Printemps/été 2015

Premiers soins pour l’âme : prodiguer des soins psychosociaux après un incident causant un grand nombre de victimes

Par : Laurie Pearce

Le 13 septembre 2006, le collège Dawson de Montréal était le théâtre d’une fusillade. Une étudiante a été tuée et de nombreuses personnes ont été gravement blessées avant que les forces policières arrivent sur les lieux et que le tireur se suicide. Bon nombre des témoins ont, sans aucun doute, été traumatisés et ont dû attendre pendant des heures qu’on les interroge.

Par suite des nombreux incidents survenus au Canada et causant un grand nombre de victimes, dont la catastrophe ferroviaire de 2013 à Lac-Mégantic, qui a causé la mort de 47 personnes, et les émeutes de la Coupe Stanley de 2011 à Vancouver qui ont nécessité l’hospitalisation de 144 blessés, les intervenants d’urgence se penchent sur l’approche à adopter du point de vue humain après des incidents de cette nature. Comment a-t-on soutenu les victimes et les intervenants après les événements? Quels services a-t-on mis à la disposition des témoins et des spectateurs? Comment a-t-on réuni les familles et leurs êtres chers?

L’exercice Target Red a été mis sur pied dans le but d’étudier les répercussions humaines des incidents causant un grand nombre de victimes, soit des événements à grande échelle entraînant de multiples décès ou blessures. Dans le cadre du projet de contexte simulé, d’entraînement et d’exercice (SIMTEC), le présent exercice était axé sur les pratiques exemplaires, sur le plan psychosocial, en ce qui a trait aux personnes touchées par un incident causant un grand nombre de victimes, plus particulièrement des incidents criminels. SIMTEC est un projet de recherche quadriennal financé par le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS), mené par le Justice Institute of British Columbia (JIBC), parrainé par Santé Canada et en collaboration avec l’Université Royal Roads. Target Red est un exercice sur table fonctionnel axé sur un scénario de tireur actif. Cet exercice a été affiché récemment sur le site Web de SIMTEC afin de permettre aux équipes de commandement d’intervention de mettre à l’essai et en pratique l’intégration de la sensibilisation psychosociale dans les protocoles d’intervention existants.

« En investissant dans la santé psychosociale des intervenants avant, durant et après un incident causant un grand nombre de victimes nous assurons une longue carrière fructueuse à nos meilleurs atouts dans la réduction des impacts d’incidents causant un grand nombre de victimes [traduction], a déclaré Rod Salem, directeur des Opérations spéciales dans le cadre de la gestion des urgences au sein des services ambulanciers de la Colombie-Britannique. »

 « Les premiers intervenants ont la responsabilité et le devoir de procéder à des sauvetages, de rechercher la sécurité pour les victimes et d’enclencher le processus de rétablissement pour celles-ci, a commenté Wendy Van Tongeren, procureur de la Couronne de la Colombie-Britannique à la retraite. De plus, les policiers sont tenus de recueillir des éléments de preuve en vue du processus judiciaire éventuel. Les premiers soins psychologiques constituent la stratégie visant à amener les victimes à passer d’une crise émotive au sentiment de sécurité et des dommages émotionnels au rétablissement, et il est possible de prodiguer un bon traitement sans influencer, de manière inappropriée, la mémoire des témoins de l’événements. » [traduction]

Notre équipe de recherche, soutenue par notre groupe de travail d’experts qui comprenait du personnel policier, a mené une recherche approfondie sur les protocoles les plus appropriés lorsqu’il est question de prodiguer des soins psychosociaux aux victimes et aux témoins, à leur famille et à leurs amis, ainsi qu’aux premiers intervenants lors d’un incident causant un grand nombre de victimes. Les recherches ont démontrées que les réactions émotionnelles immédiates et à long terme découlant d’un incident causant un grand nombre de victimes sont atténuées lorsque les personnes reçoivent un soutien psychologique et social le plus tôt possible, pendant et après l’incident. Compte tenu de ces résultats, l’équipe a conçu divers outils de formation. Une vidéo de formation et de sensibilisation vise à donner aux commandants responsables des lieux d’incident et aux autres premiers intervenants des stratégies bien concrètes afin de gérer et d’apaiser les victimes d’un incident de cette nature.

