Kabata : Évolution d'un scientifique

Faites connaissance avec Bob Kabata, Ph.D., membre de la résistance polonaise, matelot de pont britannique et chercheur canadien, qui a démontré comment les parasites pouvaient servir à faire le suivi des populations de poisson, et qui met au défi la prochaine génération de considérer l’étude des océans comme celle d’un énorme écosystème aux nombreuses interactions.

Transcription de la vidéo

1. «Entouré d'uniformes»

Narrateur :
La guerre était enfin terminée et des milliers de soldats alliés retournaient à la maison, mais pour Zbigniew Kabata, âgé de 22 ans, ainsi que pour tous ces autres anciens combattants polonais, il n’y aurait pas de retour au bercail. Leur pays était maintenant sous le joug des Soviétiques et leur avenir était un point d’interrogation. Mais l’avenir de Kabata était déjà tracé d’avance : il deviendrait un grand scientifique halieutique et jouirait d’une reconnaissance internationale.

Né à Yoramachi, en Pologne de l’Est, en 1924, le jeune Zbigniew Kabata grandit entouré d’uniformes, son père étant un officier décoré dans l’armée polonaise.

Kabata :
Il est donc tout à fait normal que j’aie toujours voulu faire partie des forces armées. 

Narrateur :
À 13 ans, Kabata perpétuait la tradition familiale en entrant à l’académie militaire Leboeuf, une école très renommée en Pologne de l’Est. Lorsque les Allemands déclarèrent une guerre-éclair sans merci à la Pologne en 1939, Kabata, tout comme la majorité des 84 autres garçons de sa classe se joignirent à la lutte contre les Nazis. Un tiers d’entre eux allait mourir avant que la guerre ne termine.

Le jeune Kabata passa la majorité de l’Occupation ici, dans les forêts denses du centre de la Pologne, où lui et d’autres partisans participèrent à une guerre vicieuse et clandestine contre les Nazis.  Son unité devint légendaire dans le centre de la Pologne. À deux occasions, en 1943, Kabata fut cité pour sa bravoure alors que lui et un petit groupe d’assaut enfilèrent des uniformes d’Allemand capturés et envahirent les prisons de la Gestapo pour libérer des centaines de sympathisants.  

Après la défaite des Allemands, les Russes prirent la relève. Tant bien que mal, Kabata réussit à se sauver en Italie et se joignit aux Forces polonaises libres pour se battre aux côtés de la 8e armée britannique.

En 1946, il fut expulsé et se mit à fréquenter une école de pêcherie à Aberdeen, en Angleterre, laquelle était dirigée par le Corps polonais de rétablissement de l’Armée britannique.L’école avait été fondée pour pallier à la pénurie de main-d'oeuvre d’après-guerre dans la flotte de chalutiers britannique qui grandissait rapidement.

Après un cours de six mois à l’école de pêcheries, Bob, tel qu’on le surnommait maintenant, partit en mer et malgré son mal de mer, accepta un travail dangereux et très peu rémunéré sur le pont. Lors d’un deuxième voyage en mer, sa jambe resta prise dans un chalutier et fut gravement endommagée. Mais après une lente guérison, il retourna en mer.

Même s’il était loin de chez lui, il ne pouvait oublier les jeunes hommes et les jeunes femmes qui s’étaient battus à ses côtés durant la Résistance et qui étaient enterrés aux quatre coins de la Pologne. Il était constamment hanté par son meilleur ami Deville, qui en 1943, accompagné d’une jeune fille, avait été abattu et ensuite enterré à la hâte par les Allemands.  

Kabata :
Ils étaient enterrés là, tout de suite, sous les ordres des Allemands. Ils étaient enterrés dans un champ ouvert et aussitôt la nuit tombée, nous allions les déterrer. C’est à cette occasion que j’ai pris sa bague en acier inoxydable, que je porte encore aujourd’hui.

Narrateur :
Bob rencontrait souvent d’autres anciens combattants polonais qui avaient le même désir que lui, retourner chez eux et créer une armée de libération. Mais ils réalisèrent, avec le temps, que cela n’allait pas être possible.

