Une expédition dans l’Arctique (2014)

Du 9 août au 18 septembre 2014, des scientifiques canadiens de Ressources naturelles Canada (RNCan) et du Service hydrographique du Canada (SHC) monteront à bord du brise-glace canadien NGCC Louis S. Saint-Laurent. Ils rassembleront des donnés à fin de déterminer les limites du plateau continental étendu du Canada dans l’Arctique .

Le 7 août 2014 - Préparatifs et conditions météo

Si vous pouviez voir à travers le brouillard qui remplit aujourd’hui le port de St. John’s, vous verriez qu’il y a beaucoup d’action sur le chantier naval. Les préparatifs vont bon train à bord des brise-glaces NGCC Louis S. St-Laurent et NGCC Terry Fox en prévision de l’expédition polaire canadienne 2014. Entre les changements d’équipage et l’arrivée du personnel scientifique, on sent un vent d’enthousiasme et de motivation. On revoit d’anciens compagnons, on en rencontre de nouveaux, et l’on s’affaire à revérifier le nouvel équipement. Des exercices de rassemblement et de familiarisation du navire sont également effectués à l’intention du nouveau personnel.

L’objectif de la mission est de recueillir des données sismiques et des données bathymétriques multifaisceaux dans le Haut-Arctique afin d’appuyer la présentation du Canada à la Commission des limites du plateau continental, conformément à l’article 76 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS).

Le CCGS Terry Fox quitte St. John’s (T.-N.-L.)

Le CCGS Terry Fox quitte St. John’s (T.-N.-L.).

De nombreuses personnes à bord connaissent bien le NGCC Louis S. St-Laurent. Construit pour les glaces de l'Arctique, le Louis est le brise-glace porte-étendard de la Garde côtière canadienne et il est utilisé pour les recherches scientifiques multidisciplinaires dans l’Arctique depuis des décennies. En 2008, 2009, 2010, et 2011, le Louis a participé à des missions conjointes du Canada et des États-Unis, avec le navire de la Garde côtière des États-Unis USCGC Healy, pour recueillir des données géophysiques dans le bassin Canada et dans l’Extrême-Arctique occidental.

Cette année, le NGCC Terry Fox, un brise-glace plus petit mais puissant, va briser la glace avant le Louis. Il s’agit d’une tâche importante dans des conditions de glace épaisse, où la rupture des glaces à elle seule peut rendre l’acquisition de données sismiques difficile, voire impossible. Amarré à quelques mètres seulement du parc commémoratif Terry Fox, à St. John’s, où se dresse une statue de Terry Fox, le navire ne pourrait pas être à un meilleur endroit pour entreprendre cette mission passionnante.

Avec les restes de l’ouragan Bertha qui subsistent au large, même certains membres chevronnés de l’équipage et du personnel scientifique prévoient un trajet un peu houleux. Même si je n’ai jamais eu le mal de mer dans le passé, j'ai décidé de ne pas trop me faire confiance et d’aller m’acheter des pilules contre le mal de mer. Je pourrais fort bien m’en remercier plus tard.

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Le 9 août 2014 - Jour du départ - Jour 1 de l’expédition polaire canadienne de 2014

Nous avons eu des pluies torrentielles pendant la nuit et de la foudre tôt ce matin, mais le mauvais temps a commencé à se dissiper vers midi. Après un test de la direction, le Louis a quitté le port de St. John’s à environ 13 h 30 sous un ciel clair. L’expédition polaire canadienne 2014 est officiellement en cours. Le Louis fera route vers le nord-est afin de rattraper le Fox qui a appareillé hier. Ainsi commence la route vers le nord, qui mènera les deux brise-glaces dans le détroit de Danemark, entre le Groenland et l’Islande, et le détroit de Fram, entre le Groenland et la Norvège, vers la zone d’étude centrée sur la dorsale Lomonosov et le bassin d’Amundsen.

Des membres du personnel scientifique et de l’équipage ont profité du paysage sur le pont arrière lorsque le navire a quitté le port de St. John. Ils ont eu droit à une vue magnifique de Signal Hill et de Cap Spear, de même qu’à un salut de la queue d’une paire de globicéphales, à tribord. En nous éloignant de la côte, certains membres plus expérimentés nous ont rappelé que ce serait probablement les derniers arbres verts nous verrions pendant un certain temps, car le paysage vers lequel nous nous dirigeons sera complètement différent, et glacé.

Sur le pont arrière, une vue de la côte vers le nord. Photo de Kai Boggild

Sur le pont arrière, une vue de la côte vers le nord. Photo de Kai Boggild

Tout le monde a retrouvé le pied marin lorsque le navire a gagné les eaux plus profondes. Tout le matériel de laboratoire et les ordinateurs ont été attachés avec des punaises adhésives résistantes, du Velcro et d’autres moyens ingénieux. Pendant ce temps, les préparatifs se poursuivaient en prévision de notre arrivée à la zone d’étude.

Bien qu’il reste plusieurs jours avant notre arrivée à la zone principale d’étude, les opérations scientifiques connexes commencent dès demain. L’océanographe physicienne Jane Eert et l’océanographe chimique Glen Cooper sont à bord pour recueillir une variété de données océanographiques, notamment sur la salinité et sur les concentrations d’oxygène dissous et de carbone inorganique. Les données permettront de mieux comprendre certains des principaux processus à se dérouler dans l’océan Arctique et les défis en présence, y compris l’acidification et le changement climatique. Jane et Glen prévoient déployer leur première sonde XCTD (sonde non récupérable de la conductivité, de la température et de la profondeur) demain, lorsque le navire sera en eaux plus profondes. La sonde est un instrument qui peut être éjecté à partir de la poupe du navire. Elle contient des capteurs de conductivité, de pression et de température, et quand elle est éjectée, elle tombe en chute libre à travers la colonne d’eau. L’instrument renvoie des données sur la conductivité (salinité), la température et la profondeur de la colonne d’eau.

Mais, entre la préparation des opérations scientifiques et notre départ du port, il faut bien manger! Sur le Louis, cette année, il y a une toute nouvelle machine à crème glacée molle et, donc, une toute autre gamme de desserts qui s’offre à nous. L’appareil fournit des cônes, des bols en gaufre, des garnitures à sundae, bref, une multitude de délicieuses possibilités à découvrir! Ce matin, je n’ai pas pu m’empêcher de terminer mon petit-déjeuner par un cornet assez bien garni. Par ailleurs, on a lancé un concours de perte de poids de type « Qui perd gagne » pendant la durée de l’expédition. Malheureusement, avec la présence de cette machine sur le navire, je risque fort de perdre au change. L’aspect positif, c’est que lorsque nous atteindrons les eaux arctiques, j’aurai une couche d’isolation additionnelle pour me tenir chaud.

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Le 10 août 2014 - Jour 2 de l’expédition polaire canadienne 2014

Après avoir franchi le bassin Orphan, nous poursuivons notre course vers le nord-est. Aujourd’hui, le personnel scientifique a tenu sa première réunion dans la salle de conférence du pont supérieur. David Mosher, scientifique en chef, a brièvement présenté la mission et assigné les quarts de travail pour assurer l’exécution des diverses tâches scientifiques. Le capitaine Tony Potts en a profité pour souhaiter officiellement la bienvenue à tous les membres d’équipage et a présenté les chefs de service du navire.

Cette année, les scientifiques sont particulièrement enthousiasmés par la présence d’une sonde bathymétrique par secteurs à la fine pointe de la technologie qui a été installée à bord du Louis plus tôt cet été. Après les essais initiaux, l’équipage se servira de cet instrument pour recueillir certaines des premières données de l’expédition. La sonde émet jusqu’à 864 faisceaux sonar de haute fréquence pour mesurer la profondeur de l’eau et produire une image tridimensionnelle à haute résolution du fond marin (c.-à-d. bathymétrie). Les images sont recueillies dans un couloir en bordure du navire. La largeur du couloir dépend des conditions et de la profondeur de l’eau, mais elle peut être de six fois la profondeur de l’eau. Les données produites peuvent être relativement satisfaisantes sur le plan visuel et donner un bon aperçu de ce qui se cache sous le navire.

Les données de ce genre sont très utiles pour le programme UNCLOS du Canada, car elles peuvent servir à identifier des caractéristiques fondamentales du plancher océanique qui s’inscrivent dans les définitions de l’article 76. Il peut s’agir notamment de la courbe bathymétrique de 2 500 m (la ligne reliant tous les points situés à une profondeur de 2 500 m) et des points au pied du talus (les points correspondant aux plus grandes variations de la pente du talus). Les scientifiques utilisent aussi ces données pour actualiser les cartes hydrographiques de l’océan Arctique. Dans ces eaux couvertes de glace, les données sont très rares en raison de l’isolement et des conditions difficiles. Les données recueillies au cours de cette expédition serviront aux scientifiques et aux navigateurs pendant des années, voire des décennies.

Cet après-midi, les hydrographes Paola Travaglini et Jim Weedon ont procédé à des essais préliminaires de la sonde sur une petite crête, juste au nord du dôme Orphan. Ces essais préliminaires ou « essais d’étalonnage » se font au-dessus d’une petite parcelle du fond marin où repose une caractéristique reconnaissable qui a de préférence déjà fait l’objet de relevés bathymétriques par secteurs. En se servant des données existantes et en circulant au-dessus de la parcelle à plusieurs reprises, les hydrographes mettent au point le roulis, le tangage et le lacet de l’instrument pour s’assurer que les données transmises au navire sont fidèles à la réalité.

Vers midi, l’équipage a été convoqué à la cour du roi Neptune (le salon de proue) à 20 h pour une réunion au sujet des certificats de traversée du cercle arctique. Bon nombre d’occupants du navire en sont à leur premier périple en Arctique, et ils devront subir une épreuve avant d’obtenir leur certificat. Quel genre d’épreuve? C’est un secret pour l’instant. Les membres d’équipage qui effectuent leur premier voyage dans les eaux de l’Arctique sont appelés blancs-becs. L’épreuve exigera d’eux qu’ils mettent à contribution toute leur ingéniosité pour gagner leurs galons.

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Le 12 août 2014 - Jour 4 de l’expédition polaire canadienne 2014

Le Louis a officiellement franchi le 60e parallèle et navigue dans des eaux calmes. La nuit dernière a cependant été un peu plus mouvementée – la houle était au rendez-vous. Chez certains, le roulis agit comme un puissant somnifère, alors que, chez d’autres, il a l’effet inverse. Le défi à relever sera sans doute différent quand nous commencerons à briser la glace.

Hier, le personnel scientifique a assisté à une séance d’information sur la sécurité en vol donnée par les d’hélicoptère Paul Mosher et Colin Lavalle. La séance était assortie d’une visite guidée des deux hélicoptères MB-105 à quatre passagers amarrés au pont d’envol. Ces appareils sont un atout important dans l’Extrême-Arctique, et ils joueront probablement un rôle utile dans l’évaluation de l’état des glaces autour des navires. Il se peut aussi qu’ils soient mis à contribution pour le déploiement du matériel scientifique pendant la période des relevés. Nous avons pu bénéficier de magnifiques conditions estivales sur le pont d’envol, un moment rendu encore plus agréable par les vues panoramiques sur l’Atlantique Nord.

Nous sommes à environ 600 km du cercle arctique. Les blancs-becs – ceux qui en sont à leur premier voyage en Arctique – se sont vu remettre des œufs crus qu’ils doivent à tout prix protéger, à défaut de quoi ils s’exposent à des conséquences. Les œufs portent clairement la signature du capitaine et le sceau du navire. Conformément aux règles, chaque blanc-bec doit porter son œuf en tout temps et se tenir prêt à le présenter dès qu’il en reçoit l’ordre. Bon nombre de blancs-becs ont déjà construit des amortisseurs de chocs complexes et des cocons avec des boîtes à savon et des boîtiers de piles pour mettre leur précieuse possession à l’abri des intempéries et des esprits mal intentionnés. Selon la rumeur, certains jaunes auraient coulé, et quelques blancs-becs auraient déjà perdu leur protégé.

Abstraction faite des œufs, le pont du navire fourmille d’activité. Avec l’aide des observateurs de mammifères, les techniciens sismiques ont passé une bonne partie de la journée à préparer les flûtes hydrophones qui serviront à l’étude. Les flûtes font environ 200 m de longueur et ressemblent un peu à des tuyaux d’arrosage transparents. Ces instruments font partie intégrante de tout relevé sismique en milieu marin. Souvent appelée anguille, la flûte hydrophone est remorquée derrière une source sismique et comporte tout un éventail d’hydrophones intégrés permettant d’entendre les ondes sismiques qui sont réfléchies sur les éléments du relief sous-marin pendant les relevés. Les données ainsi consignées servent à produire des coupes transversales de la subsurface. Les préparatifs actuels permettent à l’équipage de veiller à ce que tous les instruments servant aux relevés sismiques soient prêts à être déployés lorsque nous arriverons à notre destination. Ce sera alors le moment de passer à l’action.

