Printemps/été 2016

Le défi de l’innovation

Par Mark Williamson, Ph. D.

La définition générale du mot « innovation » dans le contexte de la science et technologie (S et T) a souvent été liée à une idée ou technologie unique et nouvelle ou à l’application d’idées préexistantes à de nouvelles exigences ou à des exigences établies de longue date. De ce point de vue particulier, le fait de faire preuve d’innovation, quoique nécessaire, ne permettra pas aux responsables du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) d’obtenir leurs résultats souhaités. Ainsi, les responsables du PCSS cherchent à innover de façon délibérée dans quatre domaines distincts, mais interreliés. Cette approche a ses racines dans le modèle précurseur de l’Initiative de recherche et de technologie chimique, biologique, radionucléaire et explosive (IRTC).

Innovation en matière de partenariat : Cela renvoie au besoin continu d’établir des réseaux à l’échelle de tout le milieu de la sûreté et de la sécurité, rassemblant ainsi les décideurs, les responsables des politiques, les opérateurs et les intervenants, les innovateurs, les experts de la S et T, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, de même que les administrations municipales. L’innovation en matière de partenariat assure une compréhension en profondeur en ce qui a trait aux problèmes et aux solutions potentielles, aux priorités et aux exigences relatives, ainsi qu’aux situations d’urgence qui s’y rapportent. L’innovation dans ce domaine est conçue pour créer un sens des priorités, accroître la probabilité de réussite des résultats de projet, et instaurer une approche commune et unifiée à l’égard de la sûreté et de la sécurité.

Innovation en matière de gouvernance : Même si le PCSS est un programme fédéral, il doit avoir une incidence sur toutes les couches de la société canadienne. En plus des quatre ordres de gouvernement, le programme interagit avec plus de 20 ministères fédéraux, chacun jouant un rôle afin de définir la sûreté et la sécurité de la nation. Une structure de gouvernance forte, cohérente et interreliée est essentielle pour un tel programme. Dans le but de favoriser une plus grande inclusion, nous élaborons un modèle de gouvernance divisé qui cherche à tisser des liens plus directs entre les responsables des problèmes et ceux chargés de mettre en œuvre et de soutenir les solutions. De ce fait, le programme s’éloigne d’un modèle de gouvernance universelle pour privilégier un modèle adapté à des domaines particuliers dans le contexte général de la sûreté et de la sécurité.

Innovation en matière de mobilisation : En ce qui concerne le PCSS, nous avons, grâce à un travail en étroite collaboration avec Services publics et Approvisionnement Canada, dans une grande mesure, pu transformer nos discussions avec nos réseaux de partenaires en projets de collaboration actifs et prioritaires d’une manière conforme aux impératifs de l’approvisionnement concurrentiel. Même si le modèle a fait preuve de succès et s’est révélé innovateur, nous continuons de mettre au point d’autres instruments d’investissement, notamment un programme de contributions, des liens créés avec d’autres programmes gouvernementaux (p. ex. Programme d’innovation Construire au Canada et Programme d’aide à la recherche industrielle) et des ententes internationales. Nous avons constaté que, une fois que le défi a été cerné et diffusé, a fait l’objet d’un processus concurrentiel et que des partenariats ont été créés en vue de le relever, l’innovation en matière de S et T ne manque pas sur la voie vers l’obtention de résultats.

Innovation en matière d’exploitation et de transition : Le fait que les investissements effectués dans le cadre du PCSS donnent les effets voulus ne se limite pas à la production d’extrants liés aux projets particuliers. Afin d'assurer la transition des extrants découlant des investissements du PCSS, qu'il s’agisse d'une technologie, d’un système, d'un processus ou d’un conseil fondé sur des preuves, nous devons adopter une approche proactive et systématique, appliquée tout au long du cycle du projet et au-delà du projet. Nous reconnaissons que la réussite au chapitre de la stimulation de l’innovation n’est qu'un aspect de la façon dont nous obtenons les résultats et qu'il faut déployer des efforts importants pour créer des environnements qui favorisent la transition.

Mark Williamson est le directeur général du Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS).


 

Les leçons tirées de l’Exercice Vulcan contribueront à parfaire un programme de formation à l’intention des intervenants d’urgence partout au Canada

Un chef des pompiers fait le bilan d’une fin de semaine qui a mis en évidence des compétences spécialisées de lutte contre les incendies et des ressources utiles pour combattre des incendies causés par des liquides inflammables suivant un déraillement de train.