2. «Passions neuves»

Narrateur :
Cependant, la destinée fit en sorte qu’il se découvre une nouvelle passion, une passion pour la découverte scientifique. Cette passion prit naissance lorsque Kabata découvrit une fascination pour le large éventail d’espèces marines que les chaluts ramenaient sur le pont après chaque pêche. Une curiosité qui le conduisit à la bibliothèque du laboratoire maritime à Aberdeen dans le but d’en apprendre plus.

Mais les intérêts de Kabata ne se limitaient pas à la biologie maritime. Il y avait aussi Mary Montgomery, une belle physicienne de qui il était devenu amoureux. C’était d’ailleurs elle qui l’avait convaincu de poursuivre sa passion pour la biologie marine à l’Université de Aberdeen. Il postula, fut accepté et s’avéra être un excellent étudiant. Il s’illustra même comme le meilleur étudiant de sa classe à la fin de la première année. Mary et Bob se marièrent l’année suivante. Ils eurent une fille deux ans plus tard et un garçon un an plus tard.  

Alors qu’il était étudiant à Aberdeen, Bob écrivait de courtes histoires ainsi que des poèmes et l’un de ces poèmes, qui rend hommage à l’armée clandestine polonaise, fut secrètement passé de main en main pour finalement aboutir en Pologne occupée. Beaucoup plus tard, après la chute du communisme, ce poème allait donner à Kabata son heure de célébrité dans sa Pologne nouvellement libérée.

Après avoir obtenu son diplôme à l’Université d’Aberdeen, Kabata se joingnit au personnel scientifique du laboratoire maritime du ministère de l’agriculture et des pêcheries de l’Écosse à Aberdeen. À cette époque, la pêcherie commerciale dans la mer du Nord était en plein essor, ce qui forçait les scientifiques halieutiques du laboratoire à se battre pour obtenir le plus de renseignements possibles sur les poissons commerciaux pêchés, et ce afin d’avoir assez d’informations pour réglementer la pêche sur une base scientifique. Pour obtenir ces renseignements, ils devaient connaître les déplacements de la population de poissons qu’ils étudiaient. Cela s’appliquait principalement à l’églefin, l’espèce commerciale la plus exploitée dans la mer du Nord à ce moment là. Les scientifiques savaient que s’ils étaient en mesure de découvrir l’origine de la migration de l’églefin, ils pourraient mieux réglementer sa pêcherie. Mais comment ?

Les tentatives entreprises pour suivre les mouvements de l’églefin en le marquant manuellement en zone côtière et en le prélevant ensuite une fois en mer s’avérèrent infructueuses.  On adopta donc une nouvelle méthode qui consistait à marquer l’églefin migrateur à l’aide d’un parasite que l’églefin ramassait en zone côtière, et qu’il traînait ensuite avec lui lors de sa migration en mer comme une étiquette naturelle ou biologique. Le parasite appelé Lernaeocera branchialis, un tout petit crustacé copépode comme celui-ci, vivait sur les branchies de l’églefin où il s’autosuffisait en puisant dans les circuits sanguins de l’églefin. En examinant le stade de croissance du parasite qui se trouvait sur l’églefin lorsque celui-ci était pêché en haute mer, on pouvait déterminer la route et le taux de migration du poisson.

On donna à Bob sa première affectation scientifique, qui consistait à vérifier cette fameuse théorie. Malheureusement, lors de son périple en mer à bord du Scotia pour aller examiner l’églefin migrateur, il découvrit que l’églefin avait ramassé de nouveaux parasites copépodes de la même espèce alors qu’il était en mer, ce qui confondait les résultats et le poussa à abandonner son projet. Mais l’échec de ce projet entraîna trois conséquences positives pour Kabata.

Premièrement, il était fasciné par le parasite copépode et rédigea sa thèse de doctorat sur le sujet.

Deuxièmement, malgré son premier échec, il continua à croire que les parasites des poissons constituaient tout de même une très bonne façon de suivre les populations de poissons.

Troisièmement, l’échec de ce projet l’amena à penser que les populations de poissons ne devraient pas être étudiées en situation isolée mais bien dans le contexte de l’écosystème avec lequel ils interagissaient. Cette façon de penser, partagée par peu de gens à l’époque, aurait des ramifications importantes plus tard au cours de sa carrière.