Une panoplie de brochures renferment de l’information sur divers sujets tels que : les premiers soins psychologiques; les centres d’accueil des familles; les soins personnels des premiers intervenants en matière de santé; des conseils pour les policiers qui interrogent les témoins et des ressources pour les victimes (http://simtec.jibc.ca/node/127) (en anglais seulement).

Le lancement de l’exercice a suscité beaucoup d’intérêt, surtout en raison de son important volet visant à permettre aux premiers intervenants, aux témoins, aux blessés et à toute autre personne concernée de se réunir après un incident causant un grand nombre de victimes. Cela dit, en mars 2015, l’équipe SIMTEC a invité des représentants d’organisations intersectorielles à participer à un atelier dans le but d’envisager la mise en œuvre de politiques en Colombie-Britannique et au Canada qui pourraient contribuer au processus de réunification des personnes touchées par un incident causant un grand nombre de victimes. L’atelier a remporté un vif succès et on peut trouver un rapport faisant état des résultats et des stratégies pour les prochaines étapes sur le site Web de SIMTEC : http://simtec.jibc.ca/ (en anglais seulement).

Laurie Pearce est titulaire de la chaire de recherche au Justice Institute of British Columbia et est membre associée du corps enseignant de l’Université Royal Roads. Depuis plus de 25 ans, Laurie se spécialise dans le domaine de la gestion des catastrophes et du stress traumatique. Elle fait partie de la World Association of Disaster and Emergency Medicine, de l’Association of Traumatic Stress Specialists, de l’International Disaster Sociological Association, en plus de siéger au sein du comité consultatif de la plateforme nationale du Canada pour la réduction des risques de catastrophe.


Perfectionnement des communications transfrontalières en cas de situations d’urgence grâce à des technologies interopérables : troisième Expérience Canada États-Unis de renforcement de la résilience (CAUSE)

Par Kate Kaminska et Joe Fournier

La troisième Expérience Canada États-Unis (É.-U.) de renforcement de la résilience (CAUSE), connue sous le nom de CAUSE III, a eu lieu en novembre 2014. La série d’expériences CAUSE est un effort de collaboration entre le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS), Sécurité publique Canada et la direction des sciences et de la technologie du département de la Sécurité intérieure des É.-U., en partenariat avec un certain nombre d’organismes provinciaux, municipaux, des États américains et non gouvernementaux.

SCÉNARIOS

CAUSE III avait pour objectif de mesurer l’incidence des technologies interopérables sur la résilience durant les interventions d’urgence et les opérations de rétablissement menées par plusieurs agences dans un contexte transfrontalier. L’expérience comportait deux scénarios de catastrophe : le premier étant un phénomène météorologique important (l’ouragan « Kelly ») touchant le nord-est des É.-U. et la région d’Halifax, en Nouvelle-Écosse; et, le second, un feu de friches dans les plaines de l’Ouest menaçant l’Alberta, la Saskatchewan et le Montana.

Le scénario portant sur la région nord-est impliquait la collaboration des organismes responsables de la gestion des urgences de la Nouvelle-Écosse et du New Hampshire, ainsi que de bénévoles numériques pour mettre à l’épreuve la capacité qu’avaient les responsables de tirer parti des médias sociaux. Le scénario se déroulant dans l’Ouest reposait sur la collaboration entre les organismes responsables de la gestion des urgences en Alberta, en Saskatchewan et au Montana afin d’évaluer le réseau radiophonique mobile terrestre et les technologies d’évolution à long terme (LTE) des réseaux à large bande de sécurité publique 700 MHz pour les communications d’urgence.

