habitat », a ajouté Mitchell.



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