Réunion No 17 du groupe d’experts de la CSC sur la COVID-19


Dans le cadre de la réponse à la pandémie de COVID-19, la conseillère scientifique en chef du Canada a créé le groupe d’experts sur la COVID-19 afin de l’informer des développements scientifiques les plus récents et les plus pertinents. Ces informations aident la CSC à fournir au premier ministre et au gouvernement des conseils actualisés, interdisciplinaires et indépendants.


Vue d’ensemble des discussions

Tenues par téléconférence le 22 mai 2020

La discussion suivante reflète les données probantes et les connaissances scientifiques au 28 mai 2020

Résumé

  • La conseillère scientifique en chef du Canada (CSC) a organisé une série de réunions avec un groupe d’experts multidisciplinaires sur le thème des mesures relatives aux voyages et aux frontières.
  • L’objectif de ces réunions était de discuter des données probantes et des critères relatifs aux mesures à prendre aux frontières et lors des voyages pour contrôler la propagation de la COVID-19 à différents moments du voyage (avant le voyage, à la frontière, pendant le voyage et après l’arrivée au Canada), dans le contexte de l’assouplissement des restrictions de voyage.
  • Le groupe d’experts a été rejoint par des invités de l’Agence des services frontaliers du Canada, de Santé Canada, du Bureau du Conseil privé, de l’Agence de la santé publique du Canada et de Transports Canada.
  • Le taux d’infection dans la région d’origine, dans celle de destination, ainsi que le but du voyage, sont autant d’éléments à prendre en compte dans l’évaluation des risques et des options.

Experts participants

  • Mona Nemer Ph. D., conseillère scientifique en chef du Canada (présidente)

Modélisation des maladies

  • Kamran Khan M.D., Hôpital St. Michael
  • Caroline Colijn Ph. D., Université Simon Fraser

Sciences du risque et du comportement

  • Louise Lemyre Ph. D., Université d’Ottawa
  • Stephen Taylor Ph. D., Université de la Colombie-Britannique
  • Daniel Krewski Ph. D., Université d’Ottawa

Sciences biomédicales et cliniques

  • Maziar Divangahi Ph. D., Université McGill
  • Deborah Cook M.D., Université McMaster
  • Gary Kobinger Ph. D., Université Laval
  • Joanne Langley M.D., Université Dalhousie
  • Allison McGeer M.D., Hôpital Mount Sinai
  • Samira Mubareka M.D., Institut de recherche Sunnybrook
  • Supriya Sharma M.D., Santé Canada
  • Cara Tannenbaum M.D., Santé Canada

Autres

  • Masha Cemma Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
  • George Enei Ing., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)
  • Vanessa Sung Ph. D., Bureau de la conseillère scientifique en chef (soutien)

Invités participants

Agence des services frontaliers du Canada

  • Denis Vinette, vice-président, Direction générale des voyageurs

Transports Canada

  • Michael Keenan, sous-ministre
  • Kevin Brosseau, sous-ministre adjoint, Sécurité et sûreté, Transports Canada

Contexte :

  • Actuellement, la Loi sur la mise en quarantaine exige que tous les voyageurs arrivant au Canada soient soumis à une quarantaine de 14 jours.
  • Des informations détaillées sont actuellement recueillies auprès des voyageurs, notamment sur le(s) lieu(x) qu’ils visitent, les activités qu’ils prévoient et s’ils disposent ou non d’un plan d’auto isolement approprié.
  • Les voyageurs qui n’ont pas accès à des installations d’auto-isolement appropriées sont invités à séjourner dans des centres de quarantaine fédéraux.

Délibérations du groupe d’experts

Critères et informations nécessaires pour faciliter les voyages

Informations sur les pays d’origine

  • Les frontières pourraient être gérées de manière différenciée, par exemple en tenant compte de la diminution stable du nombre de cas de COVID-19 dans les pays. Toutefois, il faut également tenir compte de l’hétérogénéité régionale/des points chauds de COVID-19, de la capacité et de la qualité des tests de diagnostic au niveau régional, ainsi que du décalage potentiel des informations concernant les taux d’infection.