L’équipe chargée des relevés sismiques assemble la flûte hydrophone (« l’anguille ») sur l’hélipont avant de l’enrouler sur le treuil

L’équipe chargée des relevés sismiques assemble la flûte hydrophone (« l’anguille ») sur l’hélipont avant de l’enrouler sur le treuil.

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Le 15 août 2014 - Jour 7 de l’expédi tion polaire canadienne 2014

Depuis environ une journée, il fait nettement plus froid sur le pont. Maintenant qu’ils sont bien à l’intérieur du cercle arctique, le Louis et le Fox continuent à naviguer vers le nord dans la mer du Groenland. Nous sommes en bonne compagnie ici, alors qu’un clan de baleines boréales se trouvait à bâbord hier après-midi et qu’un groupe de fulmars semble déterminé à suivre le navire.

Avant-hier soir, les blancs-becs ont monté un spectacle au cours duquel ils ont présenté de courts récits, des chansons, des numéros de jonglerie ainsi que des façons inédites de réciter l’alphabet. Ceci était un prélude à la cérémonie de traversée du cercle arctique qui s’est déroulée hier après-midi et à laquelle ont assisté le roi et la reine Neptune en costume d’apparat. Les blancs-becs ont récité des poèmes à l’intention du roi et de la reine, puis ont remis leurs œufs dans divers états de « conservation ». La cérémonie, qui s’est déroulée sans anicroche, a marqué la fin du rite de passage pour les blancs-becs de l’Arctique. Plus tard ce soir-là, le capitaine Potts a remis à chacun des (ex-) blancs-becs un certificat attestant la traversée du cercle arctique; tous étaient contents d’avoir reçu ce certificat et de poursuivre l’expédition vers le nord.

Le capitaine Potts remet au joyeux groupe de blancs-becs leur certificat

Le capitaine Potts remet au joyeux groupe de blancs-becs leur certificat. (Photo : Kirk McNeil)

Aujourd’hui, au milieu de la matinée, le Louis a rejoint le Fox et nous avons procédé à un échange rapide de matériel entre les deux navires. Des membres d’équipage et du personnel se sont rassemblés sur le pont, une tasse de café à la main, pour bien voir l’autre navire. Sans attendre, les deux navires, le Louis en tête, ont poursuivi leur route. Peu de temps après, nous avons vu un iceberg isolé à plusieurs milles à bâbord, un indice révélateur de ce qui allait suivre.

À bord du Louis, Nelson Ruben et Dale Ruben, les observateurs de mammifères marins, ont terminé la construction de l’enceinte sur la passerelle haute avec l’aide de Gary Morgan, le menuisier de bord. L’enceinte, qui fait près de 7 pieds de hauteur, est peinte en blanc, la même couleur que la passerelle. Dotée de grandes fenêtres, l’enceinte permet d’avoir une vue panoramique sur l’horizon tout en étant à l’intérieur. Au cours des activités de relevé, Nelson et Dale Ruben se relayeront pour assurer la surveillance des environs, à l’affût de signes de vie sauvage. S’ils aperçoivent des mammifères marins à moins de 1 000 m du navire, les travaux de relevés sismiques seront immédiatement interrompus pour éviter tout risque que cela pourrait poser pour les animaux. Vous vous imaginez bien que cette tâche peut s’avérer ardue, particulièrement quand on est exposé aux intempéries. Grâce à ce poste, les observateurs pourront se mettre à l’abri des vents violents arctiques pendant les longs quarts de travail à l’extérieur.

À gauche : Le NGCC Terry Fox est tribord à nous ce matin. En haut à droite : Au loin, on voit un gros iceberg. En bas à droite : Vue depuis l’enceinte sur la passerelle haute

À gauche : Le NGCC Terry Fox est tribord à nous ce matin. En haut à droite : Au loin, on voit un gros iceberg. En bas à droite : Vue depuis l’enceinte sur la passerelle haute. (Photo : Kai Boggild)

Entretemps, Peter Vass, le technicien-mécanicien, s’est attelé à régler la question de la ve ntilation du caisson dans lequel sont logés les compresseurs. Un compresseur sert à alimenter les canons à air de la nappe de sismographes avec l’air pressurisé nécessaire pour produire chaque tir sismique. Les compresseurs, qui sont à peu près de la taille d’un petit VUS, sont de remarquables machines qui produisent une pression de 1 950 lb/po² pendant les activités de relevé. Ils sont logés dans de grands conteneurs blancs qui sont placés juste au-dessus du pont d’envol et dotés de grandes prises d’air réglables afin de permettre la circulation de l’air. Pour maintenir le compresseur en bon état de fonctionnement, il est important de s’assurer qu’il ne surchauffe pas; si l’air vient à manquer, le compresseur peut surchauffer et tomber en panne. Cette année, de nouvelles prises d’air ont été installées aux parois des conteneurs, permettant une meilleure circulation d’air. Après tout, il est toujours préférable de garder la tête froide quand la pression monte.

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Le 16 août 2014 - Jour 8 de l’expédition polaire canadienne 2014

Vers 23 h HNE hier, le Louis a frappé les premières glaces lâches de l’expédition. Les personnes qui se trouvaient sur les ponts inférieurs ont entendu le bruit immédiatement. En quelques minutes, de nombreux membres du personnel et de l’équipage se sont réunis sur les ponts extérieurs pour bien voir et prendre des photos. Pour les blancs‑becs qui n’avaient jamais vu la glace de l’Arctique, c’était assez excitant. Comme le soleil brille maintenant la plus grande partie de la journée, nous nous sentions comme en plein jour et pouvions très bien voir la glace qui se déplaçait en direction du navire. Elle semblait être constituée d’un mélange de glace de plusieurs années et de glace de première année. La glace de plusieurs années prend un bleu translucide plus foncé que la glace blanche de première année. Les photos qui rendent justice au paysage de cette région sont rares. Un peu plus tard le même soir, l’équipage sur le pont a vu ce qui semblait être des pistes d’ours sur des floes. Encore aucune observation des ours en question.

Quelques vues de la glace entourant le Louis aujourd’hui

Quelques vues de la glace entourant le Louis aujourd’hui. (Photo de Kai Boggild)

Aujourd’hui, le Fox, qui a une vitesse de croisière plus lente que le Louis d’environ deux nœuds et accuse un retard, commencera à rattraper ce dernier. Maintenant que le Louis doit briser la glace, l’autre navire comblera ce retard. La différence de vitesse entre les deux navires n’aura pas d’importance lorsque nous procéderons aux levés puisqu’une vitesse lente de trois ou quatre nœuds doit être maintenue lorsque les navires remorquent les appareils sismiques pour obtenir des données utilisables. D’ailleurs, la mission du Fox sera de briser la glace devant le Louis.

 L’équipe qui étudie les séismes a érigé un gros pare-vent en vinyle rouge autour de la partie extérieure de la plage arrière, où l’équipement sismique est entreposé et où il sera déployé. Le vent provenant de la direction des glaces est remarquablement plus froid sur le pont, et le pare-vent protègera bien l’équipe. Il est prévu que certains essais de déploiement de la nappe de sismographes pourraient avoir lieu au cours des prochains jours, avant le début des relevés.

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Le 17 août 2014 - Jour 9 de l’expédition polaire canadienne 2014

Très tôt ce matin, vers 5 h, nous avons reçu un appel en provenance de la passerelle du Louis nous disant qu’il y avait deux ours blancs droit devant. Les membres d’équipage qui étaient réveillés, ou du moins à moitié réveillés, se sont dirigés vers le pont avant pour les voir. Les membres se trouvant sur le pont ont dû attendre au moins 10 minutes avant d’apercevoir les ours dans l’horizon de glaces lâches. Une mère et son petit, à peine visibles, nageaient ensemble entre les glaces. Le Louis a ralenti à la hauteur des deux ours, qui l’ont regardé curieusement avant de continuer leur chemin, tout comme le navire.

Un ours blanc et son petit aperçus du pont tôt ce matin

Un ours blanc et son petit aperçus du pont tôt ce matin. (Photo : Kai Boggild)

En fin de matinée, le Louis s’est immobilisé pour que l’équipage procède à un essai de déploiement de la nappe de sismographes. L’équipe qui étudie les séismes s’est réunie sur la plage arrière pour préparer le traîneau. Un équipage de pont chevronné, le maître d’équipage Rico Amamio et le matelot Vince Mullett, nous a aidés à abaisser le traîneau dans l’eau au moyen de la structure en A du navire. Le Louis a ensuite augmenté sa vitesse afin de remorquer le traîneau. Cette étape a été suivie de la mise à l’essai des trois canons à air de la nappe de sismographes. Selon le technicien en chef Des Manning, l’essai a été une réussite sur toute la ligne. Un des objectifs était de s’assurer que tout le monde était familiarisé avec la procédure de déploiement afin que tout roule comme sur des roulettes lorsque le Louis arrivera sur place.

Vous vous demandez peut-être ce qu’est une nappe de sismographes et comment elle fonctionne. Essentiellement, la nappe de sismographes est une pièce d’équipement que les géophysiciens utilisent pour produire une onde sonore. Cette onde sonore voyage vers le plancher océanique, qui la reflète en partie. L’autre partie de l’onde sonore pénètre dans le fond. Lorsque les ondes sismiques rencontrent des frontières géologiques, elles sont aussi reflétées en partie vers la surface, où des hydrophones les enregistrent. La durée nécessaire à l’onde sismique pour voyager jusqu’au plancher océanique et revenir à la surface est ensuite utilisée pour placer ces frontières dans l’espace et obtenir une coupe transversale sous la surface. En termes simples, la sismique réflexion signifie faire un son et calculer le temps nécessaire pour que l’écho revienne.

Mise à l’essai de la nappe de sismographes

Mise à l’essai de la nappe de sismographes. (Photo : Kai Boggild)

La nappe de sismographes est constituée de trois canons à air montés sur un traîneau conçu spécifiquement pour les conditions de glace épaisse par la Commission géologique du Canada. Une nappe de sismographes peut émettre un total combiné de 1 150 pouces cubes d’air comprimé pour produire l’impulsion acoustique nécessaire à l’obtention d’une image du milieu océanique.

Le traîneau doit être tiré par le navire sous la glace de l’Arctique. Il s’agit d’éviter que le traîneau et les flûtes sismiques ne soient détruits et que le bruit constant créé par la glace qui se brise ne nuise à la collecte de données. Pour surmonter ce problème, le traîneau a été équipé d’un poids de 3 500 lb, qui est en fait un obus d’artillerie modifié (mis hors service il y a longtemps) dont la forme lui permet d&#82 17;être tiré dans l’eau sans produire une trop grosse traînée. Le poids permettra de maintenir le traîneau à l’abri des dangers de la glace, à une profondeur d’environ 12 m sous le niveau de la mer lorsque le traîneau est tiré à partir de la poupe du navire. La réalisation d’un levé sismique sous une épaisse couche de glace n’est pas une sinécure et nécessite de nombreuses mesures d’adaptation pour surmonter les difficultés liées à la recherche scientifique dans un tel endroit.

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Le 18 août 2014 - Jour 10 de l'expédition polaire canadienne 2014

Aujourd'hui, les brise-glace ont traversé le premier méridien dans l'hémisphère oriental à une latitude d'environ 82o N. Le Louis et le Fox brisent la glace et atteignent tout juste les limites du bassin eurasien. La glace est devenue très épaisse au cours de la dernière journée et la paire de brise-glace a manœuvré pour trouver le chemin de moindre résistance. Briser la glace est un effort coordonné au cours duquel le mouvement d'un navire peut aider l'autre et vice versa.  

Les vibrations dues au bris de la glace peuvent être ressenties dans tout le navire, mais autrement, il ya très peu de mouvement. C’est très différent des eaux libres, où la houle entraîne souvent un mouvement de roulis. Certains membres d’équipage ont comparé le mouvement actuel à bord du navire à un tremblement de terre constant de petite magnitude. Sur les ponts inférieurs, la glace produit contre la coque du navire des sons variables très distinctifs allant de l’atterrissage d’un avion jusqu’au bruit de l’eau mugissant dans les rapides d’une rivière.

Le brouillard a finalement cédé la place à un ciel clair et à l’éclat du soleil. Avec cette visibilité retrouvée, on a effectué le premier vol de reconnaissance des glaces au moyen d’un des hélicoptères. Le vol a été effectué par le pilote Paul Mosher avec l’observateur des glaces Denis Lambert. L'hélicoptère a décollé du pont d’envol du Louis, puis il a atterri sur la glace pour faire un contrôle de dérive de la glace. Une caméra GoPro montée sur le devant de l'hélico enregistre l'ensemble du vol. Denis Lambert utilise également son propre appareil photo tenu à la main pour capter des photos et des vidéos de l'état des glaces. La concentration des glaces observées était comprise entre 8 et 9+/10 selon Lambert. Les informations recueillies au cours de ce vol seront utilisées sur la passerelle, pour naviguer parmi les glaces, et par le Service canadien des glaces à Ottawa.

