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La COVID-19 et les soins de longue durée

Rapport d’un groupe de travail spécial préparé pour la conseillère scientifique en chef du Canada



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Partie 1 - Relever les défis uniques de la lutte contre la COVID-19 dans les établissements de soins de longue durée

Partie 2 – Problèmes systémiques des soins de longue durée révélés par la pandémie de COVID-19



Introduction

La pandémie de COVID-19 causée par le virus du SRAS-CoV-2 a touché de manière disproportionnée les personnes âgées et les personnes ayant des problèmes de santé préexistants qui ont souffert de formes plus sévères de la maladie et d'issues moins favorables. Les personnes qui vivent ou travaillent dans un environnement où elles sont regroupées sont plus exposées au risque d'infection. Par conséquent, les résidents des établissements de soins de longue durée (SLD) ont été exposés de manière disproportionnée au risque d'infection par le SRAS-CoV-2 et aux conséquences graves de la COVID-19, y compris le décès.

En avril 2020, la conseillère scientifique en chef a réuni un groupe de travail chargé de fournir des conseils pratiques pour limiter la propagation de l'infection et améliorer les résultats en matière de COVID-19 pour les résidents des foyers de soins de longue durée. Ce groupe de travail était composé de gériatres, de spécialistes de la prévention et du contrôle des infections et d'autres experts compétents de tout le pays. Leur point de vue et leurs conclusions ont été éclairés par l'expérience pratique des membres ainsi que par des données et des analyses scientifiques. Les points de vue de ce groupe de travail sont rassemblés dans le présent rapport sur les soins de longue durée et la COVID-19.

La première partie du rapport a été rédigée au plus fort de la première vague de la pandémie de COVID-19. À ce moment, les experts ont identifié des champs d'action prioritaires nécessitant une attention immédiate ainsi que des options pratiques visant à garantir une capacité de soins adéquate dans les foyers de SLD. Ces champs d'action sont les suivants :

  1. Garantir la disponibilité de ressources humaines et physiques suffisantes pour les soins aux résidents;
  2. Veiller à ce que le personnel possédant les bonnes compétences soit déployé au bon endroit et au bon moment;
  3. Renforcer le soutien au secteur des SLD par le système local de santé et le système hospitalier;
  4. Renforcer la formation à la prévention des infections et la lutte contre celles-ci pour le personnel des établissements de SLD.

Avant tout, les experts ont estimé que les établissements de SLD sont des lieux de vie et qu'il est urgent d'adopter une approche humaine et compatissante à l'égard des résidents des établissements de SLD, de leurs familles, et du personnel qui s'occupe d'eux.

Tout en envisageant des solutions à court terme, le groupe de travail a reconnu que les problèmes observés sont les symptômes de problèmes plus systémiques qui contribuent à la gravité et aux répercussions de la crise de la COVID-19 dans les établissements de SLD. Les experts ont estimé qu'il était nécessaire de mieux définir et, en fin de compte, de résoudre ces problèmes systémiques dans le domaine des soins de longue durée afin d'améliorer en permanence les soins aux personnes âgées vulnérables.

La deuxième partie du rapport présente le point de vue des experts sur les facteurs sous-jacents du système de santé, qui ont été exacerbés par la crise de la COVID-19 mais qui étaient néanmoins présents bien avant la pandémie actuelle. Le groupe de travail a noté que :

  1. Au cours des dernières décennies, les SLD au Canada n'ont guère fait l'objet d'une priorité sociétale et d'une attention stratégique.
  2. Les résidents des établissements de SLD sont très vulnérables, pratiquement sans voix et sans moyens de faire valoir leurs droits.
  3. Un continuum de soins fragmenté et des modèles opérationnels hétérogènes font qu'il est difficile d'offrir aux personnes âgées un accès égal et cohérent aux services nécessaires en fonction de leurs besoins en soins à mesure qu'elles vieillissent.
  4. Les ressources du secteur des SLD n'atteignent pas les niveaux nécessaires pour permettre la qualité des soins de santé et des services sociaux requis en général, et essentiels en temps de crise.
  5. Les environnements bâtis posent souvent des défis qui nuisent à la capacité de protéger le bien-être des personnes âgées, notamment celles qui vivent avec la démence.

Les experts reconnaissent que leurs points de vue gagneraient à être validés davantage. Ils accueillent positivement l'opportunité d'un dialogue national plus large. Les experts reconnaissent également que la plupart de ces questions ne sont pas nouvelles et ont été soulevées dans un certain nombre de rapports et d'enquêtes. Il semble que le temps soit venu de repenser fondamentalement un système qui soutiendra un continuum de services axé sur la dignité pour les personnes âgées et leurs familles.

