Hiver 2014

Initiative stratégique sur les armes à impulsions

Par Vesna Knezevic

Le recours par la police aux armes à impulsions (AI), mieux connues sous l’appellation « Taser », attire particulièrement l’attention des Canadiens. Les AI ont fait leur apparition au Canada en 1998 et en mai 2013, on en dénombrait 9 174 dans les stocks d’armes des services de police à l’échelle du pays.

Alternative moins meurtrière que les armes courtes, les AI sont une option importante qui permet aux agents de police de réduire le risque de blessure ou de décès. Elles fonctionnent au moyen d’une source d’énergie électrique pour neutraliser temporairement un sujet, ce qui permet à la police de maîtriser une situation.

Plusieurs incidents très médiatisés impliquant des AI ont influencé la perception qu’a le public du caractère adéquat de telles armes. Pour assurer la sécurité de la population canadienne et conserver la confiance du public, tous les ordres de gouvernement et les organismes chargés de l’application de la loi ont reconnu la nécessité d’obtenir davantage de renseignements indépendants et fondés sur les faits en ce qui concerne la mise à l’essai et l’utilisation de ces armes.

Un groupe de travail fédéral-provincial-territorial a été mis sur pied en 2007 pour favoriser l’échange d’information au sujet des politiques et des pratiques liées aux AI. En 2010, le groupe de travail a préparé des lignes directrices nationales sur l’utilisation des AI, qui renfermaient des recommandations concernant la mise à l’essai, la déclaration suivant l’utilisation ainsi que la supervision et la formation des agents.

À l’époque, les décideurs avaient aussi constaté la nécessité d’approfondir la recherche concernant la manière d’évaluer le rendement technique des AI ; les effets de leur utilisation sur la santé ; et la manière dont d’autres armes moins meurtrières devraient être évaluées et approuvées à l’avenir. Ces travaux de recherche ont été approuvés par les ministres fédéral, provinciaux et territoriaux responsables de la justice et de la sécurité publique en octobre 2010. Peu de temps après, Sécurité publique Canada et le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS) ont collaboré à l’Initiative stratégique sur les armes à impulsions (ISAI) afin de mettre ces travaux de recherche en oeuvre. L’initiative, qui s’est échelonnée sur trois ans, a donné les résultats suivants :

Un cadre régissant le processus d’approbation des nouvelles technologies moins meurtrières au Canada. Ce document publié en décembre 2012 recommandait un processus d’approbation qui implique les parties intéressés civils et les experts en la matière pour qu’ils puissent obtenir des conseils indépendants sur la sécurité du public et des agents d’application de la loi.

Un rapport sur les connaissances actuelles au sujet des effets des AI sur la santé.
http://sciencepourlepublic.ca/fr/assessments/completed/cew.aspx

L’Académie canadienne des sciences de la santé (ACSS) et le Conseil des académies canadiennes ont réuni un groupe d’experts médicaux indépendants du Canada et de l’étranger pour passer en revue la documentation portant sur les effets psychologiques du recours aux armes à impulsions. En octobre 2013, le groupe a terminé la rédaction de son rapport sur l’état actuel de la recherche, sur les lacunes dans les connaissances et sur les manières de combler ces lacunes. Les travaux du groupe d’experts ont été particulièrement utiles, car ils ont permis de corriger certaines des idées fausses que l’on se faisait au sujet des effets des AI sur la santé. Le rapport, intitulé Effets sur la santé de l’utilisation des armes à impulsions, est affiché sur le site Internet du Conseil des académies canadiennes http://sciencepourlepublic.ca/fr/assessments/completed/cew.aspx

Un protocole exhaustif de mise à l’essai des AI qui prévoit une méthode uniforme d’évaluation du rendement technique des AI. Dans un rapport publié en décembre 2013, RDDC recommande la mise à l’essai des paramètres pertinents, l’adoption de spécifications pour l’équipement de mise à l’essai, les qualifications requises pour les laboratoires et l’uniformisation des exigences de déclaration pour appuyer l’analyse comparative des résultats des essais.