Images prises du haut des airs lors du vol de reconnaissance des glaces

Images prises du haut des airs lors du vol de reconnaissance des glaces. (Photo Denis Lambert)

Au cours de l'arrêt du Louis pour le vol de l’hélicoptère, Paola Travaglini a utilisé une nouvelle technique avec l’échosondeur multifaisceaux afin de recueillir des données de meilleure qualité. Cette technique fait appel à la possibilité de contrôler l’échosondeur plutôt que le navire. Au lieu de maintenir le sondeur en position statique et de déplacer le navire, on maintient le navire à l'arrêt et Travaglini déplace l’échosondeur dans les directions avant et arrière. Dans des eaux dont la profondeur atteint 3500 m, cette technique a été en mesure de mesurer environ 1200 m de fond marin le long de la piste en faisant balayer un secteur de 10 degrés par les échosondeurs dans chaque direction. Cette technique pourrait s’avérer utile dans les régions où il est essentiel d’obtenir des renseignements sur la profondeur.

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Le 20 août 2014 - Jour 12 de l'expédition polaire canadienne 2014

Le Louis et le Fox ont progressé plus rapidement au cours de la nuit en raison d’une légère amélioration de l’état des glaces. La nuit dernière, la paire de brise-glace est passée au-dessus de la dorsale de Gakkel et elle fait de nouveau route au-dessus de la plaque nord-américaine. La dorsale de Gakkel est le centre d'expansion du bassin eurasien, qui sépare le bassin de Nansen, au sud, du bassin d'Amundsen, au nord. Cette dorsale est le centre qui s’étend le plus lentement du monde, ce qui est caractérisé par sa profonde vallée axiale. Cette dernière est reliée par le détroit de Fram à la dorsale médio-océanique de l'Atlantique. À ces centres d’expansion, il se forme une nouvelle croûte océanique sur le fond alors que les marges du bassin s'éloignent les unes des autres. Cela signifie que, pendant la nuit dernière, il se créait lentement de la nouvelle croûte océanique à quelques kilomètres à peine sous les 2 navires.

Le Fox a pris la tête cet après-midi et les navires vogueront dans cette configuration pendant les activités scientifiques à venir. Les hydrographes surveillaient les données bathymétriques des capteurs multifaisceaux et monofaisceau pour voir quel effet cette nouvelle configuration pourrait avoir sur la qualité des données. L’hydrographe en chef Paola Travaglini dit qu'elle est très impressionnée par les performances du nouveau système multifaisceaux et que les données reçues concordent étroitement avec les données précédentes recueillies dans ce secteur. C'est la première fois que l’on utilise ce nouveau système dans des conditions de glace épaisse et ce sont donc de bonnes nouvelles.

À gauche : Le Terry Fox prend la tête pour briser la glace devant le Louis. À droite : Le sondeur de sédiments remorqué au cours d’essais effectués cet après-midi

À gauche : Le Terry Fox prend la tête pour briser la glace devant le Louis. À droite : Le sondeur de sédiments remorqué au cours d’essais effectués cet après-midi.

Le sondeur de sédiments remorqué a été déployé peu après que le Fox ait pris les devants. Ce profileur est monté sur un traîneau accompagnant celui de la nappe sismologique et fonctionne un peu de la même manière. La principale différence est la fréquence. Les ondes sismiques créées par le sondeur de sédiments ont une fréquence beaucoup plus élevée, soit 3,5 kHz. Le résultat final prend la forme de données ayant une résolution beaucoup plus élevée. La contrepartie est que la pénétration du sous-sol est beaucoup moins profonde. Pour cette raison, ces systèmes sont principalement utilisés pour analyser les couches sédimentaires supérieures des fonds marins ou pour produire des données bathymétriques. Cet instrument est un autre outil qui peut être utilisé pour trouver les pieds de talus afin de définir les limites extérieures du plateau continental.

Le scientifique en chef David Mosher a organisé ce soir la première des réunions scientifiques nocturnes dans la salle de réunion. Les quarts de veille de l’acquisition de données commenceront ce soir pendant que les navires traceront leur voie jusqu’au premier point de cheminement de la campagne de levés. Maintenant que nous sommes tout proche de l’aire d’étude, tout le monde à bord est emballé par la perspective de commencer les travaux.

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Le 22 août 2014 - Jour 14 de l'expédition polaire canadienne 2014

Hier matin, l'équipement sismique a été déployé et les activités de levé sismique ont officiellement débuté. Le scientifique en second John Shimeld était dans le laboratoire sismique quand a commencé la réception des premières données et il s’est dit impressionné par leur qualité jusqu’à présent.

C'était la première fois que l’on déployait la flûte sismique cette saison. On a dû l’étaler en suivant un motif de huit sur le pont avant son déploiement afin qu'elle puisse être déployée facilement et rapidement à la poupe. Le motif en huit empêche que la flûte ne se torde. Des plis dans la flûte pourraient endommager les connexions électriques à l'intérieur et il est donc important d'être prudent lors de sa manipulation. Cette année, on a ajouté un déclencheur acoustique à la flûte. Cela signifie que l'on peut déployer la flûte presque à la verticale de la poupe et, à l’émission d’un signal acoustique, un poids est relâché de l’extrémité de la flûte, qui se met à flotter dans une position plus horizontale. Cela provoque son redressement derrière le navire, dans l’orientation souhaitée.

Après la mise à l’eau de la flûte sismique, ce fut le tour de la nappe de sismographes. Après avoir reçu le feu vert des observateurs de mammifères marins installés sur la passerelle haute, on a commencé la première séance d’acquisition de données sismiques.

À gauche : Vue plongeante de la plage arrière pendant des activités d’acquisition de données sismiques. À droite : La flûte étalée en suivant un motif en huit.
À gauche : Vue plongeante de la plage arrière pendant des activités d’acquisition de données sismiques. À droite : La flûte étalée en suivant un motif en huit.

Le Terry Fox précède le Louis S. St-Laurent dans de la glace épaisse pendant des levés sismiques
Le Terry Fox précède le Louis S. St-Laurent dans de la glace épaisse pendant des levés sismiques (Photo David Mosher)

Tard hier, après une dizaine d’heures de collecte de données, on a rembarqué les équipements sismiques pour tenir compte du changement inattendu d'orientation de l’équipement qui était probablement dû à l'interaction avec de la glace libre. Des vents réguliers tout au long du jour ont déclenché le mouvement de la banquise et la pression de la glace rendait trop risqué le redéploiement de l'engin. Avec les vents et la compression de la banquise, la glace remplit le sillage du Louis trop vite pour tenter un déploiement. À la place, le Louis continuera de recueillir des données des capteurs multifaisceaux et prendra la direction de la dorsale de Lomonosov. L'équipe continue de chercher une ouverture dans la glace et d'évaluer si un redéploiement est possible. Chaque fois que l’on met de l’équipement à la mer, cela pose un risque. Dans les conditions de glace difficiles de l'Arctique, ces risques sont souvent amplifiés et il est important d’effectuer une planification et une gestion du risque rigoureuses.

Même si les activités de levé ont été brèves, on a traité les données recueillies jusqu’à maintenant pour la ligne de levée suivie et la section résultante a été présentée à la réunion scientifique d'aujourd'hui. Une grande partie du traitement des données consiste à supprimer les artefacts laissés par la collecte de données. Il est ensuite possible d’effectuer les interprétations géologiques à partir du profil. Le profil produit était de bonne qualité et tous sont satisfaits du résultat obtenu.

Il y a très peu de données sur ce secteur en raison de son environnement impitoyable. Ici, il n’est pas facile de recueillir des données, et chaque parcelle d’information recu eillie compte. Ces données seront utilisées pour trouver l'épaisseur des sédiments. À des fins scientifiques, les données recueillies ici sont d’une grande utilité pour développer les connaissances que l’on a de cette région.

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Le 23 août 2014 - Jour 15 de l’expédition polaire canadienne 2014

Les deux brise-glace suivent maintenant une route parallèle au bassin Amundsen. Tôt en après-midi, la collecte de données sismiques a repris et s’est poursuivie jusqu’en soirée. Les premières données de réfraction sismique ont aussi été recueillies aujourd’hui, au moyen d’un appareil appelé « bouée acoustique ». Les bouées acoustiques sont des hydrophones déployables indépendants et flottants qui enregistrent les ondes sismiques à un endroit donné et transmettent les données au navire sur une fréquence radio. Ces bouées, de la taille d’un gros bâton de baseball, sont utilisées pour recueillir les ondes sismiques réfractées plutôt que les ondes réfléchies. Tout comme la lumière qui est réfractée quand elle franchit différents milieux (passant de l’air à l’eau par exemple), le son se réfracte en traversant les diverses couches géologiques. Les données de réfraction sont essentielles pour déterminer la « vitesse » dans les différentes couches géologiques de la subsurface.

L’équipe du matin surveille les données de réflexion et de réfraction entrantes dans le laboratoire de sismologie

L’équipe du matin surveille les données de réflexion et de réfraction entrantes dans le laboratoire de sismologie. (Photo : Kai Boggild)

Les ondes sismiques se propagent à des vitesses différentes selon les propriétés physiques des matières qu’elles traversent. Ainsi, dans l’eau de mer, les ondes sismiques se déplacent à des vitesses de l’ordre de 1 490 m/s. Il faut connaître la vitesse des ondes sismiques dans les couches sédimentaires pour que les données de réflexion sismique, enregistrées dans le temps (c’est-à-dire le temps qui s’écoule entre le moment où le son est émis et où son écho revient), puissent être converties en mètres de profondeur ou d’épaisseur. Comme la vitesse de propagation est en grande partie influencée par la densité des matières, cette donnée est souvent utilisée comme mesure indirecte de la densité et d’autres caractéristiques physiques connexes. De manière générale, plus la matière est dense plus la vitesse est élevée. Au fil des années, les scientifiques ont déterminé la vitesse caractéristique de différents groupes de roches. Or, même s’il n’est jamais possible de décrire avec exactitude le type de roche d’après la vitesse de propagation, il est possible, en s’appuyant sur le milieu géologique, de restreindre les types et de parvenir à une interprétation très raisonnable.

Pendant l’acquisition des données sismiques, les observateurs de mammifères marins sont constamment à l’affût pour repérer des animaux qui se trouveraient près du navire. Grâce au soleil de minuit, les observateurs bénéficient d’une lumière diurne permanente même pendant la nuit. Bien que des ours polaires aient déjà été aperçus aussi loin au nord, leur présence est de moins en moins marquée alors que les brise-glace naviguent vers des latitudes élevées. Ces derniers jours, ce qui s’est rapproché le plus d’une forme de vie sauvage est la poupe du Fox, qui continue de fendre les glaces devant le Louis.

Depuis son point d’observation sur le NGCC Louis S. St.-Laurent, Nelson Ruben balaie du regard l’horizon afin de déceler des signes de la p
résence de mammifères marins

Depuis son point d’observation sur le NGCC Louis S. St.-Laurent, Nelson Ruben balaie du regard l’horizon afin de déceler des signes de la présence de mammifères marins. (Photo Kai Boggild)

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Le 25 août 2014 - Jour 17 de l’expédition polaire canadienne 2014

Après une journée réussie hier, le Louis et le Fox traversent en direction plein nord le bassin Amundsen et procèdent à la collecte de données sismiques et multifaisceaux. Les deux brise-glace s’approchent de plus en plus du 90e degré de latitude et devraient atteindre le 89parallèle au cours de la journée de demain. L’équipage et le personnel sont de plus en plus excités à l’idée de se rendre aussi loin au nord que la carte le leur permet.

Certains des membres de l’équipage ont commencé à parier à quelle minute de l’heure le Louis arrivera officiellement au pôle Nord. Étant donné que certaines cartes ne se rendent pas plus loin que 89,9999999999 degrés de latitude, le temps officiel sera déterminé lorsque le capitaine en fera l’annonce au système de communication. Jusqu’à maintenant, presque tous les temps possibles sont pris.

À l’extérieur, le vent a repris et crée des rafales de neige. La visibilité est plutôt mauvaise, et la neige est soufflée par le vent sur la glace. Sans les ciels clairs et avec les couchers de soleil nordiques qui n’en finissent plus des derniers jours, nous commençons aujourd’hui à avoir le sentiment que nous sommes véritablement dans un environnement correspondant à l’idée que l’on se fait du toit du monde.

Le Louis se fait saupoudrer par les rafales de neige en après-midi

Le Louis se fait saupoudrer par les rafales de neige en après-midi. (Photo Kai Boggild)

Étant donné qu’à leur position actuelle, les deux navires se trouvent directement au-dessus du milieu de la plaine abyssale du bassin, le fond marin est remarquablement plat. Les sondages des profondeurs dans ce secteur ont donné des résultats assez uniformes avec une profondeur moyenne d’environ 4 130 m. Le bassin est géographiquement distant des sources de sédiments tels que le Groenland ou le plateau sibérien. On estime que la sédimentation de la dorsale Lomonosov dans le bassin a pris fin il y a environ 50 millions d’années. Aujourd’hui, les sédiments qui se déposent ici sur le fond marin de la plaine abyssale sont surtout des sédiments distaux à strates horizontales tels que les turbidites qui ont voyagé loin de leur source.

