Dans le cadre de la réponse à la pandémie de COVID-19, la conseillère scientifique en chef du Canada (CSC) a créé le groupe d’experts sur la COVID-19 afin de l’informer des développements scientifiques les plus récents et les plus pertinents. Ces renseignements aident la CSC à fournir au premier ministre et au gouvernement des conseils actualisés, interdisciplinaires et indépendants.
Vue d’ensemble des discussions
Tenue par MS Teams les 8 et 25 octobre 2021.
La discussion suivante reflète les données probantes et les connaissances scientifiques au 24 octobre 2021.
Sommaire
L’objectif de ces deux réunions consiste à discuter des considérations scientifiques relatives à la préparation de la gestion de la transition entre la phase pandémique et la phase endémique du SRAS-CoV-2. On ne sait pas encore combien de temps il faudra pour passer à un état endémique ni combien de vagues pandémiques de COVID-19 pourraient encore avoir lieu. Un certain niveau de consensus est nécessaire en ce qui concerne les preuves scientifiques nécessaires pour éclairer les décisions politiques, notamment en ce qui concerne les injections de rappel et les mesures de santé publique.
Voici quelques observations clés :
- Note de bas de pageIl est possible de tirer des enseignements de l’évolution et de la gestion d’autres maladies infectieuses endémiques, ainsi que des approches adoptées par d’autres pays pour prendre en charge le SRAS-CoV-2.
- Note de bas de pageDans une population avec un fort taux de vaccination, la pression de sélection exercée sur le virus tend à favoriser l’échappement immunitaire. Il faut déployer des efforts pour ralentir l’émergence et la transmission de variants qui échappent au système immunitaire.
Voici les principaux domaines à l’égard desquels des mesures s’imposent :
- Note de bas de pageLe suivi d’indicateurs clés, tels que la charge virale dans les collectivités, les nouveaux variants et la capacité des systèmes de santé, est nécessaire pour éclairer des interventions supplémentaires en matière de santé publique.
- Note de bas de pageL’élaboration d’une stratégie de rappel harmonisée, l’accès à des tests de dépistage rapide et à des traitements efficaces, ainsi que la reconnaissance de la transmission par voie aérienne et l’amélioration de la ventilation, sont prioritaires.
- Note de bas de pageSi l’on considère le fardeau général de la COVID-19, on ne peut séparer ses incidences primaires des incidences secondaires qu’ont les mesures restrictives, telles que les incidences sur d’autres maladies, sur la santé mentale et sur la perte de possibilités d’apprentissage pour les enfants. Certains sous groupes, comme les femmes et les collectivités racialisées, ont été touchés de manière disproportionnée, exacerbant les disparités existantes.
- Note de bas de pageLes communications peuvent être conçues de manière à favoriser un comportement protecteur durable à long terme. Un accès facile aux tests de dépistage rapide à domicile serait un outil utile pour renforcer les comportements efficaces, en particulier parmi les populations non vaccinées.
Membres du comité d’experts participants*
- Mona Nemer, Ph. D., conseillère scientifique en chef du Canada (présidente)
Modélisation des maladies
- Caroline Colijn Ph. D., Université Simon Fraser (8 octobre)
- Daniel Coombs, Ph. D., Université de la Colombie Britannique
Sciences du risque et du comportement
- Daniel Krewski, Ph. D., Université d’Ottawa
- Kim Lavoie, Ph. D., Université du Québec à Montréal
- Louise Lemyre, Ph. D., Université d’Ottawa
- Steven Taylor, Ph. D., Université de Colombie Britannique
Sciences biomédicales et cliniques
- Maziar Divangahi, Ph. D., Université McGill (8 octobre)
- Eleanor Fish, Ph. D., Université de Toronto
- Joanne Langley, M.D., Université Dalhousie
- Allison McGeer, M.D., Hôpital Mont Sinaï, Université de Toronto
- Samira Mubareka, M.D., Institut de recherche Sunnybrook
- Caroline Quach, M.D., Université de Montréal (8 octobre)
- Supriya Sharma, M.D., Santé Canada
Experts invités*
- Isaac Bogoch, M.D., Hôpital général de Toronto (8 octobre)
- Eric Cohen, M.D., Institut de recherches cliniques de Montréal (8 octobre)
- Alan Forster, M.D., FRCPC, M.Sc., Hôpital d’Ottawa (8 octobre)
- Charu Kaushic, Ph. D., Université McMaster
- John Kim, M.D., Ph. D., Agence de la santé publique du Canada
- Richard Menzies, M.D., Centre international de la tuberculose McGill
- Pascal Michel, Ph. D., Agence de la santé publique du Canada
- Brent Moloughney, M.D., M.Sc., FRCPC, Université de Toronto (8 octobre)
- Sarah Otto, Ph. D., Université de la Colombie Britannique
- Tracy Vaillancourt, Ph. D., Université d’Ottawa
Autres*
- Lori Engler-Todd, M.Sc., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
- Vanessa Sung, Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
- Nayaar Islam, B.Sc.S., candidat à la M.Sc., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
- Andreea Diana Moisa, B. Sc., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
* Ont participé aux deux réunions, sauf indication contraire entre parenthèses
Contexte
Le groupe d’experts de la CSC s’est réuni avec des experts invités pour discuter des considérations scientifiques relatives à la préparation et à la gestion de la transition d’une pandémie de SRAS-CoV-2 à une endémie. Parmi les invités figuraient des spécialistes des maladies infectieuses, des systèmes de santé et de l’éducation, ainsi que des virologues spécialisés dans l’évolution des virus. Un résumé des principales observations et considérations scientifiques pour l’avenir est présenté ci dessous.