Zones de voyage libre (ou « bulles » de coronavirus)

  • Les zones de voyage libre permettraient aux voyageurs en provenance de pays ou de régions présentant des niveaux de risque similaires de se déplacer librement sans être obligés de s’auto-isoler à leur arrivée. Les mesures préalables au voyage resteront en vigueur.
  • Si elles sont mises en œuvre, les zones de voyage libre devraient être mises à jour de manière dynamique à l’aide des données probantes relatives aux cas de COVID-19 et aux points chauds, tant au niveau national qu’international.

Situation au Canada

  • Deux facteurs essentiels à prendre en compte :
    • Dans une administration donnée, dans quelle mesure la situation de COVID-19 est proche d’un seuil au-delà duquel la croissance des infections deviendrait exponentielle.
    • La résilience du système de santé face aux nouveaux cas de COVID-19.
  • Plus une administration utilise sa marge de manœuvre pour rouvrir les écoles et certaines industries, plus il devient risqué d’autoriser l’entrée des voyageurs.

Informations sur les voyageurs

  • Les informations sur la profession, les conditions de vie au Canada et le but de la visite sont importantes, car le risque d’une flambée causée par un voyageur d’agrément est différent de celui d’un voyageur qui travaille ou vit dans un environnement collectif (p. ex. les travailleurs agricoles, les travailleurs des exploitations minières ou forestières, les travailleurs des usines de transformation de la viande, etc.)

Mesures préalables au voyage

Promouvoir un comportement responsable

  • Assouplir l’expérience de voyage afin d’éviter les comportements indésirables.
    • Si les vols pouvaient être modifiés ou annulés sans frais, les voyageurs seraient moins enclins à voyager lorsqu’ils sont malades.
  • Faire savoir que des tests aléatoires pourront être effectués à la frontière (si c’est effectivement le cas) peut inciter les voyageurs présentant des symptômes à reporter leurs projets de voyage.

Préenregistrement / déclaration de santé (24-48 heures avant le voyage)

  • L’autodéclaration de l’état de santé pourrait être intégrée au portail d’enregistrement (comme pour la déclaration des armes à feu et autres biens) en tant que mesure préalable au voyage.
  • Il conviendrait d’envisager des sanctions pour les voyageurs qui fournissent de fausses déclarations.

Fournir la preuve de l’absence de COVID-19 par des tests de dépistage du virus

  • Le dépistage doit être facilement accessible aux résidents canadiens et aux ressortissants/voyageurs étrangers dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada.
  • Plus le résultat du test est proche du jour du voyage, plus il a de valeur. L’obligation d’obtenir le résultat du test dans les 24 heures réduirait le risque de transmission, mais cette mesure est difficile et coûteuse à mettre en œuvre. Les résultats obtenus dans les 48 à 72 heures précédant le voyage, ainsi que l’absence de symptômes, peuvent être pris en compte.
  • La précision des tests disponibles étant très variable, il convient d’examiner attentivement les résultats avant de les accepter. Des précisions sur la plateforme de dépistage utilisée, ainsi qu’une liste des plateformes acceptables, pourraient être envisagées.

Mesures à la frontière

Contrôle de la température

  • Cette méthode ne s’est pas avérée fiable pour détecter la COVID-19 et d’autres maladies respiratoires. De nombreuses affections non liées peuvent entraîner une augmentation de la température, comme l’arthrite, les coups de soleil ou l’anxiété, entre autres.

