Printemps/été 2017

Adaptation au milieu du risque en rapide évolution

Par Mark Williamson, Ph. D.

Toutes les menaces, tous les risques et tous les dangers auxquels sont confrontés les Canadiens et Canadiennes, tant au pays qu’à l’étranger, comportent un volet de sciences et technologie (S et T). Les S et T définissent nos vulnérabilités individuelles et collectives tout en faisant partie de nos principales mesures de prévention et de protection.

Vous le voyez dans les aspects quotidiens du travail et du mandat de votre organisation ou de votre service. Ce qui est relativement nouveau depuis environ une dizaine d’années, c’est la constatation que les systèmes et les processus faisant partie de notre vie sont en grande partie fondés sur notre perception du monde d’il y a 20 ou 30 ans : ils ne conviennent peut être plus pour les mesures de préparation et d’intervention face à la hausse très apparente du rythme auquel se manifeste les menaces, les risques et les dangers. Cette constatation s’appli- que à tout le continuum technologique, sociétal et naturel du changement : elle ne se limite pas aux S et T. Kevin Lynch, ancien greffier du Conseil privé, a décrit le problème en ces termes dans The Globe and Mail :

« … [Le problème] est l’écart grandissant entre l’échelle, la portée et la vitesse de ces transformations et la capacité du gouvernement de modifier efficacement ses politiques en temps opportun. En termes simples, dans le monde dynamique actuel, les politiques et la gouvernance de la dernière génération sont mal adaptées pour les tendances perturbatrices de la prochaine génération… »

Les efforts de renouvellement des politiques entrepris par Michael Wernick, greffier actuel, visent à régler ce problème, tout comme plusieurs autres initiatives du gouvernement.

Le défi posé par un environnement si dynamique est le suivant : comment pouvons-nous suivre le rythme des changements ou même les devancer, de manière que les politiques, les règlements, les lois et les attentes sociétales soient fondés sur des évaluations de données probantes crédibles et opportunes?

Ce défi n’est pas propre au Canada; il a été reconnu à l’échelle mondiale. PricewaterhouseCoopers a récemment publié un rapport sur les mégatendances mondiales qui affectent la sécurité intérieure et mondiale et sur les menaces pour la sécurité. Les thèmes abordés comprennent notamment l’accélération de l’urbanisation, les changements climatiques, la rareté des ressources, l’avènement de nouvelles technologies, le déplacement du pouvoir économique et les changements démographiques profonds, notamment en ce qui concerne le nombre croissant de jeunes.

Ce rapport et d’autres encore ont fait ressortir l’effet combiné de ces changements, dont les interactions engendrent des vulnérabilités sur le plan de la sûreté et de la sécurité. Les incidences sur notre territoire sont nombreuses et variées. Par exemple, au Canada, les changements climatiques se sont traduits par un nombre accru d’inondations, de crues subites et de feux de forêt.

Par ses investissements dans les S et T, le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) travaille à fournir aux responsables et aux acteurs de la sûreté et de la sécurité au Canada les données probantes et les capacités dont ils ont besoin pour surmonter les défis croissants liés aux politiques, aux règlements, aux lois, aux négociations et aux attentes sociétales. Les innovations technologiques sont plus nécessaires que jamais pour s’adapter au milieu du risque ou même le devancer; nos systèmes actuels sont dépassés.

Nous recherchons constamment comment accélérer nos processus d’évaluation, de décision et de mise en œuvre et, bien sûr, nous sommes ouverts à toutes vos remarques et suggestions.

Mark Williamson est Directeur général au Centre des sciences pour la sécurité de RDDC.


Le Canada à la tête d’un nouveau réseau de lutte contre les virus les plus dangereux au monde

Par Marija Cemma et Loren A. Matheson

Un réseau émergent

En mars 2016, par un matin froid, à la toute fin d’une éclosion de la maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest, un groupe de scientifiques et de décideurs de partout dans le monde se sont réunis au Centre scientifique canadien de santé humaine et animale de Winnipeg, au Manitoba. Le centre, un immeuble unique en son genre, abrite deux laboratoires spécialement conçus pour traiter les plus dangereux agents pathogènes, comme le virus Ebola, le virus de la fièvre hémorragique de Crimée Congo et le virus Nipah. Au Canada, ces laboratoires portent le nom technique de laboratoires de niveau de confinement 4; à l’échelle mondiale, ils sont appelés laboratoires de niveau de biosécurité 4 (BSL4).

