Recherche sur l’aquaculture : Aquaculture multitrophique intégrée (AMTI)

Transcription

Pêches et Océans Canada cherche de nouvelles approches novatrices qui favorisent le  développement durable de l'industrie aquacole au pays.
M. Shawn Robinson, à la Station biologique de St. Andrews, au Nouveau-­Brunswick...et M. Chris Pearce, à la Station biologique du Pacifique, à Nanaimo, en Colombie-Britannique...sont des  scientifiques de Pêches et Océans Canada qui prennent part à ces travaux de recherche. Ils étudient les divers aspects de l'aquaculture multitrophique intégrée, ou AMTI, comme nouveau modèle de production d'aliments d'origine aquatique, fondé sur le concept du recyclage.

 Les travaux de M. Robinson sur l'AMTI ont débuté en collaboration avec le professeur Thierry Chopin de l'Université du Nouveau-Brunswick.

Bien vite, des partenaires de l'industrie, des établissements de recherche ainsi que des universités de partout au pays ont commencé à participer à ces travaux de recherche. Mais, en quoi consiste l'AMTI, exactement?

M. Shawn Robinson: « ... AMTI est une appellation passablement compliquée pour désigner l'élevage mixte. Ce type d'élevage fait référence à l'élevage collectif de différentes espèces.

Toutefois, ces dernières ne sont pas sélectionnées au hasard : chaque espèce a fondamentalement une fonction et est reliée aux autres. »

M. Chris Pearce: « Les espèces principales sont généralement des poissons qui ont besoin d'un apport en nourriture comme le saumon ou la morue charbonnière.  Viennent ensuite les plantes telles que les laminaires, qui absorbent les éléments nutritifs inorganiques dissous.

Il y a les organismes filtreurs telles la moule, la palourde, la coque et l'huître, qui détruisent les fines particules de matière. Finalement, on retrouve les espèces limivores telles que les holothuries, les oursins et les vers, qui se trouvent directement en dessous de la ferme d'élevage et absorbent la matière organique particulaire plus grosse. »

De nombreux travaux de recherche ont déjà été effectués à l'égard des algues marines et des filtreurs du modèle d'AMTI. Toutefois, les chercheurs se penchent maintenant sur les espèces limivores, et leur valeur potentielle pour ce qui est de l'extraction des déchets de poisson et des aliments en granulés excédentaires.

S. Robinson: « …et maintenant, nous commençons à nous intéresser aux organismes limivores. Ce groupe est celui  ayant de l'importance au niveau de l'environnement, car il est composé d'organismes qui absorbent la  majeure partie de la matière déposée sur le fond, qui entraîne la nutrification, c'est-à-dire l'enrichissement en nutriments des sédiments du fond, surtout dans la zone se trouvant dans le périmètre de la cage d'aquaculture. Ce sont ces sédiments que nous souhaitons tenter de capturer.

Pour ce faire, nous faisons appel à ces nouvelles espèces.  Ainsi, l'une des espèces que nous avons étudiées présente un potentiel raisonnable et fait partie de ces espèces d'extraction qui présentent des avantages : il s'agit de l'holothurie. »

Pour déterminer dans quelle mesure les diverses espèces limivores peuvent efficacement recycler les déchets de poisson dans un système d'AMTI, des projets de recherche ont été menés par des étudiants à la maîtrise tant sur la côte est que sur la côte ouest du pays...sous les auspices du Réseau canadien d'aquaculture multitrophique intégrée. Sous la supervision de M. Robinson, l'étudiante à la maîtrise Emily Nelson a récemment achevé son étude de l'holothurie du nord à la Station biologique de St. Andrews...

Emily Nelson: « Et bien, je viens de terminer ma recherche. Celle-ci est vraiment très prometteuse. Nous avons notamment découvert  que ces holothuries sont capables de consommer les déchets de l'aquaculture. Nous avons été en mesure de démontrer ce fait à la fois en laboratoire et lorsque les holothuries se nourrissent directement dans un site aquacole. Nous avons également pu établir qu'elles absorbent la matière organique de façon très efficace : les holothuries éliminent entre 79 et 85 % de la matière organique de chaque aliment qu'elles consomment. Ainsi, sur le plan de l'AMTI, elles s'avèrent extrêmement efficaces. Elles font également preuve d'un énorme potentiel. Les holothuries suscitent donc beaucoup d'intérêt. »

À la Station biologique du Pacifique, sous la supervision de M. Chris Pearce, Lindsay Orr, étudiante diplômée, a étudié un certain nombre d'organismes limivores sur la côte ouest, y compris l'holothurie du Pacifique... 

Lindsay Orr: « Ainsi, ces espèces ingèrent les sédiments à l'aide de leurs tentacules radiaux, puis digèrent la nourriture. À travers mes recherches, j'ai également découvert que les holothuries ingèrent les déchets de la morue charbonnière et absorbent la matière organique contenue dans ceux-ci. Les résultats sont donc prometteurs : ce sont des espèces candidates que nous espérons élever collectivement avec la morue charbonnière de la Colombie-Britannique. »

Au Canada, l'AMTI se trouve toujours à un stade de développement, mais les essais sur le terrain  montrent des résultats prometteurs... 