En identifiant certains des principaux défis auxquels les personnes âgées sont confrontées dans les établissements de SLD, les membres du groupe de travail espèrent que des solutions à long terme pourront être adoptées pour prévenir les défaillances du système et améliorer les soins et le bien-être des Canadiens âgés.



Membres du groupe de travail

Membres additionnels s’étant ajoutés pour la partie 2



Partie 1 - Relever les défis uniques de la lutte contre la COVID-19 dans les établissements de soins de longue durée
Le 19 avril 2020


Les résidents des établissements de soins de longue durée sont exposés de manière disproportionnée au risque d’infection par le virus SARS-CoV2 et aux conséquences graves de la COVID-19, y compris la mort. Cela est dû à leurs conditions de santé sous-jacentes et à plusieurs facteurs du système de santé. La conseillère scientifique en chef a réuni un groupe de travail pour fournir des conseils pratiques sur le thème des établissements de soins de longue durée. Le groupe de travail, composé de gériatres, de spécialistes de la prévention et du contrôle des infections et d’autres experts compétents de tout le pays, présente une série de propositions qui pourraient être mises en oeuvre à court terme. Le groupe de travail a également reconnu que les défis actuels sont en partie le résultat de problèmes systémiques qui doivent être examinés avec attention de façon à accroître la résilience des personnes âgées face aux infections et aux épidémies. Des observations supplémentaires sur les questions systémiques sont fournies dans la seconde partie du rapport. Le premier ensemble de conclusions et de suggestions à court terme du groupe de travail sont présentées ci-dessous.


Contexte

Les personnes âgées vivant dans les ESLD sont vulnérables où qu’elles se trouvent dans le système

Sécurité et disponibilité des ressources humaines

Pratique clinique

Soutien clinique et leadership

Reddition de comptes

Conclusion et propositions

Les résidents des ESLD courent un risque disproportionné d’infection et de conséquences graves, y compris la mort. Cela est dû à leurs conditions de santé sous-jacentes et à plusieurs facteurs du système de santé. Les ESLD ne sont pas le seul contexte de soins où l’on trouve une forte proportion de personnes âgées. Bien que nous ayons axé ce rapport sur les ESLD, les personnes âgées dans d’autres milieux de vie doivent également être considérées comme étant à risque.

Il est urgent de s’attaquer aux facteurs du système de santé afin d’améliorer notre capacité à fournir des soins humains et à assurer la protection des résidents. Nous avons relevé une série de mesures qui devraient être mises en œuvre immédiatement.

Propositions pour une mise en œuvre immédiate

Bien qu’elles soient axées sur les ESLD, ces propositions pourraient également s’appliquer aux établissements qui fournissent des services similaires à leurs résidents et, dans une certaine mesure, aux services de soins à domicile qui s’occupent des personnes âgées vulnérables ayant des besoins particuliers.

  1. Adopter une approche humaniste et compatissante avec les résidents des ESLD, leurs familles et le personnel qui s’occupe d’eux. Cela nécessite une communication régulière avec les familles, en particulier lorsque les résidents sont infectés ou après qu’ils ont succombé à leur maladie. Cela exige également la prestation de soutien au personnel qui peut avoir du mal à supporter mentalement la charge de soins aux résidents et le fait que leur propre santé est en danger.

      Propositions concernant la mise en œuvre

    • Les responsables du système de santé doivent donner le ton en mettant l’accent sur la compassion envers les résidents des ESLD, leurs familles et les travailleurs de la santé.
    • Une communication régulière avec les familles doit avoir lieu de manière à les informer de l’état des résidents, de préférence par des moyens virtuels; de plus, des ressources éducatives crédibles sur la COVID-19 et la santé des personnes âgées doivent être fournies aux familles (p. ex. le magazine PathwaysNote de bas de page 2 de l’Université de la Colombie-Britannique).
    • Les visites non essentielles aux ESLD doivent être limitées. L’engagement social des résidents des ESLD doit se poursuivre par des moyens virtuels et technologiques.
    • Un soutien programmatique doit être fourni aux travailleurs de la santé pour le soutien à la santé mentale.
    • La dignité des résidents doit être assurée et maintenue pendant la vie (par la gestion des symptômes) et après le décès (en garantissant des procédures claires pour le traitement des personnes décédées).

  2. Assurer une disponibilité suffisante de personnel pour répondre aux besoins immédiats en matière de soins, notamment : la bonne combinaison de compétences au bon endroit et au bon moment. Cela inclut le personnel pour réaliser les tâches suivantes :

    • Soins de base – allant du soutien administratif au personnel de cuisine, en passant par l’entretien ménager;
    • Soins de santé – allant des préposés aux services de soutien à la personne, en passant par les infirmières, les infirmières en pratique avancée, les médecins de soins primaires, les pharmaciens et les médecins spécialistes;
    • Leadership, conseils et personnel pour assurer l’application et la supervision des soins aux résidents et des pratiques de prévention et de contrôle des infections.