#MSGU : MÉDIAS SOCIAUX DANS LE CADRE DE LA GESTION D’URGENCES

Un environnement simulé a été créé permettant d’utiliser les réseaux sociaux de concert avec les outils de connaissance de la situation pendant l’expérience. Ces outils ont permis l’échange de messages d’alerte, d’avertissements et d’avis, ainsi que la coordination de l’aide mutuelle entre le Canada et les É. U. Bon nombre d’organismes voués à la gestion d’urgences ont reconnu que l’échange d’informations et la mobilisation au moyen des réseaux sociaux sont des éléments essentiels en cas d’intervention de crise, de secours aux sinistrés et de rétablissement de la collectivité, et ils continuent de peaufiner et d’approfondir leur engagement communautaire en ligne. Jason Cameron, de l’Agence de gestion des urgences de Calgary (CEMA), résume son approche à l’égard des médias sociaux dans le cadre de la gestion d’urgences comme suit : « Plus vous pouvez échanger de l’information, plus grande est votre résilience. » [traduction]

Toutefois, la capacité et le manque d’expertise sont deux obstacles qui nuisent souvent à l’application efficace des médias sociaux dans le cadre de la gestion d’urgences (MSGU), surtout dans les petites municipalités où les ressources sont plus limitées. L’expérience CAUSE a permis aux participants d’en apprendre davantage sur les pratiques liées aux médias sociaux et sur les possibilités connexes, de parfaire les processus internes et de repérer les obstacles existants et potentiels. On a démontré que les bénévoles numériques, dont les équipes virtuelles de soutien opérationnel (EVSO)2, peuvent être des ressources précieuses susceptibles de fournir une « capacité de mobilisation » dans le but de retirer des médias sociaux de l’information pour la connaissance de la situation lors de catastrophes. L’expérience a grandement contribué à faire progresser le domaine des médias sociaux pour la gestion des urgences et du bénévolat numérique, tant aux É.-U. qu’au Canada.

EXPÉRIENCE CAUSE III DANS L’OUEST

Dans le cadre du scénario se déroulant dans l’Ouest, on a eu recours à un imposant feu de friches fictif sévissant en Saskatchewan, en Alberta et au Montana et nécessitant une intervention intergouvernementale afin de démontrer l’amélioration de la connaissance de la situation grâce à une interopérabilité accrue des communications sans fil et à l’utilisation d’applications de données enrichies de plusieurs fonctionnalités.

Le premier jour de l’expérience, on a utilisé trois systèmes distincts de radiophonie mobile terrestre afin de permettre aux équipes d’intervention d’urgence situées des deux côtés de la frontière de communiquer vocalement. Les communications ont été rehaussées en ajoutant une passerelle interopérable de radiophonie mobile terrestre par l’entremise de laquelle les intervenants utilisant les trois systèmes ont pu se parler entre eux.

La deuxième journée, on a eu recours à une technologie LTE à grande vitesse afin de permettre à tous les intervenants d’urgence rattachés aux trois autorités de communiquer et d’échanger de l’information précieuse sur la connaissance de la situation sur Internet. Ce faisant, on a découvert que les délais associés à l’analyse de l’information et les délais de réaction étaient grandement réduits et que l’efficacité opérationnelle augmentait comparativement à la première journée, alors que les communications se limitaient à la voix.

INTEROPÉRABILITÉ VISANT À RENFORCER LES COMMUNICATIONS SANS FIL

L’élément-clé est l’efficacité des communications transfrontalières. La capacité LTE a permis aux utilisateurs de se servir d’ordinateurs portatifs, de tablettes et de téléphones intelligents afin d’organiser des conférences audio et vidéo, de diffuser des vidéos en continu, et d’envoyer et de recevoir des cartes interactives en temps réel, des images et des courriels pour faciliter l’échange d’informations.