 Par Tom DeSorcy

Les 12 et 13 mars 2016, des pompiers de 10 services d’incendie de la vallée du Fraser, en Colombie‑Britannique (C.-B.), et moi-même avons pris part à un exercice qui définira la norme en vertu de laquelle les premiers intervenants gèrent les liquides inflammables de classe 3 (comme le pétrole brut, les alcools, les peintures et les pesticides) transportés par voie ferroviaire au Canada. Transports Canada, de concert avec le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS), a dirigé l’Exercice Vulcan, un exercice de formation pilote qui permettra d’améliorer la capacité d’intervention en cas d’incident mettant en cause un train qui transporte des liquides inflammables comme du pétrole brut.

Ma participation

C’est en novembre 2015 que j’ai commencé à m’impliquer dans le cadre de l’Exercice Vulcan, un exercice financé par le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS). J’ai été invité à prendre part à un exercice « sur table » en prévision de ce qui deviendrait un exercice à grand déploiement. Dans la pièce étaient présents des représentants de Transports Canada et de RDDC CSS, ainsi que des membres du service d’incendie de Saint John, au Nouveau‑Brunswick. Nous nous sommes penchés sur un exercice de déraillement de train mettant en cause des liquides inflammables de classe 3 dans une petite collectivité d’une population inférieure à 200 habitants.

Une autre condition préalable à l’exercice qui s’est tenu en mars était que les participants devaient participer à un entretien téléphonique qui visait à évaluer nos connaissances des interventions liées aux liquides inflammables. L’entretien a été suivi d’une séance de formation en ligne interactive de deux heures sur la façon de gérer les incidents mettant en cause ces types de liquides.

L’information recueillie grâce à l’exercice sur table et aux entrevues était précieuse pour aider à concevoir l’exercice à grand déploiement, prévu en mars.

L’exercice en direct

La journée de samedi, le 12 mars, a commencé par un exposé du chef des pompiers de Lac‑Mégantic, Denis Lauzon, et s’est poursuivie par une séance d’information offerte par des spécialistes des matières dangereuses de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) et de Chemin de fer Canadien Pacifique (CP) et par des experts de l’industrie. Les participants ont ensuite visité les lieux de deux scénarios et une exposition statique de pièces d’équipement spécialisées, comme un camion d’intervention en cas d’urgence, un camion de mousse extinctrice et de l’équipement de surveillance de la qualité de l’air.

Le dimanche, les participants ont pris part à tour de rôle à deux scénarios en direct : l’arrivée sur les lieux d’un déraillement et la découverte d’une flaque de liquide en feu près d’une citerne.

Le volet en direct de l’exercice s’est terminé par une autre évaluation ayant pour but de mesurer les nouvelles connaissances des participants à la suite de l’exercice afin de les comparer aux résultats des entrevues effectuées avant l’exercice. Cette évaluation aidera Transports Canada à modifier la structure et le contenu du cours pour que ce dernier puisse être offert en une fin de semaine.

Je trouve que l’exercice a été bien révélateur. Nous avons pris conscience de l’importance de ne pas intervenir, c’est‑à‑dire de ne pas prendre de mesures ni offensives ni défensives sur les flammes, du moins au départ. Nous avons appris à nous abstenir d’arroser l’incendie tout de suite, comme l’apprennent les pompiers de bâtiments pendant leur formation. On nous a plutôt enseigné de refroidir les citernes d’abord, puis ensuite répandre la mousse sur les flammes.

Commentaires des partenaires et des observateurs

Pour Transports Canada, l’aspect le plus important de l’exercice consistait à mesurer les connaissances et les capacités actuelles des pompiers, et d’établir le niveau typique de formation sur les matières dangereuses ainsi que le type d’interventions qui peuvent être attendus dans la plupart des régions rurales.

Louis Marcotte, chef des opérations d’intervention pour le transport des matières dangereuses à Transports Canada, a expliqué la dimension inédite de l’exercice, à savoir le changement de culture au moment d’enseigner aux pompiers de bâtiments le concept d’intervention « TASC », soit en temps opportun, appropriée, sécuritaire et coordonnée.