      Propositions concernant la mise en œuvre

    • Si possible, les systèmes de santé régionaux devraient envisager de prendre en charge le recrutement du personnel de tous les ESLD pendant l’éclosion.
    • Le personnel devrait être limité à travailler dans un seul ESLD lorsque cela est possible pour réduire le risque d’infection croisée. La question des salaires et des avantages du personnel pendant la COVID-19, en particulier ceux qui travaillaient à temps partiel, devrait être abordée.
    • Les autorités sanitaires régionales devraient adopter des mesures pour déplacer les travailleurs de la santé depuis les hôpitaux vers les ESLD dans le cadre d’une stratégie globale de gestion de crise pendant la COVID-19.
    • Les programmes de prévention et de contrôle des infections en milieu hospitalier et les services de santé publique devraient adopter une approche consolidée pour assurer un soutien cohérent aux ESLD.
    • La délivrance de titres et de certificats aux travailleurs de soutien personnel et l’intégration des infirmières ou autres professionnels de la santé admissibles et qualifiés devraient être accélérées afin qu’ils puissent être mis à la disposition des ESLD.

  3. Garantir les ressources suffisantes nécessaires pour assurer la sécurité des soins aux résidents des ESLD, notamment :

    • Équipement de protection individuel (EPI) et formation sur la manière efficace de l’utiliser;
    • Tests diagnostiques :
      • Test de dépistage de la COVID-19 pour le personnel et les résidents des ESLD à une fréquence définie par les conditions particulières d’un ESLD. Les situations d’éclosion doivent être gérées par des tests fréquents obligatoires, y compris pour le personnel et les résidents asymptomatiques;
      • Services de laboratoire et d’imagerie diagnostique avec un délai d’exécution rapide (p. ex. tests et résultats le jour même) afin de réduire la nécessité d’un transfert aux urgences ou aux soins intensifs.
    • Thérapies :
      • Médicaments (par exemple, assurer un accès adéquat aux médicaments appropriés pour les soins de fin de vie, et envisager la déprescription des médicaments inutiles);
      • Oxygène;
      • Réhydratation par voie sous-cutanée et intraveineuse;
      • Voie parentérale d’administration des médicaments.

      Propositions concernant la mise en œuvre

    • On devrait établir une approche régionale de la distribution des ressources (y compris l’EPI) en y incluant les ESLD comme considération essentielle.
    • Une formation (y compris des cours de rappel) sur l’utilisation sûre et efficace de l’EPI devrait être mise à la disposition du personnel des ESLD, par exemple par l’entremise de cours modulaires en ligne et en accès libre.
    • On devrait établir une approche régionale des tests de dépistage de la COVID-19 avec une responsabilité claire pour les tests et la production de rapports.
    • Au niveau régional, des partenariats avec les services d’urgence devraient être établis pour fournir un soutien consultatif aux médecins travaillant en ESLD (p. ex. discussion sur les objectifs des soins) par téléphone ou par télésanté.
    • Communication de données sur les cas et les décès selon le sexe, l’âge et le milieu en ESLD.

  4. Renforcement du soutien et de l’appui au secteur des soins de longue durée par des responsables du système de santé et des prestataires hospitaliers en :

    • ouvrant des canaux de communication avec les directeurs médicaux pour déterminer les besoins particuliers des ESLD;
    • établissant des connexions et un accès directs aux fournisseurs de soins hospitaliers pour soutenir la prise de décision à l’ESLD (p. ex. les objectifs des soins) et pour aider à la prestation des soins;
    • mettant en œuvre des technologies de soins virtuels pour soutenir les soins en place;
    • connectant chaque ESLD à un hôpital particulier afin d’établir un accès spécial au sein de ces hôpitaux désignés pour les consultations et les diagnostics pour que les soins puissent être fournis à l’ESLD lorsque cela est possible et éviter de faciliter la prestation de soins requis par ces patients vulnérables lorsque des interventions sont requises dans le contexte des soins actifs;
    • assurant l’accès à des soins palliatifs efficaces.

      Propositions concernant la mise en œuvre

    • Les communautés de pratique existantes, les associations médicales ou des accords formels devraient être mis en place pour faire en sorte que les connaissances et l’expérience des directeurs médicaux soient utilisées de manière significative pour maximiser l’impact.
    • Un groupe sur appel des hôpitaux devrait être créé pour fournir des conseils aux fournisseurs du secteur des soins de longue durée, en tirant parti, dans la mesure du possible, de l’expertise de la médecine gériatrique et de la psychiatrie gériatrique. Il faudrait également assurer l’accès à une expertise particulière pour gérer les discussions sur les objectifs des soins, les enjeux comportementaux et les soins palliatifs. Cela pourrait être soutenu par de nouvelles technologies de soins virtuels pour faciliter la prestation de conseils en temps utile.
    • Il conviendrait de créer des centres de diagnostic destinés aux résidents des ESLD au sein d’une région, et les tests de diagnostic devraient être effectués dans les ESLD lorsque cela est possible (par exemple en travaillant avec des partenaires du secteur privé).