Tests de dépistage de virus

  • On peut envisager une approche fondée sur un échantillon groupé pour le dépistage de masse des passagers aériens.
    • Cette méthode a une bonne valeur prédictive et préserve les ressources.
    • Il pourrait s’agir d’un moyen de contrôle efficace, mais les analyses répétées nécessaires avec des échantillons individuels pour confirmer la présence d’une personne infectée requièrent un grand nombre d’écouvillons. Le taux de faux négatifs avec cette approche n’est pas bien connu. Il conviendrait de mettre au point une méthode de prélèvement d’échantillons ne nécessitant pas l’intervention d’un travailleur de la santé (p. ex. cracher ou s’autoécouvillonner la bouche).
  • Tests aléatoires
    • Le fait de savoir que l’on peut être testé de façon aléatoire pour la COVID-19 pourrait avoir un effet dissuasif sur la falsification des informations relatives à l’état de santé.
    • D’un point de vue logistique, cela pourrait être difficile à organiser aux points de passage terrestres, mais faisable dans les aéroports et, peut-être, dans les ports.
    • Le test PCR peut être effectué parallèlement au test sérologique pour récolter plus d’informations.
  • Tests avant, pendant et après le voyage
    • Les tests pourraient être effectués (1) dans les 3 jours précédant le voyage, (2) à l’arrivée et (3) après 2 à 4 jours de quarantaine volontaire. On sait en effet que les personnes sont généralement infectieuses 2 à 3 jours avant l’apparition des symptômes et environ 7 jours après. Cette approche permettrait de réduire le nombre de jours nécessaires à la quarantaine. Facteurs à prendre en compte avec cette approche :
      • Pour les voyageurs dont la probabilité d’être infecté est faible (p. ex. les voyageurs asymptomatiques originaires de pays où la prévalence de COVID-19 est faible), la valeur prédictive positive du test est faible.
      • Pour les voyageurs dont la probabilité d’être infecté est élevée (p. ex. les voyageurs en provenance de pays où la prévalence de COVID-19 est élevée), il peut être plus efficace de laisser en place les restrictions aux frontières.
      • Il est possible qu’un voyageur ayant été exposé très récemment à la COVID-19 présente une infection précoce qui n’est pas encore détectable par le test PCR. Les périodes d’incubation et de transmission peuvent varier.
      • La transmission virale peut se produire au cours d’un voyage et la probabilité augmente pour les itinéraires avec escales.

Informations sur la santé

  • Fournir aux voyageurs entrants des informations sur les symptômes potentiels de la COVID-19 et sur ce qu’ils doivent faire en cas d’apparition de symptômes (p. ex. comment se soumettre à un test de dépistage de la COVID-19 ou interagir avec le système de soins de santé).

Passeports d’immunité/certificats d’immunité

  • L’immunité naturelle contre le virus SRAS-CoV-2 — sa résistance et sa durée — n’est pas encore comprise, de sorte que les passeports d’immunité ne sont pas utiles pour l’instant.
  • L’obligation de confirmer la vaccination pour entrer dans certains pays (p. ex. contre la fièvre jaune) existe, de sorte que cette approche est conceptuellement réalisable si elle s’intègre dans les systèmes de registres de vaccination existants. Toutefois, le fait d’exiger une confirmation de vaccination pour les voyages lorsque les vaccins ne sont pas largement disponibles pose des problèmes d’équité. Lorsque les vaccins seront largement disponibles, les certificats d’immunité pourraient devenir pertinents.
  • Une autre solution consiste à faire passer cela par des processus payants existants, tels que Nexus ou les services de Visa. Une fois que la science de l’immunité contre le SRAS-CoV-2 sera mieux comprise, l’immunité individuelle à court terme (p. ex. à 3 mois) pourrait être certifiée par des laboratoires accrédités.

Mesures postérieures à l’arrivée

Dépistage

  • Les mesures pourraient être appliquées de manière différenciée et proportionnelle sur la base des critères suivants :
    • La prévalence de la COVID-19 dans le pays d’origine. En fonction de cela, soit la frontière reste fermée aux pays où le nombre de cas de COVID-19 est le plus élevé (d’où une probabilité de tests préalables plus élevée), soit les citoyens de ces pays sont tenus de se soumettre à des mesures plus rigoureuses.
      • Les informations peuvent être inégales d’un pays à l’autre, ce qui a des conséquences sur cette évaluation.
    • Les activités prévues ou les conditions de vie au Canada. Les personnes qui travaillent ou vivent dans des environnements collectifs (p. ex. conditionnement de la viande, exploitation minière, pétrolière, etc.) ou dans une communauté vulnérable (p. ex. communauté nordique ou population ayant des conditions sous-jacentes et/ou des services de soins de santé limités) devront ainsi faire l’objet de mesures plus rigoureuses.
  • En fonction du profil de risque du voyageur, les interventions peuvent comprendre une combinaison de tests, d’autosurveillance, de quarantaine obligatoire, de recommandation de port de masques, de communication et de suivi après l’arrivée.
  • Toute approche devrait tenir compte de la capacité du Canada à gérer un nombre accru de cas de COVID-19.
  • La stratification des risques liés aux pays d’origine pourrait simplifier le processus en se concentrant sur les pays en provenance desquels le Canada reçoit le plus grand nombre de voyageurs.
    • L’une des limites de cette approche est le décalage dans l’échange d’informations concernant l’évolution régionale de la propagation de la maladie.
    • Le cas de l’encéphalopathie spongiforme bovine (maladie de la vache folle) est un exemple historique de pays classés en fonction de leur niveau de risqueNote de bas de page 1.
    • Cette approche nécessiterait la collecte d’un grand nombre d’informations auprès des voyageurs.