3. «Eurêka»

Narrateur :
Bob fut envoyé à bord du Scotia dans le cadre de sa deuxième affectation pour étudier et cataloguer toute la faune parasitaire de la mer du Nord. Cela s’avéra une tâche très lourde. Un  travail laborieux et méthodique qui dura six ans mais qui en valut la peine, car Kabata fit une immense découverte. Il découvrit que le parasite vésiculaire  trouvé sur le merlan dans la région sud de la mer du Nord appartenait à une espèce différente de celui trouvé sur le merlan dans la région nord.

Kabata :
J’ai parlé de cette distinction entre mon merlan et celui de la région sud. J’ai dit : « Ah, il se pourrait qu’il y ait un lien biologique ».

Narrateur :
Plus Kabata observait les deux parasites vésiculaires, plus il s’emballait. Les parasites pouvaient donc être utilisés comme méthode de marquage, comme il pensait.

Kabata :
En regardant cela pour la première fois, je m’imaginais Archimède sautant en dehors du bain en criant Eurêka! C’était à peu près le même sentiment.

Narrateur :
Il était capable de prouver que la population de merlans dans la mer du Nord n’était pas qu’une seule population homogène mais bien deux populations distinctes divisées par la Dogger Bank, et que cette information était essentielle pour les gestionnaires des pêcheries puisque cela leur permettait de réglementer les deux populations de façons distinctes.

Kabata appliqua cette théorie en utilisant d’autres parasites comme marqueurs biologiques afin d’identifier des stocks séparés d’églefin au large des Farrow Islands. Sa méthode de marquage biologique au moyen de parasites jouit maintenant d’une renommée internationale.

Lorsque le parasitologue canadien Leo Margolis prit connaissance du travail de Kabata, il commença à correspondre avec lui. Les deux hommes finirent par se rencontrer lors du Congrès de parasitologie tenu à Rome en 1964. C’est à cette occasion que Margolis invita Bob à se rendre à la Station biologique du Pacifique sur la côte ouest du Canada où on tentait d’identifier l’emplacement des populations de saumon de la Colombie-Britannique en haute mer.

C’était une époque critique pour la pêcherie du saumon sur la côte ouest canadienne. Les retours des saumons du Pacifique vers les fleuves et les rivières du Canada déclinaient rapidement et on croyait que cela était dû à la surexploitation des flottes japonaises de pêche en haute mer dans les eaux internationales. Pour arrêter ceci, les négociateurs canadiens demandèrent aux scientifiques de la Station biologique du Pacifique de fournir des preuves indiscutables à la Commission des poissons anadromes du Pacifique Nord. Les scientifiques canadiens savaient que cela serait difficile, vu que les saumons du Pacifique frayés dans les fleuves et rivières de l’Amérique du Nord, de la Russie et de l’Asie étaient pratiquement impossibles à distinguer les uns des autres.  MaisLeo Margolis crut qu’en adoptant la méthode du marquage biologique au moyen de parasites uniques à l’eau douce des lacs et rivières du Canada, il serait possible d’identifier clairement le saumon du Canada en zone extracôtière.

Peu après le retour de Kabata, Margolis déclara :

Dr. Leo Margolis :
« Nous avons découvert que le jeune saumon acquérait certains parasites alors qu’il se trouvait en eau douce (donc avant qu’il quitte son aire de croissance pour migrer vers l’océan) et que certains de ces parasites demeuraient sur le saumon durant toute sa vie. Donc comme le saumon était affublé de ces parasites pour la vie, une fois qu’on était en mer et qu’on pêchait des poissons, on pouvait identifier leur provenance grâce à leurs parasites ». 

Narrateur :
Face à une telle évidence, les flottes japonaises de pêche en haute mer durent réduire leur interception du saumon du Canada.Kabata était comblé.

Dès son arrivée à Nanaimo en 1966 Bob fut extrêmement impressionné par le travail effectué à la Station biologique du Pacifique. Il s’agissait d’une institution de recherche mondialement reconnue dirigée par d’éminents scientifiques du Conseil consultatif de recherches sur les pêcheries et les océans.