Observations scientifiques
Caractéristiques d’un état endémique
- Lors d’une épidémie ou d’une pandémie, les infections se propagent rapidement et de manière exponentielle.
- Si le virus ne disparaît pas, il peut circuler au sein d’une population pendant une période prolongée avec une prévalence plus faible qu’au pic de l’épidémie – il s’agit d’un état endémiqueNote de bas de page 1. Dans un état endémique, des éclosions locales peuvent apparaître.
- Les enseignements tirés d’autres agents pathogènes montrent que l’endémicité n’est pas synonyme d’innocuité et qu’il n’y a pas de voie toute tracée. « Endémique » ne signifie pas non plus que l’incidence et la prévalence seront nécessairement très faibles, ou suffisamment faibles pour certaines circonstances souhaitées (p. ex. une faible demande de soins de santé). À l’échelle mondiale, certaines maladies infectieuses endémiques ont été bien contrôlées (comme la rougeole et le virus Ebola), tandis que d’autres ne l’ont pas été (comme le VIH, la tuberculose et l’influenza).
- Il fait de plus en plus consensus que le SRAS-CoV-2 deviendra endémique d’après un certain nombre de facteurs, notamment :
- un temps de doublement estimé pour le variant Omicron quatre à cinq fois plus élevé que pour le variant DeltaNote de bas de page 2;
- une transmission asymptomatique et par voie aérienne;
- une preuve de l’affaiblissement de l’immunité après la vaccination ou l’infectionNote de bas de page 1;
- l’absence d’immunité stérilisante induite par le vaccinNote de bas de page 1.
- D’autres pays (Israël, Brésil, Nouvelle Zélande, Royaume Uni) donnent un aperçu de l’évolution que pourrait connaître la COVID-19. Voici les facteurs qui touchent l’état d’équilibre endémique :
- la capacité de limiter la transmission;
- la capacité de prévenir les maladies graves;
- l’émergence de variants préoccupantsNote de bas de page 3 Note de bas de page 4;
- la mise au point et la disponibilité de thérapeutiques efficaces;
- la couverture et l’efficacité des vaccins, ainsi que la durabilité de l’immunitéNote de bas de page 3 Note de bas de page 4;
- le maintien des mesures de santé publique, comportementales, sociales et environnementalesNote de bas de page 3 Note de bas de page 4;
- les inégalités liées aux populations à haut risqueNote de bas de page 3 Note de bas de page 4;
- le nombre d’introductions de nouveaux variants préoccupants au Canada par l’intermédiaire de voyages.
Enseignements tirés d’autres maladies infectieuses endémiques
Tuberculose
- La tuberculose n’est pas aussi contagieuse que la COVID-19, mais elle peut également être asymptomatique ou latente. Elle peut donc se propager sur de longues distances par des voyages. Il existe un traitement contre la tuberculose, mais pas de vaccin efficace.
- À l’échelle mondiale, la tuberculose n’est pas bien contrôlée, bien que les taux de tuberculose soient très bas dans la plupart des régions du Canada. La prise en charge de la maladie a largement reposé sur les conditions générales de santé et les déterminants sociaux de la santé, c’est à dire que les épidémies surviennent lorsque la santé de la population se dégrade, en particulier au sein des populations à risque. De même, il est possible que la charge disproportionnée actuelle de la COVID-19 se poursuive ou s’aggrave pendant la phase endémique du virus.