Duane McKay, commissaire aux incendies de la province de la Saskatchewan, a résumé le rôle important de l’expérience dans les termes suivants : « Les catastrophes comme les feux de friches et les inondations ne se contentent pas de suivre les frontières figurant sur les cartes géographiques; voilà pourquoi il est si important de tenir des expériences comme celle-ci. Il est important que les voisins territoriaux collaborent à des initiatives comme CAUSE afin d’accroître les connaissances et de fournir à nos communautés et aux résidants la meilleure information et la meilleure intervention qu’il soit lorsqu’on est aux prises avec une situation d’urgence. » [traduction]

L’expérience constituait une première étape significative vers des communications sans fil interopérables améliorées entre le Canada et les É.-U. lors d’interventions en cas d’urgences transfrontalières.

Pour obtenir plus de détails sur les expériences, dont les conclusions et les recommandations, consultez le rapport sur l’expérience CAUSE de la région du nord-est en cliquant ici et soyez à l’affût du rapport sur CAUSE dans l’Ouest, qui sera publié dans les prochains mois. Le succès remporté par la série d’expériences CAUSE a suscité beaucoup d’intérêt, tant au Canada qu’aux É.-U., de sorte qu’il se pourrait que l’on mène des expériences de suivi afin d’approfondir les grandes leçons apprises jusqu’à maintenant. Restez à l’affût!

 

Kate Kaminska est une analyste de recherche à RDDC CSS. Joe Fournier est gestionnaire de portefeuille, Communications sans fil, à RDDC CSS.


Exercice international d’envergure : Quatre pays font la démonstration de leurs capacités d’intervention en cas d’urgence chimique, biologique et radiologique (CBR)

Par Carey Larsson

Du 27 avril au 1er mai 2015, plus de 300 militaires, personnels d’application de la loi, techniciens des explosifs, experts judiciaires, pompiers, paramédics, scientifiques etm autres experts de l’Australie, du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni se sont réunis dans la capitale nationale pour participer à un exercice de capacité communément appelé CAPEX. Les activités de CAPEX sont organisées dans le cadre d’une entente quadrilatérale entre les quatre pays, entente dont l’objet est de coordonner les efforts, de partager des renseignements et de cerner des pratiques exemplaires pour contrer le terrorisme chimique, biologique et radiologique (CBR). Grâce à cette entente, divers groupes de travail examinent un certain nombre d’aspects, en misant particulièrement sur la science et la technologie. Il incombe à un de ces groupes, soit le Groupe d’intervention technique (GIT), de planifier le CAPEX, qui a lieu tous les deux ans, chacun des quatre pays se chargeant à tour de rôle d’accueillir les participants.

Le CAPEX 2015, ou « Exercice Northern Lights », a été co-dirigé par le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS) et la Gendarmerie royale du Canada (GRC); leur partenaire de l’industrie, International Safety Research, s’est chargé de la planification et du soutien. L’exercice a été financé par l’intermédiaire du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS), et les participants ont fourni d’autres contributions financières ainsi que non financières sous la forme d’heures employés, de frais de déplacement et d’équipement.

« Nous participons aux activités de CAPEX parce que nous savons que nous devons collaborer avec nos alliés et nos partenaires internationaux pour éviter le chevauchement des efforts et pour profiter des pratiques exemplaires et des investissements déjà faits, a déclaré Mark Williamson, directeur général de RDDC CSS. En outre, les exercices CAPEX aident fondamentalement à définir les priorités d’investissement du PCSS, car ils mettent en lumière les écarts scientifiques et technologiques liés aux interventions CBR. »