 Lorsque les brise-glace atteindront la dorsale Lomonosov, ce sera une tout autre histoire, et le fond marin aura un relief beaucoup plus marqué. C’est dans ce secteur que le sondeur multifaisceaux devrait véritablement être à son meilleur. La base et le flanc de la dorsale Lomonosov sont les destinations clés pour trouver les profondeurs des eaux et décrire la morphologie du fond marin.

Le bris de la grosse glace peut être très impressionnant à regarder. Parfois, des blocs de glace de la taille d’un petit autobus tournent et virevoltent sur place autour du navire. Sous l’influence du mouvement des navires, on peut voir les floes de glace avoisinants se cogner les uns contre les autres et faire gicler l’eau de mer dans le sillon du navire. En regardant par-dessus bord, on peut voir qu’une grande partie de la glace est stratifiée en des couches foncées et claires. Ces couches sont le résultat des différente s périodes et des différents taux de congélation et de fonte de la banquise marine.

Couches intercalées de glace blanche et bleue dans le sillon du Louis

Couches intercalées de glace blanche et bleue dans le sillon du Louis. (Photo Kai Boggild)

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Le 26 août 2014 - Jour 18 de l’expédition polaire canadienne 2014

Ce matin, le convoi a traversé le 89e parallèle et se trouve dans le dernier degré de latitude. Le cap est mis sur le pôle; la plupart des membres de l’équipage et du personnel scientifique ne se sont jamais rendus aussi loin au nord auparavant. En cours de route, le Louis continuera de recueillir des données sismiques et multifaisceaux. L’équipe scientifique a maintenant établi une bonne cadence de travail, et malgré un environnement changeant, a réussi à recueillir des données très prometteuses jusqu’à maintenant.

 Plusieurs personnes à bord avaient déjà bien planifié leur visite au pôle Nord. Certains ont accepté de transporter des lettres jusqu’au pôle pour des membres de la famille. D’autres ont apporté des drapeaux ou des articles spéciaux avec lesquels ils poseront sur le toit du monde. On s’attend à ce que les deux navires y arrivent au cours de la journée demain. Sur la passerelle, on garde l’œil ouvert afin de repérer un atelier ou des lutins dans le secteur afin d’éviter tout incident qui pourrait nuire aux préparatifs de Noël.

Nous avons souvent vu des crêtes de pression au cours des dernières semaines. Ces crêtes se forment lorsque les floes de glace se pressent les uns contre les autres à leurs arêtes. Cette compression a pour effet d’épaissir par endroits la glace, qui surgit sous forme de crêtes saillantes, un processus semblable à la formation des montages sous l’effet des plaques tectoniques. Ces chaînes de montagnes de glace, qui peuvent être très petites ou très grosses, comptent parmi le seul relief que l’on peut voir sur un horizon autrement plat. Certaines crêtes sont assez grosses pour nécessiter plusieurs passes du brise-glace de tête. Souvenez-vous – la glace que l’on voit à la surface ne représente qu’un dixième de ce qui trouve sous l’eau – ces crêtes sont donc vraiment remarquables.

De petites crêtes de pression en cours de formation

De petites crêtes de pression en cours de formation. (Photo Kai Boggild)

La glace brisée expose aussi certaines des algues brunes qui vivent sous la glace. Dans les eaux limpides de l’Arctique, les algues sont assez faciles à repérer. Les algues se trouvent parfois coincées, gelées au fond de la glace. Il existe sous la glace un écosystème florissant formé de microalgues, d’amphipodes et même de morues polaires. On peut parfois voir des morues polaires dans les eaux lors du bris de la glace. À l’âge adulte, ces poissons sont à peu près de la taille de votre petit doigt. Leur couleur foncée permet de les repérer facilement contre la glace blanche. Étonnamment, on peut encore voir quelques fulmars autour du Louis même aussi loin au nord. Il est possible qu’ils aient profité de la route créée dans la glace et qu’ils cherchent encore quelque chose à se mettre sous le bec.

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Le 27 août 2014 - Jour 19 de l’expédition polaire canadienne – Arrivée au pôle

En 1994, le brise-glace NGCC Louis S. St-Laurent est devenu le premier navire canadien à atteindre le pôle Nord. Notre expédition marque donc le 20e anniversaire de la dernière visite du navire au pôle. Sur le pont principal, nous sommes accueillis par le drapeau canadien qui flottait à bord du Louis en 1994. Y sont brodés les noms des membres de l’équipage et de l’équipe scientifique qui avaient participé à la mission. Actuellement à bord du Louis, Rico Amamio, maître d’équipage, et Kenneth Pettipas, technicien de la chambre des machines, faisaient partie de l’expédition de 1994, tout comme Nigel Hawksworth, chef mécanicien du NGCC Terry Fox.

Aujourd’hui, 20 ans plus tard presque jour pour jour, le Louis retourne au pôle en compagnie du Terry Fox. Après le souper, le pont s’est lentement rempli de personnes venues voir défiler les dernières minutes de latitude avant l’atteinte du 90e degré. Le brouillard était plutôt épais mais, à mesure que les brise-glace approchaient, il se dissipait et laissait place à un grand arc-en-ciel blanc juste devant le Louis. Un arc-en-ciel blanc est un phénomène optique de halo qui ressemble à un arc-en-ciel régulier mais qui est blanc. Il est produit par les rayons du soleil diffractés (dispersés) par de petites gouttelettes d’eau dans le brouillard. Dans un arc-en-ciel régulier, les rayons du soleil sont réfractés (pliés) par de grosses gouttelettes de pluie, ce qui produit de la couleur. Quel accueil! 

Un arc-en-ciel blanc nous souhaite la bienvenue au pôle Nord alors que nous approchons à bord du Louis S. St-Laurent

Un arc-en-ciel blanc nous souhaite la bienvenue au pôle Nord alors que nous approchons à bord du Louis S. St-Laurent. (Photo de Kai Boggild)

À environ 0,01 minute décimale de la latitude, le capitaine Potts a actionné la sirène du navire à l’heure officielle de 19 h 26, marquant ainsi notre arrivée au pôle Nord. Peu après l’arrivée du Louis, le Fox s’est joint à lui, avec ses haut-parleurs jouant la Northwest Passage de Stan Rogers.

Plus tard en soirée, le Louis et le Fox se sont complètement immobilisés dans la glace. Le Louis a abaissé sa passerelle, et le Fox a commencé à faire descendre des membres avec sa grue. Les membres de l’équipage et de l’équipe scientifique ont débarqué du bateau pour la première fois depuis près de trois semaines et ont marché sur la glace. Après l’avoir regardée à partir du navire depuis si longtemps, la glace sous nos pieds nous a ramenés à la réalité. Les membres du personnel des deux navires ont enfin pu faire connaissance. Plusieurs vieux amis et collègues étaient de nouveau réunis, et le moral était excellent.

Les 80 membres de l’équipage et de l’équipe scientifique du Louis et les 26 membres de l’équipage du Fox se sont rassemblés sur la glace pour jouer au hockey. C’était sans doute le match disputé le plus au nord de tous les temps. L’équipe orange affrontait l’équipe foncée dans une lutte pour la suprématie du hockey polaire. Ces dernières semaines, des mécaniciens ont travaillé à souder des filets de hockey en vue de cet affrontement polaire. De toute évidence, aucune Zamboni n’était passée récemment et les conditions de glace étaient au mieux médiocres mais, en tant que Canadiens, les joueurs des deux équipes sont parvenus à en tirer parti le plus possible.

La soirée du hockey au pôle Nord

La soirée du hockey au pôle Nord. (Photo de Walli Rainey)

Une pièce d’un dollar a été placée au centre de la glace, puis le match a com mencé.  Le premier but a été marqué par le mécanicien Stuart Maclean, de l’équipe orange. L’équipe foncée est revenue de l’arrière, notamment avec quatre buts de l’observateur des mammifères marins Dale Ruben. Le score final est encore débattu; tout dépend à qui on le demande. Tous s’entendent toutefois pour dire que suivre une vieille tradition canadienne dans un des endroits les plus reculés de la Terre est un moment plutôt incroyable.

Mais il n’y avait pas que du hockey aujourd’hui au pôle Nord. Une partie golf polaire a eu lieu, tout comme un match de soccer sur floe de glace. Des photos avec le Père Noël ont également été prises. Le chercheur principal David Mosher a recréé sa première expédition au pôle Nord en jouant Farewell to Nova Scotiaavec sa flûte de bois irlandaise faite à la main en Nouvelle-Écosse. David Mosher est l’un des rares à bord à déjà avoir visité le pôle Nord. Il était déjà venu en tant qu’étudiant au doctorat à bord du navire scientifique FS Polarstern en 1991.

Des clichés des activités lors de notre arrêt au pôle

Des clichés des activités lors de notre arrêt au pôle.

L’équipage et le personnel ont également pris le temps de ramasser des fonds pour la recherche sur la SLA en participant à la campagne « Ice Bucket Challenge ». Ce défi a attiré tout le monde, des cadets au capitaine, en passant par les chercheurs. Tous ont voulu se verser des seaux d’eau glacée sur la tête au pôle Nord. Le navire continuera à recueillir des dons au cours des prochains jours.

Après toute l’action sur la glace, les gens ont graduellement regagné leur navire respectif vers minuit alors que le soleil brillait encore haut dans le ciel. Il y avait mille et une façons de se réchauffer, notamment grâce au café frais de Tim Horton offert dans les quartiers de l’équipage.

Une partie de l’équipage et du personnel de l’expédition polaire canadienne de 2014 au pôle Nord

Une partie de l’équipage et du personnel de l’expédition polaire canadienne de 2014 au pôle Nord. (Photo de David Mosher)

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Le 28 août 2014 - Jour 20 de l’expédition polaire canadienne 2014

Tôt ce matin, le Louis a manœuvré dans une zone d’eau libre pour obtenir un relevé CTD (pour Conductivity Temperature Depth) à l’aide d’une rosette. Il s’agit d’un instrument qui mesure la conductivité, la température et la pression (profondeur). On l’abaisse sur un câble de treuil au plus profond de l’océan pour obtenir un profil de la colonne d’eau. Le CTD est entouré d’une rosette de bouteilles vides. Alors que le CTD est soulevé du fond marin, la fermeture des bouteilles peut être déclenchée à différents niveaux de profondeur; les bouteilles prélèvent alors un échantillon d’eau à la profondeur désirée.

Glenn Cooper récupérant la rosette/CTD après le relevé dans le laboratoire océanographique

Glenn Cooper récupérant la rosette/CTD après le relevé dans le laboratoire océanographique. (Photo de Kai Boggild)

Le navire est équipé de deux laboratoires pour analyser les échantillons. Les océanographes Glenn Cooper et Jane Eert peuvent y traiter les échantillons pour examiner un grand nombre de propriétés chimiques, biologiques ou physiques de l’eau, comme la concentration de carbone inorganique total, la teneur en oxygène dis sous ou même la diversité du microzooplancton.

Les données recueillies pendant cette expédition seront utilisées par de nombreux chercheurs. Jane Eert s’intéresse particulièrement à la modélisation de la circulation dans l’océan Arctique. Une des méthodes de modélisation exige la mesure des isotopes radioactifs (p. ex. I129) qui sont rejetés par les réacteurs nucléaires. Au moyen du rapport entre l’isotope et les sous‑produits radioactifs de sa désintégration, Eert peut retracer un plan d’eau et calculer le temps qu’a pris l’eau pour circuler jusqu’au lieu de prélèvement de l’échantillon. Les chercheurs possèdent un nombre impressionnant de techniques d’analyse s’appliquant aux nombreuses branches différentes de l’océanographie telles que la surveillance de l’acidification des océans ou le suivi de l’eau de fonte des glaciers.

Le relevé CTD à l’aide d’une rosette a été effectué essentiellement au pôle Nord, où de nombreux relevés ont été réalisés au fil des ans. Les relevés récurrents représentent un avantage pour les océanographes, qui peuvent étudier comment une colonne d’eau a changé au fil du temps à un emplacement donné. Pour les hydrographes et les géophysiciens à bord, ce relevé sert à autre chose : obtenir un profil célérimétrique qui montre la vitesse à laquelle le son voyage à diverses profondeurs de la colonne d’eau. Ces données sont utiles pour traiter et apporter des corrections à l’information sur le fond marin provenant de la bathymétrie multifaisceaux et de données sismiques. Le pôle Nord est spatialement proche des données recueillies; ce profil célérimétrique rigoureux correspond donc aux objectifs de ce relevé.

