Hiver 2015

 

Le rôle du Canada lors du plus grand exercice d’inspection jamais réalisé par l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires

Par : John Buckle et Dr. Henry Seywerd

Plus de 2000 tests d’explosions nucléaires ont eu lieu à travers le monde entre 1945 et 1996. Au cours de cette période, les inquiétudes soulevées quant au danger d’une guerre nucléaire, à la prolifération nucléaire et à l’exposition des populations et de l’environnement aux retombées radioactives ont mené à la mise  en œuvre du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN).

L’Organisation du TICEN (OTICEN) maintient un réseau de surveillance à l’échelle mondiale afin de détecter toute explosion nucléaire, ainsi qu’une capacité d’inspection sur place dans un pays soupçonné d’avoir fait un essai nucléaire. Dans le cadre du TICEN, tout pays signataire peut demander une inspection sur le terrain dans un autre pays signataire afin de vérifier si une explosion nucléaire a eu lieu ou non.

En novembre 2014, une importante délégation d’inspecteurs internationaux a été envoyée en Jordanie dans la région de la mer Morte pour participer à un exercice sur le terrain, nommé « Integrated Field Exercise 2014 » (exercice intégré sur le terrain), afin de simuler un tel processus. Leur mission : détecter une explosion nucléaire. C’était le plus grand exercice jamais réalisé par l’OTICEN. Plus de 200 experts techniques de plus de 40 pays ont utilisé plus de 120 tonnes d’équipement pour simuler une inspection sur une superficie de 1000 kilomètres carrés, recherchant des preuves d’une explosion nucléaire. Les inspecteurs avaient jusqu’à 55 jours pour recueillir des preuves et démontré qu’une explosion avait eu lieu ou non. Ces preuves étaient ensuite communiquées au conseil exécutif pour la rédaction de leur rapport d’inspection final.

Le Canada -- grâce à un financement du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD) et la participation de chercheurs de Ressources naturelles Canada (RNCan) -- a fait don d’un système de mesure du rayonnement aéroporté, qui a été utilisé par les inspecteurs de l’OTICEN pour contribuer à la vérification de l’occurrence d’une telle explosion. Le système canadien a été monté dans un Super Puma des forces aériennes de la Jordanie. Six vols ont été réalisés, et les données recueillies ont été utilisées avec celles obtenues au moyen d’autres techniques, comme des observations visuelles, des réseaux sismiques, de l’imagerie multi-spectrale et de l’échantillonnage de radionucléides, afin de fournir des preuves pour le rapport final d’inspection sur le terrain.

Avant la contribution canadienne à l’OTICEN, un financement dans le cadre de l’ancienne Initiative en recherche et technologie CBRNE et de l’actuel Programme canadien pour la sûreté et la sûreté et la sécurité (PCSS) a permis à RNCan de faire progresser et d'obtenir des systèmes de spectroscopie gamma aéroportés (SGA) tel que le système utilisé par les inspecteurs de l’OTICEN pendant l’exercice. Ces systèmes sont aussi utilisés pour apporter un soutien au Plan fédéral en cas d’urgence nucléaire et à l’équipe nationale CBRNE au Canada.

RNCan est à la pointe du développement des systèmes de SGA depuis les années 1960. Ces systèmes ont été conçus pour des applications en sciences de la terre -- en particulier, pour l’exploration minérale de l’uranium -- mais sont aussi utilisés en surveillance environnementale et pour des applications de gestion suite à un accident nucléaire et pour appuyer les activités de sécurité. En fait, une version précédente de ce système a été utilisée avec succès pour retrouver et cartographier des débris du satellite russe à énergie nucléaire Cosmos 954 retombé dans les Territoires du Nord-Ouest en 1978, et pour cartographier les faibles niveaux de xénon 133 le long de la côte ouest du Canada résultant de la catastrophe nucléaire de Fukushima de 2011. Le financement de l’IRTC obtenu par RNCan a aussi permis le soutien d’exercices comme les exercices AS IS, Maritime Response et EXIT 08, et pour des déploiements du système pendant les Jeux olympiques de Vancouver en 2010, les rencontres du G8/G20 et le Sommet de la francophonie en 2008.

Le système canadien, fabriqué par Radiation Solutions Inc., a été conçu de manière à être monté à bord d’un hélicoptère ou d’un avion à voilure fixe et d’être utilisé pour la détection à distance de rayonnement gamma. L’avantage clé de cette technique est que de grandes surfaces au sol peuvent être étudiées rapidement et à distance sécuritaire. RNCan a conçu ce système et l’a testé avec le personnel de l’OTICEN au printemps de 2013. Le système a été livré à Vienne (Administration centrale de l’OTICEN) et RNCan a fourni une formation en classe  et en vol aux inspecteurs du TICEN en Sicile, Italie (en septembre 2013), et en Hongrie et à Vienne (au printemps de 2014), en préparation à l’exercice intégré sur le terrain de 2014.

