Printemps/été 2014

 

Essai sur le terrain de réseaux à large bande de sécurité publique déployables

Par : Peter Anderson and Stephen Braham

Intervenir dans le cadre de situations d’urgence ou de catastrophes majeures au Canada est un travail ardu vu la complexité du territoire. Des opérations et des technologies sophistiquées sont requises pour rassembler les intervenants sur le lieu de l’incident, ainsi qu’aux niveaux des équipes de soutien à l’extérieur du site, pour faire face aux défis liés à la sécurité des personnes, à la protection des infrastructures essentielles, et à divers autres enjeux essentiels à la mission. Les intervenants doivent avoir accès à des systèmes de communication solides et efficaces qui peuvent être déployés rapidement pour appuyer des opérations tactiques au sol ainsi que des opérations stratégiques de soutien sur place complexes et fortement axées sur l’information (tant à distance que sur le lieu de l’incident). Dans un projet de technologie avancée sur le terrain financé par le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS), on étudie les façons dont les outils et l’infrastructure de communications mobiles de la prochaine génération pourront combler ces besoins.

Bien que beaucoup d’intervenants utilisent couramment des technologies de l’information et des communications (TIC) dans un environnement de bureau, l’expérience sur le terrain peut s’avérer tout à fait différente. En effet, ils sont souvent contraints d’utiliser des services commerciaux de communication mobile qui n’ont pas été conçus ou adaptés pour les situations d’urgence. Les opérations critiques ‘sur demande’ majeures exigent des solutions spéciales interopérables sur le terrain qui diffèrent souvent des solutions quotidiennes urbaines. Le spectre à large bande a été récemment mis de côté pour l'utilisation de la sécurité publique qui pourrait offrir de telles solutions. L'idée est d'utiliser ce spectre pour créer un réseau interopérable à large bande de sécurité publique (RLBSP) dans le future. Par contre, le Canada comporte également des terrains complexes et de nombreux secteurs à faible densité de population où il ne serait pas pratique d’installer des systèmes fixes émergeants de réseau à large bande de sécurité publique (RLBSP). Par conséquent, dans ces régions, il faudra probablement se tourner vers des systèmes de RLBSP mobiles que l’on pourra déployer au besoin. On aura aussi besoin de systèmes déployables dans les régions rurales et urbaines où la capacité de RLBSP est insuffisante ou lorsque surviendront des urgences majeures qui dépasseront cette capacité.

À l’heure actuelle, les bancs d’essai de RLBSP et des autres réseaux essentiels à la mission développés pour le compte d’organismes fédéraux, provinciaux, locaux et transfrontaliers n’offrent pas une capacité approfondie d’essai sur le terrain permettant de valider les systèmes requis pour satisfaire aux exigences opérationnelles des systèmes déployables, en particulier dans les régions rurales et éloignées.

Le projet de l’installation d’essais opérationnels sur le terrain des systèmes de communication essentiels et interopérables de la prochaine génération s’attaque à ce problème. Ce projet instaurera la toute première capacité nationale canadienne d’essai et de validation sur le terrain de RLBSP sans fil, en accordant une attention particulière aux systèmes déployables servant à appuyer les interventions d’urgence là où l’infrastructure de communication conventionnelle est endommagée ou inexistante. Dans l’installation, on mettra à l’essai différentes techniques associées à de nouveaux systèmes de réseau à large bande et on contribuera à l’élaboration de nouveaux protocoles et de nouvelles stratégies visant à surmonter les problèmes de connectivité et d’interopérabilité.

Ce projet de recherche de 18 mois financé par le PCSS est mené par le laboratoire de recherche en télématique de l’université Simon Fraser (SFU) et est parrainé par le Centre de recherches sur les communications. Différentes organisations ayant des besoins en communications essentiels à leur mission participent à ce projet, notamment : Gestion des urgences Colombie Britannique, l’Organisation des mesures d’urgence du Yukon, le Programme de gestion des urgences du district régional Thompson-Nicola, la Société des services d’urgence des Premières Nations de la Colombie Britannique, l’Autorité sanitaire du Nord et les installations de soutien avancé des réseaux ruraux de l’université Thomson Rivers.

On a prévu deux grands essais ou démonstrations sur le terrain, l’un dans une région accidentée à l’intérieur de la Colombie Britannique et l’autre dans un secteur montagneux sous-arctique du Yukon. L’installation d’essai des communications mobiles d’urgence avancées de la SFU appuiera directement toutes les activités d’essai et de développement initiales, ainsi que les essais et démonstrations qui auront lieu en Colombie Britannique. Il est anticipé que l’essai au Yukon aura lieu dans un secteur plus éloigné et un système hautement portable sera utilisé.

Peter Anderson est professeur agrégé à l’école de communication de l’université Simon Fraser, ainsi que directeur du laboratoire de recherche en télématique de celle-ci (anderson@sfu.ca).

Stephen Braham est professeur auxiliaire et directeur du PolyLAB for Advanced Collaborative Networking à l’université Simon Fraser (sbraham@sfu.ca).

 

#MSGU : Le rôle des médias sociaux dans la gestion des urgences

Par : Kate Kaminska et Bjorn Rutten

Les organisations de gestion des urgences et de premiers intervenants du monde entier exploitent les technologies sociales dans le cadre de leurs activités de préparation, d’intervention et de rétablissement. Les médias sociaux, par exemple, permettent d’entrer en contact avec le public, d’améliorer la connaissance de la situation et d’envoyer des messages d’alerte, d’avertissement et de préparation plus rapidement à la population. Les médias sociaux permettent aussi aux citoyens d’exercer une influence considérable dans des secteurs de la société – comme la sûreté et sécurité publique – qui étaient auparavant considérés comme un domaine réservée aux grandes institutions, à l’industrie et au gouvernement.