La collaboration entre Sécurité publique Canada et RDDC en matière de recherche a grandement contribué à faire progresser les connaissances fondées sur les faits dont nous disposons au sujet des AI. Les responsables des politiques de police se penchent sur les conclusions tirées afin de déterminer comment elles peuvent éclairer les politiques actuelles et les travaux de recherche futurs dans le domaine.

Une liste complète des rapports produits dans le cadre de cette initiative stratégique se trouve à la rubrique « Publications » du présent bulletin. Pour obtenir de plus amples renseignements, communiquez avec Vesna Knezevic (Vesna.Knezevic@ps-sp.gc.ca).

Vesna Knezevic est gestionnaire à la Division des armes à feu et des politiques opérationnelles de Sécurité publique Canada, et a été la directrice de projet de l’Initiative stratégique sur les armes à impulsions.

 

Centres d’opérations fédéraux : L’échange d’information passe au niveau suivant

Par Chantal Bertrand

En règle générale, les ministères et organismes fédéraux ont chacun des mandats, des politiques internes et des procédures qui leur sont propres, mais nombre d’entre eux ont des rôles et des responsabilités qui se chevauchent quand il s’agit de la gestion des urgences (GU). La connaissance de la situation est un élément clé de la GU. Par conséquent, l’accès instantané à l’information sur les incidents en cours ou imminents permet non seulement d’améliorer les efforts de coordination et les processus décisionnels, mais aussi d’accroître l’état de préparation et la capacité d’intervention.

Les ministères fédéraux investis de rôles et de responsabilités en matière de gestion des urgences disposent d’un centre des opérations d’urgence ou ont des employés en service qui sont régulièrement chargés de surveiller et de valider les incidents, de faire rapport à ce sujet ou d’intervenir. Dans un tel contexte, l’échange d’information représente des défis en raison des technologies et des systèmes propres aux ministères.

En mai 2010, les membres du Groupe de travail des centres d’opérations fédéraux ont dit souhaiter mettre au point une capacité opérationnelle visant à faciliter l’échange d’information sur les incidents aux fins de la gestion des urgences, entre les partenaires fédéraux. C’est pourquoi le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) s’est joint au Centre des opérations du gouvernement de Sécurité publique Canada pour piloter une initiative visant à mettre au point un portail de gestion des urgences à l’interne qui viendrait remplacer les systèmes antérieurs. L’intérêt manifesté à l’égard de cette initiative s’est accru et plusieurs ministères ont collaboré afin de créer une capacité fédérale prête à être mise à l’essai.

Déjà trois ans plus tard, le Portail est maintenant entière­ment validé et opérationnel. Au départ, l’outil n’intéressait que quelques ministères fédéraux clés, mais l’intérêt s’est accru depuis et 21 ministères et organismes fédéraux – un nombre impressionnant – y ont maintenant recours. Et on s’attend à ce que d’autres organismes emboîtent le pas durant l’exercice 2014-2015.

En quoi le Portail consiste-t-il?

Le portail est une application basée sur SharePoint qui permet aux utilisateurs de suivre des événements en cours, de diffuser de l’information, de publier des avis et de consigner les mesures prises durant un incident ou un événement d’intérêt. Il s’agit d’un guichet unique complexe qui permet l’échange d’information entre les centres d’opérations fédéraux; il est doté d’un outil intégré de messagerie et de clavardage, d’une fonction de demande de suivi et d’un outil géospatial lié au Système interorganisationnel de connaissance de la situation (SICS), pour n’en nommer que quelques-uns. Le SICS permet l’échange d’information géoréférencée sur la connaissance de la situation et d’alertes entre les organismes de gestion des urgences et d’intervention grâce à des normes ouvertes et à une architecture ouverte.