 À l’avenir, le système canadien de SGA restera à l’OTICEN à Vienne, et RNCan entend continuer son soutien au TICEN en formant des inspecteurs, en améliorant les techniques de détection, en aidant au développement de procédures d’exploitation et en assurant la maintenance du système. L’expertise de RNCan, qui a été soutenu par le PCSS et ses précurseurs depuis plus de 10 ans, jouera   un rôle vital lors des inspections futures sur le terrain de l’OTICEN et contribuera à prévenir de nouveaux essais d’armes nucléaires.

John Buckle est chercheur à Ressources naturelles Canada. Il est responsable des opérations du Projet de réponse en cas d’urgence nucléaire du Service canadien d’information sur les risques. Le Dr. Henry Seywerd est un physicien du rayonnement à Ressources naturelles Canada et chef de projet du Projet de réponse en cas d’urgence nucléaire du Service canadien d’information sur les risques.

 


Repenser les rôles en matière de réduction des risques de catastrophe -- Cinquième Table ronde nationale annuelle de la Plate-forme du Canada

La Plate-forme du Canada pour la réduction des risques de catastrophe (RRC) permet aux personnes, aux entreprises et aux organisations d’établir des liens avec des grandes idées et des réseaux importants lors de sa Table ronde annuelle.

Le 21 octobre 2014, plus de 150 partenaires en RRC se sont réunis au centre-ville de Toronto. Les personnes présentes à cette journée complète,  dont l'hôte était Sécurité publique Canada, étaient des conférenciers et des participants internationaux de tous les niveaux de gouvernement, du secteur privé, du monde universitaire, d'organisations non gouvernementales, d'associations professionnelles, de groupes autochtones et du grand public.

La Table ronde annuelle vise à favoriser un dialogue inclusif, horizontal et participatif entre les parties intéressées de toutes les régions du Canada qui s’intéressent à la RRC. Il s'agit d'un important mécanisme de consultation utilisé pour faciliter l’élaboration d’importantes questions stratégiques nationales liées à la RRC. De plus, la Table ronde met les participants en relation avec la communauté internationale et les efforts globaux de la Stratégie nationale de prévention des catastrophes de l’Organisation des Nations Unies (ONU), en plus des autres activités de gestion des urgences. Dans le cadre du programme de cette journée, les participants étaient encouragés à échanger de l'information, à exprimer leurs opinions et à inspirer l'action.

Pour encourager le dialogue, la Table ronde s'est déroulée sous forme d'émission-débat qui portait sur la meilleure façon de partager les coûts lors de l'intervention et du rétablissement en cas de catastrophe entre les ordres de gouvernement et l’industrie de l'assurance. Animée par un journaliste canadien réputé, la conversation sur cette question complexe et controversée était éclairée, pertinente et captivante. Tous s'entendaient pour dire que les sommes dépensées pour prévenir les désastres et atténuer leur incidence étaient un bon investissement. L'émission-débat était suivie d'une séance sur les « extrêmes des extrêmes », qui faisait référence aux exemples de désastres intenses dans le monde, en plus d’un contexte canadien.

D'autres séances ont été organisées par les groupes de travail de la Plate-forme. Elles ont examiné des questions telles que les nouvelles techniques d'analyse des risques de catastrophes à l’échelle du Canada et ont aussi  étudié les risques supplémentaires auxquels font face les collectivités autochtones. Le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS) joue un rôle actif dans ces groupes de travail de plusieurs façons : M. Williamson, Directeur général par intérim de RDDC CSS, est le coprésident du Groupe de travail sur les sciences et la technologie; un certain nombre de gestionnaires de portefeuille de RDDC CSS ont participé à des groupes de travail pertinents aux engagements de leurs communautés de pratique; et le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité a financé de nombreuses initiatives de recherche des divers groupes de travail. « La Plate forme offre à RDDC CSS une excellente occasion d'acquérir une meilleure compréhension de l'environnement de la sûreté et de la sécurité publique, ce qui contribue aux priorités du PCSS », a déclaré M. Mark Williamson.

La Table ronde a également invité l'industrie à parler de leur rôle dans l'établissement de la résilience des communautés du Canada. Des vice-présidents d'IBM et de WalMart ont parlé de la valeur commerciale d'investir dans l'atténuation des catastrophes et de permettre aux employés de contribuer aux efforts de résilience. Le Président directeur général de Global Disaster Innovation Group a mis les participants au défi de penser de façon novatrice, même dans les interventions en cas de catastrophe.