Suivi et communication

  • Mise à jour sur ArriveCAN app Note de bas de page 2 :
    • L’application a d’abord été conçue comme un moyen de numériser le processus traditionnel de suivi du passage des frontières sur papier.
    • La prochaine version de l’application comprendra une fonctionnalité permettant aux voyageurs d’effectuer des bilans de santé, ainsi que la possibilité d’envoyer des messages à caractère social et sanitaire pour encourager le respect des règles. La prochaine itération est prévue pour la fin du mois de juin.
    • L’utilisation de données de géolocalisation n’est pas envisagée pour des raisons de protection de la vie privée.
    • Les provinces ont également exprimé leur intérêt pour les informations collectées par l’application.
    • Des discussions sont en cours concernant la manière d’accroître la mobilisation des utilisateurs sur l’application, tout en tenant compte des personnes qui ne possèdent pas d’appareil mobile ou qui n’ont pas accès à l’internet.
    • L’utilisation de l’application, qui est actuellement facultative, pourrait devenir obligatoire en vertu de la Loi sur la mise en quarantaine.
  • L’application ArriveCAN de l’ASFC pourrait être un mécanisme efficace pour relier les déclarations de santé des voyageurs à la capacité d’interagir avec les voyageurs après leur arrivée.
    • Les voyageurs pourraient saisir des mises à jour quotidiennes de leur état de santé et de leurs symptômes.
    • Le recours à la science du comportement pourrait contribuer à optimiser la mobilisation des utilisateurs.
    • Des informations pourraient être communiquées sur les symptômes de la COVID-19 et sur la manière d’interagir avec le système de santé canadien en cas d’apparition de symptômes.
  • Traçage ou suivi des voyageurs et des citoyens internationaux pendant 14 jours à compter de leur arrivée au Canada. Facteurs à prendre en compte avec cette approche :
    • La capacité à utiliser les technologies actuelles (p. ex. les téléphones cellulaires) pour toujours plus de précision est nécessaire.
    • L’acceptabilité sociale et les problèmes potentiels de protection de la vie privée et d’éthique liés à l’utilisation de la géolocalisation.
    • Certaines personnes ne possèdent pas d’appareils mobiles.
    • Le cadre juridique.