Les laboratoires de cette nature sont peu nombreux : le Canada en compte deux, mais bon nombre de pays n’en ont pas un seul. En raison de leur isolement géographique, ces établissements font face à des difficultés en matière de collaboration qui nuisent à l’échange efficace de matériel, d’information et d’expertise.

Pour explorer les possibilités de coopération institutionnelle accrue, Primal Silva, chef des opérations scientifiques à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), a invité des spécialistes des laboratoires BSL4 de l’Allemagne, de l’Australie, du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni à jeter les bases d’une vision commune pour l’avenir. Au fil des échanges, qui ont duré deux jours et demi, les participants ont défini les principaux défis à surmonter et convenu de travailler ensemble à renforcer les partenariats et à améliorer la capacité mondiale d’intervention face aux zoonoses (maladies transmises des animaux à l’humain). Le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) a financé la mise sur pied d’un réseau de laboratoires à biosécurité de niveau 4 spécialisés dans les zoonoses (BSL4ZNet).

« Les menaces de biosécurité de niveau 4 sont des menaces de maladies mondiales qui dépassent les frontières géopolitiques. Ce réseau réunit les personnes qui ont l’expertise nécessaire pour faire face aux menaces biologiques existantes et émergentes », a souligné Silva.

Renforcement des capacités du Canada

Le réseau BSL4ZNet utilise le financement offert par le PCSS pour renforcer les capacités critiques du Centre national des maladies animales exotiques (CNMAE) de l’ACIA, seul laboratoire BSL4 au Canada spécialisé dans la santé des animaux. Selon Hana Weingartl, chef fondatrice de l’Unité des pathogènes spéciaux du CNMAE : « Le réseau BSL4ZNet nous a aidés à collaborer étroitement avec d’autres laboratoires de biosécurité de niveau 4 de pointe, et il va aider le Canada à détecter plus rapidement les menaces biologiques chez les animaux. »

Le réseau a permis de recruter quatre chercheurs postdoctoraux pour mener de nouvelles recherches, établir de nouvelles capacités de diagnostic concernant le virus Ebola, le virus Nipah et le virus de la fièvre de la vallée du Rift, et aider les techniciens de laboratoire clés à échanger leurs connaissances et leurs pratiques exemplaires avec leurs homologues allemands et australiens.

TLes travaux de recherche et de diagnostic au laboratoire BSL4 du CNMAE sont exécutés par des employés dévoués de longue date comme le biologiste Peter Marszal. Le réseau a récemment donné à Peter l’occasion d’observer des pratiques de laboratoire à Geelong, en Australie : « Visiter un laboratoire australien a été une expérience inoubliable! D’après moi, il s’agit de la manière la plus efficace d’échanger des connaissances et de forger des relations collaboratives à long terme. La visite nous a permis d’améliorer l’efficacité de notre propre laboratoire, et nous espérons avoir la chance d’accueillir nos collègues australiens à Winnipeg dans un avenir rapproché. »

Ces investissements ont amélioré l’état de préparation des laboratoires ainsi que leur capacité à faire face aux agents pathogènes pouvant entraîner des conséquences graves, et ils ont permis au Canada de se positionner comme un meneur à l’échelle internationale.

Succès du réseau

Un an après sa création, BSL4ZNet est devenu un réseau hautement respecté de relations de confiance dont le succès a été reconnu partout dans le monde tant par ses membres que par des intervenants externes. Le réseau BSL4ZNet regroupe maintenant plus de 60 participants actifs qui ont contribué à plus de 32 téléconférences internationales et téléchargé plus de 100 documents sur une plateforme Web sécurisée. Ces premiers pas sont essentiels pour la transformation du statu quo.

Le secrétariat du réseau a souligné que « les caractéristiques les plus remarquables de BSL4ZNet sont l’énergie et l’enthousiasme contagieux de tous les partenaires à chaque réunion. Leur volonté d’échanger de l’information et de travailler ensemble a donné une impulsion incroyable à la résolution de questions prioritaires communes et à la redéfinition de l’avenir des collaborations entre les laboratoires de niveau de confinement élevé. »

Valeur à l’extérieur du Canada

À l’étranger, le réseau a solidifié les partenariats internationaux qui ont permis d’accroître nos capacités collectives. Des partenaires à l’échelle mondiale appuient la stratégie du réseau en mettant en commun leur personnel, leur expertise et leurs connaissances organisationnelles. Melissa Pearce, directrice de laboratoire de niveau de confinement élevé aux Centres de contrôle et de prévention des maladies des États Unis, a déclaré que « BSL4ZNet a créé une plateforme qui était grandement nécessaire pour se pencher sur les questions pressantes liées aux laboratoires BSL4 et pour obtenir des réponses éclairées rapides d’experts internationaux. »