En outre, l’échange d’information peut être adapté à l’échelle du portail. En effet, il est possible d’inclure autant (ou aussi peu) d’intervenants que requis; il suffit de simples clics de souris. Les versions futures du portail permettront d’améliorer les capacités actuelles, voire de peut-être étendre son empreinte afin d’inclure les intervenants fédéraux en région.

Voilà un système commun, capable de favoriser une intervention fédérale hautement coordonnée!

Chantal Bertrand est agente principale de surveillance à Sécurité publique Canada.

 

Mise en oeuvre de HAZUS-MH au Canada : Évaluer les incidences possibles des catastrophes naturelles

Par Miroslav Nastev et Alain Goudreau

En 2009, Ressources naturelles Canada (RNCan) et le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS) ont commencé à collaborer au Projet d’évaluation quantitative du risque, financé conjointement par le précurseur du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) et le Programme de géoscience pour la sécurité publique de la Commission géologique du Canada de RNCan. L’objectif de cette collaboration visait à mettre au point et adapter des directives, des protocoles et des outils uniformisés aux fins de l’évaluation quantitative des risques posés par les catastrophes naturelles et de promouvoir leur utilisation au Canada. La méthode préconisée par l’Agence fédérale de la gestion des urgences des États-Unis (FEMA) pour évaluer les vulnérabilités physiques, la sécurité socio-économique et la sécurité publique en ce qui a trait aux catastrophes naturelles – connue sous le nom de « Hazards US-Multi-Hazards » en anglais (HAZUS-MH) – a été adoptée à titre de pratique exemplaire (www.fema.gov/hazus).

En août 2011, RNCan et RDDC CSS ont conclu une entente avec la FEMA en vue de collaborer à l’adaptation et à l’élaboration d’une version nord-américaine uniformisée de HAZUS-MH. À titre de méthode uniformisée d’évaluation des pertes possibles résultant de trois types de catastrophes naturelles (inondations, tremblements de terre et ouragans), HAZUS-MH allie la science, le génie et la modélisation mathématique à la technologie de système d’information géographique (SIG) afin d’estimer les dommages physiques de même que les pertes d’ordre économique et social. HAZUS-MH est dotée de solides capacités de cartographie et peut illustrer les résultats sous forme de tableaux et de graphiques. Ces fonctions particulières facilitent la communication et l’interaction entre les modélisateurs et les planificateurs lors du processus de planification des mesures d’atténuation. Bien qu’il ait été mis au point pour les États-Unis, HAZUS-MH présente de nombreux avantages et se révèle, grâce aux résultats qu’il obtient et aux ressources disponibles liées à son utilisation, un outil capable de quantifier les risques posés par des catastrophes naturelles au Canada. Jusqu’à présent, les efforts d’adaptation de HAZUS-MH se sont surtout concentrés sur les modèles de tremblement de terre et d’inondation, qui sont maintenant opérationnels au Canada.

HAZUS-MH comporte des modules pour chacune des trois catastrophes naturelles visées :

  • L’analyse débute par l’établissement du scénario de risque (p. ex., l’intensité des secousses terrestres, les déplacements terrestres, la profondeur de l’inondation, etc.).
  • La deuxième couche d’information renferme une liste des ressources exposées au risque relevé (environnement bâti et population).
  • Le modèle de vulnérabilité se fonde sur le concept des fonctions de dommages, définies comme des représentations graphiques de l’intensité du risque naturel par rapport à l’état ou au pourcentage d’endommagement des bâtiments modélisés. Cette information est jumelée aux techniques d’estimation des coûts de réparation et de remplacement des bâtiments de même que des coûts liés à la perte d’utilisation.