Réduire les risques d’exposition pendant les voyages

  • Mise à jour de Transports Canada sur les mesures prises dans les aéroports :
    • Transports Canada est en train d’élaborer des directives générales pour les aéroports, en tenant compte du fait que tous les aéroports ne sont pas configurés de la même façon et que le nombre de passagers y varie.
    • La plupart des aéroports ont mis en place des pratiques d’assainissement et d’hygiène systématiques, y compris des mesures d’assainissement aux contrôles de sûreté.
    • Les aéroports tentent de réduire l’affluence en créant des files d’attente aux points de contrôle (sûreté, douanes, etc.) afin de maintenir une distance physique. Cela est possible aujourd’hui en raison du faible nombre de passagers, mais deviendra problématique lorsque les restrictions de voyage seront levées.
    • Les questions suivantes doivent être abordées :
      • Comment réduire le risque d’exposition compte tenu de l’espace limité dans les halls d’aéroport?
      • Comment faire passer en toute sécurité un grand nombre de passagers aux points de contrôle?
      • La distance requise entre les passagers (2 mètres) peut-elle être réduite en limitant le temps d’exposition en conjonction avec l’utilisation obligatoire d’un masque?
      • Quels processus pourraient être ajoutés pour permettre un certain degré de promiscuité qui serait acceptable pour une période courte et contrôlée?
  • Facteurs à prendre en compte quant à la réduction de la distance entre les passagers de 2 mètres à 1 mètre :
    • Le risque d’exposition est stable dans le temps, de sorte que la réduction de la durée d’exposition ne réduit pas nécessairement le risque, et cela dépend de la disposition physique de la file (ligne droite ou sinueuse).
    • L’Organisation mondiale de la Santé recommande de maintenir une distance de 1 mètre. Les risques associés à une distance de 1 mètre par rapport à une distance de 2 mètres pourraient être modélisés, mais les résultats seraient difficiles à généraliser, car ils dépendent de variables telles que les systèmes de chauffage, de ventilation et de conditionnement d’air (CVCA).
  • Réduire l’exposition des passagers au moment du débarquement :
    • Les aéroports peuvent choisir de limiter les mélanges de passagers en gérant les files d’attente et la récupération des bagages par vol et par pays d’origine, plutôt que par heure d’arrivée.
    • Les avis divergent quant à l’utilité d’une file distincte pour les voyageurs dont l’immunité a été vérifiée. D’un côté, cela permettrait d’accélérer le passage des contrôles de sécurité et de réduire la durée et la longueur de la file d’attente; d’un autre côté, les personnes dont l’immunité a été vérifiée pourraient faire office de tampon entre les personnes sensibles, limitant ainsi la propagation potentielle du virus.
    • Les passagers acceptent le risque de voyager à proximité les uns des autres du fait même qu’ils voyagent. Pour éviter les files d’attente à la douane, les agents des douanes pourraient se trouver à l’entrée des avions et appeler les passagers un par un. Les agents pourraient également monter à bord des avions pour recueillir des informations ou balayer des passeports.
    • Les compagnies aériennes pourraient conserver des rangées vides au cas où elles devraient isoler des passagers présentant des symptômes en cours de vol.
  • Il existe une crainte quant à la mise en œuvre de « certificats d’immunité » basés sur l’immunité due à une exposition antérieure (une fois vérifiée), car cela pourrait inciter les gens à s’infecter intentionnellement.
  • Les modèles de simulation utilisant des personnes anonymes associées à la dynamique des fluides informatiques peuvent constituer un outil utile pour déterminer les risques de transmission associés aux voyages.
  • Le réseau canadien de génomique COVID-19 (RCanGéCO) pourrait donner la priorité au séquençage génomique des virus chez les voyageurs de retour au pays. L’objectif serait de suivre les nouveaux cas arrivés au Canada et de repérer les mutations génétiques potentielles au cours de la propagation du virus.

Annexe A – Analyse documentaire sur l’utilisation des contrôles de température et d’autres mesures aux frontières

Mise à jour le 28 mai 2020

Données probantes sur l’utilisation des contrôles de température pour le dépistage de la COVID-19