Elizabeth Lautner, sous administratrice associée au département de l’Agriculture des États-Unis, a souligné « le rôle de premier plan du Canada dans le regroupement des laboratoires BSL4 du monde entier; BSL4ZNet aide à protéger la santé des animaux et la santé publique pour nous tous. »

La collaboration institutionnelle a permis au réseau de surveiller les activités de laboratoire, les procédures de biosécurité et les protocoles d’entretien et d’intervention dans les laboratoires. Ces renseignements sont utilisés pour établir des lignes directrices sur les pratiques exemplaires qui peuvent améliorer notre façon de travailler à l’échelle internationale. De plus, un sous groupe de membres du réseau intéressé à la formation travaille activement à répondre aux besoins actuels et futurs des techniciens de laboratoires BSL4 de classe mondiale. Le réseau a publié un catalogue de formation complet et établi un plan de travail destiné à combler des lacunes spécifiques dans la formation sur le niveau de biosécurité 4. Ces avancements ne sont quelques exemples des initiatives stratégiques en cours pour renforcer le milieu des laboratoires de niveau de biosécurité 4.

Dr. Elizabeth Lautner, Associate Deputy Administrator, United States Department of Agriculture, applauds “Canada’s leadership in bringing together the BSL4 laboratories around the world; BSL4ZNet is helping protect animal health and public health for all of us.”

Résumé

La vision audacieuse de BSL4ZNet est la création d’une alliance internationale des laboratoires de niveau de biosécurité 4 pour maximiser l’efficacité des mesures de lutte contre la menace mondiale que posent les maladies transmises des animaux à l’humain. Le réseau est en voie d’accomplir sa vision, comme en témoigne la mise à contribution de tous les partenaires pertinents, et il vise d’autres objectifs ambitieux au cours des prochaines années. « Nous sommes très satisfaits de la manière dont tous les partenaires ont contribué à la réussite de BSL4ZN, et nous sommes déterminés à faire avancer le réseau davantage au cours des prochaines années afin de relever les défis à venir », a déclaré Silva.

L’ACIA s’applique à forger ces relations en temps de paix afin que les ressources et les renseignements soient facilement accessibles en cas de besoin. Cette approche coordonnée solide, qui vise à prévenir et à détecter les éclosions de maladies infectieuses et à intervenir rapidement face à celles-ci, contribuera à améliorer la sûreté et la sécurité dans le monde.

Marija Cemma, Phd est analyste scientifique et Loren A. Matheson, Phd, est conseillère scientifique au bureau du chef des opérations scientifiques à l’Agence canadienne d’inspection des aliments.


Regard vers l’avenir : planification de la sécurité au Sommet du G7

Par Pierre Trudel

Les célébrations du 150e anniversaire du Canada et les Jeux olympiques de Vancouver de 2010 sont deux exemples récents d’évènements majeurs qui, bien qu’excitants et flamboyants, présentaient des défis complexes en matière de sécurité pour lesquels une planification collaborative approfondie était nécessaire.

L’an prochain, le Canada accueillera le 44e Sommet annuel du Groupe des sept (G7) dans Charlevoix (Québec). Le G7 est un regroupement informel de sept des économies les plus avancées du monde : l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume Uni. Chaque année, les dirigeants, ministres et décideurs du G7 se réunissent pour discuter de valeurs communes et de questions d’intérêt national et mondial. À titre de pays hôte, le Canada sera responsable d’assurer la sécurité et la sûreté de l’évènement et des délégués internationaux de haut niveau présents.

