Dans le cadre de la réponse à la pandémie de COVID 19, la conseillère scientifique en chef du Canada (CSC) a créé le groupe d’experts sur la COVID 19 afin de l’informer des développements scientifiques les plus récents et les plus pertinents. Ces renseignements aident la CSC à fournir au premier ministre et au gouvernement des conseils actualisés, interdisciplinaires et indépendants.
Vue d’ensemble des discussions
Tenue par MS Teams le 23 avril 2021.
La discussion qui suit tient compte des données probantes et des connaissances scientifiques en date du 22 avril 2021.
Sommaire
- Cette réunion vise à discuter des questions actuelles relatives à la COVID 19 qui nécessitent des conseils scientifiques, et des questions à prioriser.
- Les experts ont relevé cinq domaines clés nécessitant une attention particulière, notamment l’intention de vacciner, les variants préoccupants, les effets directs et indirects à long terme de la COVID 19, la mise en œuvre des conseils scientifiques disponibles et l’incidence de la pandémie sur les enfants.
Experts participants
- Mona Nemer, Ph. D., conseillère scientifique en chef du Canada (présidente)
Modélisation des maladies
- Caroline Colijn, Ph. D, Université Simon Fraser
- Daniel Coombs, Ph. D., Université de la Colombie Britannique
Sciences du risque et du comportement
- Daniel Krewski, Ph. D., Université d’Ottawa
- Kim Lavoie, Ph. D., Université du Québec à Montréal
- Louise Lemyre, Ph. D., Université d’Ottawa
Sciences biomédicales et cliniques
- Deborah Cook, M.D., Université McMaster
- Maziar Divangahi, Ph. D., Université McGill
- Eleanor Fish, Ph. D., Université de Toronto
- Joanne Langley, M.D., Université Dalhousie
- Salah Mahmud, M.D., Ph. D., Université du Manitoba
- Allison McGeer, M.D., Hôpital Mont Sinaï, Université de Toronto
- Samira Mubareka, M.D., Institut de recherche Sunnybrook
- Caroline Quach-Thahn, M.D., Université de Montréal
- Supriya Sharma, M.D., Santé Canada
- Cara Tannenbaum, M.D., Université de Montréal, Conseillère scientifique ministérielle de Santé Canada
Invités participants
- Vivek Goel, M.D., Université de Toronto
- Rosa Stalteri, M.Sc., Réseau CanCOVID
Autre
- Lori Engler-Todd, M.Sc., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
- Vanessa Sung, Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
- Priya Gurnani, Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
Questions clés relatives à la COVID 19 au Canada
Il est demandé au groupe d’experts d’examiner la situation actuelle de la COVID 19 au Canada et de définir les domaines clés et les lacunes qui pourraient bénéficier de conseils scientifiques et qui mériteraient d’être priorisés. Les suggestions des experts se répartissent en cinq thèmes décrits ci dessous.
1. Intention de vaccination
- L’étude iCare en cours a permis de recueillir des données sur l’hésitation vaccinale des Canadiens :
- Certaines personnes ayant des enfants de moins de 18 ans hésitent à se faire vacciner. Elles seraient également moins enclines à faire vacciner leurs enfants.
- L’hésitation vaccinale, définie par des réponses inférieures à « très susceptibles de faire vacciner » dans le sondage, était de 35 à 38 % pour les adultes canadiens entre janvier et mars 2021.
- Compte tenu de l’intervalle prolongé entre les doses de vaccin au Canada, il sera important de trouver des moyens de garantir que les gens obtiennent leur deuxième dose. Cet objectif peut s’avérer très difficile dans les provinces où le rendez-vous pour la deuxième dose n’est pas fixé à l’avance.
- On peut se demander si les renseignements sur les effets secondaires rares potentiels des vaccins découragent les Canadiens de se faire vacciner. De manière anecdotique, des rapports ont fait état d’une aversion accrue pour le vaccin d’AstraZeneca, certains ne se présentant pas à leur rendez vous et d’autres le refusant sur place. Cependant, les jeunes adultes semblent avoir moins de réticences à l’égard de ce vaccin.
- Une étude danoise récente (prépublication) a révélé que dans huit démocraties occidentales (n’incluant pas le Canada), les renseignements sur les vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson et leur lien potentiel avec la thrombose n’ont pas eu d’incidence défavorable sur l’intention de vaccinationNote de bas de page 1.
- Il serait utile de diffuser des messages clairs et uniformes sur les vaccins à l’échelle du pays, et que la diffusion soit faite par des sources fiables.
- Les vaccins doivent être administrés de préférence aux populations chez qui les risques d’exposition et d’infection sont les plus élevés, en analysant de manière appropriée la quantité de vaccins pouvant être réorientée et l’incidence que cela pourrait avoir sur les populations auxquelles les vaccins sont temporairement retirés.