Le thème de l’exercice, soit « Des lieux du crime au tribunal », fait voir que l’objectif principal consistait à démontrer comment les interventions de chaque pays face à un événement CBR, comprennent l’identification et le recueil d’informations brutes et de renseignements pour aider les enquêteurs à capturer les coupables et à les poursuivre en justice. Le CAPEX est un exercice à grand déploiement sur le terrain; les équipes d’intervention de chaque pays prennent part à trois scénarios pertinents axés sur des menaces CBR. « Les opérateurs et les praticiens des quatre pays voient dans le CAPEX une occasion de travailler ensemble pour accroître l’interopérabilité, cerner les nouveaux besoins technologiques, comparer entre eux les équipements et les procédures opérationnelles et partager des connaissances opérationnelles et scientifiques, affirme Bob Henstridge du Royaume-Uni, qui est le coprésident du GIT et planificateur d’exercices principal du Royaume-Uni dans le cadre de CAPEX. »

L’équipe du Canada comprenait des membres de l’Équipe nationale d’intervention en cas d’incident chimique, biologique, radiologique, nucléaire ou explosif (CBRNE), composée de spécialistes des explosifs et de spécialistes judiciaires de la GRC; l’équipe de spécialistes des incidents CBRNE des Forces armées canadiennes, appelée Unité interarmées d’intervention du Canada (UIIC– ICBRN); des experts-biologistes de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC). Des experts-chimistes du Centre de recherches de Suffield de RDDC et d’Environnement Canada et des experts-radiologistes du Centre de recherches d’Ottawa de RDDC et de la Direction de la sécurité nucléaire au ministère de la Défense nationale ont également participé et sont parmi ceux qui pourraient être appelés en renfort dans le cas d’incident chimique, biologique, radiologique, nucléaire ou explosif puisqu’ils détiennent le savoir-faire nécessaire pour faire front dans de tels incidents.

« Les exercices CAPEX offrent une occasion sans pareille de faire faire une évaluation par les pairs, dans ce cas nos alliés, de nos procédures d’intervention, dit l’inspecteur Ken Faulkner, officier chargé des opérations CBRNE à la GRC. Ainsi, nous nous assurons que nous améliorons constamment la capacité du Canada d’intervenir quand ces incidents peu fréquents mais ayant une incidence très grave se produisent. »

Un programme complet d’activités En plus d’intervenir dans le cadre de trois scénarios différents, chaque équipe a assisté à des démonstrations de nouvelles technologies prometteuses liées aux interventions en cas d’incident CBR. Il s’agissait des technologies suivantes : l’imageur gamma Compton mis au point avec l’appui du PCSS par le Conseil national de recherches Canada (CNR), Ressources naturelles Canada (RNCan) et l’Université McGill; le modélisateur de scène de crime CBRNE, financé par le PCSS, et sa version plus récente appelée « perception améliorée des dangers CBRNE » (EPOCH), mise au point par MacDonald, Dettwiler and Associates Ltd, la GRC et RDDC; l’outil de modélisation du souffle des explosions appelé « Rapid City Planner » (outil de planification urbaine rapide) et mis au point avec le soutien du PCSS par RDDC et Martec Limited; et le prototype d’un équipement de protection individuel (EPI) léger, créé par RDDC. Les démonstrations ont eu lieu au CNRC et ont fait découvrir aux intervenants de nouvellles capacités susceptibles d’améliorer les mesures qu’ils prennent en cas d’incident CBR, tout en fournissant une occasion d’exprimer d’importants commentaires opérationnels ou de cerner d’éventuelles possibilités de collaboration pour tirer profit des investissements.

Le CAPEX a aussi compris une journée des visiteurs présentée à l’intention d’invités de tous les secteurs du gouvernement canadien ainsi que des membres du corps diplomatique et d’autres représentants des pays participants. Les visiteurs et les participants ont pu circuler entre les camps de base de chaque pays pour voir son exposition d’équipements et parler de CAPEX. On a aussi présenté un scénario qui a mis en lumière une intervention exécutée en collaboration par les quatre pays dans le contexte d’une situation fictive, pour donner aux observateurs un aperçu de ce que comporte une intervention en cas d’incident CBR.