  5. Assurer une formation et un soutien appropriés au personnel des ESLD afin de mettre en œuvre l’application de mesures pertinentes de prévention et de contrôle de l’infection pandémique de la COVID-19. Les principes incluent :

    • Le regroupement en cohorte des résidents diagnostiqués et des résidents en attente de diagnostique;
    • Le contrôle du personnel et les pratiques d’enfilage et d’enlèvement de l’EPI;
    • La gestion des éclosions;
    • La documentation des conversations sur la planification des soins, y compris l’accès au Serious Illness Conversation Guide (Guide de conversation sur les maladies graves);
    • Des conseils pour soutenir les résidents qui déambulent et ont besoin d’un isolement physique (Référence : COVID-19-BSO-RGP-Wandering-Guidelines-2020-04-14).

      Propositions concernant la mise en œuvre

    • Des équipes régionales d’intervention rapide devraient être mises en place pour traiter des questions précises en fonction des risques définis. Les mesures liées aux risques devraient se concentrer sur les mesures concernant des ESLD en particulier, notamment : le nombre de places vacantes, le nombre d’infections liées à la COVID-19 et la mobilisation du directeur médical. Les ESLD à haut risque devraient être ciblés par les dirigeants régionaux et des équipes d’intervention rapide devraient y être envoyées, avec la contribution de la médecine gériatrique et de la psychiatrie gériatrique, si possible, pour travailler avec les dirigeants locaux afin de combler les lacunes.
    • Les associations provinciales ou régionales devraient diffuser des conseils sur les questions de pratique en rapport avec la COVID-19, en particulier sur le soutien aux résidents qui déambulent et la planification avancée des soins.
    • Des cours modulaires en ligne en accès libre devraient être développés dans un dépôt central et mis à la disposition du personnel des ESLD.

Mesures à long terme

Les facteurs contribuant à la qualité inégale des soins et à la sécurité du personnel ne sont pas expressément liés à la pandémie de COVID-19. Ces défis ne se limitent pas non plus uniquement aux milieux des ESLD. Il existe des facteurs sous-jacents du système de santé qui, bien que très visibles aujourd’hui, étaient déjà présents bien avant la situation actuelle de l’éclosion. Comme il est peu probable que la pandémie soit résolue à court terme et pour éviter que ces résultats indésirables ne se reproduisent, le groupe de travail présente des observations additionnelles sur ces facteurs systémiques plus larges dans la partie 2 du rapport.



Partie 2 - Problèmes systémiques des soins de longue durée révélés par la pandémie de COVID-19
17 mai 2020


Dans la première partie du présent rapport, le Groupe de travail (GT) sur les SLD a formulé des propositions pour la prise de mesures immédiates dans la lutte contre la pandémie de COVID-19. Dans le cadre de ce premier effort, le GT a mis en évidence que des problèmes systémiques contribuent à la gravité et aux résultats de la crise de COVID-19. Le GT sentait la nécessité de mieux définir ces problèmes systémiques liés aux SLD en vue d’un dialogue national, postérieur à la crise, sur les SLD dans le contexte du système global de soins aux personnes âgées vulnérables.

Dans cette deuxième partie, le groupe d’experts de tout le pays a décrit des problèmes systémiques qui sous-tendent les défis actuels. Le point de vue de ces experts est éclairé par leur travail sur le terrain, qui comprend une expérience pratique et des études académiques. Nous reconnaissons que ces points de vue gagneraient à être validés davantage et nous reconnaissons l’opportunité d’un dialogue national plus large.


Pourquoi est-il important de définir les problèmes systémiques?

  1. La crainte qu’une intervention immédiate ait une incidence limitée sur le bien-être futur des résidents des établissements de SLD.
  2. La reconnaissance des défis auxquels sont confrontés les résidents d’établissements de SLD depuis des décennies.
  3. Ne pas tirer de leçons de cette crise nuit à ceux qui souffrent actuellement à cause des problèmes systémiques.

Qui est concerné par les problèmes systémiques décrits dans le rapport?

Le rôle du groupe de travail était de s’attaquer aux effets de la pandémie sur les SLD. Cependant, nos délibérations ont permis de déterminer qu’il existe un défi fondamental à relever pour appuyer les Canadiens dans les dernières étapes de leur vie, qu’ils vivent ou non dans un établissement de SLD. Plus précisément, les Canadiens vieillissants sont confrontés à des défis similaires dans des contextes autres que les SLD, notamment les soins à domicile et dans les résidences de retraite.

