Notes d’allocution
Mme Mona Nemer
Conseillère scientifique en chef du Canada
Promouvoir la science, renforcer la diplomatie
Discours d’ouverture – Sommet sur la diplomatie scientifique à Johns Hopkins
Université Johns Hopkins – Bloomberg Center
Washington, D.C.
14 avril 2025
La version prononcée fait foi
Bonjour, bon matin à toutes et à tous. C’est un vrai plaisir d’être ici dans cette institution remarquable — la plus ancienne université de recherche des États-Unis — qui a tant offert au monde. Des lauréats de prix Nobel et des olympiens, mais aussi des leaders mondiaux et des innovateurs scientifiques; les diplômés de Johns Hopkins brillent de par le monde depuis près d’un siècle et demi.
J’ai toujours apprécié mes visites à l’université, que ce soit pour participer à des activités professionnelles ou échanger avec collègues et collaborateurs. D’ailleurs, j’ai failli accepter un poste de professeure ici il y a plusieurs années ! Et je me réjouis aussi d’être à Washington, où j’ai décroché mon tout premier emploi — dans une entreprise en biotechnologie. Plusieurs d’entre nous ici ont été formés dans différents pays, et nous sommes particulièrement sensibles aux liens internationaux que la science permet de tisser.
D’ailleurs, la science et la diplomatie ont beaucoup en commun. Elles nous permettent toutes deux de mieux comprendre le monde par des relations humaines, et elles nous poussent à collaborer au-delà des frontières pour un monde meilleur. Peu de carrières permettent de bâtir autant d’amitiés profondes aux quatre coins du globe. C’est pourquoi, à mes yeux, science et diplomatie forment un tandem naturel et incontournable.
Ce Sommet sur la diplomatie scientifique réunit des personnes du monde entier déterminées à mettre la science au service du bien commun — que ce soit par la recherche, l’enseignement, l’innovation ou le service public. J’ai très hâte de participer à ces échanges riches et stimulants au cours des deux prochains jours.
Comme plusieurs d’entre vous, la science a toujours été au cœur de ma vie : comme étudiante luttant pour l’introduction d’un cours de sciences dans une école secondaire pour filles ; comme adolescente fuyant la guerre civile au Liban pour poursuivre mes études scientifiques en Amérique ; comme éducatrice, soutenant les étudiantes et étudiants dans leur passion pour la recherche et la découverte ; et maintenant comme ambassadrice de la science, pour qu’elle éclaire les décisions politiques et diplomatiques.
Nous sommes réunis dans un contexte où la science et la technologie attirent énormément l’attention — parfois de façon positive, parfois moins. Au même moment, notre besoin collectif de solutions scientifiques pour relever les défis mondiaux ne fait que croître. C’est pourquoi notre travail de promotion de la science et de la diplomatie est plus crucial que jamais.
La science est, par nature, un effort mondial et collaboratif ; elle doit donc être une pierre angulaire de nos relations diplomatiques. Qu’il s’agisse de la dégradation environnementale, de l’insécurité alimentaire, de pandémies ou de la perte de biodiversité, ces enjeux requièrent une coordination étroite entre chercheurs, gouvernements et industries.
Par ailleurs, les technologies émergentes — qu’on pense à l’ingénierie génétique, à la biotechnologie ou à l’intelligence artificielle — appellent des cadres internationaux pour maximiser leurs bénéfices tout en limitant les abus. Seulement par une coopération mondiale pourrons-nous réaliser le plein potentiel de la science au service d’un avenir meilleur.
Les tensions géopolitiques, les conflits économiques et les menaces de guerres commerciales soulignent aujourd’hui à quel point la science et la technologie sont devenues essentielles à la prospérité économique. Ce n’est plus seulement une affaire de fierté nationale ; c’est aussi une question de sécurité. La véritable difficulté, c’est donc de maintenir ces collaborations scientifiques dans ce climat tendu.
Mais n’oublions pas : l’innovation s’épanouit dans des environnements ouverts, propices à la circulation des idées, à la formation croisée, à la mobilité des talents et au partage des infrastructures. N’est-ce pas ainsi que Silicon Valley s’est développée ?
Les collaborations en recherche peuvent catalyser l’innovation, stimuler les industries existantes et émergentes, favoriser la confiance mutuelle, accélérer l’adoption de normes partagées et développer une main-d’œuvre qualifiée ainsi qu’une société plus scientifiquement informée.
Pensons aux énergies du futur, aux technologies de santé, aux sciences quantiques ou à l’intelligence artificielle. Investir dans la collaboration scientifique internationale n’est pas seulement une question d'échange de connaissances et de talents — c’est aussi une stratégie économique éclairée. Après tout, la science est la seule richesse qui croît lorsqu’on la partage.
C’est pourquoi la science a besoin de la diplomatie pour révéler les bénéfices mutuels de la coopération, quel que soit le niveau scientifique d’un pays ou les écarts historiques à combler. Et à l’inverse, la science est un puissant levier diplomatique, qu’il s’agisse de resserrer les liens Nord-Sud ou de promouvoir des collaborations régionales autour des objectifs de développement durable des Nations Unies.
Sur des enjeux communs comme l’équité en santé, l’accès aux technologies ou le développement durable, la collaboration internationale permet d’inclure toutes les voix et de faire en sorte que tout le monde en profite. Ce faisant, nous libérons le potentiel de l’ensemble, pas seulement de quelques-uns. En intégrant la diversité des perspectives, on conçoit des solutions pour tous.
L’histoire nous montre que la diplomatie scientifique peut triompher des divisions : par exemple, le Protocole de Montréal qui a sauvé la couche d’ozone, la collaboration vaccinale internationale qui a sauvé des millions de vies durant la pandémie de COVID-19, ou encore le Projet du génome humain qui continue de transformer la médecine.
Toutes ces réussites — et bien d’autres — reposent sur la collaboration, la confiance et l’intégrité scientifique. Et elles bénéficient à toute l’humanité.
C’est pourquoi nous devons continuer à soutenir la science et à renforcer les institutions scientifiques à l’échelle mondiale. Nous devons promouvoir une science ouverte et sécuritaire, qui fasse progresser nos sociétés et outille les citoyennes et les citoyens dans un monde rempli de désinformation. Et surtout, nous devons rappeler que la science est un bien public. Une promesse pour demain. Et un moteur d’innovation et de prospérité.
Enfin, rappelons-nous que la science appartient à tout le monde. Car on ne peut pas imposer de tarif douanier sur les connaissances !
Les diplomates scientifiques peuvent créer des partenariats durables qui dépassent les cycles politiques. Ils peuvent promouvoir des relations internationales stables et productives. Ils favorisent des échanges transparents, construisent la confiance, atténuent les divisions. Et c’est précisément pour cela que notre travail est si important.
Alors, continuons à œuvrer ensemble pour faire de la science une force de paix, de progrès et de mieux-être sur la planète.
Merci.