Les membres d’équipage et l’équipe scientifique ont décoré des verres de styromousse, que ce soit de narvals ou de feuilles d’érable, et y ont écrit le nom des membres de leur famille et de leurs amis. Les verres ont été placés dans une grande poche attachée à la rosette avant que celle‑ci ne soit abaissée sur le treuil. Au pôle Nord, l’eau sous la glace est d’une profondeur d’environ 4 200 m; il s’agit de l’un des emplacements les plus profonds du bassin Amundsen. On y observe une pression hydrostatique extraordinaire et, dans le fond marin, la pression peut comprimer les verres de styromousse riches en air en une fraction de leur taille originale. Les dessins et les écritures sur les verres s’en trouvent miniaturisés.

Verre de styromousse ayant été accroché à l’instrument CTD, avant et après

Verre de styromousse ayant été accroché à l’instrument CTD, avant et après.

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Le 30 août 2014 - Jour 22 de l’Expédition polaire canadienne 2014

Hier, c’était le mitan – le milieu de l’expédition avec 21 jours derrière nous et 21 autres à venir. Le navire a commencé à suivre le flanc est de la dorsale Lomonosov où nous avons recueilli des bandes de données multifaisceaux pour suivre l’isobathe de 2 500 m. Tôt le matin, le navire a recueilli des données multifaisceaux au-dessus d’un petit pinacle juste à l’est de la dorsale. Comme les cartes de la région reposent sur des données fragmentaires acquises par les sous-marins avec de grandes erreurs de navigation, il y avait une certaine incertitude quant à l’existence même de cette entité. Après quelques recherches, le pinacle est apparu dans les échos de sondage. Le navire a fait quelques passages au-dessus de la structure pour produire un rendu bathymétrique. Il existe très peu de données bathymétr iques détaillées dans cette région, de sorte que chaque nouveau bit de donnée acquis est une découverte. Après la compilation des nouvelles données et la production de cartes bathymétriques, cette zone sera revue à l’aide de ces nouvelles informations, plus détaillées.

Quand le navire fait des levés multifaisceaux, il peut, de temps à autre, faire une « pirouette ». Cette manœuvre de virage à 360 degrés permet d’obtenir une bande circulaire de sondages bathymétriques autour d’un point d’intérêt. Cela augmente la couverture de l’entité, ce qui est nécessaire, car le heurt avec la glace provoque un bruit important dans ​​les instruments. Après avoir imagé le pinacle, le navire a procédé à une pirouette pour que l’on puisse avoir une meilleure idée de la façon dont cette entité est reliée à la morphologie environnante. D’après le son des moteurs et le défilement de l’horizon au hublot, vous savez que le navire effectue une pirouette.

Tard hier soir, le capitaine Potts et le scientifique en chef David Mosher ont remis des certificats du pôle Nord dans le salon avant. Les certificats attestent de l’arrivée au pôle le 27 août avec une image de la carte en arrière-plan, entourée de narvals, de sirènes et du roi Neptune. Ensuite, Jane Eert a surpris tout le monde en présentant des tasses en métal qui ont été descendues hier avec la sonde CTD. Elles étaient parfaitement rondes avant d’être envoyées dans les profondeurs, et elles sont revenues à la surface déformées par les immenses pressions sous-marines, chacune dans un motif unique. Sur chaque tasse, on a gravé la date, le nom du Louis et le programme UNCLOS. Les tasses contenaient également des échantillons d’eau prélevés à 4 212 m de profondeur. Tout le monde était vraiment ravi de ces souvenirs uniques. Il y a eu ensuite un buffet d’amuse-gueule et un tirage pour les prix sous l’arbre de Noël dans le salon. Se trouvant autour de 89,5 degrés de latitude nord, le navire se rapproche du pôle Nord  et l’esprit festif de Noël n’a pas fléchi.

À gauche : Tasses en métal qui ont été envoyées au fond de l’océan au pôle Nord, par Jane Eert. À droite : Des membres de l’équipage scientifique reçoivent leur certificat des mains du capitaine Potts

À gauche : Tasses en métal qui ont été envoyées au fond de l’océan au pôle Nord, par Jane Eert. À droite : Des membres de l’équipage scientifique reçoivent leur certificat des mains du capitaine Potts.

 Ce matin, les sondes multifaisceaux et de sédiments ont découvert une tranchée dans le fond océanique juste à l’est d’une extension de la dorsale Lomonosov. Après cette dernière découverte, il a été décidé de relever une ligne sismique au-dessus de la dépression dans l’espoir de pouvoir imager la partie la plus profonde de la structure. Certains à bord l’interprètent comme une faille d’extension à faible angle. Si c’est le cas, c’est probablement une faille relativement récente, car elle n’est pas encore drapée de sédiments. Les deux derniers jours nous ont bien démontré combien nous avons encore à apprendre sur cette région. Les découvertes de ce type sont passionnantes à vivre et c’est pourquoi la science exploratoire dans cette partie du monde est tellement gratifiante.

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1er septembre 2014 - Jour 24 de l’Expédition polaire canadienne 2014

Le Louis et le Fox côte à côte

Le Louis et le Fox côte à côte. (Photo Kai Boggild)

Le Fox s’est amarré le long du Louis ce matin pour un ravitaillement. Le Louis peut transporter plus de carburant que le Fox, et ravitailler ce dernier à ce moment de la mission est une mesure stratégique. Les navires sont dans une grande mare dans la glace où l’eau est incroyablement calme, avec très peu de vent. Les moteurs des deux navires sont maintenant silencieux et il n’y a pratiquement pas de bruit à bord. La température de l’eau à l’extérieur est très douce et l’eau qui n’est pas gelée est plate comme un miroir.

Ces mares sont parfois recouvertes de très minces feuilles de glace transparente appelées nilas sombre. Cette toute nouvelle glace peut parfois glisser latéralement sur elle-même pour créer de grandes plaques effilochées de glace mince. Cela produit alors une formation imbriquée de doigts de glace flottante, avec des motifs assez intéressants sur la surface. Par ​​une journée calme comme aujourd’hui, on le voit très clairement.

Formation de doigts de glace flottante dans le nilas sombre

Formation de doigts de glace flottante dans le nilas sombre. (Photo Kai Boggild)

 La passerelle a été abaissée entre les deux navires pour permettre au personnel de chaque navire de monter à bord de l’autre. Après que le Fox ait accosté, le tuyau de mazout a été abaissé à partir des portes de la soute du Louis jusque sur le pont du Fox. D’autres fournitures comme de l’avoine et du lait ont également été échangés. Les ponts des deux navires étaient parfaitement alignés, les hublots s’ouvrant les uns devant les autres. L’équipage du Louis a installé un terminal de débit portatif en carton pour que le Fox puisse payer son mazout! Et par les hublots, les marins du Louis ont tenté de kidnapper la mascotte du Fox en le pêchant avec une canne et un cintre, mais ils ont été pris en flagrant délit. Jusqu’à présent, la mascotte du Fox est toujours saine et sauve, alors que celle du Louis manque toujours à l’appel.

La vue depuis le pont du Fox ce matin, au hublot du « service au volant ». On voit Terry le renard dans le coin droit inférieur

La vue depuis le pont du Fox ce matin, au hublot du « service au volant ». On voit Terry le renard dans le coin droit inférieur. (Photo Kai Boggild)

Plus tard dans la journée, après que le Fox se soit séparé du Louis, une conférence scientifique a eu lieu dans la salle de réunion. Donnée par David Mosher, elle portait sur le Programme du plateau continental étendu du Canada (souvent appelé le Programme UNCLOS). Peu de gens savent que l’article 76 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) ne fait qu’une page. Pourtant, son contenu et les lignes directrices connexes constituent le fondement pour déterminer le plateau continental étendu du Canada et des quelque 80 autres pays et plus qui, pense-t-on, ont un plateau continental qui s’étend au-delà de 200 milles marins. Comme la géologie des fonds marins est très variable, il existe de nombreux cas où les données géologiques permettent d’éclairer l’application de l’accord.

Pour les personnes présentes, l’exposé a été un mariage informatif de géologie et de droit de la mer. Avec autant de personnes à bord qui sont des experts dans leur domaine, cet exposé scientifique intéressant aura été le premier de nombreux autres à venir sur le Louis.

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Le 3 septembre 2014 - Jour 25 de l’expédition polaire canadienne 201 4

Après avoir réalisé un autre levé conductivité-température-profondeur hier après-midi, le Louis S. St-Laurent a fait des mesures de la dorsale de Lomonossov pendant la nuit. Puisqu’en présence de glace dense, la bathymétrie multifaisceaux souffre d’une grande quantité de bruit, les hydrographes utilisent une technique de balancement des faisceaux dans laquelle l’échosondeur multifaisceaux balaie d’avant à l’arrière pour obtenir la meilleure couverture de la région. Les hydrographes du brise-glace USCGC Healy ont surnommé cette technique le « Hokey Pokey » (d’après la danse enfantine populaire anglo-saxonne). Notre technique est différente, puisque nous avançons d’environ neuf kilomètres (soit la largeur du faisceau du système multifaisceaux à ces profondeurs), virons le bateau à angle droit de la trajectoire, arrêtons et puis balançons l’échosondeur d’avant en arrière, le long de la trajectoire du navire, puis nous avançons d’un autre bond de neuf kilomètres. Il s’agit d’un tango plutôt que de hokey-pokey! Puisqu’à l’arrêt, le bateau ne brise pas de glace, les données résultantes sont très nettes. Les chercheurs du brise-glace suédois Oden utilisent une autre technique. Ils font faire un tour complet au navire afin de « couvrir » complètement le fond marin, une manœuvre qu’ils appellent la « pirouette ». Selon l’hydrographe Chris LeBlanc, les données semblent prometteuses et sont compatibles avec toutes les données existantes pour la région.

Récemment, les brise-glaces ont traversé beaucoup de « glace sale ». Ce terme désigne la glace ayant longuement dérivé depuis les lieux où elle s’est formée. Il s’agit probablement de glace en provenance des environs de la marge de la Sibérie qui contient des sédiments issus de cette région. Les sédiments pourraient provenir des contributions deltaïques où les eaux sont riches en sédiments fins en suspension. Ils pourraient aussi avoir été raclés par la glace près des zones littorales ou encore résulter de la déposition de limon ou de poussière transportés par le vent jusqu’à la glace. En gelant, la glace aurait emprisonné les sédiments. Parfois, la glace subit des cycles de gel et dégel, un phénomène qui concentre à son tour les sédiments en strates sombres. Une fois gelée, la glace peut dériver sur de grandes distances.

C’est essentiellement le phénomène de transport glaciel. Il s’agit du processus par lequel les sédiments sont transportés par la glace. Il diffère de tout autre processus sédimentaire sur Terre. Lorsque la glace fond, les sédiments emprisonnés tombent dans la colonne d’eau et se déposent comme une couche de sédiments sur le plancher marin. L’observation de glace sale au centre de l’océan Arctique donne une idée de l’envergure de la dérive et de l’importance géologique de ce processus.

Glace sale, riche en sédiments sur la trajectoire des deux brise-glaces

Glace sale, riche en sédiments sur la trajectoire des deux brise-glaces. (Photo par Kai Boggild)

La plus récente route a mené les brise-glaces autour d’une ondulation de la dorsale de Lomonossov. La dorsale qui se replie tout près du pôle Nord divise l’océan Arctique en deux grands bassins. L’origine de cette ondulation est encore débattue. Selon une hypothèse, elle se serait formée par un cisaillement de transtension lié à l’ouverture du bassin Canada avant l’ouverture du bassin Eurasien.

La dorsale est nommée en l’honneur de Mikhaïl Lomonossov, savant russe du XVIIIe siècle qui a fait des recherches dans différentes sciences, notamment la géologie et la géographie. I l a participé à la recherche du passage du Nord-Est qui longe la côte septentrionale de Sibérie et a proposé l’existence d’un continent austral, hypothèse plus tard confirmée par la découverte de l’Antarctique. La dorsale est l’une des entités bathymétriques les plus importantes de la région. Avant le rifting qui a produit le bassin Eurasien au Crétacé tardif, la dorsale faisait partie de la bordure extérieure de la plateforme de Barents. La dorsale est maintenant un fragment continental anguleux relié à la fois à la marge de la Sibérie et la plateforme qui entoure l’île d’Ellesmere et le Groenland.

Carte bathymétrique internationale de l’océan Arctique (IBCAO). La dorsale de Lomonossov s’étend au centre

Carte bathymétrique internationale de l’océan Arctique (IBCAO). La dorsale de Lomonossov s’étend au centre.

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Le 4 septembre 2014 - Jour 26 de l’expédition polaire canadienne 2014

Rodger Oulton a organisé une visite des compresseurs aujourd’hui. Rodger, qui est notre « homme qui parle aux compresseurs », pourrait vous décrire chacune des pièces des deux compresseurs à bord. Le natif de Northport, une petite collectivité de Nouvelle-Écosse, participe aux travaux du Programme UNCLOS dans l’Arctique depuis 2007. Rodger, qui possède 46 années d’expérience comme mécanicien d’automobiles et de camions, a travaillé sur à peu près tous les véhicules imaginables. Il n’est donc pas étonnant que Boden Chapman ait d’abord pensé à lui lorsque vint le temps d’engager quelqu’un pour s’occuper des compresseurs.