« Au fil des ans, le Centre des sciences pour la sécurité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC CSS) a collaboré étroitement avec la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur plusieurs projets et activités pour soutenir la planification de la sécurité lors des évènements de grande envergure, notamment les célébrations du 150e anniversaire du Canada et les Jeux olympiques et paralympiques de Vancouver de 2010, ainsi que les sommets du G8 et du G20 organisés au Canada dans le passé », affirme le M. Williamson, directeur général du RDDC CSS « Le soutien que nous avons apporté durant les évènements antérieurs a établi notre crédibilité, si bien qu’on nous a encore demandés de participer à la planification de la sécurité du Sommet du G7 de l’an prochain. »

Bien que la responsabilité générale de la planification de la sécurité du Sommet du G7 incombe à la GRC, RDDC CSS a pour rôle de concevoir et de fournir un programme intégré d’exercices qui permettra aux planificateurs de la sécurité de former des équipes, de vérifier les capacités organisationnelles et de valider les plans visant à appuyer l’interopérabilité des partenaires des opérations liées au Sommet. Tout au long de ses démarches, RDDC CSS bénéficiera de l’assistance d’un groupe de spécialistes en exercice du Centre de simulation de l’Armée canadienne. Les exercices aideront également à mettre au point des plans complexes et un concept des opérations et à définir les rôles et les responsabilités de chaque intervenant.

SENTINELLE I et II

Les exercices sont essentiels à l’accroissement de la sécurité : ils permettent aux planificateurs de valider les plans, de cerner les points faibles et d’apporter les ajustements nécessaires.

Deux exercices sont prévus : un exercice de simulation sur table et un exercice fonctionnel. Les participants comprendront des premiers intervenants locaux, des spécialistes de la sûreté et de la sécurité, des experts en sciences et technologie, des représentants gouvernementaux, des planificateurs du Sommet du G7 et d’autres intervenants participant à la planification du Sommet du G7.

L’exercice de simulation sur table SENTINELLE I, prévu les 24 et 25 octobre 2017, vise à garantir que tous les partenaires connaissent leurs champs de compétence et leur état opérationnel durant le Sommet. Les partenaires discuteront des essais, de l’instruction, des rôles, des responsabilités et des exigences en matière de sécurité, et ils établiront des plans opérationnels.

L’exercice fonctionnel SENTINELLE II, prévu en mars 2018, mettra à l’épreuve les plans opérationnels. Cet exercice pourrait comprendre des évènements réels. Il aboutira à une déclaration de préparation opérationnelle en matière de sûreté et de sécurité concernant le Sommet du G7.

Selon M. Williamson, « ces exercices fournissent un environnement qui permet de mettre à l’épreuve les capacités, de familiariser les organismes et le personnel assumant des rôles précis et de favoriser des interactions significatives. RDDD CSS est très fier de contribuer à la planification du Sommet du G7, et nous sommes certains que l’expertise et les connaissances acquises dans le passé nous placent en excellente position pour tenir ces exercices et pour fournir à la GRC des conseils essentiels en matière de planification de la sécurité. »

Suivez nous sur Twitter, où nous publierons des mises à jour sur le rôle de RDDC CSS dans la planification de la sécurité au Sommet du G7.

Pierre Trudel est directeur du Programme intégré d’exercices, Bureau de gestion du Sommet du G7, Affaires mondiales Canada.


Garçon, il y a un brin d’ADN dans ma soupe!

Par Burton Blais

Les risques en matière de salubrité de l’approvisionnement alimentaire changent constamment. Des microbes et des substances chimiques peuvent devenir des menaces en raison de leur évolution naturelle, des changements climatiques ou d’autres facteurs, par exemple des tendances comme la centralisation des activités de fabrication d’aliments et l’élargissement des bassins de distribution. Les préférences des consommateurs – comme la demande croissante d’aliments prêts à manger – peuvent aussi favoriser les risques. Par exemple, les salades et les viandes fraîches emballées peuvent contenir des concentrations excessives de bactéries nocives provoquant des maladies graves chez l’humain.

Pour contrer ces dangers, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et d’autres organismes de réglementation suivent une méthode d’inspection fondée sur le risque. Au cœur de cette approche se trouve la nécessité de comprendre la nature des dangers présents dans les aliments, comme les bactéries et les virus. Les inspecteurs d’aliments doivent déterminer les bactéries présentes, ainsi que leur puissance et leurs facteurs de virulence – autrement dit, à quel point elles sont « armées et dangereuses. »

Pour confirmer la présence de ces dangers, les laboratoires d’analyse ont besoin de technologies efficaces qui fournissent des résultats concrets aussi vite que possible. Lors d’une éclosion de maladie d’origine alimentaire, tout retard dans la transmission aux enquêteurs de résultats d’analyses critiques peut avoir des conséquences sur la santé publique. Selon le processus actuel, les agents pathogènes alimentaires sont expédiés à des laboratoires de référence spécialisés un peu partout au Canada pour faire l’objet d’analyses approfondies.