Influenza
- L’influenza est une infection chronique qui pèse sur la population. Au Canada, il est à l’origine d’environ 12 000 hospitalisations et de 3 500 décès par anNote de bas de page 5.
- Contrairement à la pandémie actuelle de COVID-19, la pandémie endémique de COVID-19 pourrait avoir beaucoup moins d’impact sur les collectivités canadiennes, vu que l’on s’attend à moins de décès et une plus faible morbidité. Cela repose sur le maintien d’un haut niveau d’immunité. Toutefois, à l’heure actuelle, le système de santé surchargé n’a pas la capacité de gérer un niveau d’hospitalisation et de décès causé par l’endémie de COVID-19.
- D’autres approches seront probablement nécessaires pour réduire la charge de morbidité liée à la COVID-19. Cela inclut le maintien de certaines mesures comportementales, sociales et environnementales ainsi que des investissements dans les systèmes de santé.
VIH
- Il existe des différences majeures entre le VIH et le SRAS-CoV-2 (p. ex. le premier est une infection persistante à long terme, tandis que le second est une infection aiguë à court terme, mais avec des séquelles potentielles à long terme). Cependant, tous deux ont provoqué des pandémies mondiales et rappellent que ce qui se passe dans une partie du monde peut avoir des conséquences partout dans le monde.
- Il sera important de suivre l’évolution de la COVID-19 (p. ex. les variants, l’évasion immunitaire) dans les pays disposant de moins de ressources et d’un accès limité aux vaccins.
- Voici les leçons tirées du VIH qui pourraient s’appliquer au SRAS-CoV-2 :
- les considérations sociocomportementales (p. ex. la stigmatisation et la culture des sous groupes);
- les approches d’intervention et les options politiques (dont la réduction des dommages);
- le recours à des interventions thérapeutiques antivirales combinées pour limiter l’émergence de la résistance aux médicaments et des variants préoccupants.
Évolution du virus
- Toutes les deux semaines, le SRAS-CoV-2 gagne une mutation quelque part dans le génome. Au cours de la première année de la pandémie, les mutations se sont accumulées, mais il n’y a pas eu beaucoup de sélection. Des variants préoccupants ont commencé à apparaître au cours de la deuxième année.
- Étant donné la prédominance du variant Delta, de nouveaux variants préoccupants pourraient émerger de cette lignée, vu qu’il existe déjà des sous types de Delta (p. ex. AY.25, AY.27 et AY.4.2) en circulationNote de bas de page 6. Toutefois, des variants non détectés de souches antérieures pourraient également circuler, en particulier dans les endroits où les capacités de dépistage et de surveillance génomiques sont limitées, voire inexistantes.
- À ce stade, le virus a déjà exploré toutes les mutations possibles du génome en une ou deux étapes. En ce qui concerne l’aptitude du virus, on ne sait pas encore ce qui est possible avec la recombinaison des mutations, mais une surveillance est en cours.
- Jusqu’à présent, la sélection évolutive a favorisé l’augmentation de la transmissibilitéNote de bas de page 7. La pression de sélection peut, dans un état endémique, favoriser les mutations qui facilitent l’échappement immunitaireNote de bas de page 8 (c’est à dire le fait que le virus échappe au système immunitaire).
- Il n’est pas toujours possible d’échapper complètement à l’immunité, car l’immunité induite par le vaccin est propre à chaque individu. Cela signifie que le virus doit surmonter de nombreux éléments de la réponse immunitaire, contrairement à la résistance aux antibiotiques chez les bactéries. L’évasion immunitaire nécessitera probablement une accumulation de mutations, plutôt qu’une mutation unique.
- La meilleure façon de réduire au minimum la formation et l’impact des variants à échappement immunitaire consiste à concentrer à la fois les efforts sur les populations vaccinées et non vaccinées. Des mesures de réduction de l’émergence de variants et de leur transmission s’imposent.
- Les personnes immunodéprimées doivent faire l’objet d’une attention et d’une protection particulières, car elles sont susceptibles de contracter une infection prolongée par la COVID-19, ce qui peut entraîner une évolution rapide du virus et l’apparition de variants avec de nombreuses mutationsNote de bas de page 9.
- Les médicaments induisant des mutations, comme le Molnupiravir, doivent être utilisés avec prudence.
- Lorsqu’un nouveau variant préoccupant apparaît, la propagation peut être ralentie par une détection rapide des cas et une réduction efficace des chaînes de transmission.
