Automne 2014

 

Le combat contre l’éclosion d’Ebola en Afrique de l’Ouest se poursuit sur tous les fronts

Par: Dr. Jim Strong et Dr. Trina Racine

L’éclosion du virus Ebola qui fait rage en Afrique de l’Ouest depuis janvier a tué plus de personnes au cours des dix derniers mois que toutes les éclosions précédentes réunies. Malgré les risques démontrés et le taux de mortalité élevé associé à la maladie, il n’existe à l’heure actuelle aucun vaccin ou traitement approuvé pour l’infection à virus Ebola. En fait, des soins palliatifs limités constituent la norme de traitement actuelle. Alors que le monde se tourne vers le milieu scientifi­que pour obtenir des réponses, les scientifi­ques canadiens jouent un rôle de premier plan dans la lutte contre cette terrible maladie.

Grâce à un soutien important reçu dans le cadre de l’ancienne Initiative de recherche et de technologie CBRNE et de l’actuel Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) au cours des dix dernières années, le personnel du Programme des pathogènes spéciaux du Laboratoire national de microbiologie (LNM) à Winnipeg a mis au point des outils de diagnostic améliorés, un vaccin prophylactique et une thérapie postexposition qui se sont avérés efficaces en tant que moyens de prévenir ou d’éliminer une infection au virus Ebola chez les modèles animaux.

En 2001, le Programme des pathogènes spéciaux a d’abord reçu des fonds destinés à la production d’anticorps monoclonaux devant servir d’outil de diagnostic pour l’identification de filovirus. Couronnée de succès, cet effort a mené à l’utilisation des anticorps en question dans le cadre d’un traitement postexposition qu’ont reçu des primates non humain. En 2010, un financement subséquent a été accordé en vue de la production d’anticorps de qualité clinique, destinés aux essais cliniques chez les humains.

« Il est important de déceler et de traiter une infection au virus d’Ebola, mais ce qui importe avant tout c’est la prévention, si nous voulons éviter d’autres éclosions comme celles ayant survenues en Afrique de l’Ouest, explique le Dr. Gary Kobinger, chef du Programme des pathogènes spéciaux, à l’Agence de la santé publique du Canada. Grâce au soutien financier apporté au Programme des pathogènes spéciaux du LNM dans le cadre du PCSS, on a mis au point un vaccin qui a permis de prévenir l’infection au virus Ebola dans 100 p. 100 des primates non humain. Ce vaccin fait l’objet d’un essai clinique de phase I en cours; s’il se confirme que son utilisation ne présente pas de danger, il sera soumis à un essai à plus grande échelle sur place en Afrique de l’Ouest, servant alors à la vaccination des travailleurs de la santé de première ligne. »

Avant l’épidémie en Afrique de l’Ouest, le personnel du Programme des pathogènes spéciaux a lancé un projet de développement communautaire en vue d’établir une unité de traitement des agents pathogènes à conséquences élevées, grâce encore à un soutien dans le cadre du PCSS. Le but du projet est de mettre sur pied une unité de soins intensifs à haut niveau de confinement afin de fournir aux techniciens de laboratoire et aux travailleurs de la santé de première ligne de la formation sur la bonne façon de manipuler les patients infectés par un agent pathogène de niveau 4, comme le virus Ebola. Les premières expériences, qui se sont très bien déroulées, ont permis de fournir de la formation comme prévu et de valider le concept du projet.

Étant donné l’épidémie en Afrique de l’Ouest et les menaces continues de cas d’importation du virus (notamment deux cas réalisés aux États-Unis), d’autres hôpitaux au Canada et à l’étranger s’intéressent désormais au projet. Nous avons reçu beaucoup de demandes de participation aux études de la part d’organismes externes. Le LNM est le seul établissement au monde qui possède la capacité décrite, et l’on se prépare actuellement en vue d’étendre les études. Les résultats du projet devraient apporter des éclairages sur la prise en charge des patients, en plus de donner lieu à une équipe de gens versés dans la prestation de soins et en mesure de donner des soins intensifs dans le contexte d’une unité à haut niveau de confinement.

Tout promet de croire que le travail accompli au LNM contribuera à gérer l’épidémie en Afrique de l’Ouest et à freiner sa propagation, car il permet de s’attaquer aux problèmes à tous les niveaux; plus particulièrement, un vaccin prophylactique, des anticorps monoclonaux qui serviront au traitement des personnes infectées, et une meilleure formation technique sur le traitement de ces dernières, offerte aux travailleurs de la santé et au personnel de laboratoires de confinement de niveau 4.

Le Docteur Jim Strong est chef des Services de diagnostic et de thérapeutique relevant du Programme des pathogènes spéciaux, au Laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la santé publique du Canada. La Docteure Trina Racine est biologiste dans le cadre du Programme des pathogènes spéciaux.