M. Marcotte a dit que Transports Canada améliore son approche à l’égard des intervenants d’urgence pour les sensibiliser au programme des plans d’intervention d’urgence (PIU). Il a expliqué que plusieurs spécialistes des mesures correctives de Transports Canada peuvent se rendre sur les lieux d’un incident pour aider les services d’incendie en partageant leurs connaissances du produit en cause et en contribuant à contenir l’incident, tout en laissant aux autorités des services d’incendie locaux la direction des opérations, et en travaillant sous un commandement unifié. Il a aussi mentionné qu’on peut communiquer avec le Centre canadien d’urgence transport (CANUTEC) par téléphone, pendant que les pompiers appliquent le Guide des mesures d’urgence ; si l’on appelle le CANUTEC, on peut obtenir des renseignements sur des ressources importantes, en particulier les coordonnées de la personne responsable d’activer le PIU concerné.

Ibrahima Sow, gestionnaire, Exercices et programmes des préparatifs d’urgence à Transports Canada, a souligné qu’il est important que les premiers intervenants se rendent compte qu’ils peuvent demander rapidement et efficacement de l’aide au moment de faire face à des incidents mettant en cause des liquides inflammables et que des ressources importantes sont disponibles, y compris le gouvernement, la compagnie de chemin de fer concernée par l’incident, l’industrie et les entrepreneurs.

John deHooge, chef à la retraite du Service des incendies d’Ottawa et ancien membre de l’exécutif de l’Association canadienne des chefs de pompiers, a assisté à l’exercice Vulcan à titre d’observateur représentant la communauté de pratique du PCSS pour les Services des incendies. Selon lui, les quelques 111 000 pompiers canadiens--dont 80 000 sont des bénévoles--bénéficieront grandement d’un programme de formation qui leur donnera les connaissances et les compétences nécessaires pour intervenir en toute sécurité à des feux de liquides inflammables de classe 3 dans leurs collectivités.

« Tous les pompiers ont besoin de développer leur sensibilisation aux incidents ferroviaires et suivre le programme connexe, poursuit deHooge. Même si les trains de marchandises dangereuses ne sont pas acheminés par toutes les collectivités canadiennes, ce programme peut répondre à ce qu’il faut faire dans des cas comme la catastrophe survenue à Lac-Mégantic et il sera mis à la disposition de toutes les collectivités exposées à ce risque ».

Dernières réflexions

L’exercice Vulcan a souligné l’importance d’effectuer une inspection ou une évaluation des lieux d’un incident avant qu’on ne s’y précipite. Les participants ont pu bénéficier de l’enseignement direct d’experts, ce qui a permis d’aider à mettre sur pied un réseau d’intervenants; dans les petites municipalités, les municipalités rurales ou les villes, il existe un nombre limité de ces experts dans le domaine, c’est pourquoi la dimension de réseautage de l’exercice est essentielle.

De par mes 33 années de service en tant que pompier, dont 16 en tant que chef de pompiers, je suis persuadé que les connaissances que les pompiers ont acquises au cours de cet exercice transformeront la manière dont les services d’incendie interviennent à ces types d’incidents. De plus, elles permettront aux services d’incendie de petite taille de gérer ces incidents, sachant que des ressources sont disponibles et qu’ils ne sont pas seuls.

Pour en savoir plus, visitez la page Web de l’exercice Vulcan.

Tom DeSorcy est le chef des pompiers de Hope (C.-B.), ainsi que le directeur des communications et président du comité de la conférence de l’Association des chefs de pompiers de la C.-B.


 

Analyse nucléo-légale au Canada : Investir dans une expertise coordonnée et intégrale

Par Elizabeth Inrig

Par un matin d’hiver par ailleurs ordinaire, un colis suspect a été intercepté dans une salle de courrier du gouvernement après qu’un objet métallique et dense a été détecté à l’intérieur du paquet à la suite d’une inspection habituelle par rayon X. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a immédiatement dépêché des agents de l’Équipe nationale d’intervention en cas d’incident chimique, biologique, radiologique, nucléaire ou explosif (CBRNE), qui ont, après avoir établi l’absence d’engins explosifs, transporté le colis à leur laboratoire mobile. Avec l’aide de membres de l’Équipe fédérale d’évaluation radiologique, les agents ont examiné le colis et ont déterminé qu’il renfermait une source hautement radioactive de cobalt 60, une matière très dangereuse ayant été cachée à l’intérieur d’une lourde enveloppe blindée de plomb.