Kabata :
J’ai donc fait face, dès mon arrivée au Canada, à des opportunités de recherche sans précédents.

Narrateur :
Après la guerre, le Canada n’avait pas ménagé et avait fait construire à Nanaimo une institution de recherche de première classe, très bien équipée et munie d’une petite flottille de bateaux de recherche en haute mer, la plus grosse étant la G.B. Reid.

On ne ménagea pas pour embaucher les meilleurs scientifiques du Canada et de l’étranger afin de mener des recherches sur l’abondance de stocks de saumons, de poissons de fond et de crustacés capturés dans la pêcherie en plein essor de la côte Ouest. Beaucoup de ces scientifiques acquirent une réputation internationale grâce à leur travail, comme Bill Ricker, dont la formule mathématique, publiée en 1954 et connue sous le nom de courbe de Ricker du stock et du recrutement, a aidé les pays halieutiques à planifier leur récolte de plusieurs espèces, surtout celle du saumon. Il y a eu également Earl Forrester, dont la majeure partie du travail sur le cycle biologique et les dynamiques du saumon rouge lui ont valut une renommée internationale. Sans oublier Ferris Neeve, dont le texte remarquable sur le saumon rose est devenu la pierre angulaire des sciences halieutiques. Keith Ketchen, également, qui fut le pionnier de la gestion moderne du poisson de fond au début des années 60. Il allait voir cette pêcherie surpasser celle du saumon des dizaines d’années plus tard et devenir une des plus importantes pêches économiques de la côte Ouest. D’autres personnes également, comme Dan Quayle, Terry Butler et Neil Bourne ont préparé le terrain pour la pêcherie extensive des crustacés et des mollusques dans la région.

Bon nombre de scientifiques oeuvrant à la station se sont également distingués dans le domaine de l’océanographie, tels que Nick Fofonoff, John Strickland, Jack Tully, Tim Parsons et Mike Waldichuk alors que des scientifiques comme Roly Brett ont surmonté la période noire de l’après-guerre et ont fait construire un barrage hydroélectrique sur le fleuve Fraser, lequel allait sauver une des plus importantes migrations de saumons du monde.

Dr. John Davis :
Bob Kabata a été embauché à une époque où la science était en plein essor au Canada et à la station biologique. Un grand nombre de gens se sont joints au personnel de la station en raison de la perception que beaucoup de travail devait être accompli dans le domaine des pêcheries et de la biologie.  

Narrateur :
Kabata, aussi avide que tous d’en connaître davantage sur les stocks de poissons commerciaux et d’autres espèces marines du Pacifique Nord, mena des recherches et publia des études avant- gardistes sur les parasites de la région. Non seulement avait-il découvert un bon nombre de parasites auparavant méconnus, mais il put démontrer aux gestionnaires de pêcheries que certaines espèces de parasites contribuaient de façon importante au décès naturel de plusieurs populations de poisson commercial. Il continua également à employer avec succès les parasites comme étiquettes biologiques pour séparer les populations distinctes de poisson commercial comme le goberge, la perche d’océan et le merlu, lesquels étaient des sources d’information inestimables pour les gestionnaires de pêcheries qui tentaient de gérer et de réglementer les stocks.

Au cours de ses dix premières années à la station, et malgré sa lourde charge de travail, Kabata, avec l’appui de sa famille, trouva du temps libre pour écrire un livre sur les parasites copépodes britanniques, un livre qu’il ne put terminer avant de quitter Aberdeen.

Lorsque cet ouvrage fut publié à Londres en 1979, Parasitic Copepoda of British Fishes, il devint immédiatement l’ouvrage de référence pour les étudiants en parasitologie partout dans le monde. Le livre contient plus de 2 000 illustrations que Kabata dessina avec l’aide de son microscope et à la sueur de son front.

Mais l’oeuvre de Kabata ne se résume pas à cela. Au début des années 1980, à son retour d’Asie du Sud, où il était allé pour mener une étude sur un parasite copépode destructif ui ravageait sérieusement l’industrie de la pisciculture indonésienne, il réalisa qu’il n’existait pas de documents décrivant les parasites des poissons de la région à l’intention des étudiants.  Alors il écrit un livre : Parasites and Diseases of Fish Cultured in the Tropics.