 


Il n'y a pas de feu sans fumée

Par Kerry Anderson

Chaque année au Canada, on enregistre plus de 8 000 feux de forêt qui donnent lieu à l’évacuation de douzaines de collectivités en raison de la fumée. Des alertes de santé publique ayant des incidences sur la vie de millions de Canadiens sont diffusées chaque année a­n d’informer le public des effets négatifs de la fumée sur la santé. Les secteurs industriels et touristiques sont également touchés par la présence de fumée.

En 2014, la saison des incendies a été exceptionnellement intense étant donné les feux ayant fait rage en Colombie-Britannique et dans les Territoires du Nord-Ouest. Selon les estimations en ­n de saison, 4 883 incendies auraient dévasté 4 607 677 hectares (ou 46 000 kilomètres carrés) de forêt, soit l’équivalent de 80 p. 100 de la super­cie de la Nouvelle-Écosse. La saison qui vient de se terminer est la pire depuis 1998 (4 614 287 ha) et elle a été d’une intensité sans précédent dans les Territoires du Nord-Ouest.

Une des conséquences principales des incendies a été la présence d’une couche de fumée qui ‑ottait au-dessus d’une bonne partie de l’Ouest canadien en juillet et en août. En fait, depuis la Colombie-Britannique jusqu’au Manitoba, plusieurs avis sur la qualité de l’air ont été diffusés pour des centres urbains comme Vancouver, Edmonton, Kamloops, Prince Albert et Yellowknife, entre autres.

La capacité de suivre et de prévoir les mouvements de fumée est un élément essentiel à la préparation des avis; de plus, elle permet aux Canadiens et Canadiennes d’avoir accès à l’information dont ils ont besoin pour prendre des décisions qui ont des répercussions sur leur santé et leur sécurité.

Le projet BlueSky Canada

Des organismes gouvernementaux, ayant reconnu l’importance de la capacité de prévoir les mouvements de fumée, ont entrepris des efforts en vue de créer un système de prévision de la fumée. En 2007, un atelier à Edmonton a réuni des représentants d’organismes provinciaux et fédéraux responsables de la gestion des ressources, de la santé publique et de l’environnement. Il en a découlé une stratégie initiale ayant pour but de mettre à l’essai, au Canada, le cadre de modélisation BlueSky du Service des forêts des États-Unis (USFS). On a donc mis en service un système prototype à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), qui a servi à la prévision des mouvements de fumée en Colombie-Britannique et en Alberta en août 2010.

En 2012, quatre organismes fédéraux et provinciaux ont présenté une demande au Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) en vue d’obtenir un soutien à l’élaboration du projet BlueSky Canada. Ce projet, qui a été accepté en 2013, visait à mettre au point un système de prévision des mouvements de fumée des feux de forêt au Canada. Le système sert à la production de prévisions des mouvements de fumée au-dessus de l’ensemble du territoire canadien situé au sud de l’océan Arctique. Les prévisions sont produites deux fois par jour à l’aide des plus récentes informations sur les feux de forêt. Il permet de traiter l’information sur des milliers d’incendies, ainsi que des données sur les niveaux d’émission, le transport et la dispersion de fumée, tout en tenant compte de prévisions météorologiques. Le public peut accéder ces prévisions de fumée sur le site FireSmoke.ca (en anglais seulement). Un quart de million de visites du site ont été enregistrés pendant la saison des incendies de 2014, ce qui donne une indication de l’importance et la pertinence des prévisions de fumée au Canada.

L’équipe BlueSky Canada travaille au centre de simulation numérique en mécanique des fluides, à l’UBC. Elle est constituée d’experts en matière d’incendies et de météorologie de Ressources naturelles Canada, d’Environnement Canada, de Parcs Canada, du ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique, du ministère de l’Environnement et du Développement des ressources naturelles de l’Alberta et de l’Université de la Colombie-Britannique.

Kerry Anderson est chercheur scientifique spécialiste en incendies de forêt au Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada. Il travaille au Centre de foresterie du Nord, à Edmonton, en Alberta.

 


Faciliter les acquisitions opérationnelles grâce aux investissements du PCSS

Par: Paul Hubbard

L’un des rôles du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) est de produire les preuves nécessaires reposant sur les sciences et la technologie (S et T) a­n de faciliter la prise de décisions éclairées dans les domaines de la sûreté et la sécurité publique. Le Budget fédéral 2014 a affecté 91,7 millions de dollars sur 5 ans a­n d’améliorer la capacité de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à lutter contre la criminalité transfrontalière dans les zones frontalières à risque élevées ; une décision fondée sur « des investissements récents ». Cela fait référence en grande partie aux investissements faits dans le cadre du PCSS et de ses programmes précurseurs dans quatre domaines différents, à savoir la surveillance radar maritime, le renseignement géospatial, la surveillance par capteurs sonar et la surveillance par caméras thermiques.