  • Une enquête menée par CNN en février a révélé qu’après un mois de contrôle de la température dans 11 aéroports des États-Unis et 30 000 passagers contrôlés par le CDC, aucun cas de COVID-19 n’a été détecté par les contrôles de température effectués dans les aéroports (20 février 2020)Note de bas de page 3.
  • Efficacité des contrôles dans les aéroports pour détecter les voyageurs infectés par un nouveau coronavirus (2019-nCoV) (Eurosurveillance 6 février 2020)Note de bas de page 4.
    • La modélisation montre que les contrôles de température ne permettent pas de détecter les cas dans près de la moitié des cas (46/100).
    • Les auteurs estiment que le dépistage syndromique dans les aéroports pour empêcher les voyageurs infectés d’entrer dans le pays n’est réalisable que si le taux d’infections asymptomatiques transmissibles est négligeable, si la sensibilité du dépistage est presque parfaite et si la période d’incubation est courte.
  • Le balayage par image thermique pour le dépistage de la grippe aux frontières : résultats d’une étude de dépistage dans les aéroportsNote de bas de page 5
    • Les imageurs thermiques à infrarouge ont permis de détecter la fièvre de manière modérée, mais la proportion de voyageurs infectés par la grippe qui étaient fébriles était faible — les imageurs thermiques n’étaient pas beaucoup plus efficaces que le hasard pour détecter les voyageurs infectés.
    • Les auteurs suggèrent qu’il est peu probable que le dépistage thermique soit efficace pour empêcher l’entrée du virus dans un pays.
  • Voyages internationaux et contrôle de la fièvre pendant les épidémies : une revue de la littérature sur l’efficacité et l’utilisation potentielle des thermomètres à infrarouges sans contactNote de bas de page 6.
    • Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que le contrôle de la température est très efficace pour détecter les personnes symptomatiques. Si la prévalence de la fièvre est fixée à 1 % dans toutes les études pour permettre les comparaisons, la valeur prédictive positive dérivée des thermomètres à infrarouges sans contact varie de 3,5 % à 65,4 % et la valeur prédictive négative est de >=99%.
  • Des imageurs thermiques pour détecter la fièvre chez les passagers d’avion, Vancouver et Toronto, 2003Note de bas de page 7.
    • Des imageurs thermiques ont été déployés pour les passagers à l’arrivée et au départ, de la mi-mai à la mi-décembre 2003. Une température élevée a été détectée chez 1435 personnes (0,031 %). Aucune personne n’a été déclarée atteinte du SRAS.
    • Les imageurs thermiques n’ont été déployés dans les aéroports canadiens qu’après l’entrée au Canada du dernier voyageur atteint du SRAS, le 1er avril. Parmi les personnes qui ont été exposées au SRAS au Canada, qui ont ensuite voyagé et sont tombées malades ailleurs, aucune ne présentait de symptômes au moment de quitter le pays.
  • Le SRAS à Hong Kong : De l’expérience à l’actionNote de bas de page 8.
    • 36,3 millions de personnes ont subi un dépistage par imageur thermique. 1921 (0,00053 %) étaient fébriles, 40 de ces personnes ont été admises à l’hôpital, mais aucune n’a été diagnostiquée comme atteinte du SRAS.

Documentation complémentaire sur le dépistage aux frontières

  • Efficacité des interventions ciblant les voyageurs aériens pour retarder les flambées locales de SRAS-CoV-2Note de bas de page 9.
    • Un modèle mathématique a évalué l’efficacité de trois scénarios d’intervention de dépistage syndromique : 1) pas de dépistage, 2) dépistage à la sortie uniquement et 3) dépistage à la sortie et à l’entrée.
    • Le dépistage à la sortie et à l’entrée, associé à la sensibilisation des voyageurs, peut retarder une flambée locale de 8 jours (IC à 50 % : 3-14 jours) lorsque le taux d’importation est de 1 voyageur infecté par semaine au moment de l’introduction.
    • S’il y a 10 voyageurs infectés par semaine au moment où cette mesure est introduite, l’apparition de la flambée n’est retardée que de 2 jours (IC à 50 % : <1-5 jours). De même, l’avantage supplémentaire du dépistage à l’entrée est faible si le dépistage à la sortie est efficace, car la seule combinaison du dépistage à la sortie et de la sensibilisation des voyageurs peut retarder l’apparition d’une flambée de 7 jours (IC à 50 % : 2-13 jours).
  • Nouvelles infections à coronavirus importées : Observation sur la détection active et passive des cas en ThaïlandeNote de bas de page 10.
    • Un dépistage actif de la COVID-19 a été effectué dans les aéroports internationaux de Thaïlande, et 21 374 voyageurs ont été dépistés. 4 cas importés de COVID-19 ont été détectés aux points de contrôle sanitaire des postes d’immigration des aéroports internationaux.
  • Estimation de l’efficacité du dépistage des voyageurs pour prévenir la propagation internationale du nouveau coronavirus (2019-nCoV)Note de bas de page 11.
    • Dans le meilleur des cas, les auteurs estiment que le dépistage passera à côté de plus de la moitié des voyageurs infectés.
  • Évaluation du dépistage des maladies infectieuses chez l’humain à l’entrée des frontières Note de bas de page 12.
    • Sur la base de la modélisation et des rapports sur les expériences du virus H1N1 et du SRAS, les auteurs concluent que le dépistage aux frontières n’est pas efficace pour détecter les personnes infectieuses. En outre, le dépistage aux frontières présente des coûts d’option élevés, tant sur le plan financier qu’en matière d’utilisation de ressources limitées en personnel de santé publique à un moment où les besoins sont importants.
    • La communication sur les flambées à l’intention des voyageurs aux points d’entrée des frontières, associée à une communication efficace avec les cliniciens et à des mesures plus efficaces de lutte contre les maladies au sein des communautés, pourrait constituer une approche plus efficace de la lutte internationale contre les maladies transmissibles.