Considérations pour la prise en charge du SRAS COV 2 endémique
Le « jeu à long terme »
- On s’accorde de plus en plus à penser qu’à long terme, il est probable que la COVID-19 devienne une autre maladie respiratoire endémique ou saisonnière avec laquelle la population vit. Des protocoles définissant clairement les responsabilités en matière de gestion d’une épidémie ou d’un variant préoccupant émergent sont essentiels au sein des administrations, ainsi qu’entre elles, pour une intervention d’urgence rapide et efficace.
- Il sera nécessaire d’utiliser un certain nombre d’indicateurs pour activer des interventions de santé publique supplémentaires afin de prévenir et de gérer les foyers de COVID-19. Cela comprend des mesures aux frontières. Ces indicateurs comprennent :
- le nombre de cas en temps réel ou leur taux d’augmentation, le taux de positivité des tests de dépistage et le nombre de tests PCR respiratoires administrés (il faut pour cela que les gens se fassent dépister et que les résultats soient contrôlés);
- les hospitalisations (taux ou nombre d’admissions à l’hôpital), les visites aux services d’urgence pour des maladies de type grippal ou des pneumonies, et la mortalité (ces indicateurs ont du retard par rapport à la transmission communautaire);
- les signaux de surveillance des eaux usées provenant des collectivités, des navires et des aéroports;
- les mesures de la capacité du système de santé, telles que les temps d’attente pour des indications autres que la COVID-19.
- Il est particulièrement important d’éviter que les systèmes de santé provinciaux et territoriaux ne soient pas surchargés par les hospitalisations attribuables à la COVID-19, compte tenu de la charge que représentent les maladies infectieuses saisonnières existantes.
- En raison des incertitudes relatives à la réalité post pandémique, il sera important de préparer le public à s’adapter en soulignant la nécessité de rester attentif aux données de surveillance et d’être prêt à continuer à adopter un comportement protecteur, le cas échéant. Il s’agit notamment de porter le masque, de recevoir les injections de rappel, de pratiquer la distanciation, d’éviter les foules, de se faire dépister et de s’isoler en cas de maladie.
- Plutôt que d’associer les changements de politiques à des dates fixes, il serait préférable de les associer à des repères de santé publique, ce qui souligne la nature fluctuante de la situation.
- Les améliorations de la situation en matière de COVID-19 (c’est à dire la diminution de la transmission, de la morbidité et de la mortalité) sont des réalisations collectives découlant de l’adoption des vaccins par le public et de l’adhésion aux mesures de santé publique, et doivent être communiquées en tant que telles.
- Le comportement humain est la première ligne de défense, et de nombreux défis y sont inhérents, y compris ce qui suit :
- l’épuisement lié à la pandémie – les gens souhaitent tourner la page sur la pandémie et les mesures de santé publique connexes;
- l’intention des Canadiens de continuer d’adopter un comportement protecteur (comme le port du masque) a diminué entre mars et juin 2021, tant chez les personnes vaccinées que chez les personnes non vaccinées, avec une diminution plus importante chez les personnes non vaccinées, d’après les résultats préliminaires d’une étude iCARE sur la protection contre les maladies infectieuses (n=6000). Ces données permettent de croire que les personnes non vaccinées risquent fort de continuer à propager le virus SRAS-CoV-2.
- Certains sous groupes ont tout intérêt à NE PAS connaître leur statut infectieux (perte de revenus, par exemple). Il est toujours nécessaire de réduire les conséquences défavorables d’un test positif à la COVID-19.
- La désinformation et la mésinformation influencent les préjugés des individus qui peuvent ne pas être fondés sur la science et les données probantes, ce qui mine davantage la cohésion sociale.
- l’épuisement lié à la pandémie – les gens souhaitent tourner la page sur la pandémie et les mesures de santé publique connexes;
- Il peut être utile de recadrer un « niveau acceptable de charge de COVID-19 » à un stade endémique comme un « moyen de protection acceptable », c’est à dire fondé sur les compromis que les gens sont prêts à accepter pour être protégés contre la COVID-19. La fermeture de l’économie et le fait de ne pas voyager ne sont plus acceptables pour les Canadiens, alors que la plupart d’entre eux considèrent la vaccination comme acceptable. Il demeure nécessaire de déterminer comment maintenir l’acceptabilité d’inconvénients relativement mineurs tels que le port du masque, l’hygiène des mains et l’utilisation de certificats de vaccination dans certains contextes.
Lacunes dans les connaissances
Immunité
- Il faut obtenir de plus amples renseignements sur la durée de la protection contre l’infection et la maladie grave, en fonction de l’âge, de l’état de santé, de la durée de l’intervalle entre les doses de vaccin et du temps écoulé depuis l’immunisation ou l’infection, en particulier dans les populations canadiennes.