Ce livre, écrit en malais, fut rédigé en aussi peu que 14 mois. 

4. «Eurêka» (suite)

Narrateur :
Mais aussi importantes que puissent être toutes ses réalisations, sa plus grande est probablement l’effet laissé sur la Station biologique du Pacifique. La tâche de superviser le travail des autres chercheurs n’est souvent pas la plus populaire et la plus primée. Mais lorsque Bob fut affecté à ce poste par le directeur de la station, R.J. Beamish, il s’acquitta de ses fonctions sans se plaindre et, une fois de plus, excella.

Beamish, nommé directeur en 1980, était le scientifique le plus jeune de l’histoire de la station à occuper ce poste. Beamish avait excellé dans le domaine de la science dès l’université alors qu’il avait découvert le problème des pluies acides en Amérique du Nord. Il continua son travail scientifique remarquable à la station en perfectionnant les méthodes de détermination de l’âge de plusieurs espèces de poisson de fond, ce qui s’avéra un outil vital pour les gestionnaires de pêcheries.  

Lorsque Beamish nomma Kabata à la présidencedu Conseil consultatif de recherche, on commença à superviser tous les projets de recherche des scientifiques oeuvrant à la station et on procéda régulièrement à un examen régulier des résultats et des dépenses de l’argent leur étant alloué, une tâche assez désagréable.

Beamish savait que Bob était conscient de la délicatesse dont il fallait faire preuve quand on travaillait avec la bureaucratie gouvernementale; qu’il savait également que science et gouvernement étaient synonymes de résolution de problème et que, dans la gestion des pêcheries, les mêmes problèmes refont surface année après année.

Malgré tout, Kabata réalisa qu’il était important que les autorités gouvernementales qui finançaient les projets scientifiques ne soient pas seulement informées des activités et des besoins à combler, mais il était également important de leur rappeler qu’il n’y a pas de solution miracle en sciences; qu’il n’y a que des efforts à longue échéance et que ceux-ci devraient être financés en conséquence. 

Kabata continua d’obtenir du succès en tant que président du Conseil consultaif de recherche, et cela, grâce au respect que lui vouaient les chercheurs qui étaient passés avant lui.

Dr. Don Noakes :
Le but était d’améliorer la qualité globale du programme de science. Je le répète, les deux notions les plus importantes que Bob a transmises étaient son souci du détail et son honnêteté. Les scientifiques le respectaient et tout cela a très bien fonctionné.

Dr. R.J. Beamish :
Ils savaient très bien que lorsqu’ils avaient pris des engagements l’année d’avant et qu’ils devaient se présenter devant le comité, ce n’était qu’une question de temps avant que Bob ne leur demande où ils en étaient dans leurs réalisations. 

Dr. John Davis :
Il nous a également inculqué l’importance du travail d’équipe, du sentiment d’appartenance, du partage de l’information et de la résolution collective de problèmes.

Narrateur :
Les 11  années passées à la tête du Conseil consultatif de recherche furent extrêmement exigeantes pour Kabata mais elles en valurent la peine.

Dr. Don Noakes :
Lorsque Bob présida le comité, la productivité augmenta considérablement, cela dû en partie au processus de révision et au soutien offert au personnel.

Narrateur :
Dès le début de sa carrière de parasitologue, observant la relation étroite entre les organismes, Bob croyait en l’étude des populations de poissons, non pas en situation isolée, mais dans leur écosystème. Cette façon de voir n’était pas prévalente dans la gestion, la science et la pêcherie d’après-guerre, où on mettait l’accent sur l’étude individuelle des stocks commerciaux comme étant des entités uniques, soit en appliquant des formules mathématiques ou en distillant les dynamiques complexes des populations d’une espèce de poisson unique dans un modèle graphique.

Aujourd’hui, la façon de penser de Kabata est adoptée par les organisations de scientifiques halieutiques partout dans le monde.  