Deux outils de promotion ont été mis au point pour favoriser et appuyer un réseau grandissant, qui réunit plus d’une centaine de praticiens oeuvrant dans l’évaluation des risques et la planification des urgences : le groupe canadien des utilisateurs de HAZUS-MH (CanHUG)(http://HAZUScanada.ca/fr). Le CanHUG tient des téléconférences hebdomadaires pour offrir la possibilité d’en apprendre davantage au sujet de HAZUS-MH et de son utilisation et de communiquer les expériences et les pratiques exemplaires connexes. Le CanHUG encourage les utilisateurs canadiens à se servir des données d’exposition locales et à accroître l’exactitude des estimations de pertes. Le logiciel de HAZUS-MH, le manuel de l’utilisateur et le manuel technique, les rapports d’études de cas et d’autres renseignements utiles peuvent être téléchargés du portail canadien. Il y a à l’heure actuelle une quinzaine d’études HAZUS-MH en cours ou achevées au Canada.Les données obtenues de HAZUS-MH ont servi à améliorer les exercices de gestion des urgences à divers niveaux et endroits à l’échelle du pays. Dans les années à venir, plusieurs projets et études liés à l’évaluation des risques d’inondation seront pilotés par les provinces du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et du Québec. Les résultats et les réflexions tirés de ces projets seront communiqués au fur et à mesure. Pour ce qui est de la viabilité et du soutien à long terme de la capacité HAZUS-MH au Canada, des discussions sont en cours et diverses options sont envisagées.

Miroslav Nastav est un gestionnaire de projet à la Commission géologique du Canada. Alain Goudreau est chef de section, Évaluation des risques et Intégration des capacités, RDDC CSS.

 

EnRiCH : Accroître la résilience et la capacité pour la santé

Par Tracey O'Sullivan

La sensibilisation et les relations sont les deux mots qui décrivent le mieux les mécanismes clés qui ont contribué à accroître la résilience et l'état de préparation des populations à risque élevé dans le cadre du projet EnRiCH. En créant des occasions de mobiliser les intervenants de la collectivité et de discuter de la résilience communautaire, nous favorisons la sensibilisation et nous améliorons la connectivité entre les organisations qui fournissent des services de soutien aux populations à risque élevé.

Cette connectivité a été un élément essentiel au succès remporté par le projet EnRiCH. Comme l'a dit un des participants au début du projet : « Le plus important, à mon avis, c'est que diverses organisations se sont réunies et ont entamé un dialogue. »

Le projet EnRiCH a été financé par l'entremise de l'ancienne Initiative de recherche et de technologie CBRNE (IRTC) de 2009 à 2013. Fondé sur une approche participative communautaire, le projet a fait appel à cinq collectivités canadiennes pour mettre à l'essai un outil d'inventaire des ressources visant à favoriser la sensibilisation et la collaboration au sein des organisations communautaires qui soutiennent les personnes ayant des limitations fonctionnelles. L'Agence de la santé publique du Canada et Ressources humaines et Développement des compétences Canada ont participé au projet à titre de partenaires fédéraux.

Les collectivités qui ont participé au projet EnRiCH étaient les suivantes :

  • Truro (Nouvelle-Écosse)
  • Région de Waterloo (Ontario)
  • Gatineau (Québec)
  • Québec (Québec)
  • Calgary (Alberta)

Dans le cadre d'une série de consultations visant à faire l'inventaire des ressources dans chaque collectivité, les participants ont pris connaissance des ressources clés pouvant servir lors d'interventions en cas de catastrophe, sans compter qu'ils ont noué des liens avec des intervenants d'autres secteurs, notamment des organisations qui ne participent habituellement pas aux activités de planification des mesures d'urgence en cas de catastrophe. La diversité du groupe de participants a contribué grandement à aider les intervenants à savoir ce qui est disponible dans la collectivité et à saisir les besoins particuliers des populations à risque élevé.

Les dirigeants locaux des collectivités ciblées par le projet EnRiCH (nommés dans le cadre de partenariats avec la Croix-Rouge canadienne et/ou des administrations municipales de chaque collectivité) ont joué un rôle essentiel dans la promotion de cet exercice de collaboration. Chaque groupe a adapté l'exercice d'inventaire des ressources en fonction des besoins, des préférences et du contexte de leur collectivité géographique particulière. Une telle souplesse à l'échelon local a permis de rester fidèle à l'approche participative et de planifier en vue d'assurer la viabilité une fois le projet pilote terminé.