- On sait que la première exposition d’une personne à la grippe détermine la susceptibilité aux infections ultérieures et leurs conséquences. Il faut se pencher sur la question afin de déterminer si c’est également le cas pour le SRAS-CoV-2.
Évolution virale
- Le SRAS-CoV-2 continuera d’évoluer. Les adaptations plus importantes tendent à se produire plus fréquemment lorsqu’un organisme se trouve pour la première fois dans un nouvel environnement (p. ex. dans la population humaine). À l’avenir, on s’attend à ce que les adaptations conduisent à des avantages moindres pour le virus, bien qu’il puisse y avoir des événements ponctuels qui modifient considérablement le phénotype d’un virus. Cependant, on ne sait pas encore si des événements de recombinaison peuvent se produire.
- L’affaiblissement des anticorps neutralisants observé au fil du temps chez les personnes vaccinées semble largement attribuable à la progression normale des systèmes immunitaires. L’immunité cellulaire, qui joue un rôle clé dans l’immunité à long terme, a jusqu’à présent été peu affectée par les mutations virales. Toutefois, cela pourrait changer à l’avenir, et ce point mérite d’être surveillé.
- L’ampleur de la transmission du SRAS-CoV-2 d’homme à animal, d’animal à animal et d’animal à homme au Canada est actuellement inconnue. Il est nécessaire de mener des recherches pour mieux connaître la prévalence du SRAS-CoV-2 et d’autres coronavirus, ainsi que les facteurs de risque d’exposition et de propagation à l’interface homme animal environnement.
Impacts sur les enfants
- L’impact de la COVID-19 sur la santé et le bien être des enfants et des adolescents n’a pas été adéquatement mesuré au Canada, de manière représentative à l’échelle nationale, par rapport aux pays comparables.
- Certains efforts sont en cours, comme l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes. Il est important que ces efforts disposent des ressources nécessaires pour se poursuivre afin de mieux comprendre ce qui est nécessaire pour soutenir les enfants et les jeunes.
Co circulation avec d’autres virus
- Bien que les laboratoires de diagnostic fassent régulièrement état de la circulation des virus respiratoires, des recherches supplémentaires sont nécessaires sur la co circulation des coronavirus saisonniers, la co infection par le SRAS-CoV-2 et les conséquences potentielles de la recombinaison sur la santé.
- Il faut en outre élaborer des diagnostics différentiels et des outils (y compris au niveau des points de soins) pour distinguer le SRAS-CoV-2 de l’influenza, du virus respiratoire syncytial (VRS) et d’autres virus potentiellement en circulation.
Comportement
- Des recherches sur les activités les plus appréciées des Canadiens (visites chez des membres de la famille et des amis, voyages, etc.) sont nécessaires afin d’aider les Canadiens à les mener de manière sécuritaire dans le contexte d’une pandémie ou d’une endémie. Statistique Canada pourrait être bien placé pour réaliser des études représentatives à l’échelle nationale sur les comportements liés à la COVID-19.
- Une épidémiologie plus fine et une cartographie des foyers sont nécessaires afin de mieux comprendre quels sont les environnements, les activités et les comportements les plus risqués. Cela nécessite des capacités et des systèmes pour une recherche efficace des contacts, en particulier en cas de nouveau variant préoccupant. La communication pourrait alors passer de QUI risque d’être exposé à OÙ et QUOI, ce qui permettrait aux gens de prendre des décisions en connaissance de cause et de s’autoréguler.
Domaines nécessitant une attention continue
Outre la recherche visant à combler les lacunes en matière de connaissances, les six domaines clés décrits ci dessous devront faire l’objet d’une attention et d’une action permanentes à l’avenir, au fur et à mesure que nous passerons à un état endémique.
1. Prévention et traitement
La prévention de l’infection et la rupture des chaînes de transmission passent par un comportement protecteur, tel que le port du masque et l’acceptation du vaccin, de même que par la réduction de la transmission aérienne du SRAS-CoV-2 à l’intérieur des immeubles grâce à une ventilation et une circulation de l’air adéquates. Le traitement restera également important.
Comportement protecteur
- Il serait plus productif et plus durable à long terme que les orientations en matière de santé publique communiquent les données probantes pertinentes, y compris les avantages, les conséquences des actions et les incertitudesNote de bas de page 10. Cela permettrait aux gens de prendre des décisions par eux mêmes, en passant d’actions imposées par le gouvernement à des actions automotivées, y compris l’autodépistage et l’auto isolement.