Un compresseur constitue le cœur du système qui permet d’exécuter les levés sismiques. Il assure l’alimentation en air de l’ensemble de sismographes, un élément essentiel à la production des ondes sismiques, car sans lui, il serait impossible de réaliser les levés. Les compresseurs industriels à bord ont été fabriqués en Indiana puis modifiés afin de fonctionner adéquatement dans l’Extrême Arctique. Ces appareils aspirent l’air ambiant et le compriment en le faisant recirculer dans plusieurs étages, tout en augmentant la pression à chaque étape. Des épurateurs et des filtres de diverses natures permettent d’épurer l’air et d’éliminer l’eau qui pourrait endommager le moteur.

Rodger Oulton et le compresseur

Rodger Oulton et le compresseur. (Photo de Kai Boggild)

Les compresseurs sont logés dans de grandes enceintes situées juste au-dessus du pont d’envol. Les parois intérieures sont tapissées de clés et de tuyaux de ventilation et de chauffage. Dans un coin, un ordinateur transmet directement les données de la salle des compresseurs au laboratoire de surveillance sismique, situé deux ponts plus bas, afin que les personnes de quart préposées aux données et celles responsables des compresseurs restent en contact durant les levés sismiques. Si un arrêt temporaire des appareils ou des levés est requis, les personnes de quart responsables des compresseurs en sont avisées par un signal informatique qui déclenche trois gros gyrophares comme ceux des autos‑patrouilles des années 1970.

Au cours des six dernières années, soit l’équivalent de milliers d’heures de travail, M. Oulton et les autres membres de l’équipe ont pu établir quelles sont les conditions essentielles au bon fonctionnement d’un compresseur, notamment l’ajout de soupapes, de boyaux et de supports neufs qui permettent de le renforcer e t de l’utiliser dans les présentes conditions de travail. De nombreuses leçons ont été dégagées à l’improviste au cours des premières années du programme, alors que les températures polaires de l’Arctique ne faisaient pas encore partie des paramètres d’essai du matériel de ce type. Selon Rodger, le compresseur s’est très bien « comporté » cette année.

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Le 5 septembre 2014 - Jour 27 de l’expédition polaire canadienne 2014

Tôt en matinée hier, le Louis et le Fox ont temporairement quitté la banquise pendant leur périple vers Kugluktuk, au Nunavut. Il y avait de la houle à leur sortie des glaces, ce qui a causé un fort roulis. Dans les dernières semaines, les membres de l’équipage s’étaient adaptés au mouvement des navires sur la banquise, et il leur a fallu à nouveau trouver leur pied marin. Du coup, plusieurs personnes avaient un peu mal au cœur ce matin. Plus tard en soirée, le Louis a regagné la banquise et se fraye à nouveau un chemin dans les glaces. D’après de récentes images satellitaires, les brise‑glaces sont encore séparés de Kugluktuk par 1 000 à 1 200 km de glace, selon le parcours choisi et les conditions en cours de route.

La nuit dernière, le Fox (qui signifie renard) a rencontré l’un des siens. En effet, l’équipage a repéré un renard arctique sur la glace à environ 86o de latitude nord. L’animal portait de toute évidence encore son pelage d’été, qui est plus foncé que son manteau d’hiver. Les renards tendent à suivre les ours polaires et sont des détritivores très habiles. Dans l’Extrême-Arctique, ils se nourrissent de ce qui reste des carcasses (p. ex. phoques) abandonnées par les ours polaires, et ils sont généralement de bons indicateurs de la présence d’ours dans les parages.

Et, comme le voulait le destin, l’équipage a aperçu deux ours polaires vers 20 h, à environ 83o de latitude nord. Il semblait s’agir d’une maman et de son gros ourson. Aux dires de Nelson Ruben, notre observateur de mammifères, l’ourson était probablement âgé de trois ans. Notre spécialiste inuit nous a appris que les mères gardent leurs petits à leurs côtés jusqu’à ce que leurs hormones s’activent, après quoi elles les envoient promener (c’est peut-être un bon plan à suivre!). Les deux ours reniflaient l’air sur les glaces flottantes, à l’affût du moindre mouvement à l’intérieur des trous ménagés dans la glace. L’équipage s’attend à ce que les navires rencontrent d’autres ours pendant le voyage jusqu’à Kugluktuk, car ces gros mammifères blancs tendent à rester sur le bord de la banquise lorsqu’ils cherchent de la nourriture.

Ours polaires et renard arctique (coin supérieur droit) aperçus dans la dernière journée.

Ours polaires et renard arctique (coin supérieur droit) aperçus dans la dernière journée. Sources : W-A. Rainey; K. Boggild; équipage du Terry Fox

Les deux navires se trouvent à nouveau dans l’Arctique de l’Ouest et voguent actuellement au‑dessus du bassin de Podvodnikov. Le Louis n’était pas retourné dans ce secteur depuis 2011, année où il a participé à des levés du plateau continental avec le garde-côte Healy, de la Garde côtière américaine. Sur le plan tectonique, cette région du monde demeure un mystère non élucidé; de nombreuses questions fondamentales restent pour l’instant sans réponse. Les chercheurs tentent toujours d’établir la chronologie des événe ments qui ont créé la structure moderne du bassin. Il importe de mieux comprendre cette séquence pour insérer l’océan Arctique dans le cadre tectonique planétaire. David Mosher, scientifique en chef, qualifie l’océan Arctique de « dernier bastion de la tectonique des plaques », car celui-ci ne semble pouvoir s’insérer correctement dans aucun des modèles établis pour la région.

Ce sont ces questions auxquelles John Evangelatos, candidat au doctorat, cherche à répondre dans sa thèse. À bord du navire, il s’occupe du traitement des données de réfraction sismique. Sa thèse porte sur l’évolution du bassin de Makarov, et elle tire parti de données recueillies lors des levés canado-américains du plateau continental. Ce secteur a été très peu étudié jusqu’à présent, et l’absence de données antérieures représente son plus grand défi. Cependant, c’est précisément en raison de ce vide que les recherches de ce genre sont aussi gratifiantes, de faire valoir Evangelatos.

Au début de chaque journée, Evangelatos commence par isoler les « ondes directes » captées par les bouées acoustiques. Ces ondes sismiques ne se diffusent que par l’eau et circulent directement de la source à la bouée acoustique. En les isolant, il peut rectifier les levés et procéder à l’interprétation des vélocités acoustiques en milieu sédimentaire.

Les données recueillies cette année et au cours d’années précédentes viendront certes étayer les revendications du Canada au sujet du plateau continental, mais ce n’est pas là leur seule utilité : la communauté scientifique s’en servira pendant bien des années à venir. L’évolution de l’océan Arctique demeure un sujet d’un grand intérêt pour les chercheurs. Il s’agit de l’une des régions pionnières les moins bien connues de la planète, et la perspective des découvertes qui restent à faire est extrêmement stimulante.

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Le 7 septembre 2014 - Jour 29 de l’expédition polaire canadienne 2014

Le soleil se lève de plus en plus tard au fur et à mesure que le Louis et le Fox progressent vers le sud. La nuit dernière, il a fallu reculer les horloges d’une heure pour les adapter à l’heure de Kugluktuk. Ce soir, les horloges reculeront d’une autre heure, après l’entrée dans le fuseau horaire des Rocheuses. À l’approche du pôle Nord, les navires traversaient constamment les fuseaux horaires, de sorte qu’il était devenu insensé de changer l’heure. Toutes les horloges du navire restaient donc alignées sur le fuseau horaire de l’Est. Au pôle proprement dit, nous chevauchions en quelque sorte tous les fuseaux horaires.

Le Louis sillonne la lisière de la dorsale Mendeleev, qui fait partie du complexe de la dorsale Alpha-Mendeleev. Cette région est généralement considérée comme une vaste province pétrographique – l’une plus grandes de la planète, en fait. Cependant, des roches d’origine continentale modifiée s’y trouvent probablement mélangées. Les scientifiques ignorent pour l’instant si la structure de la dorsale est d’origine continentale ou océanique. Sa formation pourrait avoir été associée à l’ouverture du bassin Canada, mais les chercheurs sont confrontés au paradoxe de la poule et de l’œuf lorsqu’ils tentent de déterminer lequel des phénomènes est survenu en premier. Il s’agit d’un sujet d’étude tout aussi intéressant qu’insaisissable, en raison des glaces épaisses qui recouvrent à longueur d’année la majeure partie de la structure.

Le dimanche est réservé à la tradition à bord du Louis. Ce jour-là, officiers et stewards enfilent leur tenue de cérémonie estivale plutôt que leur uniforme de travail habituel. Ceux qui perdent la notion du temps à bord du navire peuvent généralement reprendre le fil à la vue des chemises blanches et des pantalons noirs. Pour le repas du midi, l’équipage a toujours droit à un bouilli terre-neuvien traditionnel : un mélange de bœuf salé, de chou, de navet et de carottes, auquel viennent souvent s’ajouter de la dinde et de la sauce. Beaucoup de sauce. Pour le repas du soir, le capitaine invite une poignée de membres d’équipage à sa table, dans la salle à manger des officiers supérieurs. La pièce abrite un élégant ensemble de salle à manger garni de couverts. Sur les cloisons trônent des portraits d’anciens capitaines du Louis et un portrait de la reine Elizabeth II. Le repas compte cinq services, et le plat principal est précédé d’un sorbet spécial.

Après le repas du dimanche de cette semaine, le capitaine Potts a convoqué l’équipage au salon de proue pour un exposé sur la construction du nouveau brise-glace polaire de la Garde côtière canadienne. Le nouveau bâtiment, qui sera baptisé John G. Diefenbaker, devrait remplacer le Louis vers 2021-2022. Le capitaine a présenté les différentes étapes du processus de conception et a montré des vidéos sur les essais de déglaçage et de tenue en mer réalisés sur une maquette (à échelle 1/25) pourvue d’une coque à la fine pointe de la technologie. Il est stimulant de voir le genre de navire à bord duquel les futurs travaux scientifiques pourraient être exécutés.

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Le 9 septembre 2014 - Jour 31 de l’expédition polaire canadienne 2014

Tard hier soir, le Louis et le Fox sont arrivés au premier point de cheminement d’une ligne sismique qui leur fera traverser le bassin d’ouest en est. L’objectif consiste ici à saisir des données sur les secteurs qui se trouvent entre ceux qui ont déjà été étudiés dans les années antérieures. Étant donné que cette ligne se trouve approximativement dans la même direction que la voie du retour vers Kugluktuk, c’est une bonne occasion d’essayer d’acquérir quelques données additionnelles.

En suivant cette ligne, les navires traverseront une structure que l’on croit être l’ancienne dorsale d’expansion du bassin Canada. À l’instar de la dorsale de Gakkel de l’ère moderne que les brise-glaces traversent dans le bassin eurasien, cette dorsale d’expansion pourrait avoir été, à un moment dans l’histoire, un centre d’expansion actif où il se formait une croûte océanique. La zone est maintenant recouverte d’une épaisse couche de sédiments. Une ligne sismique traversant la structure pourrait aider à déterminer s’il s’agit effectivement d’une dorsale d’expansion et à fournir certaines réponses quant à son origine. Avec le temps, ces données pourraient aider à brosser un portrait plus exact de la façon dont le bassin s’est ouvert initialement, une question qui demeure encore non résolue aujourd’hui.

Sans le soleil de minuit, la nuit a été la plus sombre que nous avons connue jusqu’à maintenant. Devant le Louis, nous pouvions voir clairement le Fox illuminé par ses projecteurs. L’humidité et le vent ont aussi augmenté au cours des derniers jours, mais la couverture de glace est très mince, comme l’indiquent clairement les données obtenues grâce au sondeur de sédiments monofaisceau de 3,5 kHz qui est constamment en activité. La glace étant plus mince, le sondeur n’enregistre que très peu de bruit et peut donc émettre un signal très clair. Ce signal montre une image à haute résolution des sédiments su périeurs, donnant un aperçu des activités récentes d’un point de vue géologique. Il est assez facile par exemple de détecter les mouvements de débris glaciogéniques et les surfaces d’érosion. Le fait que nous puissions recueillir ce genre de données tout au long de notre voyage de retour présente un réel avantage.

La noirceur et l’aube dans le bassin Canada au moment où le Foxillumine la voie pour le Louis. (Photo Kai Boggild)
La noirceur et l’aube dans le bassin Canada au moment où le Fox illumine la voie pour le Louis. (Photo Kai Boggild)

Tôt ce matin, l’équipe qui étudie les séismes a utilisé un hélicoptère pour déployer une bouée acoustique à 35 km environ devant le navire. L’hélicoptère laisse tomber la bouée dans une zone d’eau libre. La bouée s’active au contact de l’eau salée et fait jaillir une antenne d’émission. L’antenne est dotée d’un fanion orange fluorescent indiquant que l’antenne s’est déployée avec succès.