Le manuel d'intervention du projet EnRiCH et plusieurs webinaires ont été affichés en ligne; ils font partie d'une trousse d'outils communautaires qui peuvent être utilisés par d'autres collectivités pour mieux se préparer. L'intérêt manifesté à l'égard du projet s'est grandement accru ces dernières années, à mesure que les partenaires communautaires et universitaires échangent les leçons tirées et continuent de promouvoir la participation et la collaboration afin de favoriser la sensibilisation au sujet de la planification des mesures d'urgence en cas de catastrophe.

Le projet s'est traduit par de nombreux résultats positifs, notamment l'octroi d'une subvention régionale à une collectivité, ce qui a permis à cette dernière d'embaucher un coordonnateur EnRiCH pour poursuivre les activités lancées durant le projet. Voilà un exemple de l'incroyable engagement dont font preuve les partenaires locaux, un engagement qui a été essentiel à la réussite de l'initiative au sein de cette collectivité.

Le projet EnRiCH a été mis en candidature pour un prix de la Croix-Rouge canadienne à titre de programme prometteur qui favorise la participation des citoyens et le leadership durable. Les résultats seront annoncés en 2014.

Tracey O'Sullivan est professeure agrégée à l'École interdisciplinaire des sciences de la santé à l'Université d'Ottawa. Elle est la chercheuse principale du projet EnRiCH. Son programme de recherche porte sur les mécanismes de soutien visant à promouvoir la santé et la résilience dans des situations de stress élevé à l'échelon personnel, professionnel et communautaire. Ce programme s'attache à renforcer la capacité en matière de gestion des urgences par la mobilisation de la collectivité, la collaboration interdisciplinaire et le renforcement des infrastructures sociales essentielles.

 

Décontamination autogérée : Soutiens psychosociaux

Par Laurie Pearce, Ph.D

Vous êtes un intervenant de première ligne. Vous arrivez sur les lieux d'un incident où se trouve une foule de personnes apeurées, blessées et anxieuses, qui ont été contaminées par une substance chimique toxique. Il fait 10 °C à l'extérieur. Que devriez-vous faire? En règle générale, vous vous assureriez d'être en sécurité, et vous diriez aux gens de sortir de la zone contaminée et d'attendre l'arrivée de l'équipe d'intervention en cas d'incident lié à des matières dangereuses (HazMat), qui s'occupera d'amorcer le processus de décontamination.

Cependant, les recherches démontrent que les équipes HazMat mettent souvent beaucoup de temps pour arriver sur les lieux et se préparer. Entre temps, un grand nombre des victimes ont déjà quitté le secteur pour aller à l'hôpital. D'autres personnes et d'autres endroits pourraient ainsi devenir contaminés et les hôpitaux mis en isolement, ce qui met d'autres personnes à risque. Devant l'apparence « à la Darth Vader » des équipes HazMat, certaines victimes, surtout les enfants, ont signalé avoir fait des cauchemars et souffert d'anxiété et de traumatismes prolongés après avoir été en contact avec de telles équipes.

La Collaboration en matière de formation et d'exercice de simulation (SIMTEC) est un programme de recherche de quatre ans, entrepris par le Justice Institute of British Columbia (JIBC) en collaboration avec l'Université Royal Roads et parrainé par Santé Canada. Il est financé par le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS). Pour commencer, les chercheurs du SIMTEC se sont d'abord penchés sur les manières d'atténuer les facteurs de stress psychosociaux associés à la décontamination; toutefois, le projet a évolué et est devenu une initiative beaucoup plus exhaustive et intéressante.