Si vous vous demandez pourquoi cette nouvelle n'a jamais été présentée aux actualités, il y a une bonne explication : il s’agit d'un scénario fictif créé à l’occasion d'un exercice récent conçu pour évaluer les capacités du réseau national de laboratoires d’analyse nucléo-légale du Canada. Grâce à la multiplication d’émissions télévisées comme CSI, la plupart des personnes connaissent la médecine légale -- l’examen scientifique d’éléments de preuve visant à révéler des liens entre les personnes, les endroits, les choses et les événements -- mais connaissent moins l’analyse nucléo-légale.

Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l'analyse nucléo-légale est « l'examen de matières nucléaires ou d’autres matières radioactives ou d’éléments de preuve contaminés par des radionucléides dans le cadre de procédures juridiques intentées en vertu du droit international ou du droit national lié à la sécurité nucléaire » (voir IAEA NSS #2-G).

Le sergent Dave Rolston, membre de l’Équipe nationale d’intervention en cas d’incident CBRNE de la GRC, est parfaitement conscient du besoin d’établir une solide expertise en matière d’analyse nucléo‑légale. « Si nous étions appelés à enquêter sur les lieux d’un événement comme celui présenté dans le scénario de l’exercice, il y aurait bon nombre de questions auxquelles il faudrait répondre. Les indices classiques provenant du colis, comme les empreintes digitales ou l’ADN, seraient des éléments très importants de l’enquête. Il serait tout aussi important que l’on puisse analyser la matière radioactive elle-même afin de déterminer l’isotope et son origine et de découvrir comment cette matière a pu se retrouver dans les mains d’une personne autre qu'un titulaire de permis ou d’un destinataire réglementé ».

À l’occasion du Sommet sur la sécurité nucléaire de 2012, qui s’est tenu à Séoul, en Corée du Sud, le Canada présenta ses plans pour élargir ses capacités en matière de médecine nucléo-légale, tel que décrit dans l’énoncé suivant compris dans le rapport national des progrès présenté par le Canada au Sommet :

Le Canada achève l’élaboration d’une stratégie visant à améliorer ses capacités internes en matière d'analyse nucléo-légale, qui prévoira la mise sur pied officielle d’un réseau canadien de laboratoires d’analyse nucléo-légale, la création d’une bibliothèque nationale de signatures nucléaires et radiologiques et l’accroissement de la capacité du Canada à effectuer des analyses judiciaires d’éléments de preuve touchés par une contamination radiologique.

Pour donner suite à cet engagement, on a lancé en 2012, le projet national sur la capacité d’analyse nucléo-légale du Canada, financé dans le cadre du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS). Celui-ci fut dirigé par Énergie atomique du Canada ltée par l’entremise de son organisme de mise en œuvre, les Laboratoires Nucléaires Canadiens (LNC).

Les travaux ont été divisés en deux volets, l’un s’attachant à l’établissement d’un réseau de laboratoires d’analyse de matières radiologiques et nucléaires (RN) et l’autre visant la création d’une Bibliothèque médico-légale nucléaire du Canada (BMLNC). Au cours des trois dernières années, le projet a permis de réunir des scientifiques spécialisés dans les matières RN du gouvernement fédéral, des membres du personnel d’application de la loi, des experts en médecine légale, des experts d’organismes de réglementation et des analystes des politiques internationales, et ce, afin d’entamer la mise sur pied d’une capacité coordonnée d’analyse nucléo-légale et, au bout du compte, l’élaboration d’un cadre officiel permettant de soutenir cette capacité.

« En raison de l’étendue de son expérience, de son expertise et de ses installations, les Laboratoires de Chalk River sont tout particulièrement bien équipés pour appuyer l’initiative d’analyse nucléo-légale, déclare Bhaskar Sur, directeur du programme de sûreté et de sécurité des LNC. Dans le cadre du PCSS, et grâce aux efforts déployés par d’autres partenaires, le Canada a réalisé des progrès énormes pour faire avancer ses capacités d’analyse nucléo-légale. Les compétences rassemblées pour œuvrer à cette initiative sont une véritable preuve des connaissances et de l’expertise de calibre mondial que nous possédons au Canada ».