C. Pearce: « Dans les cages pour holothuries situées sous la ferme d'élevage, la quantité de matière organique était réduite, comparativement à la quantité de matière organique contenue dans les cages de contrôle. Cela laisse supposer que la matière organique a été absorbée par les holothuries. »
Toutefois, les organismes limivores de l'AMTI ne sont pas seulement choisis pour leur capacité à recycler les éléments nutritifs et les déchets du milieu des exploitations aquacoles; ils sont aussi choisis pour leur valeur marchande... 

S. Robinson: « …L'une des caractéristiques de l'AMTI est qu'elle ne tient pas compte uniquement de la production. Il ne s'agit pas seulement de la sensibilité environnementale ou du caractère écologique de l'approche. Je veux dire, celle-ci présente toutes ces caractéristiques. C'est également une question de l'économie qui s'y rattache.

L'une des façons de favoriser la participation de l'industrie est d'offrir à celle-ci une solution qui, au bout du compte, ne lui coûtera rien et donnera un meilleur résultat net à la fin de l'exercice. » 

C. Pearce: « Il y a une entreprise de la côte Ouest du Canada qui pratique actuellement l'AMTI à des fins  commerciales. Il s'agit du groupe Sea Vision Group Incorporated, dirigé par Steven Cross. »

M. Steven Cross: « Fondamentalement, la collaboration que nous avons entretenu avec MPO et que nous poursuivons aujourd'hui passe surtout par les scientifiques de cette entreprise et par un étudiant diplômé que nous partageons; quelques fois nous en avons deux ou trois.
Ainsi, en fait, nous collaborons dans la conception des expériences, en tant que membre de l'industrie L'un des avantages de créer un modèle plurispécifique est, bien sûr, que l'on met à profit la capacité des animaux choisis pour jouer un rôle écologique,...toutefois, en même temps, si l'on regarde la question d'un point de vue administratif, pour chaque pelletée de nourriture que l'on jette dans les cages, on accroît la rentabilité.
Je veux dire, la majeure partie de cette nourriture aboutit dans le poisson, mais ce qui est relâché dans l'environnement est intercepté, extrait, puis transformé en d'autres espèces. Ainsi, plus nous jetons de pelletées de nourriture, plus la valeur du produit est grande. »
Et la valeur marchande d'espèces comme l'holothurie (rouge) du Pacifique est de plus en plus importante, particulièrement sur le marché asiatique...

S. Cross: « …Nous voulons nous introduire dans le marché de l'autre côté du Pacifique, mais nous ne pouvons le faire. Notre production ne nous permet par de répondre réellement aux besoins de ce type de marché. »

Sur la côte est du Canada, au Nouveau-Brunswick, Cooke Aquaculture est un chef de file clé de l'industrie dans la recherche collaborative sur l'AMTI. L'entreprise utilise déjà les résultats des travaux de recherche à l'échelle commerciale afin de produire et de commercialiser des produits d'AMTI au Canada… 

Que nous réserve donc l'avenir quant à cette approche? L'AMTI changera­t­elle le visage de l'industrie aquacole?

C. Pearce: « Je pense qu'avec le temps, on verra de plus en plus d'exploitations d'élevage d'envergure commerciale  adoptant l'AMTI celle-ci n'est pas uniquement bonne pour l'écosystème; on y tire également un avantage économique, en ayant ces nombreuses espèces commercialisables sur place. » 

Pêches et Océans Canada continue d'étudier l'AMTI comme l'une des solutions possibles favorisant une approche équilibrée de gestion des écosystèmes : une approche qui offre des avantages potentiels pour les producteurs, l'environnement ainsi que la population canadienne.

Nous remercions :
le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG)

le Réseau canadien d’aquaculture multitrophique intégrée (RCAMTI) et son directeur scientifique, M. Thierry Chopin, professeur à l’Université du Nouveau­Brunswick, ainsi que les scientifiques et étudiants diplômés qui ont contribué à cet important projet de recherche du RCAMTI

l’Université du Nouveau­Brunswick, l’Université de Victoria, et l’Université de l’île de Vancouver

Emily Nelson et Lindsay Orr (étudiantes diplômées)

Stephen Cross, fondateur et président­directeur général, SEA Vision Group Inc.

Cooke Aquaculture Inc.

le Programme coopératif de recherche et développement en aquaculture (PCRDA) de Pêches et Océans Canada

les chercheurs de Pêches et Océans Canada :
Chris Pearce
Shawn Robinson

la Station biologique du Pacifique et la Station biologique de St. Andrews

Équipe de production

Production et réalisation : Stonehaven Productions
Michael Taylor, Scott Mason
Gestionnaires de projet (Pêches et Océans Canada) : Tara Donaghy et Emily Nelson
Illustration du Modèle conceptuel d’un système d’AMTI :Joyce Hui

Un grand merci à Ryan Leblanc (St. Andrews, Nouveau­Brunswick) pour avoir généreusement fourni la musique

© Sa Majesté la Reine du Chef du Canada, représentée par Pêches et Océans Canada, 2013

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