Le technicien en électricité Patrick Meslin déploie une bouée acoustique à partir de l’hélicoptère ce matin. (Photo Kai Boggild)
Le technicien en électricité Patrick Meslin déploie une bouée acoustique à partir de l’hélicoptère ce matin. (Photo Kai Boggild)

Le Louis et le Fox en position de recueillir des données sismiques comme on le voit par le pare-brise de l’hélicoptère. (Photo Kai Boggild)
Le Louis et le Fox en position de recueillir des données sismiques comme on le voit par le pare-brise de l’hélicoptère. (Photo Kai Boggild)

Aujourd’hui, le personnel scientifique et l&rsqu o;équipage ont reçu des nouvelles des recherches sur l’expédition Franklin, qui ont mené à la découverte dans les derniers jours de l’épave de l’un des navires de Franklin depuis longtemps disparus. Tous ont été très heureux d’apprendre la nouvelle de cette découverte qui est le fruit d’années de recherches. Certains membres de notre équipage ont des liens avec cette mission par l’intermédiaire de collègues, d’amis ou de partenariats de travail, et ils étaient ravis d’apprendre la nouvelle. En cette dernière semaine de l’expédition polaire canadienne, nous avons l’impression de vivre un moment unique en tant que témoins privilégiés du passé et de l’avenir de l’exploration de l’Arctique.

 

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Le 11 septembre 2014 - Jour 33 de l'expédition polaire canadienne 2014

Ce matin, les appareils sismiques ont été remontés, marquant ainsi la fin du profil sismique dans le bassin Canada. À proximité de la marge, la glace s'est rapidement épaissie. Cette situation était prévue, et les membres de l'équipe sismique étaient passablement impressionnés que la collecte de données puisse se poursuivre si loin dans l'épaisse banquise. Le profil sismique établi comportait des données de bonne qualité qui se raccordent aux lignes de données précédemment recueillies. Alors qu'il reste moins d'une semaine avant d'atteindre notre destination finale à Kugluktuk et après une longue période de transit depuis l'est de l'Arctique, les activités scientifiques ont revitalisé l'équipe scientifique.

Les données sismiques obtenues étaient impressionnantes et les données du sondeur de sédiments Chirp étaient tout aussi excitantes. Ce qui ressemblait initialement à des sédiments d'une plaine abyssale horizontale com portait en fait quelques belles structures sédimentaires. La pénétration dans les sédiments a montré quelques dépôts glaciaires et de contourite. Les contourites sont des dépôts de sédiments déposés par les courants océaniques profonds qui suivent les courbes bathymétriques (comme les courbes de niveau, mais en profondeur). Elles paraissent impressionnantes lorsqu'elles sont représentées sous forme de coupe transversale.

Vers le milieu de la journée, le Louis est arrivé au large du détroit M'Clure, au pied d'un prisme sédimentaire provenant du détroit que l'on décrit comme un cône à l'embouchure de l'auge glaciaire M'Clure. En dépit des pentes à faible inclinaison, il y a beaucoup d'action en raison de mouvements de masse et de coulées de débris (glissements sous-marins) le long de la pente.

En soirée, l'architecte naval Tracy Clarke a fait une présentation sur l'installation du sondeur multifaisceaux du Louis, qui a eu lieu ce printemps. Ce fut une extraordinaire démonstration d'ingénierie, alors qu'il fallait couper deux grands trous dans la coque du navire pour installer le système. Le sondeur multifaisceaux comprend des compartiments servant à loger un émetteur et un récepteur dans la coque. Ces compartiments abritent les instruments nécessaires pour produire et recevoir les impulsions permettant d'imager le fond marin. L'installation du système de sondage est particulièrement adaptée à la navigation dans les glaces polaires, et comprend une plaque de carénage hydrodynamique permettant d'éloigner les glaces des instruments. L'installation est un témoignage impressionnant des efforts de chacun des participants.


Légende : Le Louis en cale sèche à Québec, pendant le carénage au printemps dernier. (Photo : Gary Morgan)
Légende : Le Louis en cale sèche à Québec, pendant le carénage au printemps dernier. (Photo : Gary Morgan)

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Le 12 septembre 2014 - Jour 34 de l'expédition polaire canadienne 2014

Alors, comment peut-on obtenir un emploi comme explorateur dans l'Arctique? Demandez aux personnes à bord du Louis et vous obtiendrez des réponses très diverses. La majorité des membres de l'équipe scientifique viennent de l'Institut océanographique de Bedford (IOB) à Dartmouth (Nouvelle-Écosse). L'équipage du navire est basé principalement à Terre-Neuve, mais il y a également quelques membres qui vivent en Nouvelle-Écosse et dans certaines parties du Québec.

Le capitaine Potts est originaire de Pender Harbour sur la Sunshine Coast de la Colombie-Britannique. Le fait d'être sur l'eau a occupé une grande partie de la jeunesse de Potts. En fait, il n'avait que sept jours quand il a été ramené par bateau de l'hôpital à la maison. Pendant qu'il grandissait, Potts était toujours sur l'eau et il est devenu propriétaire d'un bateau à un tout jeune âge. Lorsque vint le temps de choisir un cheminement de carrière, il a tout naturellement décidé de s'inscrire au Collège de la Garde côtière canadienne en 1979, dans l'idée de devenir commandant un jour. Seulement une année plus tard, à l'été 1980, Potts a eu sa première expérience de navigation dans les eaux de l'Arctique à bord du NGCC Labrador. Depuis lors, Potts a navigué dans le Canada atlantique et se trouve une fois de plus dans le Grand Nord, mais cette fois à titre de commandant du Louis.

L'intérêt pour l'Arctique du chercheur principal David Mosher a également commencé lorsqu'il était étudiant. Alors qu'il était étudiant de premier cycle, il a goûté à la vie de chercheur scientifique au cours d'un emploi d'été à l'IOB. Mosher a découvert que l'institut de recherche pouvait être un milieu très intéressant et dynamique. Quelque chose s'est déclenché et lui a fait réaliser que la recherche était ce qu'il désirait poursuivre. Une fois diplômé, Mosher a obtenu un emploi d'été dans le cadre du projet sur l'île de glace canadienne. Cela lui a valu de vivre et de travailler sur la glace pendant de nombreuses semaines, en prélevant des carottes et en effectuant des mesures géophysiques. Ce travail a été sa première expérience sur le terrain dans l'Arctique, la première de nombreuses autres expériences. Pendant ses études doctorales, Mosher était à bord du navire allemand FS Polarstern au moment où le navire est devenu le premier brise-glace non nucléaire à atteindre le pôle Nord. Après son doctorat, il est finalement retourné à l'IOB et s'est consacré au Programme du plateau continental étendu du Canada. Depuis, il a été à l'avant-garde de la géologie dans l'Arctique, un domaine de recherche passionnant, en pleine évolution.

    Pour le technicien mécanicien Bob Murphy (surnommé Murf), il s'agit de son avant-dernière expédition scientifique avant de prendre sa retraite. Murphy a commencé à travailler à l'IOB lorsqu'il avait 21 ans, mais le début de sa carrière en sciences de la mer était loin d'être banal. Travaillant d'abord sur des sous-marins au chantier naval de Halifax, Murphy a ensuite été mis à pied et s'est vu confier certains travaux pour peindre des entrepôts à l'IOB. Alors que certains de ses collègues peintres étaient partis tôt un vendredi, Murphy a continué à travailler. Quelqu'un à l'IOB l'a remarqué et lui a donné un emploi à temps plein à titre de technicien. Depuis lors, Murphy a eu une longue et fructueuse carrière à l'IOB et il est un habitué de nombreux programmes scientifiques réalisés à l'institut. Lorsqu'il quittera le Louis, il se rendra à Tuktoyuktuk, dans les Territoires du Nord-Ouest, où il rejoindra le NGCC Amundsen afin de participer à un programme de carottage dans le détroit de Lancaster.

Il y a à bord des personnes qui proviennent de nombreuses sphères de la société, mais il y a une chose qu'elles ont en commun, c'est que tous leurs cheminements de carrière pointaient vers le nord - voire jusqu'à l'Extrême-Nord!

Murphy, Mosher, Potts

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Le 13 septembre 2014 - Jour 35 de l'expédition polaire canadienne 2014

Le matériel sismique a été réinstallé hier soir, afin d'acquérir plus de données. À présent, il s'agit d'une routine familière pour l'équipage de pont et l'équipe sismique. Durant la nuit, l'acquisition de données s'est déroulée comme d'habitude, mais la glace commençait à épaissir.

Au petit matin, avant le lever du soleil, les membres de l'équipe sismique dans le laboratoire ont remarqué que les relevés provenant de la flûte sismique avaient chuté, de sorte qu'ils sont sortis pour voir ce qui se passait. La flûte avait frappé un puissant obstacle dans la glace, qui avait arraché tous les flotteurs en bois, sauf un qui a été fracassé. La glace était suffisamment solide pour détacher également le largueur acoustique qui se trouve à l'extrémité de la flûte. C'était une démonstration convaincante de la puissance de la glace, un rappel important que la glace représente la principale difficulté des levés dans l'Arctique. Heureusement, la flûte sismique a été récupérée et les travaux sismiques étaient presque terminés. Cela montre que, même si vous prenez toutes les précautions, l'Arctique vous réserve toujours des surprises.

Légende : Les débris du dernier flotteur en bois qui restait sur la flûte (à gauche) et le largueur acoustique (à droite). (Photo : Kai Boggild)

Légende : Les d ébris du dernier flotteur en bois qui restait sur la flûte (à gauche) et le largueur acoustique (à droite). (Photo : Kai Boggild)

L'équipe sismique est d'avis que la flûte a probablement été projetée vers la surface lors d'une manœuvre du navire et que la glace s'est refermée sur elle. La flûte était sans doute coincée sur une pointe de glace et, lorsqu'elle a été tirée vers l'avant, la glace a sectionné les flotteurs en bois de l'anguille, tandis que le largueur acoustique s'est brisé en deux morceaux.

Après l'acquisition de données sismiques de la nuit dernière, l'équipe sismique a commencé à démobiliser le matériel ce matin. La « démob » signifie essentiellement d'emballer tout l'équipement et les gadgets utilisés pour la collecte de données. Ainsi, une fois le Louis au port, tout le matériel sera dégagé pour la prochaine étape scientifique. À la suite de cette expédition, le Louis mettra le cap ver la mer de Beaufort en vue de prendre part au programme de l'Étude conjointe des glaces de mer (JOIS).

En cours depuis 2003, le programme JOIS est axé sur la surveillance de la circulation de l'eau douce dans le tourbillon de Beaufort. Le tourbillon de Beaufort est un gigantesque courant circulaire qui s'étend sur le bassin Amérasien et qui influe sur la circulation de l'eau dans l'Arctique. La circulation et le volume d'eau douce dans le tourbillon sont influencés par une série de facteurs de changement, notamment la température de l'eau et les vents de surface. En surveillant les changements dans la répartition de l'eau douce d'une année à l'autre, les chercheurs peuvent mieux comprendre la façon dont le courant se comporte et réagit aux changements. Les mesures effectuées pendant l'expédition polaire canadienne de 2014 seront un apport utile pour le programme JOIS et serviront à combler certaines lacunes dans les données géographiques. Les océanographes Glenn Cooper et Jane Eert ont recueilli au cours de l'expédition un total de 127 mesures XCTD et des données de deux stations d'échantillonnage de l'eau avec une rosette, dont bon nombre étaient obtenues dans des zones géographiques de grande valeur scientifique le long de la route du navire.

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Le 16 septembre 2014 – Jour 38 de l’expédition polaire canadienne 2014

Pendant la nuit, le Louis et le Fox ont quitté la banquise pour ce qui devrait être la dernière fois au cours de ce périple. Le ciel était dégagé, et le personnel affecté au quart de nuit a même réussi à voir de faibles aurores boréales à l’horizon. Ce matin, l’équipage a continué de préparer le navire en vue de son arrivée au port, pour que tout le matériel et l’équipement personnel soient emballés et prêts à être déchargés à Kugluktuk.

Les aurores boréales aperçues de tribord, à bord du Louis, à 4 h du matin

Les aurores boréales aperçues de tribord, à bord du Louis, à 4 h du matin. (Photo : Kai Boggild)

Plus tôt dans la soirée, le Louis est entré dans la baie Franklin. Pour la première fois en six semaines, l’équipage a aperçu la terre ferme – les collines Smoking, qui bordent la côte sud-ouest de la baie. Ces collines renferment un gisement de lignite noir qui couve depuis au moins deux siècles. Déjà, au début du XIXe siècle, les premiers cartographes et explorateurs de la région avaient rapporté y avoir vu de la fumée. Lors d’une recherche des navires de l’expédition de Franklin en 1850, le capitaine Robert M’Clure avait pris cette fumée pour des feux d’un camp de survivants. Après s’être approché de la terre ferme, il a bien vu que la fumée provenait du sol proprement dit. L’équipage n’a pas vu de fumée aujourd’hui, mais il est souvent possible d’observer plusieurs trous d’aération actifs qui crachent de la fumée sulfureuse grise.