Cette initiative pangouvernementale a illustré le succès d’une approche collaborative impliquant de nombreuses organisations, soit le ministère de la Défense nationale, y compris les Forces armées canadiennes, Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC) et le Collège militaire royal du Canada, ainsi qu’Énergie atomique du Canada ltée (Laboratoires nucléaires canadiens), la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), Santé Canada, le Conseil national de recherches, la GRC, Sécurité publique Canada et Affaires mondiales Canada.

Le projet tire maintenant à sa fin et il a clairement réussi à aborder un certain nombre d’enjeux critiques. L’équipe de projet a effectué une évaluation détaillée des lacunes sur le plan des capacités nationales d’analyse nucléo-légale du Canada et a récemment rédigé des exigences et des lignes directrices couvrant des sujets allant de l’échantillonnage à la collecte d’éléments de preuve en passant par l’assurance de la qualité en laboratoire et la chaîne de possession. On a mis sur pied un prototype de Bibliothèque médico-légale nucléaire du Canada pour rassembler des signatures de matières RN, et on a créé un outil d’analyse des données pour faciliter la catégorisation d’échantillons concentrés de minerais d’uranium inconnus.

« Les outils et les connaissances générés dans le cadre de ce projet national ont une valeur inestimable afin de renforcer les capacités d’analyse nucléo-légale du Canada, a dit Mark Williamson, directeur général du Centre des sciences pour la sécurité de RDDC. Il s’agit d’un exemple parfait du rôle que joue le milieu scientifique du gouvernement afin de mettre au point des capacités et d’élaborer des données fondées sur les preuves à l'appui de la sécurité de la nation; à l’avenir, le PCSS continuera d’investir dans des activités ciblées de recherche et de développement afin de combler les lacunes cernées au cours du projet ».

Au Sommet sur la sécurité nucléaire, qui s’est tenu en avril 2016, le Canada a réitéré son engagement à rendre officiel un réseau d’analyse nucléo-légale en vue d’« intenter des poursuites pour des actes terroristes nucléaires et l’utilisation à des fins criminelles de matières nucléaires ». Voir la Déclaration nationale du Canada (en anglais). Les investissements effectués à ce jour dans le domaine de l’analyse nucléo-légale dans le cadre du PCSS ont établi de solides assises, et la CCSN prend maintenant en main l’initiative en élaborant le cadre d’un programme pluriministériel officiel d’analyse nucléo-légale et obtenant des ressources pour soutenir et parfaire des capacités à l’échelon national.

La directrice générale de la Direction de la sécurité et des garanties de la CCSN, Kathleen Heppell-Masys, voit d’un bon œil l’avenir de l’analyse nucléo-légale au Canada : « Nous comptons nous appuyer sur les réalisations de ce projet et travailler avec nos partenaires fédéraux pour établir une capacité nationale opérationnelle en matière d’analyse nucléo-légale. Grâce à ces efforts, le Canada serait bien placé pour diriger rapidement une enquête approfondie afin de mettre en accusation les auteurs d’un éventuel acte terroriste nucléaire, si l’impensable devait se produire ».

Elizabeth Inrig est une scientifique de la Défense qui travaille au sein de l’équipe de Défense radiologique et nucléaire au Centre de recherches d’Ottawa de Recherche et développement pour la défense Canada et un gestionnaire de projet dans le cadre du projet national sur la capacité d’analyse nucléo-légale du Canada.


 

CAUSE IV : Une percée majeure effectuée dans le cadre de l’expérience souligne l’importance de la technologie pour appuyer les intervenants d’urgence

Par Denis Gusty et Danya Vidosa

En avril 2016, le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS) et la Direction des sciences et de la technologie du département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS S&T), en partenariat avec Sécurité publique Canada, se sont donné rendez-vous à Sarnia, en Ontario, et à Lake Huron, au Michigan, pour explorer la façon dont la technologie pourrait améliorer les opérations d’intervention et de rétablissement au cours de catastrophes transfrontalières.

L’expérience était fondée sur un scénario fictif décrivant un environnement venant d’être frappé par une tornade et dans lequel des paramédics doivent transporter des patients d’hôpitaux bondés, d’un côté de la frontière à l’autre, en se faufilant entre des débris soufflés par le vent, des lignes électriques jonchant le sol et des épaves automobiles.