Dans le cas de certains agents pathogènes importants, comme Listeria monocytogenes et Salmonella, le processus entier peut durer plus d’une semaine.

La génomique (étude du génome, soit l’ensemble de l’ADN d’un organisme) a ouvert la voie à de nouvelles possibilités dans l’analyse approfondie des bactéries prélevées sur des échantillons obtenus lors des inspections d’aliments. Les méthodes de séquençage de nouvelle génération (SNG) en train d’être mises au point dans les laboratoires de recherche de l’ACIA peuvent définir rapidement le portrait génétique – ou le génome – d’une bactérie présente dans un échantillon d’aliment. Le portrait génétique fournit une quantité sans précédent de renseignements utiles pour les enquêtes sur les éclosions de maladie d’origine alimentaire. Il permet aux enquêteurs sur la salubrité des aliments d’évaluer avec exactitude les répercussions des bactéries observées dans les aliments sur la santé publique. Il peut même aider à comprendre comment les bactéries nocives résistent aux antibiotiques utilisés pour traiter les maladies!

Selon José Riva, directeur du laboratoire de l’ACIA de Saint Hyacinthe, au Québec, « l’utilisation de cette technologie hautement précise nous permet d’établir des liens qui étaient impossibles auparavant et de surveiller les mesures de salubrité plus efficacement. »

L’ACIA utilise maintenant le SNG dans ses laboratoires d’analyse des aliments, et tous les techniciens ont reçu une formation sur le séquençage de l’ADN des isolats bactériens. Cette initiative fait suite aux travaux antérieurs financés par le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité, qui visaient à établir un programme de caractérisation génomique des agents pathogènes alimentaires à l’aide de la technologie du SNG pour faciliter l’atteinte des objectifs en matière d’inspection microbiologique des aliments.

Selon ce modèle, les laboratoires effectuent le séquençage de l’ADN des bactéries aussitôt qu’elles sont observées dans des échantillons d’aliments en appliquant des méthodes informatiques mises au point par l’ACIA pour identifier les bactéries. Ensuite, plutôt que d’expédier les bactéries à des laboratoires de référence spécialisés en vue d’une caractérisation plus détaillée, les analystes n’ont plus qu’à appuyer sur « Envoyer » pour transmettre la séquence d’ADN entière à un centre de traitement bio-informatique à Ottawa. C’est dans ce centre que sont réalisées les analyses plus poussées, qui portent maintenant sur les données et non plus sur les bactéries en soi. Cette méthode permet de déterminer le risque associé aux bactéries, les profils génétiques, la résistance aux antibiotiques et d’autres caractéristiques importantes pouvant aider les enquêteurs à comprendre la situation à laquelle ils sont confrontés. Ces renseignements orientent les décisions sur les mesures à prendre pour protéger le public.

« Ce projet permet de gagner du temps, car les laboratoires de première ligne peuvent maintenant effectuer le séquençage de l’ADN sur place, sans avoir à expédier des isolats de bactéries au laboratoire de référence. De plus, en éliminant l’étape de l’expédition, on prévient les risques liés au transport de l’échantillon, comme les retards et les pertes », indique Todd Marrow, directeur du laboratoire de l’ACIA du Grand Toronto, qui est un des établissements à utiliser le séquençage de nouvelle génération.

Le temps nécessaire pour réaliser une analyse approfondie des bactéries alimentaires est réduit, et des données utiles peuvent être conservées pour des consultations ultérieures. Mieux encore, la méthode génomique peut être normalisée. Elle favorise la transparence du gouvernement, car les données et les procédures d’analyse sont bien documentées et mises à la disposition de toute personne ou organisation concernée par la salubrité des aliments.

M. Marrow ajoute que « la chaîne de possession des échantillons est devenue beaucoup plus courte maintenant que tous les matériaux d’analyse restent dans le même laboratoire. Nous sommes mieux placés pour défendre les résultats de nos analyses au besoin. »

Cette nouvelle technologie d’analyse excitante, qui sera utile pour les programmes d’inspection des aliments du Canada, a été rendue possible par un réseau intégré de laboratoires d’analyse des aliments. Il s’agit d’un avancement très important pour les Canadiens et Canadiennes, qui sont concernés au quotidien par la salubrité des aliments.

Burton Blais, PhD, est chef de la section Recherche et développement du Laboratoire d’Ottawa (Carling) de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.


