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Une recherche du LNM établit des liens entre le microbiome vaginal et le risque de VIH

Lorsque les chercheurs ont commencé à étudier les taux de transmission du VIH chez les travailleuses du sexe de Nairobi, ils ont découvert que beaucoup de personnes exposées au VIH à plusieurs reprises ne contractaient jamais la maladie. Mais pourquoi?

Il s’avère qu’il existe des différences dans les réponses immunitaires d’une personne qui peuvent la protéger contre le VIH, sur lesquelles le microbiome de son appareil reproducteur peut avoir une incidence.

Paul McLaren, chercheur scientifique au Laboratoire national de microbiologie (LNM) de l’Agence de la santé publique du Canada, étudie pourquoi le corps des gens réagit différemment à l’exposition au VIH et comment les différences génétiques des individus peuvent agir sur la vitesse de progression de la maladie. M. McLaren collabore avec des partenaires de l’Université du Manitoba, du Centre for the AIDS Programme of Research en Afrique du Sud et de l’Université de Nairobi à un projet portant sur le lien entre le microbiome et le VIH.

Qu’est-ce que le microbiome et en quoi influe-t-il sur le risque d’infection par le VIH?

Le microbiome comprend tous les microbes (tels que les bactéries, les champignons et les virus) avec lesquels nous vivons, soit sur notre corps, soit dans notre corps. On les trouve dans l’appareil reproducteur, le tube digestif, les voies urinaires, sur la peau et ailleurs. Ces microbes ne sont généralement pas nuisibles et peuvent faire partie d’un organisme sain et fonctionnel.

Les scientifiques ont découvert qu’une grande diversité de microbes dans le microbiome vaginal, une affection appelée dysbiose, peut rendre la personne plus susceptible de contracter le VIH. Ceci est en contraste avec le microbiome du tube digestif, où il est souhaitable d’avoir une grande diversité microbienne. Un microbiome vaginal sain contient principalement des bactéries de l’espèce lactobacillus, mais un grand nombre de personnes présentent une composition différente ou passent par des cycles où leur composition change pour devenir plus ou moins diversifiée.

On ignore pourquoi certaines personnes développent une dysbiose et pas d’autres, ni pourquoi la dysbiose est plus fréquente chez certaines personnes que chez d’autres. Les scientifiques cherchent encore à comprendre pourquoi la dysbiose peut rendre une personne plus vulnérable à l’infection par le VIH. L’une des théories est que, parce qu’elle provoque une inflammation des voies vaginales, elle peut entraîner une réponse immunitaire venant rompre la barrière tissulaire qui tapisse les voies, qui cause un afflux de cellules immunitaires (qui sont des cellules cibles du VIH) et, par conséquent, une augmentation du niveau de risque.

Influences génétiques

M. McLaren analyse le microbiome et les données humaines pour voir si certains facteurs génétiques peuvent rendre les personnes plus susceptibles d’avoir une microflore vaginale dysbiotique et si cela est lié à leur probabilité de contracter le VIH.

« Les êtres humains sont des créatures variables et une partie de notre constitution est influencée par notre bagage génétique. Nous avons observé que certaines personnes qui ont un microbiome vaginal sain présentent des différences génétiques qui semblent être en jeu dans le maintien d’une barrière tissulaire saine dans leurs voies vaginales », explique-t-il.

La recherche a permis de faire des découvertes génétiques passionnantes ayant des retombées importantes en ce qui concerne la prévention des infections par le VIH.

« Si nous parvenons à comprendre les causes de ces dysbioses aux endroits où se produit l’infection par le VIH, nous pourrons peut-être intervenir et traiter les gens afin qu’ils puissent conserver ou retrouver un microbiome sain », ajoute-t-il.

Un atout de plus dans la boîte à outils

La stigmatisation et la discrimination liées au VIH continuent d’être des obstacles aux soins, à un point tel que certaines personnes hésitent à recourir à des moyens de prévention, comme la prophylaxie pré-exposition (PrEP) par exemple. M. McLaren cite les probiotiques comme traitement potentiel de la dysbiose. Les gens prennent des probiotiques pour bien des raisons, notamment pour être en bonne santé. Il n’y a pas de stigmatisation liée à leur utilisation ou à leur application, ce qui signifie que les gens pourraient être plus enclins à en prendre. Il précise que les probiotiques ne devraient jamais remplacer la PrEP, mais qu’ils constituent un atout supplémentaire dans la boîte à outils de la prévention. La réduction des entraves aux soins, comme la stigmatisation et la discrimination, demeure une priorité pour le gouvernement du Canada dans la riposte de notre pays face au VIH.

« Le VIH existe depuis plus de 40 ans et nous dénombrons encore environ 2 000 nouvelles infections par année au Canada. Certes, le VIH n’est plus une condamnation à mort, mais il oblige à prendre des médicaments antiviraux pour le reste de sa vie. La prévention reste très importante », dit-il.

Paul McLaren n’avait pas à l’origine l’intention de se lancer dans la recherche en santé mondiale, mais cela est devenu une question personnelle pour lui.

« Quand je me suis rendu au Kenya, j’ai vu comment le VIH venait perturber la vie des gens. Les populations les plus marginalisées sont les plus touchées. J’espère contribuer d’une manière ou d’une autre à limiter la propagation du VIH et je pense qu’il est important de porter assistance aux personnes qui ont besoin de notre aide », conclut-il.


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