- La compréhension des motivations et des préoccupations permet de cibler les messages et d’améliorer l’adoption de comportements protecteurs. Par exemple, la recherche sociologique démontre que les liens avec des étrangers peuvent favoriser et maintenir un comportement d’aide pendant une crise. Cela correspond aux enquêtes iCARE selon lesquelles le désir de se protéger et de protéger les autres contre l’infection est le facteur le plus prédictif de l’intention de se faire vacciner et, inversement, les personnes qui ont de grandes préoccupations financières personnelles sont moins susceptibles de se faire vacciner. La propension à la solidarité doit continuer à être mise à profit pour favoriser les comportements de protection contre la COVID-19Note de bas de page 11 Note de bas de page 12.
- Les lignes directrices concernant les mesures comportementales, sociales et environnementales devraient être mises à jour afin qu’elles correspondent davantage aux connaissances actuelles sur la transmission du SRAS-CoV-2 (p. ex. accorder moins d’importance à la transmission par les matières contaminées et au nettoyage des surfaces et plus d’importance à la transmission par voie aérienne et asymptomatique, ainsi qu’au rôle de la ventilation).
- Une orientation est nécessaire sur la manière d’assouplir certaines mesures sans toutefois perdre l’adhésion à tous les comportements de protection, ainsi que sur la manière de les adapter à différents contextes (p. ex. les réunions de famille pendant les congés des Fêtes).
- Afin d’améliorer l’efficacité des changements de comportement fondés sur des données probantes, il importe de disposer d’un échantillonnage représentatif d’enquêtes sur le comportement réel avec des biomarqueurs sélectionnés.
- À l’instar du modèle britannique, le Canada pourrait également créer un centre de communication scientifique ou une unité de recherche chargée de faire de la recherche sur les messages et de concevoir, de tester et d’évaluer des messages en vue d’une communication efficace fondée sur des données probantes relativement à la COVID-19 et un large éventail de dossiers scientifiques et politiques.
Ventilation pour réduire la transmission en cours
- Le SRAS-CoV-2 se propage dans l’air, d’une personne infectée à d’autres personnes au moyen de gouttelettes et d’aérosols respiratoires. La pandémie de COVID-19 a révélé que les normes existantes en matière de qualité de l’air intérieur ne sont pas respectées de manière uniforme au Canada. Il convient de remédier à cette situation afin de réduire la transmission du SRAS-CoV-2, ainsi que d’autres agents pathogènes existants et futurs, et prévenir les épidémies.
- Bien que de nombreuses écoles au Canada aient investi dans des filtres à haute efficacité pour les particules de l’air dans les salles de classe, l’amélioration de la ventilation intérieure, de la circulation de l’air et de la qualité de l’air devrait être une priorité pour tous les immeubles publicsNote de bas de page 13.
Traitement
- Nous avons encore besoin de thérapies efficaces pour traiter la COVID-19 et réduire la morbidité et la mortalité.
- Il faut aussi déployer des efforts pour élaborer des thérapies pour les personnes souffrant d’une COVID longue.
- Dans un état endémique, il y aura toujours des personnes non vaccinées, c’est à dire non protégées, ainsi que des percées continues d’infections parmi les populations vaccinées. C’est pourquoi les interventions thérapeutiques visant à limiter la transmission virale et à prévenir l’hospitalisation seront importantes. Ces thérapies antivirales devront :
- démontrer une élimination efficace du virus au stade le plus précoce de l’infection, peu après l’exposition, afin de limiter efficacement la transmission;
- tenir compte des différences liées à l’âge dans l’évolution de la maladie;
- avoir un large éventail d’efficacité contre les différents variants du SRAS-CoV-2.
- L’effet des thérapeutiques connues pour induire des mutations virales (comme le Molnupiravir) doit être étroitement surveillé afin de réduire le risque d’émergence de nouveaux variants préoccupants et d’éviter une divergence virale qui raccourcirait la période pendant laquelle les vaccins demeurent efficaces.
2. Surveillance et détection précoce
Surveillance
- Il convient de maintenir une surveillance accrue au moyen de systèmes de surveillance sentinelle et d’une surveillance ciblée des eaux usées afin de prendre efficacement en charge la COVID-19 au fur et à mesure que l’épidémiologie évolue et de détecter rapidement de nouveaux variants préoccupants susceptibles d’échapper à l’action des vaccins.