La technologie et la formation à la Division Dépôt de la GRC

Par Jason Dielschneider

Chaque année, la Division Dépôt de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) forme environ 1 200 cadets. Comme c’est le cas pour beaucoup d’autres professions et partiellement en raison des baby-boomers, la GRC compte un grand nombre de membres qui approchent l’âge de la retraite. Afin de répondre à la demande future, le nombre de cadets passera à 1 500 au cours des prochaines années.

En raison du nombre croissant de cadets à former, la Division Dépôt de la GRC cherche des occasions de rendre la formation plus efficace. L’application de la loi devient de plus en plus complexe, et la GRC est proactive et cherche des façons d’améliorer ses méthodes de formation. Par exemple, en 2014, le programme de conduite a été entièrement revu pour inclure la simulation. Ainsi, les cadets passent désormais 18 % de leurs temps dans un simulateur de conduite. De plus, le financement accordé par le Programme canadien pour la sûreté et la sécurité (PCSS) en vue d’étudier l’utilisation de simulateurs d’adresse au tir a donné lieu à une autre réussite de taille. Grâce aux résultats de cette recherche, le Federal Law Enforcement Training Centre (FLETC) des États-Unis a intégré les simulateurs d’adresse au tir à ses programmes. La GRC reverra d’ailleurs son programme de fond en comble d’ici 2018.

Au cours des dernières années, plusieurs projets d’investissement ciblé ont été entrepris pour examiner l’usage de technologies nouvelles et novatrices en vue d’améliorer la formation des cadets. Deux projets sur l’utilisation de ces technologies se sont démarqués.

Réalité virtuelle

Il s’agit d’une technologie qui progresse à un rythme effarant. Ces systèmes sont tellement avancés que les organismes de l’ensemble du secteur de la sécurité et de la sûreté songent à utiliser la réalité virtuelle pour améliorer leur formation.

Des données physiologiques récemment obtenues à la Division Dépôt de la GRC montrent que lors de la formation visant à développer le jugement, les candidats ne présentent pas de réponse majeure au stress comme c’est le cas lors des scénarios conventionnels de recours à la force. Un nouveau projet de TI du PCSS a été lancé en vue d’examiner l’intégration des technologies de réalité virtuelle à la formation d’adresse au tir et de développement du jugement. Son objectif et de déterminer si un environne- ment de réalité virtuelle crée des facteurs de stress plus réalistes lors des scénarios de formation.

Tandis que les organismes du secteur de la sécurité et de la sûreté continuent d’examiner les occasions d’intégrer cette technologie à leurs domaines de formation, nous constatons le manque de recherche à ce sujet. Une réunion récente du groupe Canada- États-Unis sur les technologies de simulation portait uniquement sur la réalité virtuelle et son utilisation dans le domaine de la sécurité et de la sûreté. Même si des organismes comme les Services secrets des États-Unis, le FBI et le FLETC œuvrent dans ce domaine, c’est la GRC qui a montré qu’elle est le véritable chef de file dans ce domaine. Cette réussite repose sur le projet mené par le PCSS et les organismes américains regardent désormais ce qui se fait au Canada.

Entraînement cognitif

Un autre domaine d’intérêt est l’utilisation de la technologie afin d’améliorer le fonctionnement cognitif. Le concept de base consiste à utiliser les nouvelles technologies logicielles pour améliorer les aptitudes décisionnelles. De nombreuses équipes sportives ont adopté cette technologie pour améliorer leur performance. Dans le cadre d’un nouveau projet de TI, la Division Dépôt de la GRC cherche à déterminer si cette technologie pourrait être utilisée pour améliorer l’adresse au tir et le jugement des cadets. Les Forces armées canadiennes et américaines se penchent également sur cette technologie pour améliorer la performance de leurs soldats d’élite. Même si les avantages théoriques pour les cadets novices sont considérables, de plus amples recherches sont nécessaires. Ce projet de TI jettera les bases d’un processus décisionnel scientifique qui repose sur des données probantes afin de déterminer si cette technologie doit être intégrée au programme de formation des cadets.

La Division Dépôt de la GRC est reconnue dans le monde et ses programmes et technologies de formation ont été adoptés par d’autres organismes. En raison des réussites passées, la recherche sur les nouvelles technologies est devenue la pierre angulaire de l’amélioration du programme de formation des cadets. Même si beaucoup de méthodes de formation reposent sur des données historiques, la recherche sur l’efficacité des technologies émergentes sera la clé de la formation des prochaines générations de membres de la GRC.

Jason Dielschneider est gestionnaire de projet à RDDC.

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