Les organismes de volontaires virtuels, en particulier ceux qui sont membres du Digital Humanitarian Network (le réseau humanitaire numérique), contribuent grandement aux missions internationales de secours en cas de catastrophe. Ces organismes sont de véritables chefs de file en matière de cartographie des crises et d’externalisation à grande échelle pour recueillir de l’information sur les crises. Depuis le tremblement de terre d’Haïti en 2010, leur participation fait partie intégrante des interventions internationales lorsque survient une catastrophe majeure. Dans plusieurs pays, des équipes virtuelles de soutien opérationnel (EVSO) se sont formées auxquelles les organismes locaux de gestion des urgences peuvent faire appel pour fournir différents services de soutien numériques (par exemple, la surveillance, le filtrage et la cartographie d’informations pertinentes).

Au Canada toutefois, le milieu de la gestion des urgences ne s'est pas encore entièrement accommodé des médias sociaux, ce qui fait que la collaboration avec des bénévoles virtuels demeure une solution insuffisamment exploitée. Pour combler cette lacune, un projet d’investissement ciblé, financé par le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) et intitulé Les médias sociaux et la gestion des urgences (MSGU), a été lancé au printemps 2013. L’un des buts premiers de ce projet est de cerner les possibilités et les conditions de coopération entre les intervenants officiels, les bénévoles virtuels et l’ensemble de la population afin d’accroître la connaissance de la situation et d’accroître la résilience communautaire et nationale.

Dans le cadre de ce projet, le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS) s’est allié à la Ville de Calgary et à l’Agence de gestion des urgences de Calgary (CEMA) en octobre 2013 pour organiser la première table ronde d’experts sur les médias sociaux pour la gestion des urgences au Canada. Plusieurs groupes de bénévoles virtuels – Standby Taskforce (SBTF), Crisis Commons et CanVOST – ont joint leurs forces à celles de la Croix-Rouge canadienne et à des représentants de la CEMA, de la Ville de Calgary et du service de police de Toronto pour créer un modèle de maturité encadrant la coopération assistée par la technologie et pour échanger leurs points de vue sur le rôle futur des médias sociaux dans la gestion des urgences au Canada. M. Jason Cameron, directeur de la planification de la continuité des activités et de la reprise après sinistre de la CEMA, a déclaré ceci : « Ce fut une occasion parfaite pour la CEMA et la Ville de participer parmi les chefs de file nationaux en matière d’innovation dans le domaine de la gestion des urgences ».

La prochaine étape de ce projet de deux ans sera l’expérience de reprise après catastrophe en collaboration avec des bénévoles virtuels, qui aura lieu en novembre 2014, à Halifax. Cette expérience de coopération virtuelle se déroulera dans le cadre de la Conférence sur la gestion des sinistres de la Croix-Rouge canadienne. Elle aura pour objectif de mettre à l’essai un concept de coopération entre les autorités en gestion des urgences, la Croix-Rouge canadienne et des bénévoles virtuels pendant la phase de rétablissement à la suite d’une catastrophe majeure. Cette expérience comporte par ailleurs un élément transfrontalier qui consiste en l’activation planifiée du DigiDOC (le centre des opérations numériques) de la Croix-Rouge américaine, à Washington (D.C.), et en l’emploi des capacités de mobilisation des bénévoles virtuels des États‑Unis. Elle est actuellement mise en œuvre dans le cadre de la troisième Expérience canado‑américaine de résilience (CAUSE), qui se veut une série d’exercices ayant pour but d’accroître la résilience dans le domaine de la gestion de situations d’urgence et de crises grâce à l’interopérabilité des systèmes canadiens et américains de connaissance de la situation rendue possible par l’intégration et l’harmonisation de ces systèmes.

 

Figure 1 : #MSGU au Canada - Faits et chiffres

Figure 1 : #MSGU au Canada - Faits et chiffres

Attentes de la population

  • 63% pensent que les intervenants d’urgence devraient être prêts à répondre aux appels à l’aide sur les médias sociaux
  • 1 personne sur 3 pense que les intervenants d’urgence répondront à un appel à l’aide sur les médias sociaux
  • Environ la moitié des gens seraient prêts à s’inscrire à l’envoi d’alertes par courriel, par message texte ou par application de téléphone intelligent.

La popularité des médias sociaux

  • Facebook - 19 millions d’utilisateurs au Canada, 14 millions s’y connectent chaque jour, 10 millions y ont accès avec des appareils mobiles et utilisation supérieure à la moyenne mondiale et celle des É-U.
  • Twitter - 5e pays au monde qui utilise le plus, 1 internaute sur 5 utilise twitter
  • YouTube -71% des internautes fréquentent YouTube

Étude de cas –Inondations à Calgary en 2013

  • 15 000 Bénévoles mobilisés grâce au comptes Facebook et twitter de « YYC HELPS »
  • #YYCflood a été mentionné 32 fois par minute pendant 10 jours
  • Le nombre d’abonnés au compte twitter de la ville double : 84 000
  • Nombre de nouveaux abonnés au compte twitter du maire : 28 000

 

Kate Kaminska, Ph. D., est analyste de recherche opérationnelle au Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS). kate.kaminska@drdc-rddc.gc.ca. Twitter : @katekaminska1

Bjorn Rutten est associé chez Social Catalyst Inc. bjorn@socialcatalyst.ca. Twitter : @BjornRutten

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