- Le Canada ne dispose pas des liens de données et de l’expertise nécessaires pour savoir si le « pire des scénarios » est en train de se produire avant qu’il ne soit déjà impossible de l’éviter. À l’avenir, les activités de surveillance devraient inclure :
- une surveillance étroite des lieux à haut risque d’exposition et d’épidémie, tels que les établissements de soins de longue durée, les lieux de rassemblement comme les écoles, les universités, les transports publics et les lieux de travail surpeuplés comme les usines de conditionnement de la viande. La surveillance des eaux usées pourrait être un outil très utile dans ces contextes.
- Les liens entre les séquences génétiques virales, le statut vaccinal et d’autres données cliniques et épidémiologiques sont essentiels pour une modélisation solide des données et une politique fondée sur des données probantes. Sans cela, il restera difficile au Canada d’analyser si les nouveaux variants entraînent des hospitalisations ou s’ils peuvent se transmettre efficacement parmi les personnes immunisées.
- L’exploitation des réseaux de maladies infectieuses existants (y compris l’influenza et les coronavirus saisonniers) permet de suivre l’émergence de nouvelles éclosions et de nouveaux variants. Il sera important d’effectuer des évaluations régulières et rigoureuses des plateformes de surveillance existantes pour confirmer qu’elles remplissent toujours leur objectif.
- Il convient d’adopter l’approche « Une seule santé », qui renforce la surveillance des maladies infectieuses chez les animaux sauvages, domestiques et péridomestiques, tout en veillant à ce que les données de séquençage soient mises à la disposition des chercheurs. Il est fort possible que les changements climatiques entraînent l’émergence d’un plus grand nombre de maladies infectieuses zoonotiques.
- Il faut répondre aux besoins en matière d’infrastructure, notamment en ce qui concerne la conservation des échantillons et l’aménagement d’un espace de laboratoire de rechange sûr.
- Des protocoles opérationnels normalisés, assortis de responsabilités claires, doivent être mis en place pour répondre rapidement aux nouveaux variants préoccupants et aux autres signaux détectés dans les données de surveillance à l’échelle nationale et internationale.
Détection précoce
- Le dépistage et le diagnostic par test PCR resteront des éléments importants de la gestion et de la détection précoce de la COVID-19, puisque les tests constituent l’unique moyen de connaître le statut de la pandémie ou de l’endémie. Les tests de dépistage, la recherche des contacts, l’isolement des cas positifs et le soutien sont des éléments fondamentaux de la détection précoce et de la gestion des épidémies.
- Les tests de dépistage rapide à domicile (tests antigéniques rapides) peuvent constituer un outil important pour rendre l’autodépistage des individus possible et les aider à gérer leur comportement de manière responsable, en particulier les personnes non vaccinées. Par exemple, l’obtention d’un résultat négatif à un test de dépistage rapide avant de rendre visite à une personne âgée ou plus vulnérable contribuerait à faire baisser les taux de transmission. Les tests de dépistage rapide sont discrets et ne nécessitent ni rendez vous, ni transport, ni arrêt de travail. Des tests à domicile permettront également de détecter les cas asymptomatiques, en particulier chez les enfants. Les incitations au dépistage à domicile pourraient également être avantageuses pour les collectivités en contribuant à briser les chaînes de transmission. Une mise en garde importante s’impose : toutes les personnes dont le résultat du test de dépistage du SRAS-CoV-2 est positif à domicile ne signaleront pas leur cas à un service de santé publique. Il est essentiel que les tests de dépistage rapide à domicile soient facilement disponibles et abordables afin qu’ils soient accessibles aux populations qui en ont le plus besoin.
- Au Royaume Uni, le gouvernement a envoyé des boîtes de tests de dépistage rapide à domicile à tous les foyers.
- Dans d’autres pays, de tels tests sont disponibles à bas prix dans les pharmacies.
- Au Canada, Santé Canada a autorisé six tests à domicile, mais l’harmonisation de la distribution entre les provinces, les territoires et les municipalités pose problème. Ces tests restent chers à l’achat dans le secteur privé.
- Il serait possible d’estimer les biais et la sous déclaration des résultats au moyen d’une étude parallèle d’échantillonnage aléatoire représentatif de Statistique Canada avec des biomarqueurs, des questionnaires et des entretiens.
3. Vaccination et rappels
- Environ 16 % des personnes admissibles de 12 ans et plus au Canada ne sont pas encore vaccinées, et les enfants de moins de 12 ans ne sont pas encore admissibles. Compte tenu de la transmissibilité du variant Delta, l’objectif d’immunité devrait être de 90 à 95 % de la population, soit par la vaccination, soit par la guérison de l’infection.