« CAUSE IV comprenait deux vignettes, la première étant dirigée par RDDC CSS et la seconde, par DHS S&T, a expliqué Philip Dawe, chef de section, Gestion multi-agences de crise, RDDC CSS. Elles visaient à mettre en lumière des éléments critiques comme la connaissance de la situation, des outils de communications fiables, les alertes et les avertissements destinés au public et l’accès à des données en temps réel aux fins du processus décisionnel, de la planification et de l’affectation des ressources ».

Chaque expérience CAUSE repose sur les leçons apprises au cours des années précédentes, et met l’accent sur différentes capacités. Pour CAUSE IV, l’équipe responsable de concevoir l’exercice a consciemment lié les vignettes afin de démontrer à quel point les divers participants, soit les responsables de la gestion d’urgences et de la sécurité frontalière, les paramédics, les bénévoles numériques et les membres du public, sont interdépendants et doivent travailler ensemble pour améliorer les interventions en cas de catastrophe.

Vignette 1 : Le maintien des communications constantes est essentiel

Au cours de l’expérience, des bénévoles numériques actifs sur des médias sociaux ont fourni des renseignements au sujet de l’obstruction d’une route. Ils ont communiqué cette information au centre des opérations d’urgence (COU), ce qui a permis au répartiteur de faire détourner l’ambulance pour qu’elle puisse éviter ce chemin.

Même avant que les participants ne parviennent à la frontière, le partage de renseignements exacts était essentiel. Les autorités frontalières doivent autoriser les ambulances à traverser la frontière rapidement, mais ce, sans compromettre la sécurité. « Actuellement, nous obtenons des renseignements au téléphone, et des erreurs de transcription pourraient causer des délais au processus de contrôle, a affirmé Eugene Rosso, chef des Services des douanes et de la protection des frontières des É.-U. au point d'entrée de Port Huron, au Michigan. Le fait d’obtenir l’information par voie électronique, sous forme numérisée, nous permet de la traiter de façon exacte, et nous sommes prêts lorsque les intervenants d’urgence arrivent ».

« En étant capable de partager ce type d’information entre les paramédics et les autorités frontalières, nous pouvons réduire les délais d’intervention à la frontière, a dit Doug Socha, gestionnaire à l’époque du portefeuille des paramédics à RDDC CSS, et responsable de la première vignette. Cela, jumelé avec la capacité des paramédics à communiquer et partager des renseignements sur les patients avec d’autres personnes clées, pourrait véritablement sauver une vie ».

Comment pouvons nous cependant partager efficacement l’information lorsque chaque pays utilise des réseaux distincts? « À l’heure actuelle, si une ambulance, un camion de pompiers ou une voiture de police se rend d’un pays à l’autre, nous perdons le signal et devons établir une nouvelle connexion avec le réseau des É.-U. et vice versa », a déclaré Jeff Brooks, directeur adjoint des services de gestion d’urgence du comté de Lambton.

« L’un des objectifs de la première vignette consistait à établir une connectivité sans interruption, ce que nous appelons continuité de la session, a dit Joe Fournier, gestionnaire de portefeuille, Technologies sans fil, RDDC CSS. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le Centre de recherches sur les communications Canada (CRC) et Texas A&M University pour créer temporairement dans chacun des pays un réseau à large bande pour la sécurité publique ».

Des essais effectués avant la tenue des expériences ont montré que les appareils mobiles et les applications logicielles qu’ils hébergent pouvaient passer d’un réseau à un autre sans interruption de la connectivité. Cela a permis aux participants, au cours de l’expérience, de transmettre continuellement des données, notamment celles sur les signes vitaux des patients, des électrocardiogrammes et des vidéos en direct diffusées en temps réel, d’un hôpital à un autre et de l’ambulance à l’hôpital.

« Il s’agit d’une percée majeure, a déclaré Eric Lafond, ingénieur principal au CRC. Lorsque des personnes traversent la frontière et se déplacent d’un réseau à un autre, il y a une interruption de communications et il faut rétablir la connexion. Il ne s’agit pas d'un problème important pour les citoyens ordinaires; toutefois, pour les intervenants d’urgence, la perte de précieuses minutes pourrait avoir des effets dévastateurs. Les réseaux temporaires que nous avons construits ont permis aux paramédics de demeurer branchés pendant tous leurs déplacements, même lorsqu’ils traversaient la frontière internationale et passaient d’un réseau à un autre. C’est une première ! ».