Dans le cadre du projet, l'exercice Green Cloud, un exercice de simulation fonctionnelle sur maquette, a été tenu avec succès le 1er octobre 2013 pour évaluer la capacité des intervenants des centres d'opérations d'urgence d'hôpitaux et de collectivités ainsi que la capacité d'un poste de commandement du lieu d'incident. L'exercice a aussi permis d'évaluer la capacité des centres d'opérations d'urgence de Santé Canada et de l'équipe intégrée de la sécurité nationale de la Gendarmerie royale du Canada à mettre en oeuvre des protocoles de décontamination autogérée lors d'un incident CBRNE (chimique, biologique, radiolo-nucléaire et explosif). Cet exercice est le fruit d'un travail de plusieurs mois accompli par l'équipe de recherche du SIMTEC et le personnel de soutien du JIBC, qui ont fait des recherches, mis au point l'exercice et procédé à des essais.

Les chercheurs ont constaté qu'il était très difficile de combler le temps qui s'écoule entre le moment où les victimes ont d'abord besoin d'être décontaminées et l'arrivée des équipes HazMat. Ainsi, un protocole de décontamination autogérée a été mis au point en collaboration avec un groupe de travail spécialisé, formé d'intervenants de première ligne, de spécialistes des sciences psychosociales, de la BC Coalition for People with Disabilities et du North Shore Emergency Management Office. Ce protocole pourrait être mis en application par tout intervenant de première ligne formé et il permettrait aux victimes d'éliminer la plupart des contaminants avant l'arrivée des équipes HazMat, qui pourraient alors terminer le processus de décontamination technique ou de douche.

Les chercheurs ont aussi préparé des messages et des protocoles pour tenir compte des segments de la population qui sont à risque, comme les femmes enceintes, les enfants, les nourrissons, les non-voyants, les personnes ayant des troubles d'anxiété, les personnes en fauteuil roulant, etc. Des trousses de décontamination autogérée ont été mises au point avec l'aide de First Aid Survival Technologies (F.A.S.T.) et ont été utilisées lors du processus de nettoyage et de retrait des vêtements de même qu'après la douche. Un prototype de « poupée de décontamination », ou figurine articulée, a été créé pour aider à préparer les enfants à l'arrivée des membres des équipes HazMat -- les enfants ont pu dévêtir la poupée avant l'arrivée de l'équipe et se rendre compte qu'une personne se trouvait sous la combinaison et l'équipement de protection personnel, ce qui a permis de réduire le niveau d'anxiété et de peur.

Tout a été mis à l'essai lors d'un exercice de décontamination autogérée en climat froid, tenu dans le Nord de Vancouver en mars 2013 et auquel ont pris part plus de 35 participants, ainsi que plusieurs organisations d'intervention de première ligne. L'exercice a remporté un franc succès et, grâce aux résultats des entretiens et des rencontres de groupes d'étude auprès des intervenants et des participants, les protocoles et les trousses ont été peaufinés, remis à l'essai en août 2013 à White Rock et présentés dans le cadre de l'exercice Green Cloud.

Les 13 et 14 janvier 2014, des spécialistes HazMat locaux, nationaux et internationaux se sont réunis pour assister à un atelier de deux jours visant à examiner et à commenter les protocoles destinés aux intervenants de première ligne et à aider les chercheurs du SIMTEC à les peaufiner encore davantage. L'atelier a remporté un franc succès et a fourni une excellente occasion d'échanger les connaissances. Le savoir et l'expérience partagés par les spécialistes du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni ont fourni de précieux renseignements qui nous permettront d'améliorer nos protocoles. L'équipe chargée de la recherche compilera les notes et les recommandations découlant de l'atelier pour simplifier les lignes directrices et renforcer la capacité des populations touchées de se servir des trousses de décontamination autogérée. Quant à nous, nous avons mis à la disposition des autres personnes le travail que nous avons accompli auprès des populations à risque ainsi que nos constatations, ce qui permettra d'améliorer les résultats de la décontamination pour tout un chacun. Nous prévoyons que d'ici le 31 mars 2014, les changements seront apportés et les documents et renseignements liés à l'exercice Green Cloud seront affichés sur le site Web du SIMTEC.

Laurie Pearce (Ph. D.) est titulaire de la chaire de recherche au Justice Institute of British Columbia.
lpearce@jibc.ca

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