- Il serait utile d’élaborer une stratégie de vaccination et de rappel fondée sur la sensibilité et l’étape de la vie et harmonisée à l’échelle du pays. En outre, une stratégie de vaccination ciblée peut apporter une protection supplémentaire aux personnes dont le système immunitaire est affaibli, en permettant à leur entourage d’être adéquatement immunisé.
4. Mesures aux frontières et voyages
- L’incidence, la prévalence, les fluctuations et la gravité de l’état endémique dépendront dans une certaine mesure du nombre d’introductions d’infections et de variants préoccupants en provenance d’autres pays. Des systèmes de test et de surveillance renforcés sont essentiels pour détecter et isoler rapidement tout nouveau variant préoccupant afin de limiter sa propagation éventuelle, en particulier au sein des populations vulnérables.
- Il faut continuer à évaluer l’évolution des risques de voyage à tous les points d’entrée et à la gérer dans un état endémique. Les Canadiens ont également besoin de conseils factuels sur les risques liés aux voyages à l’étranger.
5. Capacité du système de santé
- Après plus de 20 mois de gestion de cette pandémie, les systèmes et le personnel de santé du Canada sont épuisés et surchargés. Le scepticisme à l’égard des responsables médicaux et sanitaires s’accroît, de même que les rapports faisant état d’une augmentation de la violence à l’encontre des travailleurs de la santé. Il y a actuellement une pénurie de travailleurs de la santé, certains quittant leur profession en raison des conditions de travail.
- La surmortalité est attribuable à des retards ou à des interruptions d’opérations chirurgicales et de traitements pour d’autres maladies en raison de l’accent mis sur la COVID-19 pendant la pandémie, en particulier pour les personnes souffrant de morbidités multiples (étude iCARE).
- Il est essentiel de renforcer les capacités globales et durables du système de santé afin de prendre en charge l’endémie de COVID-19. Les ressources humaines dans le domaine de la santé, les temps d’attente et les retards dans les opérations chirurgicales doivent faire l’objet d’une attention particulière à l’avenir.
6. Évaluation continue des risques
- À l’avenir, les mesures individuelles et communautaires continueront à évoluer en fonction du contexte canadien. L’évaluation des risques doit prendre en considération à la fois les risques sanitaires directs de la pandémie et les effets indirects des mesures de lutteNote de bas de page 14. Les décisions liées à la COVID-19 sont interdépendantes et nécessitent une analyse des risques ainsi qu’une communication efficaceNote de bas de page 15.
- Pour déterminer les niveaux acceptables de charge, il faut tenir compte des effets primaires sur la santé physique, ainsi que des coûts secondaires pour la santé et la société. Par exemple, la santé mentale et les conséquences à long terme sont importantes pour tous.
- Avant la pandémie, un enfant sur cinq répondait aux critères de diagnostic des troubles mentaux, mais la situation s’est aggravée pendant la pandémie. Il y a également des conséquences sur le développement des enfants, notamment la perte de possibilités d’apprentissage et de socialisationNote de bas de page 13.
- Selon les recherches menées sur le syndrome respiratoire aigu sévère, les véritables effets sur la santé mentale ne se sont manifestés que des années plus tardNote de bas de page 16. Des efforts communautaires continus sont nécessaires pour évaluer l’état de santé de la population et orienter les ressources en conséquence.
- Les effets durables sur la santé d’une COVID longue pourraient toucher une proportion considérable des personnes ayant contracté la COVID-19, en particulier chez les personnes les plus gravement maladesNote de bas de page 17 Note de bas de page 18.
- Parmi les autres effets secondaires observés, citons l’augmentation de la violence domestique, de l’alcoolisme et de la toxicomanie, la méfiance à l’égard du gouvernement, de la science et des médias officiels, le racisme et la discrimination, les conflits politiques et la stigmatisation associée à la COVID-19.
- Afin d’éviter d’exacerber les inégalités existantes, l’évaluation des risques doit en outre tenir compte du fait que certaines sous populations sont touchées de manière disproportionnée. Cela comprend :
- les personnes âgées;
- les femmes;
- les personnes ayant des problèmes de santé préexistants, en particulier celles atteintes de multiples maladies chroniques;
- les adolescents et les étudiants (en particulier ceux qui fréquentent l’école secondaire et les étudiants plus âgés);
- les populations autochtones;
- les populations racialisées;
- les groupes défavorisés, y compris ceux dont le statut socioéconomique est faible.