Annexe B. Mesures aux frontières : zone de voyage libre, dépistage et traçage de la COVID-19 dans les aéroports internationaux

Mise à jour le 28 mai 2020

Zones de voyage libre

L’idée est de rouvrir les frontières entre des pays dont la situation épidémiologique est comparable et qui disposent de capacités suffisantes en termes d’hôpitaux, de tests, de surveillance et de recherche des contacts.

UE ( Orientations et recommandations de la CE sur la reprise des voyages en toute sécurité)Note de bas de page 13.

  • Le 13 mai, la Commission européenne a proposé une approche progressive pour la réouverture des frontières. Cela signifie que les pays de l’UE présentant des « profils de risque globaux similaires » en matière de pandémie s’ouvriront aux touristes des autres pays.
  • Les pays baltes (la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie) ont ouvert leurs frontières les uns aux autres le 15 mai, créant ainsi ce que l’on appelle une « bulle baltique ». Toute personne arrivant de l’extérieur de la zone doit encore s’astreindre à une quarantaine volontaire pendant 14 jours. Toute personne qui n’a pas voyagé en dehors des pays baltes au cours des deux dernières semaines, qui n’est pas infectée et qui n’a pas été en contact avec une personne testée positive peut se rendre librement dans les autres pays.
  • L’Autriche a annoncé son intention d’ouvrir ses frontières aux visiteurs en provenance de « pays sûrs » comme l’Allemagne et la République tchèque.
  • La Grèce a proposé des zones de voyage libre avec Chypre, l’Allemagne, l’Autriche et Israël, qui n’est pas membre de l’UE.
  • Le Royaume-Uni et la France seraient en pourparlers pour établir une zone de voyage libre.

Pacifique

  • L’Australie et la Nouvelle-Zélande se sont engagées à créer une zone de voyage libre transtasmanienne lorsque la situation sera plus sûre.

Approches nationales/régionales en matière de dépistage et de suivi

Autriche - Aéroport international de Vienne - Tests et quarantaine

  • Tous les voyageurs entrant en Autriche doivent présenter un certificat médical confirmant un résultat négatif au test PCR (datant de moins de 4 jours), faute de quoi ils sont tenus d’entamer une quarantaine de 14 jours.
  • Les voyageurs arrivant avec la nationalité autrichienne ou un permis de séjour valide, sans certificat médical, peuvent subir un test PCR COVID-19 à l’aéroport, dont les résultats sont disponibles dans un délai de 3 à 6 heuresNote de bas de page 14. Si les résultats des tests sont négatifs, ils peuvent se passer de quarantaine. Les voyageurs sortants peuvent utiliser les résultats négatifs de leur test comme certificat de santé pour entrer dans leur pays de destination, en fonction des conditions d’entrée.
  • Si les résultats des tests sont positifs, les passagers et les autorités publiques en sont informés.
  • Le test est un service privé qui coûte 190 € (208 $) pour les passagers en provenance ou à destination de Vienne, et qui se fait uniquement sur rendez-vous.

Japon - Aéroport international de Tokyo Narita – Tests

  • Les autorités ont mis en place des tests COVID-19 sur place pour les passagers en provenance de pays largement infectés, comme l’Italie et les États-Unis, qui sont tenus de se soumettre à un dépistage.
  • Les résultats du test peuvent prendre de six heures à deux jours. Les voyageurs qui se soumettent au test ne sont pas autorisés à utiliser les transports en commun. Par conséquent, à moins qu’ils n’aient pris des dispositions pour que quelqu’un vienne les chercher, ils doivent rester à l’aéroport en attendant les résultats du test.
  • Tokyo Narita a prévu des aménagements spéciaux pour les voyageurs qui doivent attendre dans la zone de récupération des bagages. Ces aménagements consistent en des « lits » temporaires spéciaux fabriqués en carton résistant, avec un matelas et une courtepointe. Le système fonctionne probablement, pour l’instant, car le nombre de passagers internationaux à l’arrivée est actuellement très faible.

