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La Dre Carrie Bourassa parle de la tuberculose chez les peuples autochtones et son histoire personnelle avec la maladie

Que représente pour vous la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose?

Chaque année, le 24 mars est l’occasion de sensibiliser la population à la tuberculose, une maladie infectieuse grave qui touche les poumons. La tuberculose n’est toujours pas éradiquée au Canada, en particulier dans le Nord parmi les collectivités inuites. Dans l’ensemble, les taux de tuberculose au Canada sont assez faibles (environ 4,9 cas par tranche de 100 000 habitants); chez les Inuits, en revanche, les taux de tuberculose sont 300 fois plus élevés, ce qui représente des taux comparables à ceux des pays en développement.

Dans quelles circonstances avez-vous été personnellement touchée par la tuberculose?

Je suis effectivement très sensible à la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose. Mon grand-père a eu la tuberculose deux fois, une fois au poumon et une fois au rein. Il a eu beaucoup de chance d’y survivre. Par ailleurs, quand ma fille avait un an, j’ai contracté la tuberculose à l’âge de 28 ans. Cependant, les médecins ne l’ont détectée qu’à la troisième analyse des expectorations, et cela a eu un impact considérable sur ma santé à long terme. On m’a diagnostiqué un lupus en 2010. Il s’agit d’une maladie auto-immune incurable. Puisque j’avais la tuberculose, cela a compromis mes poumons, en particulier le gauche. Je suis également asthmatique depuis l’enfance et en raison du diagnostic tardif de tuberculose, j’ai aujourd’hui de nombreuses cicatrices. Je dois donc être très prudente à cause de la combinaison du lupus, de l’asthme et des cicatrices sur un poumon. Dans mon cas, un simple rhume peut se transformer en pneumonie. En ce qui concerne la pandémie actuelle de COVID-19, je suis immunodéprimée et mes antécédents médicaux liés à la tuberculose me mettent plus à risque en raison de la cicatrisation de mes poumons et de mes autres comorbidités.

La tuberculose est-elle un problème important auquel sont confrontés les peuples autochtones au Canada?

Au Canada, les Premières Nations, les Inuits et les Métis continuent d’être touchés de façon disproportionnée par la tuberculose; il s’agit des taux de tuberculose les plus élevés dans le Nord. Il est important de noter que les déterminants sociaux de la santé (comme le manque de logement, le surpeuplement, la pauvreté, le manque d’accès à des soins respectueux des valeurs culturelles) ont contribué à cette situation grave à laquelle sont confrontés les peuples autochtones. De plus, la stigmatisation, la discrimination et les traumatismes historiques ont tous une incidence sur les taux d’incidence de la tuberculose. En 2016, les taux de tuberculose étaient les suivants :

  • 0,6 cas par tranche de 100 000 habitants chez les peuples non autochtones nés au Canada;
  • 23,8 cas par tranche de 100 000 habitants chez les différents membres des Premières Nations;
  • 170,1 cas par tranche de 100 000 habitants chez les Inuits;
  • 2,1 cas par tranche de 100 000 habitants chez les Métis. (Jetty, 2020)

Les IRSC investissent-ils dans la recherche sur la tuberculose?

Oui. De 2009-2010 à 2019-2020, les IRSC ont investi plus de 70,7 millions de dollars dans la recherche sur la tuberculose; en moyenne, le financement atteint 6,4 millions de dollars par année.

Pour vous donner quelques exemples précis, la tuberculose a été l’un des quatre domaines prioritaires dans le cadre de l’initiative Voies de l’équité en santé pour les Autochtones qui en est maintenant dans sa phase finale de financement. En 2019, dans le cadre de la composante 3 de l’initiative Voies de l’équité (équipes de recherche sur la mise en œuvre), les IRSC ont versé 1,5 million de dollars sur cinq ans à des chercheurs de l’Université de l’Alberta pour améliorer la lutte contre la tuberculose et surtout, pour s’engager à atteindre les aspirations d’autodétermination des partenaires autochtones.

Au cours de cette même année, les IRSC ont accordé à Stephanie Law une bourse de recherche de trois ans, la bourse Transition à un rôle de chef de file, pour son travail avec la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik dans le but de développer, de mettre en œuvre et d’évaluer un programme pilote d’agent de santé communautaire sur la tuberculose destiné aux Inuits, et un programme de formation vidéo sur la sécurisation culturelle pour tous les travailleurs des soins de santé en matière de prévention de la tuberculose.

Plus récemment, en 2020, des chercheurs de l’Université de Winnipeg ont reçu 500 000 $ pour faire progresser et mobiliser les connaissances sur la tuberculose dans le milieu autochtone au Manitoba.

Les IRSC travaillent directement avec l’organisation Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) pour appuyer la mise en œuvre de la Stratégie nationale inuite sur la recherche et répondre aux besoins des communautés inuites. En février 2020, ITK et les IRSC ont également coorganisé une table ronde sur la recherche pour appuyer l’élimination de la tuberculose dans l’Inuit Nunangat.

Comment pouvons-nous nous attaquer à la tuberculose et améliorer la santé des membres des Premières Nations, des Inuits et des Métis?

Je pense que nous devons nous attaquer aux déterminants sociaux de la santé, notamment la lutte contre la stigmatisation, la discrimination, l’accès à des soins culturellement sécurisants et l’accès à des soins centrés sur le patient et sur la famille. La recherche peut jouer un rôle très important. Il est essentiel que les communautés inuites dirigent la recherche et que la recherche se traduise par des services bénéfiques qui demeurent dans les communautés.


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