La dernière séance de la journée portait sur l'orientation future de la RRC, à l'échelle nationale et internationale. Une séance de consultation demandait la rétroaction des participants sur l'évolution de la gestion des urgences qui s'orientent vers la résilience des collectivités et sur la façon dont le Canada contribue aux objectifs de l'ONU en matière de RRC.

La Plate-forme du Canada pour la RRC vise à permettre un dialogue ouvert entre les parties intéressées et souhaite recevoir de la rétroaction de ses membres sur les activités précédentes de la Table ronde ainsi que sur d'autres sujets qui servirait de tribune importante pour les membres. La planification de la Table ronde de l'année prochaine est déjà en cours. Veuillez communiquer avec le Secrétariat de la Plate-forme du Canada pour nous faire part de vos idées ou pour savoir comment participer aux travaux de la RRC au Canada.

Pour de plus amples renseignements sur la Plate-forme du Canada, veuillez consulter le site Web de Sécurité publique Canada : http://www.securitepublique.gc.ca.

Le Secrétariat de la Plate-forme du Canada
drr-rrc@ps-sp.gc.ca

613-991-9748

 


Prochaines étapes d’une évaluation tous risques pour les provinces et territoires

Par : Kevin Janes et Richard Gorczyca

L’initiative nationale de gestion du risque d’entreprise dans le secteur public (initiative) a commencé à la fin de 2013 et visait à intégrer une évaluation tous risques (ETR) à un système d’information. L’initiative, qui a pu être réalisée grâce au financement du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS), est dirigée par le gouvernement du Yukon avec la participation des gouvernements de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan, du Manitoba, de la Nouvelle-Écosse, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut.

Comment présenter un processus d’ETR aux provinces et aux territoires? Cette question occupe l’esprit de l’équipe de projet, laquelle comprend des membres des gouvernements du Yukon et de la Nouvelle-Écosse, ainsi que de l’entrepreneur de développement des systèmes Make IT Solutions. L’équipe de projet a tenté de dégager un point commun pour la majorité des provinces et des territoires. Ce point commun semblait être un intérêt pour la gestion du risque d’entreprise ou autrement dit, le risque organisationnel. L’équipe de projet a remarqué que le processus d’ETR, par l’entremise des catégories de l’incidence et de la structure du questionnaire, avait permis de surmonter un certain nombre de difficultés associées aux approches traditionnelles d’évaluation du risque. L’harmonisation d’une évaluation du risque d’entreprise (ERE) à une ETR constituait le facteur clé; elle permettrait à tous les gouvernements d’utiliser une approche semblable pour les risques organisationnels et les risques de catastrophe.

L’équipe de projet a aussi reconnu que de nombreux systèmes de gestion des risques agissent uniquement comme répertoire de risques et n’appuient pas nécessairement la facilitation de l’analyse des risques elle-même. Pendant l’initiative, on a beaucoup réfléchi à l’intégration de chaque étape de l’ERE et de l’ETR dans le système, y compris l’établissement du contexte, ainsi que la détermination, l’analyse, l’évaluation et le traitement du risque. De plus, l’équipe de projet a pu améliorer les méthodes de facilitation de l’ETR existante  en concevant le système d’information de manière à les intégrer et à les compléter. Le système comprend une application mobile permettant de sonder les participants à l’évaluation du risque. En intégrant de cette manière le système à la facilitation, le facilitateur peut examiner les résultats du pointage ‘en direct’ pour lancer de vifs débats s’il y a lieu.

L’équipe de projet a aussi examiné des moyens uniques et novateurs d’améliorer  la qualité et l’utilisation du matériel d’instruction (lesquels sont absents de nombreux systèmes). Le processus d’évaluation du risque élaboré et le système d’appui connexe seraient incomplets s’il n’y avait pas de matériel d’instruction rigoureux pour les analystes du risque qui doivent l’utiliser. Un engagement a été pris afin de concevoir un ensemble de didacticiels (screencasts) professionnels sur le système et sur la facilitation de formation, ainsi que d’autre matériel de soutien.

L’exécution d’ETR peut représenter un défi de taille même pour les analystes de risques expérimentés. Toutefois, en utilisant une approche commune pour les évaluations du risque d’entreprise, les analystes du risque des provinces et des territoires devraient trouver l’ETR plus accessible en raison des possibilités de formation commune. Grâce à l’initiative, chaque province et territoire participant aura reçu une formation sur le processus et le système de gestion du risque, un système d’information pour la gestion du risque prêt pour la production et accès au matériel d’instructions.