Dr. John Davis :
Cet écosystème est un défi pour nous maintenant que nous savons comment la science s’oriente : le déplacement de ressources aquatiques loin de la gestion des espèces uniques dans un concept d’écosystème tout en essayant de comprendre comment toutes les parties sont interreliées.

Kabata :
En sciences de la pêcherie, nous avons dû commencer par une recherche faunistique. Nous avons dû cataloguer tout ce qui vit dans cet environnement étranger auquel nous, les humains, sommes physiologiquement proscrits. En premier lieu, l’environnement immédiat et la façon avec laquelle les espèces vivantes réagissent. Ensuite, le progrès technologique, qui nous a permis de se rapprocher du problème. Finalement, nos conseils aux gestionnaires des pêcheries sont devenus de plus en plus justes.

C’est alors que nous avons réalisé que nous ne pouvons prendre une espèce unique en situation isolée. C’est impossible. Il faut considérer l’assemblage entier d’espèces qui interagissent ensemble et qui forment un groupe écologique. Maintenant nous entrons dans la deuxième phase, ce que j’appelle la dimension globale qui examine les événements naturels se produisant dans tout l’océan dont l’équilibre biologique est affecté par les événements qui se produisent sur toute la surface de la terre comme les phénomènes météorologiques qui surviennent à l’autre bout du monde et qui affectent l’état de nos stocks de poissons.  Toute cette information doit être assimilée par la science de la pêcherie et s’appliquer à la qualité des conseils prodigués aux gestionnaires de pêcheries. C’est un défi excitant : étudier l’océan de la planète comme un organisme en soi.

Je crois que la direction des sciences du ministère des Pêches et Océans est tout à fait capable d’atteindre cet objectif.

5. «Une surprise stupéfiante...»

Narrateur :
La retraite de Kabata en 1989 coïncida avec la chute du régime soviétique en Pologne et il put enfin rendre visite à sa mère et sa soeur après une absence de 47 ans.

Kabata :
Je n’ai jamais oublié ce moment parce que la dernière fois que ma mère m’avait vu, je n’avais que 21 ans.

Narrateur :
À sa grande surprise, lorsqu’il arriva en Pologne, il fut accueilli en héros, non seulement pour son travail de scientifique mais aussi pour son titre de guerre remarquable de combattant clandestin. Il fut également très surpris de constater que son poème d’hommage rendu à l’armée clandestine, écrit il y avait si longtemps, était maintenant gravé sur les murs des églises, sur les plaques et les monuments commémoratifs partout au pays.  

Ici, c’est le choeur de l’armée polonaise qui chante le poème, accompagné d’un soldat vêtu de l’uniforme du combattant de l’armée clandestine lisant une partie du poème.

L’accueil magistral qu’il reçut à son retour chez lui fut une grande surprise.

Aujourd’hui retraité, il poursuit son travail de scientifique à Nanaimo. Il consulte des scientifiques de partout dans le monde qui lui envoient des spécimens de parasites qu’il identifie. Il se consacre également à l’écriture d’un nouveau livre.

Malgré tout le travail accompli, il prend soin de toujours garder sa porte ouverte aux étudiants et autres jeunes chercheurs qui veulent lui parler.

Dr. Jackie King :
Kabata a définitivement une passion pour la science et pour la biologie. Cette passion ne s’arrête pas à l’âge de 65 ans. Même lorsqu’on est enfant, si on marche dans les bois, si on observe les insectes et les poissons avec un grand intérêt, si on aime les cours d’écologie, de chimie ou de biologie à l’école secondaire ou à l’université, c’est qu’il y a un intérêt et qu’il ne faut jamais le nier.

Dr. John Davis :
Même si Bob est aujourd’hui retraité, il vient à la station chaque jour et interagit avec les jeunes gens qui sont les scientifiques de demain. Il continue de servir de mentor et d’exemple pour nous tous, d’être la personne qui représente vraiment l’excellence dans la science et l’excellence pour l’avenir à titre de modèle.

Narrateur :
En 1996, Kabata a reçu des mains de l’ambassadeur de la Pologne à Vancouver la Croix de commandeur de l'Ordre Polonia Restituta.

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