La crise pandémique a mis en évidence d’importantes inégalités dans le système de santé, qui touchent de manière disproportionnée les personnes âgées et les femmes. Compte tenu du vieillissement de la population canadienne, il est donc essentiel d’accorder la priorité à l’amélioration du système de soins fournis aux personnes âgées à leur domicile, dans différents contextes au sein de la communauté ou dans des établissements de SLD.

Les personnes handicapées, quel que soit leur âge, sont confrontées à des défis similaires dans les établissements de SLD et les résidences-services. Bien que ce rapport ne porte pas sur cette population, il peut être pertinent d’examiner de leur point de vue les problèmes systémiques observés.

Problèmes systémiques

Certaines des défaillances observées lors de la première vague de la pandémie de COVID-19 sont des symptômes de problèmes plus systémiques. Corriger les symptômes n’empêchera pas les défaillances de se reproduire.

La plupart de ces problèmes ne sont pas nouveaux et ont été soulevés dans un certain nombre de rapports et d’enquêtesNote de bas de page 3. L’un des principaux problèmes auquel nous sommes confrontés est de savoir « pourquoi » tant d’aspects ont-ils été examinés et fait l’objet de rapports, alors que si peu a été fait pour remodeler fondamentalement le système ou clarifier le continuum des services de soutien aux personnes âgées et à leurs familles.

Déterminer le rôle qu’ont joué ces problèmes systémiques dans le contexte de la crise de COVID-19 ajoute une autre brique à l’édifice.

1– Au cours des dernières décennies, les SLD au Canada n’ont guère fait l’objet d’une priorité sociétale et d’une attention stratégique.

Ces dernières années, les SLD n’ont pas semblé être une priorité pour les Canadiens. S’agit-il d’âgisme? Peut-être les Canadiens détournent-ils le regard, ne voulant pas faire face à leur propre avenir en tant qu’adultes plus âgés. Le Canada est sur le point de devenir une société super âgée. Plus de 20 % de notre population sera âgée de 65 ans et plus dans les cinq prochaines années. Pourtant, ce secteur de nos systèmes sociaux et de santé n’est guère prioritaire, ce qui le rend vulnérable à la crise.

Il est important d’examiner la manière dont les rôles sexospécifiques découlant de la situation sociale ont pu contribuer à cette crise et comment cette perspective pourrait contribuer à la solution. Les problèmes relatifs au sexe concernent à la fois les résidents des établissements de SLD et les personnes qui fournissent les soins. Par exemple, en Ontario, où les établissements de SLD accueillent plus de 73 000 personnes âgées, plus de 70 % de ces résidents sont des femmes, l’âge moyen est de 85 ans, et elles souffrent de multiples problèmes de santé ainsi que de déficiences cognitives et fonctionnelles, ce qui en fait un groupe très vulnérable. Les soins dispensés dans les établissements de SLD sont principalement assurés par des préposés aux services de soutien à la personne. Ce groupe est presque entièrement composé de femmes qui n’ont pas de poste à plein temps et qui perçoivent un faible salaire. Ces soins assurés par les préposés aux services de soutien à la personne sont bonifiés par les proches aidants qui ne sont pas rémunérés.

Dans le contexte de la COVID-19, voici les conséquences de cette situation :

2– Les résidents des établissements de SLD sont très vulnérables, pratiquement sans voix et sans défense solide de leurs droits.

Les résidents des établissements de SLD ont besoin de protections supplémentaires, car ils sont très vulnérables. Ces protections peuvent comprendre l’amélioration des garanties de qualité des services, y compris des réponses efficaces aux crises. Actuellement, l’accent est mis sur les processus et les structures de soins plutôt que sur les résultats liés à la qualité de vie (y compris l’expérience en fin de vie). Il en découle une approche réglementaire qui, parfois, peut être perçue comme bureaucratique plutôt qu’harmonisée aux besoins en matière de santé des résidents et de leurs familles.

Cette crise a démontré l’incapacité à garantir une approche humaniste et holistique, centrée sur la personne et sensible au genre, pour répondre aux besoins physiques, psychosociaux et spirituels des résidents. Protéger radicalement les personnes âgées contre la contagion peut offrir un sentiment accru de sécurité et d’ordre, mais cela ne suffit pas. Cette manière de faire ne favorise pas la dignité, l’aide spirituelle et sociale, et peut avoir des conséquences indésirables involontaires, telles que l’isolement social et la solitude, qui se traduisent par une incidence négative sur la santé physique et mentale.