Le littoral de la baie Franklin

Le littoral de la baie Franklin. (Photo : Kai Boggild)

Kugluktuk représentait la dernière escale de nos observateurs de mammifères marins,  Nelson Ruben et Dale Ruben, qui ont été transportés jusqu’à Paulatuk à bord de nos deux hélicoptères embarqués. Dale poursuivra ensuite sa route jusqu’à Fort MacPherson où il retrouvera sa famille, notamment sa jeune fille, qui a récemment fait ses premiers pas. Il se réjouit aussi à la perspective de retourner à la chasse au caribou, qui vient de commencer.

Nelson, pour sa part, habite à Paulatuk, un petit hameau d’au plus 350 habitants qui se trouve à l’embouchure de la baie Darnley. Le nom Paulatuk nous vient du mot inuit qui signifie charbon, le même charbon qui brûle dans les collines Smoking. Comme le village est dépourvu de route, il n’est accessible que par avion ou par hélicoptère. Nelson affirme qu’il n’a aucun projet précis après son retour à Paulatuk, mais qu’il compte bien repartir en voyage lorsqu’il sera à nouveau établi.

Pendant le vol vers Paulatuk, les Ruben étaient accompagnés de David Mosher, scientifique en chef, et de Dave Levy, technicien en hydrographie. Le vol leur a permis d’admirer des vues saisissantes sur la toundra. Ils ont également aperçu une harde de bœufs musqués qui erraient en contrebas, à quelques kilomètres du village.

À la gauche : Avant le départ sur le pont d’envol. (De gauche à droite) David Levy, Dale Ruben, David Mosher, Nelson Ruben et Paul Mosher. À la droite : Hélicoptères et bœufs musqués

À la gauche : Avant le départ sur le pont d’envol. (De gauche à droite) David Levy, Dale Ruben, David Mosher, Nelson Ruben et Paul Mosher. À la droite : Hélicoptères et bœufs musqués. (Photo : David Mosher)

Nelson participe au Programme du plateau continental étendu depuis 2007. Il a d’abord été recruté comme observateur de mammifères marins, mais l’équipage n’a pas tardé à découvrir qu’il possédait de multiples autres talents. En effet, Nelson répare les véhicules et les motoneiges dans son village depuis des années, et il est devenu un mécanicien autodidacte hors pair. Peu après son arrivée à bord, le personnel technique a vite constaté à quel point il pouvait représenter un atout pour le programme. Depuis, Nelson joue un rôle de plus en plus important dans la préparation des pistolets pneumatiques utilisés pendant les relevés, et il exécute également d’autres tâches techniques, dont des travaux de soudure.

Passionné de plein air, Nelson est un guide et un chasseur accompli. Ses nombreuses années d’expérience lui permettent de déterminer l’âge d’un ourson d’un simple coup d’œil. Il a dirigé des excursions de chasse où il s’est retrouvé à quelques pas d’un ours polaire. Lorsqu’on lui pose la question, il se contente de rire et de dire que c’était « toute une bouffée d’adrénaline ».

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Du 18 au 21 septembre 2014 – Jours 40 à 43 de l’expédition polaire canadienne de 2014 – Retour à la maison

Mercredi soir, le Louis est entré dans le golfe Coronation au coucher du soleil. Kugluktuk était en vue, et c’était le temps de faire les derniers préparatifs pour le départ. Le personnel scientifique était occupé à faire des copies de sécurité des données, et des copies de sécurité des copies de sécurité. À l’approche de la fin de l’expédition, chaque personne a apporté ses effets personnels au pont d’envol pour qu’ils puissent être transportés sur le rivage par hélicoptère tôt le lendemain matin. L’équipage et le personnel se sont réunis pour ce qui allait être le dernier souper de l’expédition dans le carré, et leur dernière occasion pour déguster de la crème glacée molle (qui est devenue un must au moment des repas). Après souper, le personnel s’est rassemblé dans le salon avant pour la remise de prix et de certificats. David Mosher a remis au Louis, au Fox et à leurs commandants respectifs des ammonites montées de la part du personnel scientifique en guise de remerciement pour leur bon travail. Les ammonites appartiennent à un groupe fossile disparu; elles sont connues pour leur symétrie en spirale et ont existé du Dévonien moyen au Crétacé tardif. Les ammonites ont été choisies parce qu’elles vivaient encore sur la Terre à l’époque présumée de l’ouverture du bassin Canada. Selon certaines croyances orientales, leur forme en spirale aurait saisi la connaissance de l’Univers. La forme spiralée du fossile évoque aussi d’une certaine façon une poursuite circulaire, qui rappelle le Louis courant après la queue du Fox au cours de cette expédition.

Kugluktuk (Nunavut), vue de l’eau

Kugluktuk (Nunavut), vue de l’eau. (Photo de Kai Boggild)

Le lendemain matin, le personnel s’est levé à la première heure en prévision d’une journée de voyage. Au cours de la matinée, des nouvelles ont commencé à entrer, selon lesquelles l’état de la piste à Kugluktuk se détériorait. Compte tenu des prévisions de pluie, la piste ne serait probablement pas utilisable pour encore 36 heures. Il a alors été décidé de mettre le cap sur Cambridge Bay (Iqaluktuuttiaq) pour faire le changement d’équipage et débarquer le personnel scientifique. Plusieurs membres du personnel qui avaient déjà été conduits à Kugluktuk par voie aérienne ont été ramenés à bord. Ce contretemps comportait tout de même un avantage : la possibilité de déguster encore quelques portions de crème glacée molle avant de rentrer.

Le Louis a ensuite poursuivi sa route en direction Est par le passage du Nord-Ouest pour arriver à Cambridge Bay à l’aube. Le Louis a été accueilli par le NGCC Henry Larsen qui était à l’ancre à quelques milles de là. La journée a commencé comme la précédente. Vers le milieu de la journée, la plupart des membres du personnel scientifique et de l’équipage avaient été transportés par voie aérienne à l’aéroport. La municipalité de Cambridge Bay se trouve à une vingtaine de minutes de marche de l’aéroport par une route de terre et de gravier. Située au bord du passage du Nord-Ouest sur l’île Victoria, Cambridge Bay est l’une des plus grandes municipalités dans la région du Kitikmeok, au Nunavut. Sur le plancher océanique de la baie repose l’épave du navire de l’explorateur Roald Amundsen, le Maud. Il paraît que par temps clair, on peut voir l’épave de la surface à travers l’eau d’une clarté presque tropicale.

À l’heure du souper, le changement d’équipage du Louis était terminé, et quelques membres du personnel scientifique du prochain programme scientifique (JOIS ou Étude conjointe des glaces de mer) sont montés à bord. Il n’est jamais facile de voyager dans l’Arctique, et quelques scientifiques du Programme du plateau continental étendu et quelques membres de l’équipage du Louis ont fini par devoir attendre encore un jour… l’avion étant trop lourd pour prendre tout le monde! Il leur faudrait prendre un vol le lendemain avec l’équipage du Fox, qui avait suivi le Louis jusqu’à Cambridge Bay. Le commandant à bord du Louis pour la prochaine étape est le capitaine Marc Rothwell. Il était commandant pendant les missions de 2008, 2009, et 2011 du Programme du plateau continental étendu, et il connaît bien les exigences des activités scientifiques dans le Haut-Arctique.

Station du réseau DEW à l’extérieur de Cambridge Bay. À droite : Bœuf musqué empaillé accueillant les visiteurs à l’aéroport de Cambridge Bay

À gauche : Station du réseau DEW à l’extérieur de Cambridge Bay. À droite : Bœuf musqué empaillé accueillant les visiteurs à l’aéroport de Cambridge Bay. (Photo de Kai Boggild)

Le vol final à partir de Cambridge Bay le lendemain marquait la dernière étape du voyage pour les scientifiques, qui ont eu droit à un spectacle d’aurore boréale à travers les fenêtres de l’avion qui les a ramenés du Nunavut à St. John’s. C’est ainsi que s’est terminée la passionnante expédition de six semaines qui a fait vivre aux scientifiques canadiens et à l’équipage un aller-retour au sommet du monde. Il va sans dire que tous les membres du personnel n’oublieront jamais cette expédition. Elle n’aurait pas été possible sans le dévouement de membres du personnel de Ressources naturelles Canada, du Service hydrographique du Canada et de la Garde côtière canadienne. Un gros merci au capitaine Potts et à l’équipage du NGCC Louis S. St-Laurent ainsi qu’au capitaine Duane Barron et à l’équipage du NGCC Terry Fox pour leur excellent travail. L’exploration de l’Arctique ne fait que commencer, et cette expédition constitue une étape de plus dans la découverte des secrets du Grand Nord.

Sources :

Personnel scientifique

David Mosher, chercheur principal

Paola Travaglini, hydrographe en chef

John Shimeld, scientifique en second

Des Manning, technicien en chef

Borden Chapman, consultant en ingénierie

Ken Asprey, technicien mécanicien

Kevin DesRoches, intégration des données

Patrick Meslin, technicien en électricité

Bob Murphy, technicien mécanicien

Rodger Oulton, technicien mécanicien

Peter Pledge, soutien technique et à la navigation

Walli Rainey, soutien SIG

Dwight Reimer, collecte de données sismiques

Dale Ruben, observateur des mammifères marins

Nelson Ruben, observateur des mammifères marins

Peter Vass, technicien mécanicien

David Levy, technicien en hydrographie

Chris LeBlanc, hydrographe

Jim Weedon, collecte de données multifaisceaux

Jane Eert, spécialiste en océanographie physique

Glenn Cooper, spécialiste en océanographie chimique

John Evangelatos, traitement des données sismiques

Kai Boggild, étudiant

 

Équipage du NGCC Louis S. St-Laurent

Anthony Potts, commandant

Donald Whitty, capitaine en second

Trevor Hodgson, premier lieutenant

Kyle Hennebury, deuxième lieutenant

Baxter Stuart, troisième lieutenant

Ron Collier, chef mécanicien

Joost Van Hardeveld, chef mécanicien

Gerald McDonald, mécanicien principal

Dylan Dominie, premier mécanicien

Todd White, deuxième mécanicien

Jonathan Nowe, troisième mécanicien

Stuart Maclean, quatrième mécanicien

Freeman Steves, mécanicien de la Gestion de l’entretien des navires

Steve Tucker, officier électricien

Anthony Engbers, officier électricien

Tony Walters, officier de logistique

Rico Amamio, maître d’équipage

Gary Morgan, menuisier

Vince Mullett, treuilliste

Llewellyn Oram, matelot première classe

Paul Gillingham, matelot première classe

Alain Monfils, matelot

Chad Leriche, matelot

Yuri Mikhailyuk, matelot

Barney Noseworthy, matelot

Craig Joe, matelot

Keith Blake, matelot

Kenneth Pettipas, technicien, salle des machines

Cody Coleman, technicien, salle des machines

Bradley Gillard, technicien, salle des machines

Brandon Baker, technicien, salle des machines

Cyril O’Brien, technicien, salle des machines

Jeremy Lane, technicien, salle des machines

Kody Critch, technicien, salle des machines

Calvin Careen, technicien, salle des machines

Bradley Keeping, technicien, salle des machines

Kevin Power, chef cuisinier

Sylvie Arbour, magasinière

David Bartlett, magasinier

SueAnn Pye, seconde cuisinière

Jonathan Hoskins, second cuisinier

Cheryl Benger, seconde cuisinière

Deborah Hibbs, steward

Justin Morash, steward

Gregory Williams, steward

Chad Hedderson, steward

Kirk McNeil, steward

Colin Lavallee, pilote d’hélicoptère

Paul Mosher, pilote d’hélicoptère

Jacques Lefort, mécanicien d’hélicoptère

Carey McGrath, technicien en électronique

Denis Lambert, observateur des glaces

Claude Morency, conseiller médical

Elisabeth Paradis, conseillère médicale

Tracy Clarke, Marine Architect

Jeffery Janes, élève-officier (électricité)

Renee Hachey, élève-officière (mécanique)

 

Équipage du NGCC Terry Fox

 Duane Barron, commandant

Matthew Wheaton, capitaine en second

Dave Critch, premier lieutenant

Emilie Belanger, deuxième lieutenant

Morgan Begg, troisième lieutenant

Nigel Hawksworth, chef mécanicien

Todd Courtney, mécanicien principal

Boyd French, mécanicien principal

Ken Oake, premier mécanicien

Perry Pike, deuxième mécanicien

Eric Naugier, officier électricien

Randell Hayes, officier de logistique

Israel Strickland, maître d’équipage

Perry Kirby, matelot première classe

Wayne Stone, matelot première classe

Eugene Pretty, matelot première classe

David Maher, matelot première classe

Trevor Baldwin, technicien, salle des machines

Walter Lowe, technicien, salle des machines

Jeffery Simms, graisseur

Vince Hearn, graisseur

Lori Goodyear, magasinière

Nicole Sweetapple, chef cuisinière

Dolores Rumbolt, cuisinière adjointe

John Walsh, steward

Heidi Wells, technicienne en électronique

Ghislaine Télémaque, conseillère médicale

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