L’exercice a été couronné de succès pour tous les participants et il a fourni une occasion de cerner plusieurs activités que les quatre pays pourraient mener en collaboration par l’intermédiaire du GIT. Maintenant que le CAPEX 2015 est terminé, le Canada cède la place à l’Australie pour ce qui est de planifier et d’exécuter la prochaine série d’activités (GIT et CAPEX). La participation continue du Canada à ce forum lui procure une précieuse occasion de collaborer avec ses alliés pour partager des renseignements, définir de nouveaux domaines de travail et mettre des investissements à profit dans le secteur de la lutte contre le terrorisme CBR.

Carey Larsson est Chef de section – Menaces et dangers au Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada.


 

Nouvelles techniques de l’ADN pouvant aider à protéger les Canadiens contre les agents pathogènes des plantes et les organismes nuisibles

Par C. André Lévesque

Les agents pathogènes des plantes ne sont peut-être pas ce qui vient d’abord à l’esprit lorsqu’on pense à la sécurité publique, mais il existe plusieurs agents pathogènes des plantes et des organismes nuisibles aux végétaux qui peuvent entraîner des perturbations importantes à l’économie et à la santé publique canadiennes. Les grandes épidémies peuvent décimer des cultures entières dans des terres agricoles ou des arbres en milieu urbain. La Grande famine d’Irlande, survenue au milieu des années 1800, avait été causée par un agent pathogène des plantes. Plus récemment, la disparition de 100 millions d’arbres aux États-Unis, causée par un coléoptère qu’on nomme l’agrile du frêne, a été associée à plus de 20 000 décès dans 15 États dus à des maladies cardiovasculaires et des voies respiratoires inférieures. La détection d’un pathogène de quarantaine sur quelques plantes infectées peut donner lieu à la fermeture immédiate des frontières utilisées pour l’exportation, menaçant ainsi des marchés d’une valeur de plusieurs milliards de dollars.

Le champignon Synchytrium endobioticum, qui cause la gale verruqueuse de la pomme de terre, constitue un exemple d’agent pathogène des plantes. Les spores du champignon peuvent survivre dans le sol pendant 20 ans et plus, ce qui le rend très difficile à éradiquer. Bien que les pommes de terre contaminées par la maladie sont propres à la consommation, leur grave déformation les rend invendables. Ce champignon cause des problèmes depuis longtemps. La gale verruqueuse a été détectée au début des années 1900 sur l’île de Terre-Neuve. Depuis, une interdiction complète frappe ses exportations de pommes de terre, et des mesures rigoureuses ont été mises en place afin de prévenir la propagation à d’autres provinces et pays.

Plus récemment en 2000, quelques pommes de terre infectées par la gale verruqueuse ont été trouvées pour la première fois dans un petit coin d’un champ à l’Île-du-Prince-Édouard (Î. P. É.), ce qui amena les États-Unis à suspendre les importations de pommes de terre de cette province. Selon le vérificateur général du Canada, cela a causé près de 100 M$ en pertes durant les quelques mois où l’embargo a été imposé. Encore aujourd’hui, la gale verruqueuse figure sur la liste des agents sélectionnés des États-Unis, de même que des agents pathogènes humains et animaux, comme le virus Ebola ou l’agent responsable de la fièvre aphteuse chez les animaux.

Le gouvernement du Canada a fait d’importants investissements dans l’élaboration d’outils de détection pour améliorer la salubrité des aliments et protéger le système agroalimentaire du pays. Un projet, financé en 2004 dans le cadre de l’ancienne Initiative de recherche et de technologie chimique, biologique, radio-nucléaire et explosive (IRTC), a réuni des experts issus d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et du Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada en vue de l’élaboration d’outils de détection de plusieurs agents pathogènes des plantes à risque élevé, dont Synchytrium endobioticum.

Les efforts ont mené à la mise au point d’un test d’ADN rapide permettant de détecter un nombre très faible de spores pathogènes directement dans le sol. Le test a été validé et a fait l’objet d’une publication dans la revue Phytopathology – l’une des meilleures revues au monde sur la pathologie des plantes – et est utilisé par l’ACIA pour confirmer rapidement la présence de spores causant la gale verruqueuse et prévenir leur propagation.