Dans le contexte de la COVID-19, voici les conséquences de cette situation :

3 – Un continuum de soins fragmenté et des modèles opérationnels hétérogènes font qu’il est difficile d’offrir aux personnes âgées un accès égal et cohérent aux services nécessaires en fonction de leurs besoins en soins à mesure qu’elles vieillissent.

Les personnes âgées et leurs familles peuvent avoir du mal à trouver le soutien du soignant professionnel qu’il leur faut pour répondre à l’évolution de leurs besoins. Comme les personnes âgées passent de l’indépendance à la dépendance, leurs besoins peuvent être mieux satisfaits dans divers contextes. Les Canadiens ont besoin d’un continuum de services plus clair et adapté aux besoins. Il s’agit notamment de soutenir leurs familles et les autres aidants naturels et d’éliminer les obstacles financiers qui entravent certaines décisions. Le fait de clarifier ce continuum grâce à la contribution des résidents, des familles et des partenaires de soins peut favoriser un système plus cohérent, plus efficace et plus durable, aider à établir des normes en matière de soins résidentiels, sociaux et de santé, et établir des objectifs, des mesures incitatives et des mécanismes de surveillance réglementaire appropriés pour le secteur. Les données accessibles au public permettent de mieux comprendre et évaluer ce continuum, d’identifier et de mieux soutenir les plus vulnérables.

Dans le contexte de la COVID-19, voici les conséquences de cette situation :

4– Les ressources du secteur des SLD n’atteignent pas les niveaux nécessaires pour permettre la qualité des soins de santé et des services sociaux requis en général, et essentiels en temps de crise.

Le secteur des SLD ne semble pas disposer des ressources appropriées et durables pour garantir la présence uniforme d’une main-d’œuvre engagée, correctement formée, bien rémunérée et résiliente à l’échelle du secteur. Les soins dispensés dans les établissements de SLD sont principalement assurés par des préposés aux services de soutien à la personne qui n’ont pas de poste à plein temps et perçoivent une faible rémunération. Ces soins sont complétés par des proches aidants non rémunérés. Disposer des bonnes personnes, dotées des bonnes compétences et ayant accès aux bons outils au bon endroit peut garantir une meilleure intégration des soins sociaux, infirmiers et médicaux au quotidien. Un personnel approprié, y compris un personnel auxiliaire, est essentiel pour assurer des soins adéquats aux personnes atteintes de démence (env. 80 % des personnes en établissement de SLD sont atteintes de démence), de fragilité, de maladies chroniques et de problèmes médicaux récurrents – ainsi que pour répondre à leurs besoins émotionnels et sociaux complexes. Cette capacité devient essentielle pour assurer la qualité des soins et la qualité de vie en temps normal et pour prévenir des issues tragiques, souvent fatales, en temps de crise.

Les établissements de SLD n’ont pas tous le même lien avec le système de santé général qui peut permettre un accès plus direct à l’expertise en matière de prévention et de contrôle des infections, au personnel nécessaire, à la disponibilité des tests et à l’EPI requis pour créer un environnement sûr permettant de faire face à une menace à la fois nouvelle et complexe. Le SRAS-CoV2 n’est pas comme les autres virus : personne n’avait développé d’immunité contre ce virus, sa période d’incubation est longue, sa transmission est asymptomatique, etc.

Dans le contexte de la COVID-19, voici les conséquences de cette situation :

5– L’environnement bâti remet souvent en question la capacité à protéger le bien-être des personnes âgées, notamment celles qui vivent avec la démence

Dans le domaine de l’architecture, la forme de l’environnement bâti est choisie pour sa compatibilité à certaines fonctions. Dans les établissements de SLD, la forme de l’environnement bâti s’est avérée mal adaptée pour protéger les résidents des infections. Les directives et les règlements structurels des établissements, qui concernent notamment les chambres partagées et les salles de bain, peuvent avoir une incidence significative sur la capacité à lutter contre les maladies transmissibles.

Dans le contexte de la COVID-19, voici les conséquences de cette situation :



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Annexe A – Options de mesures pour régler les problèmes systémiques.

Le mandat du groupe de travail était de cibler les problèmes systémiques, et non de formuler des recommandations spécifiques sur la manière de les régler. Ces problèmes sont complexes, souvent interdépendants, et les régler nécessiterait un dialogue national et des solutions adaptées au contexte. Le premier rapport, les discussions et les échanges écrits ont permis de soulever certaines idées qui sont résumées ci-dessous pour considération.

