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Pas facile de grandir : Exposition aux substances chimiques chez les adolescents

Cet article est le dernier d’une série de cinq articles sur l’exposition aux substances chimiques pendant la grossesse et l’enfance. Pour plus de contexte, commencez ici.


Nous assistons chez les adolescents du monde entier à l’émergence d’une tendance préoccupante qui suscite l’intérêt de chercheurs : la puberté commence plus tôt chez eux, et en particulier chez elles.

Le moment de la puberté chez les adolescents au Canada est l’un des domaines étudiés par les chercheurs de l’équipe de l’Étude mère-enfant sur les composés chimiques de l’environnement (étude MIREC), qui cherchent à comprendre comment des facteurs environnementaux et des facteurs liés au mode de vie jouent un rôle pendant la puberté.

L’étude MIREC est une ambitieuse étude pluriannuelle des substances chimiques présentes dans l’environnement et de leurs possibles effets sur la santé des mères et de leurs enfants lors de la grossesse et tout au long du développement des enfants, de la petite enfance jusqu’à l’adolescence.

L’adolescence, c’est la période de transition entre l’enfance et l’âge adulte. À la puberté, le corps des enfants change et se développe. Le projet de recherche de l’étude MIREC vise une meilleure compréhension des effets possibles de l’exposition aux substances chimiques sur la santé des adolescents en croissance.

Les chercheurs souhaitent surtout déterminer si l’exposition prénatale à des concentrations élevées de diverses substances chimiques présentes dans l’environnement peut avoir des effets sur la puberté, le métabolisme et la croissance.

Chaque personne ne vit pas sa puberté au même âge. Les chercheurs veulent savoir quels sont les facteurs qui déterminent quand la puberté commence.

Chaque personne ne vit pas sa puberté au même âge. Les chercheurs veulent savoir quels sont les facteurs qui déterminent quand la puberté commence.

L’intervalle d’âges pour le début de la puberté peut varier selon divers facteurs génétiques et environnementaux, mais la puberté commence habituellement entre 9 et 11 ans chez les filles et entre 10 et 12 ans chez les garçons. Elle est habituellement terminée à l’âge de 16 ou de 17 ans. La puberté est cependant considérée comme précoce si elle commence avant l’âge de 8 ans chez les filles et de 9 ans chez les garçons.

« Nous nous penchons sur le moment de la puberté et sur sa progression », indique Jillian Ashley-Martin (Ph. D.), chercheuse scientifique et cochercheuse principale de l’étude MIREC. « Nous voulons savoir pourquoi la puberté des filles commence à un âge moins élevé qu’auparavant. L’exposition à des substances chimiques a-t-elle des effets sur le moment du début de la puberté et sur sa durée? »

Une puberté précoce peut avoir des conséquences à long terme pour les enfants. À titre d’exemple, ils peuvent être de taille inférieure à la moyenne, avoir des problèmes de comportement, se sentir stressés ou ressentir de la gêne par rapport à leur corps.

« L’âge moyen de la puberté baisse partout dans le monde, surtout chez les filles. L’augmentation de l’indice de masse corporelle (IMC) n’explique pas totalement cette tendance », affirme Mandy Fisher, épidémiologiste principale à Santé Canada.

Au-delà des différences entre les garçons et les filles, les chercheurs tiennent maintenant aussi compte de l’identité de genre, au lieu de se concentrer seulement sur le sexe biologique, afin de comprendre les effets des substances chimiques sur différents groupes de personnes.

Pour essayer de voir ce qui se passe, les chercheurs de l’étude MIREC se sont penchés sur les effets plus tard dans la vie de l’exposition à des substances chimiques pendant la grossesse.

