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La chaleur au travail, un risque parfois sous-estimé

Les conséquences des changements climatiques augmentent les risques liés à la chaleur pour tous ceux qui vivent au Canada. En général, les vagues de chaleur augmentent le nombre de décès et l’affluence aux urgences.

Par contre, la situation particulière des travailleurs est moins bien documentée. Qu’en est-il de ceux qui doivent affronter la chaleur pour gagner leur vie? Une étude canadienne sur la santé des travailleurs face à l’augmentation de la chaleur fait le point sur la situation.

« Ce qui est percutant, c’est que ce sont les jeunes hommes de 15 à 24 ans qui sont les plus touchés, et pas seulement les personnes plus âgées ou ceux qui ont une maladie préexistante », affirme Ariane Adam-Poupart, conseillère scientifique spécialisée à l’Institut national de santé publique du Québec, et chercheure principale du projet sur les travailleurs et la chaleur.

« Il existe plusieurs types d’occupations où la chaleur peut avoir un impact sur les travailleurs lorsque des mesures de protection ne sont pas prises ou pas disponibles », souligne Peter Berry, analyste principal des politiques à l’bureau des changements climatiques et de l'innovation à Santé Canada, qui a aussi contribué à l’étude.

La chaleur peut certainement avoir un impact sur la santé de ceux qui travaillent à l’extérieur en construction, en production alimentaire ou dans le domaine de la foresterie ou des mines, par exemple. Mais il existe aussi des risques plus élevés pour ceux qui travaillent à l’intérieur dans certains secteurs où les effets de la chaleur peuvent être importants, comme la métallurgie, les restaurants ou les buanderies.

En utilisant les données des commissions des accidents de travail de cinq provinces, de l’Alberta au Québec, des analyses ont été réalisées pour connaitre la situation à différents endroits au pays.

Nous savons déjà que la chaleur peut entraîner plusieurs problèmes, dont l’épuisement, les crampes, la fatigue, et dans les cas extrêmes, même mener au décès chez les travailleurs. Plus indirectement, la chaleur est aussi la cause d’accidents de travail qui sont causés par l’inconfort, la diminution de la vigilance et la fatigue.

« On parle d’accidents comme des coupures, des fractures ou des brûlures, qui surviennent plus fréquemment en milieu de travail lors des grandes chaleurs », explique Mme Adam-Poupart.

L’acclimatation à la chaleur joue aussi un rôle important. Quand les vagues de chaleur se produisent tôt au printemps, les effets de la chaleur peuvent être amplifiés pour ceux qui n’y sont pas habitués. Le retour des vacances est aussi un moment propice aux maladies et aux blessures. Il faut laisser au corps le temps de s’habituer à nouveau, et prendre plus de pause dans un endroit frais.

L’avenir

En plus d’examiner la situation actuelle, l’équipe de Mme Adam-Poupart a aussi effectué des prédictions pour l’avenir. C’était la première fois qu’une telle étude était effectuée pour la santé des travailleurs. En effet, des études internationales existent sur la diminution de la productivité des travailleurs qui pourrait être causé par le réchauffement climatique, mais pas sur leur santé.

« Nous voulions savoir ce à quoi nous pourrions nous attendre en 2050, étant donné le réchauffement climatique », explique Mme Adam-Poupart.

Les chercheurs ont remarqué que pour chaque augmentation de 1oC de la température, le Québec pourrait s’attendre à une augmentation de 28 à 41 % de travailleurs indemnisés pour des problèmes de santé liés à la chaleur. La situation touche un nombre encore plus grand de travailleurs lorsqu’on considère les blessures liées à la chaleur. « En 2050, nous pourrions voir une augmentation encore plus grande par rapport à aujourd’hui, en considérant les changements climatiques », ajoute Mme Adam-Poupart.

« Les autorités de santé publique et les responsables de la santé et de la sécurité au travail jouent un rôle important pour la réduction des risques future, souligne M. Berry. Les résultats de cette étude pourront informer le développement de nouveaux programmes ou permettre de revoir les programmes existants pour mieux protéger les travailleurs qui sont exposés à la chaleur. »

« Je souhaite voir s’opérer un changement de culture, souhaite Mme Adam-Poupart. À force d’en parler et de réaliser des études, j’espère motiver le changement. »

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