Surveillance radar maritime

En 2009-2010, une étude de faisabilité a été fi­nancée dans le cadre de l’ancien Programme technique de sécurité publique, dirigé par le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS). Une des principales constatations était la capacité de surveillance très limitée dans les Grands Lacs, particulièrement en ce qui concerne les petits navires et les aéronefs volant à basse altitude. Dans le cadre du même projet, on a recensé les émetteurs homologués (essentiellement pour la météo et la navigation) qui pourraient servir à ce genre de surveillance. Par la suite, en 2010, RDDC a –financé un projet-pilote visant à réaffecter ces radars à un nouveau rôle en vue de fournir des données sur la circulation maritime dans la région du port de Toronto durant le Sommet du G20 qui a eu lieu la même année. Ces investissements s’étaient clairement avérés précieux pour les opérateurs, à un point tel que la GRC a continué de soutenir le même partenaire industriel a­n qu’il puisse poursuivre l’entrée de données provenant du réseau d’information des capteurs au cours des années subséquentes.

Renseignement géospatial

Le nouveau réseau d'information des capteurs a présenté un nouveau dé­, à savoir trouver une façon de gérer la vaste quantité de données de capteurs et d'améliorer la répartition. Par conséquent, le PCSS a travaillé en étroite collaboration avec les équipes intégrées de la police des frontières de la GRC et ses partenaires en vue de déterminer la façon dont un système de visualisation cartographique pourrait servir à la collecte de données provenant du réseau d’information des capteurs a­n de produire une image commune de la situation opérationnelle géospatiale stratifi­ée. L’outil donne une meilleure connaissance de la situation et rend l’auto-répartition plus efficace. Le PCSS ­finance aussi un projet-pilote visant à intégrer les navires du projet canado-états-unien Shiprider au réseau d'information des capteurs pour améliorer la coordination et réduire davantage les délais d'intervention.

Surveillance par capteurs sonar

Le PCSS s'est aussi penché sur l’utilisation de l’acoustique sous-marine à l’aide d’hydrophones pour détecter le tra­c maritime. Se fondant sur des recherches initiales réalisées par le centre de recherches de l’Atlantique de RDDC, le PCSS a fi­nancé de petits projets-pilotes pour vérifi­er le fonctionnement de prototypes dans des lacs et des rivières de l'Ontario et de la Colombie-Britannique. Ces projets-pilotes ont permis de répondre à des questions importantes liées aux risques, à savoir si les détecteurs fonctionnent dans les zones de grand tra­c ou en eaux vives, s’ils peuvent émettre des signaux sur de longues distances à partir d’endroits éloignés, et s’ils peuvent fonctionner pendant une saison complète sans avoir à être remis en état. Mais surtout, les projets ont démontré qu'il est possible de faire des économies lorsque des capteurs autonomes servent à surveiller les mouvements, en vue d'opérations d'interdiction éventuelles.

Surveillance par caméras thermiques

En 2011, le PCSS a ­financé une étude portant sur l'utilisation d'une caméra à déclenchement laser à la ­ne pointe de la technologie pour toutes conditions atmosphériques. Ce fut un exemple parfait d'un projet visant à réduire les risques associés à l'introduction de nouvelles technologies au moyen d'une évaluation. Dans ce cas-ci, l'évaluation a permis de constater que la gestion de ces caméras était trop difficile du point de vue du cycle de vie. Au lieu, le PCSS a ­financé un projet « d’acquisition de technologie » pour essayer des caméras militaires qui servent déjà aux opérations de jour comme de nuit. Celles-ci se sont avérées efficaces, gérables et viables.

Investissements fondés sur les preuves

Les investissements visant à renforcer les capacités de la GRC à lutter contre la criminalité transfrontalière tirent parti des développements technologiques susmentionnés; ils sont destinés à améliorer les services de police axés sur le renseignement. Plus spécifi­quement, le Project d'amélioration de la technologie de l'intégrité des frontières de la GRC comprendra la création d'un système de Centre de renseignement géospatial et de répartition automatisée et la mise en œuvre de toute une gamme d'appareils de détection associée permettant de déceler les mouvements transfrontaliers dans les zones à risque élevé.

« C’est vraiment une bonne illustration de la valeur qu’apportent les investissements judicieux dans le développement des connaissances grâce à la S & T, en vue d’éclairer la prise de décisions importantes liées aux opérations, souligne M. Williamson, directeur général par intérim de RDDC CSS. Cet exemple du PCSS, et plusieurs d’autres, contribue à faire évoluer la situation au Canada pour ce qui est de la sûreté et la sécurité publique, et nos employés et partenaires ont raison d'être ­er de leurs contributions », ajoute M. Williamson.

Le PCSS continue de collaborer avec différents partenaires issus de divers domaines associés à la sûreté publique et à la sécurité nationale a­n de faciliter l’acquisition de connaissances et la formulation de conseils, ainsi que l’élaboration d’outils, de processus et de stratégies qui sont essentiels à la protection du Canada, de ses habitants, de ses établissements et de son infrastructure.

Paul Hubbard est gestionnaire du portefeuille de la sécurité maritime et transfrontalière à RDDC CSS.

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