« Beaucoup des substances chimiques que nous examinons sont des perturbateurs endocriniens, ce qui signifie qu’ils imitent les hormones humaines ou interfèrent avec elles », explique Mme Fisher. « Nous voulons principalement déterminer si l’exposition prénatale à des concentrations élevées de diverses substances chimiques présentes dans l’environnement peut avoir un effet sur la puberté, le métabolisme et la croissance. »

Activité physique

L’équipe de l’étude MIREC veut aussi connaître le degré d’activité physique réel des adolescents. Les chercheurs ont demandé aux participants de porter un accéléromètre, c’est-à-dire un instrument sensible qui mesure leur degré d’activité physique.

Les accéléromètres transmettent aux chercheurs 43 000 observations par semaine pour chaque adolescent. Les chercheurs peuvent combiner tous les résultats pour avoir une bonne idée du degré d’activité réel des adolescents.

Les chercheurs posent aussi des questions aux participants à propos de leur degré d’activité habituel et combinent ces renseignements avec les données de l’accéléromètre. Les chercheurs répéteront ces mesures à chaque étape de la puberté afin de voir l’évolution de la situation.

« Les garçons dont la puberté commence plus tôt que les autres sont habituellement plus doués pour les sports d’équipe », mentionne Michael Borghese (Ph. D.), épidémiologiste à Santé Canada. « Est-ce qu’une puberté précoce les pousse à faire davantage d’activité physique? Est-ce parce qu’ils ont commencé à faire de l’activité physique plus tôt dans leur vie qu’ils sont plus doués pour les sports? »

Les chercheurs pourront aussi examiner de quelle façon l’activité physique pourrait influer sur les concentrations de certaines substances chimiques. « L’activité physique pourrait donc être un facteur modifiable pour la prévention des effets de certaines substances chimiques sur la santé », indique M. Borghese. « Nous espérons le découvrir. »

Même si les chercheurs n’étudient pas précisément les effets de la COVID-19 sur les adolescents au moyen de l’étude MIREC, ils considèrent les effets que la pandémie pourrait avoir sur le niveau de stress, de même que sur le degré d’activité physique et le temps passé devant un écran.

Les chercheurs aimeraient aussi examiner le lien entre le diabète et l’activité physique. Ils étudient comment des facteurs tant chimiques que comportementaux peuvent avoir un effet cumulatif sur une personne.

« C’est possible qu’une exposition à des substances chimiques en début de vie rende une personne plus susceptible aux effets d’un faible degré d’activité physique, ce qui peut ensuite la rendre plus susceptible de développer le diabète plus tard », explique M. Borghese.

Prochaines étapes

Les chercheurs de l’étude MIREC ont commencé à étudier ces adolescents avant même leur naissance et ont pour objectif de continuer de les suivre à mesure qu’ils grandissent.

Puisque les jeunes participants de l’étude MIREC commencent à peine à atteindre l’âge de la puberté, les chercheurs ont encore beaucoup de travail stimulant qui les attend.

Au cours des prochaines années, ils espèrent savoir si les substances chimiques auxquelles les enfants sont exposés in utero peuvent encore avoir des effets de nombreuses années plus tard.

À titre d’exemple, ils cherchent à savoir si l’exposition à des métaux comme le plomb ou l’arsenic peut avoir un effet sur la tension artérielle. Ils veulent aussi savoir si les substances chimiques d’un groupe appelé substances perfluoroalkyliques (SPFA) peuvent modifier la puberté.

Gardez l’œil ouvert pour en savoir plus!


La recherche de l’étude MIREC est un élément clé du Plan de gestion des produits chimiques. Ce plan vise à réduire les risques que posent les produits chimiques pour les Canadiens et leur environnement par l’évaluation des produits chimiques utilisés au Canada et par la prise de mesures à l’égard des produits chimiques jugés dangereux pour la santé humaine ou l’environnement.

Des recherches comme celle-ci fournissent de l’information aux décideurs et peuvent contribuer à guider leurs actions pour changer l’avenir.

Pour en savoir plus :

Plateforme de recherche de l’Étude mère-enfant sur les composés chimiques de l’environnement (MIREC)

MIREC Canada



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