Problème systémique Options
1– Au cours des dernières décennies, les SLD au Canada n’ont guère fait l’objet d’une priorité sociétale et d’une attention stratégique.
  • Profiter de cette crise pour faire le point –L’élaboration des politiques pourrait être soutenue par une « enquête » sur les lacunes du système de santé cernées lors de la pandémie de COVID-19.
  • Créer un programme national (plan à long terme) pour les soins aux personnes âgées, y compris les SLD, associés à des mécanismes de suivi. Rendre compte des données en fonction du lieu des soins (en séparant les SLD), du sexe et de l’âge pour nous aider à mieux comprendre qui sont les plus vulnérables, à comprendre le rôle que les circonstances sociales liées au sexe peuvent jouer, et à utiliser ces renseignements pour éclairer les interventions et l’allocation des ressources.

Sortir des sentiers battus :

  • Lancer une campagne nationale pour lutter contre l’âgisme (perçu et non perçu) et favoriser des discussions concertées sur le vieillissement en bonne santé.
  • Surmonter le blocage psychologique qui nous empêche de faire directement face à ce problème.
2– Les résidents des établissements de SLD sont très vulnérables, relativement sans voix et sans défense solide de leurs droits.
  • Créer une stratégie nationale en matière de SLD qui met l’accent sur les soins humanistes et holistiques axés sur la personne afin de répondre aux besoins physiques, psychosociaux et spirituels des personnes âgées.

Sortir des sentiers battus :

3 – Un continuum de soins fragmenté et des modèles opérationnels hétérogènes font qu’il est difficile d’offrir aux personnes âgées un accès égal et cohérent aux services nécessaires en fonction de leurs besoins en matière de soins à mesure qu’elles vieillissent.
  • Créer un cadre politique pour guider l’élaboration de normes pour les structures, les processus et les résultats des soins aux personnes âgées dans divers environnements, notamment dans les foyers communautaires, les maisons de retraite et les établissements de SLD.
    • Ce cadre politique devrait viser à favoriser les conditions permettant le vieillissement chez soi, c’est-à-dire à ce que les personnes soient placées dans un cadre de soins adapté à leurs besoins.
  • Promouvoir le vieillissement en bonne santé à l’échelle nationale en veillant à ce que les investissements du gouvernement dans les soins à domicile, les soins palliatifs et les soins en milieu communautaire soient bien coordonnés et aient les effets escomptés.
  • Intégrer les SLD et les éléments connexes du continuum de soins, y compris les soins à domicile et le soutien aux aidants naturels, à la Loi canadienne sur la santé.
  • Élaborer et mettre en œuvre de nouvelles normes nationales en matière de soins qui harmonisent les prestataires de services et les secteurs locaux et régionaux aux besoins des personnes âgées.
  • Adopter une nomenclature nationale normalisée décrivant les lieux et les services de soins.
  • Mettre en place des structures de gouvernance locale qui supervisent la mise en œuvre des recommandations nationales en utilisant une approche d’amélioration de la qualité.
  • Se conformer aux pratiques globales du secteur, notamment en ce qui concerne les soins actifs, les soins primaires, les soins à domicile et la santé publique.
  • Établir une approche nationale pour assurer l’harmonisation et la cohérence entre les fournisseurs des secteurs privé et public.
  • Effectuer une évaluation complète du soutien aux proches aidants.
  • Mettre en place un processus national pour soutenir la transition entre une vie indépendante sans soutien et un soutien à domicile avec des soins à domicile, et d’autres formes de vie en communauté, comme les maisons de retraite, et les établissements de SLD. En plus d’établir des critères clairs pour guider la prise de décision lors de ces transitions, il faut examiner les obstacles financiers qui empêchent les personnes de décider de rester chez eux. Ces obstacles comprennent la perte de salaire des aidants naturels et le manque d’accès à des programmes sous-financés (c’est-à-dire dans lesquels la demande dépasse la capacité).

Sortir des sentiers battus :

4– Les ressources du secteur des SLD n’atteignent pas les niveaux nécessaires pour permettre la qualité des soins de santé et des services sociaux requis en général, et essentiels en temps de crise.

Financement

  • Élaborer et mettre en œuvre de nouvelles méthodes de financement des SLD, comme les régimes d’assurance publique des SLD mis en place dans de nombreux pays européens et asiatiques.
  • Séparer l’enveloppe budgétaire de celle des hôpitaux.

Ressources humaines et matérielles

  • Envisager un modèle coordonné ou centralisé de gestion des ressources humaines dans le secteur de la santé au niveau régional.
  • Élaborer des politiques visant à remédier aux inégalités liées à la rémunération et aux avantages sociaux par rapport à d’autres organisations du secteur de la santé.
  • Envisager des modèles permettant une distribution coordonnée ou centralisée des EPI.
  • Coordonner les besoins à la gestion centralisée de la chaîne d’approvisionnement des soins de santé.