Vignette 2 : De multiples sources de données offrent des renseignements essentiels aux décideurs

Au cours de la deuxième vignette, les participants ont évalué la manière dont l’information provenant de médias sociaux et de bénévoles numériques, ainsi que de centres d’appels 2 1 1 – où les membres du public peuvent téléphoner pour obtenir des renseignements sur les services communautaires, sociaux, de santé non cliniques et gouvernementaux – pouvait accroître la connaissance de la situation. Ces données ont été analysées en temps réel et utilisées pour produire des cartes permettant aux COU d’améliorer la planification des interventions et la prise de décisions.

« Nous avons fait appel aux médias sociaux pour diffuser de l’information au public, mais il s’est toujours agi d’un processus à sens unique, a affirmé Mark Wetering, coordonnateur de la gestion d’urgences du comté de Lambton. Le programme des bénévoles numériques nous a permis d’obtenir de l'information provenant de membres du public qui publient sur les médias sociaux ».

Au cours de l’expérience, des observateurs météo expérimentés ont partagé des renseignements acquis sur le terrain à l’aide d’un formulaire spécialisé, et des bénévoles numériques ont communiqué de l’information au COU au sujet de routes bloquées, d’arbres affaissés et de crues soudaines, qu’ils ont recueillie à l’aide de publications affichées par le public sur les médias sociaux (sur des comptes Twitter créés dans le cadre de l’expérience CAUSE IV).

« CAUSE IV nous a permis de déterminer la façon d’effectuer des recherches dans les médias sociaux, d’extraire ce qui est essentiel et de l’appliquer instantanément à nos cartes », a dit Jeff Friedland, directeur de la gestion des urgences pour la sécurité intérieure du comté de St. Clair, au Michigan.

Les centres d’appels 2-1-1 offrent aussi une source riche de données. « Nous recevons une quantité de renseignements de personnes qui nous appellent que nous pouvons transmettre aux municipalités, et nous espérons que ces renseignements pourront contribuer à éclairer les décisions prises dans un COU au cours d’une situation d’urgence », a déclaré Jennifer Tanner, gestionnaire de projet pour les centres d’appels 2-1-1 du sud-ouest de l’Ontario.

Les centres d’appels 2-1-1 peuvent également fournir de l’information au public sur des sujets comme la fermeture de routes, l’emplacement de refuges d’urgence, la façon d’assurer la sécurité des animaux domestiques et la manière d'aider les victimes. Cela favorise la réduction du nombre d’appels non urgents aux centres d’appels 9-1-1.

La seconde vignette a aussi permis d’examiner des enjeux concernant l’affectation des ressources au cours de l’évaluation des dommages après la catastrophe, la mise en application d’accords d’aide mutuelle et les technologies qui peuvent alerter le public à l’égard d’un danger imminent.

Leçons apprises et relations durables

Selon des résultats préliminaires, l’expérience a été une réussite retentissante. Les technologies ont donné les résultats escomptés et les participants ont cerné des processus qui doivent être perfectionnés afin d’optimiser leur utilité au cours des opérations. Fait le plus important, l’expérience a renforcé de nouvelles relations et des relations existantes entre des responsables de la gestion des urgences.

« Il s’agit de l’un des bénéfices majeurs des expériences CAUSE, a conclu Mark Williamson, directeur général, RDDC CSS. Les participants travaillent ensemble dans le cadre d’un scénario fictif, mais les connaissances acquises et les liens tissés continueront d’être pertinents bien après la fin des expériences et auront des répercussions durables sur les véritables opérations dans la région ».

Le compte rendu après action de CAUSE IV portera sur les conclusions et les leçons apprises de l’expérience. Le rapport sera accessible dans la base des publications de RDDC au cours des prochains mois. Visitez la page Web de CAUSE IV pour obtenir un complément d’information.

Vous pouvez également en connaître davantage au sujet des expériences sur le blogue de DHS S&T.

Denis Gusty est gestionnaire de programme du First Responders Group de DHS S&T. Danya Vidosa est conseillère principale des communications à RDDC CSS. Christopher Solomon, analyste en communication à Teracore, a aussi contribué à cet article.


 

Modernisation du système de signalement des incidents suspects

Par l’Équipe nationale des infrastructures essentielles de la GRC

Le Canada n’est pas à l’abri de menaces terroristes. Cela a été mis en évidence plus récemment en octobre 2014, où deux attaques de terroristes -- à Saint‑Jean‑sur‑Richelieu, au Québec et à Ottawa, en Ontario -- ont ciblé des membres des Forces armées canadiennes et des personnes sur la Colline du Parlement.