- Il serait possible de mettre davantage l’accent sur les résultats sociaux positifs de la vaccination, c’est à dire sur ce que nous pourrons faire une fois qu’un nombre suffisant de personnes auront été vaccinées.
2. Variants préoccupants
- Le variant préoccupant B.1.1.7, identifié pour la première fois au Royaume Uni, est désormais prédominant au CanadaNote de bas de page 2. L’incidence du variant préoccupant P.1, identifié pour la première fois au Brésil, commence à augmenter, tandis que la croissance du variant préoccupant B.1.351, identifié pour la première fois en Afrique du Sud, semble plus stagnante. Des cas d’autres variants non encore désignés comme préoccupants, dont B.1.617, identifié pour la première fois en Inde, ont également été détectés dans plusieurs provinces.
- Le Royaume Uni a communiqué de bonnes données sur la gravité de la maladie et la transmissibilité du variant B.1.1.7 à la fin du mois de février. Le Canada n’a cependant pas été en mesure de prévenir la propagation du variant B.1.1.7. Avec l’approche actuelle de la surveillance des variants préoccupants, lorsque les données de séquençage d’un variant émergent sont disponibles, il est probablement trop tard pour en contrôler la propagation.
- Il est probable que d’autres variants préoccupants du SRAS CoV 2 apparaîtront. Les futures stratégies vaccinales devraient être planifiées en gardant à l’esprit qu’il faut notamment :
- surveiller la perte d’efficacité du vaccin contre les variants actuels ou à venir chez les personnes vaccinées;
- établir des critères pour le passage à de nouveaux vaccins mis au point pour lutter contre les variants préoccupants, et déterminer quels vaccins seraient utilisés.
- Il faut une coordination accrue entre les groupes qui participent actuellement à la surveillance et à la recherche sur les variants préoccupants, notamment le Laboratoire national de microbiologie (LNM) de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), le Réseau de réponse rapide aux variants du coronavirus (CoVaRR Net) et le Réseau canadien de génomique COVID 19 (CanCOGen).
- VirusSeq, un nouveau portail national pour les données de séquençage du SRAS CoV 2 qui sera bientôt lancé par CanCOGen, pourrait faciliter la mise en commun des données. Les premiers commentaires des chercheurs sur cette plateforme permettent de croire que, pour en maximiser l’utilité, il faut recueillir des renseignements tels que la raison du séquençage et le statut vaccinal de l’hôte (c. à d. infecté).
3. Incidences à long terme de la COVID 19 et considérations
- De nombreux impacts à long terme de la COVID 19 requièrent une attention prioritaire. Ceux ci comprennent :
- les effets à long terme de la pandémie sur le personnel de santé. Une enquête récente a révélé que 33 % des infirmières sondéesNote de bas de page 3 pourraient démissionner à la suite de la pandémie. Il faut donc déployer des efforts pour s’occuper de cette main d’œuvre et la redynamiser;
- les effets à long terme d’une COVID longue;
- les effets à long terme des vaccins contre la COVID 19, le cas échéant;
- les incidences indirectes sur les activités de soins de santé non liées à la COVID, comme les traitements contre le cancer et la recherche axée sur le patient.
- En s’appuyant sur l’expérience d’autres pays qui en sont à des étapes plus avancées en matière vaccination, comme Israël, il est possible d’anticiper le comportement des Canadiens et de planifier la levée de certaines restrictions en toute sécurité.
- Les communications publiques devront être conçues en fonction du long terme afin de préparer les Canadiens à la possibilité que la situation ne revienne pas complètement à la normale avant longtemps.
4. Mise en œuvre des conseils et des politiques scientifiques disponibles
- Une approche plus uniforme de la mise en œuvre de politiques fondées sur des lignes directrices et des recommandations consensuelles s’impose. Ainsi, l’ASPC a élaboré des lignes directrices pour le séquençage des échantillons de SRAS CoV 2 et pour l’identification et la confirmation des variants de SRAS CoV 2Note de bas de page 4; ces lignes directrices n’ont pas été mises en œuvre de manière uniforme à l’échelle du pays.
- Il convient de prioriser l’élaboration d’une stratégie uniforme de gestion des frontières, puisque les voyages internationaux commenceront à augmenter en nombre dans les mois à venir.
5. Enfants
- Les données permettent de croire qu’il y a eu moins de vaccinations infantiles régulières au cours de la pandémie de COVID 19Note de bas de page 5. L’incidence sur la santé des enfants peut être plus importante que celle de la COVID 19 elle même.
- Il est peut être justifié d’envisager la vaccination obligatoire des étudiants (écoles et universités) contre la COVID 19.
- Un nombre croissant d’universités américaines annoncent que la vaccination contre la COVID 19 est obligatoire pour le retour sur le campus.
- La santé pédiatrique doit être mieux représentée aux niveaux décisionnels, par exemple par l’intermédiaire de la Société canadienne de pédiatrie.