Soins

  • Clarifier le rôle du directeur médical dans les SLD et offrir une formation et une accréditation en conséquence.
  • Élaborer des pratiques exemplaires pour gérer les médicaments, planifier la prestation de soins de manière avancée, surveiller l’état d’hydratation et la nutrition avec les tests de conformité associés.
  • Déterminer les méthodes optimales pour soutenir les prestataires de soins et les familles grâce à l’utilisation des capacités de soins virtuels.
  • Améliorer les soins axés sur le patient en améliorant l’accès à un soutien approprié (p. ex. médecine familiale, médecine interne, psychiatrie, soins palliatifs).
5– L’environnement bâti remet souvent en question la capacité à protéger le bien-être des personnes âgées, notamment celles qui vivent avec la démence
  • Élaborer et mettre en œuvre des restrictions concernant le nombre maximum de résidents par chambre, en passant à un modèle de résident unique par chambre.
  • Élaborer et mettre en œuvre des normes relatives aux espaces partagés.
  • Tenir compte des besoins des personnes âgées en matière de logement dans la Stratégie nationale du logement.

Sortir des sentiers battus :

  • Organiser un concours d’architecture.

Annexe B – Contexte

(Source : Réjean Hébert, École de santé publique, Université de Montréal – Compilation spéciale des données de l’enquête 2016 de Statistique Canada)

Annexe B

Lits de SLD par 100 personnes de plus de 65 ans
Maisons de soins infirmiers Installations mixtes Établissements de soins pour bénéficiaires internes Hôpitaux
Territoires 2,16% 1,19% 1,70% 0,74%
Colombie-Britannique 2,20% 1,22% 1,23% 0,28%
Alberta 2,52% 2,09% 1,39% 0,50%
Saskatchewan 4,43% 1,14% 1,74% 0,37%
Manitoba 4,22% 0,82% 1,44% 0,73%
Ontario 2,86% 1,35% 0,92% 0,21%
Québec 2,79% 1,83% 1,04% 0,32%
Nouveau-Brunswick 3,62% 0,81% 1,83% 0,27%
Nouvelle-Écosse 3,52% 0,70% 1,37% 0,15%
Î.-P.-É. 4,13% 1,23% 1,06% 0,27%
T.-N. et Labrador 1,74% 0,97% 0,50% 0,50%
Canada 2,83% 1,45% 1,14% 0,30%

Les quatre catégories se définissent ainsi :

Hôpitaux : établissements fournissant des traitements médicaux actifs (généraux et spécialisés).

Les trois éléments suivants sont des établissements de soins pour bénéficiaires internes : Définition de Statistique Canada - Tous les établissements au Canada qui comptent quatre lits ou plus, qui fournissent des services de conseils, de garde ou de surveillance, ainsi que des soins personnels, des soins infirmiers de base et/ou des soins infirmiers complets à au moins un résident. Sont exclus les établissements qui fournissent des soins médicaux continus (hôpitaux généraux et hôpitaux spéciaux divers).

Maisons de soins infirmiers : où les résidents ont accès à des soins infirmiers 24 heures sur 24.

Établissements mixtes : soins infirmiers de base ou soins infirmiers complets à au moins un résident.

Autres établissements de soins pour bénéficiaires internes : établissements résidentiels à l’exclusion des établissements fournissant des soins infirmiers de base ou des soins infirmiers complets à au moins un résident.


SLD au Canada – Fiche d’information sur la situation prépandémique (prestataires et bénéficiaires de soins)

(à l’intention du groupe de travail sur les SLD)

Source : Carole Estabrooks, Faculté des soins infirmiers, Université de l’Alberta

La COVID-19 n’a pas provoqué la crise des SLD au Canada. Elle a révélé de profondes failles qui existaient déjà. Cette fiche d’information met en lumière certains des enseignements tirés du programme TREC (translating research in elder care program), un programme de concrétisation de la recherche dans les soins aux aînés, au cours des 14 dernières années sur les prestataires et les bénéficiaires de SLD. Chaque fait est accompagné d’un corpus de recherches et de littérature, mais pour des raisons de brièveté, les références ne sont pas incluses. Le programme TREC a régulièrement recueilli des données auprès de plus de 90 maisons de soins infirmiers en Colombie-Britannique, en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba. Sa base de connaissances a également été alimentée par des collaborations de recherche en Ontario, dans la région de l’Atlantique et à l’échelle internationale.

Prestataires de soins

Les soins sont principalement dispensés par un groupe vulnérable composé de femmes âgées et racialisées qui ont peu de formation officielle et gèrent une charge de travail élevée parsemée d’interruptions fréquentes.

Réglementé

Aide-soignants non réglementés

Proches aidants non rémunérés

Bénéficiaires de soins (résidents)

Les résidents vivant dans des établissements de SLD peuvent être caractérisés comme une population invisible et sans voix dont la coexistence des divers facteurs de vulnérabilité est rarement, voire jamais, prise en compte et n’est actuellement pas mesurée ou évaluée.

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