Toutes les formes de vie possèdent un génome composé d’ADN qui contient l’information génétique. Il y a environ 15 ans, il a fallu près de 10 ans et trois milliards de dollars pour réaliser le séquençage de l’ADN du premier génome humain. Aujourd’hui, il ne faut que quelques jours et environ 1 000 $; il s’agit là d’une chute de prix d’une importance et d’une rapidité sans précédent dans le domaine des technologies des sciences de la vie.

En 2011, AAC, l’ACIA et la Commission canadienne du grain ont reçu du financement pour un nouveau projet conjoint de l’IRTC afin de mettre à profit ce changement transformateur en matière de séquençage de l’ADN. Plusieurs agents pathogènes des plantes à risque élevé se trouvant principalement dans les cultures de céréales et de pommes de terre ont été ciblés. Le séquençage du génome complet de Synchytrium endobioticum est ardu parce qu’il est très difficile d’obtenir de l’ADN pur, car le pathogène ne se multiplie que sur les plants de pommes de terre, et de grandes quantités d’ADN sont encore requises pour le séquençage du génome complet. Pendant qu’ils travaillaient en collaboration avec l’Institut international de recherche sur les plantes aux Pays-Bas, les scientifiques participant à ce projet ont réussi à séquencer le génome du pathogène. À l’aide de ces données, ils ont pu identifier les microsatellites permettant de différencier les différentes souches du pathogène, semblable à l’approche utilisée pour comparer l’ADN prélevé sur les lieux d’un crime avec celui d’un suspect ou pour déterminer le lien de parenté entre deux personnes.

Au cours de ce projet, on a signalé la présence de gale verruqueuse de la pomme de terre dans de nouveaux champs à l’Île du-Prince-Édouard, et les scientifiques ont été en mesure d’utiliser cette nouvelle épreuve fondée sur les microsatellites afin de cartographier les génotypes, c’est-à-dire relever les similitudes entre les échantillons provenant du Canada et ceux de l’Europe envoyés par leurs collègues néerlandais. L’épreuve mise au point dans le cadre de ce projet peut servir à fournir le profil génétique avec très peu d’ADN de n’importe quel nouvel échantillon prélevé au Canada, ce qui permet d’obtenir des données de type judiciaires très précieuses pour l’ACIA et les parties intéressées de l’industrie de la pomme de terre, qui peuvent désormais protéger les cultures tout en menant des activités commerciales.

« Ces travaux sont très importants pour notre industrie, a déclaré Greg Donald, directeur général du Conseil de la pomme de terre de l’Île-du-Prince-Édouard. Nous félicitons AAC et l’ACIA d’avoir consulté le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS) qui était responsable de l’IRTC et dirige maintenant le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) et d’avoir reconnu et réagi aux menaces économiques et à la biosécurité que représente cette maladie au Canada et ailleurs dans le monde. Notre industrie a été sérieusement ébranlée quand la frontière avec les États-Unis a été fermée à nos exportations pendant six mois de notre principale saison d’expédition après que la gale verruqueuse ait été découverte dans le coin d’un champ de pommes de terre. »

« Depuis, l’ACIA a élaboré un plan de gestion à long terme de la gale verruqueuse, et nous avons pu continuer à avoir accès à tous les marchés clés, poursuit M. Donald. Être en mesure d’identifier les souches ou les pathotypes rapidement et de façon précise comporterait de nombreux avantages pourles Canadiens ainsi que les industries mondiales de la pomme de terre, y compris la possibilité de présélectionner des variétés beaucoup plus rapidement quant à leur résistance et à leur sensibilité à la souche concernée. Nous avons hâte d’en savoir davantage à mesure que les travaux progresseront. »

C. André Lévesque est chercheur scientifique (mycologie) à Agriculture et Agroalimentaire Canada.

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