La plupart des attaques terroristes sont précédées de signes préalables à l’attaque qui peuvent être cernés, signalés et analysés et faire l’objet de mesures. Le fait de recueillir les signalements d’incidents suspects isolés (p. ex. des personnes qui photographient des dispositifs de sécurité ou des infrastructures en un endroit) et de les analyser dans un contexte général pourrait aider à déterminer une menace potentielle contre la sécurité nationale et à prévenir les attaques.

Modernisation du système de SIS

En 2015, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a reçu des fonds dans le cadre du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) pour moderniser le système de signalement des incidents suspects (SIS). Selon David Cassidy, gestionnaire de projet principal pour le système de SIS, « les avancées technologiques ont forcé le retrait de la plateforme actuelle et ont justifié la modernisation du système pour mieux servir les parties intéressées et la GRC ».

Directrice de l’ENIE, Sandy Harvey affirme que le rôle du système de SIS est « de faciliter le partage, l’échange et la recueille de l’information entre les parties intéressées de l’industrie, du gouvernement et du domaine de l’application de la loi au sujet d’incidents suspects qui pourraient indiquer une menace criminelle potentielle pour les infrastructures essentielles du Canada ».

Elle ajoute que « ces renseignements sont examinés, évalués et jumelés à d’autres éléments d’information et de renseignement dont dispose la GRC pour évaluer les tendances et les menaces criminelles à l’égard des infrastructures essentielles et, lorsque cela est approprié, pour entamer ou soutenir des enquêtes criminelles ».

Le système de SIS est devenu une pierre angulaire des initiatives de protection des infrastructures essentielles (IE) du gouvernement du Canada, appuyant directement le mandat de la GRC de détecter, de dissuader et de contrecarrer les menaces pour les IE du Canada et d’enquêter sur celles-ci.

Cassidy ajoute que le système modernisé en cours d’élaboration « sera non seulement plus efficace et efficient pour recueillir et diffuser l’information », mais mettra également l’accent sur le besoin de faciliter l’analyse de l’information, ce qui est essentiel pour repérer les tendances et les indicateurs potentiels préalables aux attaques.

« Plusieurs améliorations importantes ont été apportées au système, ajoute-t-il, y compris une interface interactive facile à utiliser, un processus simplifié d’ouverture de session, un accès au moyen d’appareils mobiles, une meilleure sécurité, et une bibliothèque améliorée de produits d’information et de renseignement comportant des fonctions de recherche avancée ».

Conceptualisation et élaboration

Les efforts visant à moderniser le système s’appuient sur des travaux commencés en 2007 lorsque l’Équipe nationale des infrastructures essentielles (ENIE) de la GRC a élaboré le premier modèle d’un système de signalement des incidents. L’année suivante, en consultation avec des parties intéressées, l’ENIE a lancé un prototype de système de SIS pour parfaire ce modèle. En 2010, l’Équipe a remplacé ce système par une version sur le Web. En avril 2010, l’Équipe intégrée de la sécurité nationale de l’Ontario, de concert avec les services de police de Toronto, a effectué la première arrestation liée directement à un rapport dans le système de SIS.

Une responsabilité partagée

Selon Mme Harvey, « la protection des IE au Canada est une responsabilité partagée. Les propriétaires et les opérateurs des IE sont les mieux placés pour détecter les activités suspectes dans leurs installations et aider les organismes d’application de la loi et du renseignement à prévenir ce qui pourrait être des activités de planification d’attaques en signalant ces incidents. Cette collaboration est essentielle, et nous espérons que la nouvelle plateforme renforcera les partenariats de confiance que nous avons établis au cours des dix dernières années partout au pays ».

La GRC, des parties intéressées dans le domaine des IE au Canada, ainsi qu’un chef de file de l’industrie du domaine des outils d’analyse, du renseignement opérationnel et de la gestion des données mettront à l’essai le nouveau système pour s'assurer qu’il saisit toute l’information pertinente tout en maintenant l’intégrité et la facilité d’emploi de l’information. Suivant les essais, la GRC exécutera une stratégie de mise en œuvre à l’intention des parties intéressées partout au pays. Il est prévu que le projet de modernisation du système de SIS se prolongera jusqu’en 2017.

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