Kevin Janes est un Analyste des systèmes de gestion pour le gouvernement du Yukon et Richard Gorczyca est le Directeur par intérim de gestion des risques pour le gouvernement du Yukon.

 


L'évaluation des brûlures pour favoriser la guérison du patient

Par: Dr. Michael G. Sowa

Les brûlures ne font pas de discrimination. Du jeune enfant qui fait ses premiers pas incertains dans la cuisine au pompier qui entre dans un immeuble où un incendie fait rage, en passant par le soldat en action dans un théâtre d’opérations, tout le monde est à risque. Ces blessures sérieuses peuvent constituer un danger de mort ou, du moins, avoir de graves conséquences sur la vie.

Les brûlures sont parmi les blessures les plus exigeantes et coûteuses à traiter et à gérer. Lors d’un événement qui entraîne un très grand nombre de blessés, les exigences logistiques pour le traitement des brûlures pourraient dépasser les capacités du Canada. De plus, une évaluation juste et rapide de la blessure permet d’améliorer la guérison et le rétablissement du patient. En cas de brûlure, la principale question à se poser est la suivante : la blessure guérira-t-elle avec un soin approprié des plaies ou une chirurgie est-elle nécessaire? L’établissement d’un pronostic pour ce type de blessure dépend fortement de l’afflux de sang à la plaie. Par exemple, la profondeur de la brûlure est liée à la capacité de guérison. Par contre l’évaluation de ce type de blessure est très difficile. Jusqu’à maintenant il n’existait aucune méthode objective permettant de déterminer la profondeur de la plaie ou son potentiel de guérison. De façon générale, l’approche attentiste est privilégiée. Toutefois, l’attente accentue les risques d’infection, de cicatrisation apparente et de prolongement de la douleur lors de la guérison.

C’est pour cette raison que des cliniciens, des scientifiques, des ingénieurs et des entrepreneurs provenant de l’Hospital for Sick Children à Toronto, du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) et de Kent Imaging, avec l’appui de l'Initiative de recherche et de technologie CBRNE et du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité, se sont unis pour mettre au point une technologie. Ce projet améliorera considérablement la gestion des brûlures grâce à un traitement rapide et approprié. Cette nouvelle technologie utilise des lasers de pointe et une imagerie médicale d’avant-garde pour distinguer les brûlures superficielles des brûlures profondes en produisant une image sans avoir à effectuer un contact direct. Cela permet au clinicien de savoir si la plaie reçoit un afflux de sang suffisant et de l’oxygène en assez bonne quantité. Il est alors en mesure  de déterminer si une chirurgie est nécessaire ou non.

En solution à certaines difficultés liées à la gestion des blessés, le processus peut se faire en accéléré afin de fournir un soutien sur place pour la gestion de l’incident et améliorer les opérations des centres d’opérations d’urgence, le triage d’urgence et les traitements préhospitaliers, en plus des soins de masse. La technologie peut aussi être utilisée pour évaluer l’état des plaies chroniques, de la circulation périphérique (débit sanguin vers les membres supérieurs et inférieurs du corps et vers la surface de la peau), de la reconstruction chirurgicale et des greffes de tissus.

Le prototype a été construit par Kent Imaging. Il respecte les normes de l’Association canadienne de normalisation concernant les appareils médicaux et Santé Canada a approuvé son utilisation pour les essais expérimentaux à l’Hospital for Sick Children. Le Dr. Joel Fish, directeur médical du centre des grands brûlés de l’hôpital, mènera la première évaluation clinique de cette technologie au printemps 2015. « Les prestataires de brûlures expérimentés ne peuvent pas cerner la profondeur de la brûlure par un simple regard, ce qui résulte dans des délais du traitement ou des sur-traitements », a déclaré le Dr. Fish. « Nous avons reçu le nouveau prototype, nous allons l’utiliser immédiatement en espérant de compléter ‘une validation de concept’ dans les prochains six mois et commencer en même temps une étude scientifique sur la profondeur des brûlures », ajoute Dr. Fish. Le prototype, nommé KC 103, est basé sur le principe de l’oxymétrie (qui mesure la quantité d’oxygène dans le sang). Il a récemment reçu l’approbation 510(k) de la Food and Drug Administration des États-Unis (É.-U.) pour la mise en marché et fait présentement l’objet d’essais cliniques.

En s’appuyant sur ces essais cliniques et les innovations résultant du projet actuel, Kent Imaging concevra une version portable haute résistance qui pourra être déployée à grande échelle dans les environnements cliniques et sur le terrain.

M. Michael G. Sowa est un agent de recherche principal et le chef de groupe du portefeuille Dispositifs médicaux du Conseil national de recherches du Canada.

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