Hong Kong - Aéroport international de Hong Kong – Tests et suivi

  • Dépistage obligatoire de la COVID-19 pour tous les voyageurs arrivant dans cet aéroport international (premier à mettre en œuvre le dépistage obligatoire)
  • Les passagers en provenance de pays considérés comme à haut risque seront soumis à des tests dont les résultats peuvent être obtenus en huit heures environ, et ils devront attendre cette période dans un centre de dépistage temporaire situé dans un centre d’exposition près de l’aéroport.
  • Les personnes originaires de régions à plus faible risque subiront un test différent dont les résultats peuvent prendre plusieurs jours. Ils ne seront pas obligés de rester à l’aéroport, mais ils devront porter un bracelet de suivi que les autorités pourront vérifier pour s’assurer qu’ils s’isolent.

Corée du sud - Aéroport international d’Incheon – Tests et suivi

  • Des centres de dépistage pour les voyageurs ne présentant aucun symptôme.
  • Jusqu’à 2000 personnes peuvent être testées chaque jour dans 16 cabines de dépistage en plein air installées sur 5 sites dans les 2 terminaux de l’aéroport. Grosso modo, cela signifie que l’on teste une personne toutes les 5 minutes.
  • Les personnes présentant des symptômes, quelle que soit leur nationalité, sont mises à l’écart et testées dans des centres de quarantaine installés à l’intérieur de l’aéroport.
  • Parmi les voyageurs en provenance d’Europe qui ne présentent pas de symptômes, les citoyens coréens et les ressortissants étrangers titulaires d’un visa de longue durée doivent subir un test de dépistage dans les trois jours suivant leur arrivée et s’astreindre à une quarantaine volontaire pendant 14 jours. Les voyageurs asymptomatiques en provenance des États-Unis n’ont pas besoin d’être testés, mais doivent s’astreindre à une quarantaine volontaire pendant cette même période de deux semaines.
  • Les étrangers seront expulsés s’ils enfreignent les règles. Le respect des règles est contrôlé à l’aide d’une application mobile. Personne ne peut entrer en Corée sans avoir téléchargé l’application.

Taiwan - Aéroport international de Taoyuan – Suivi

  • Système de quarantaine contrôlé et obligatoire (pas de tests).
  • À leur arrivée à Taïwan, les voyageurs doivent remplir un formulaire papier ou en ligne afin d’indiquer leurs renseignements personnels et l’endroit où ils envisagent de passer leur quarantaine : soit leur domicile, soit un hôtel désigné par le gouvernement. Un fonctionnaire vérifie les renseignements fournis et note le numéro de téléphone de la personne, qu’il compose sur place pour s’assurer que c’est le bon.
  • Les autorités taïwanaises ont également créé un questionnaire de santé auquel les passagers accèdent en balayant un code QR à l’aide de leur téléphone, alors qu’ils sont encore dans l’avion à l’arrivée.
  • En fonction de leur état de santé, ils reçoivent un SMS qui fait office de laissez-passer sanitaire afin d’accélérer le processus une fois dans l’aéroport. Les personnes présentant un risque élevé d’infection sont invitées à s’auto-isoler chez elles et sont suivies par téléphone portable pour s’assurer qu’elles y restent. Les fausses déclarations en matière de données sanitaires sont un délit passible d’une amende.
  • Les personnes ayant passé l’inspection sanitaire doivent quitter l’aéroport. Trois options s’offrent à elles : rentrer chez elles avec leur propre voiture, dans la voiture d’un membre de leur famille qui serait venu les chercher, en utilisant un taxi spécial quarantaine.
  • Les personnes de retour au pays reçoivent une trousse sanitaire spéciale ainsi que deux appels téléphoniques par jour pendant leur quarantaine. On leur rappelle que leur téléphone est suivi et on leur demande de signaler tout symptôme.
  • Le système de suivi des téléphones portables alerte automatiquement les autorités lorsqu’une personne mise en quarantaine quitte son domicile. La police intervient dans les 15 minutes lorsque quelqu’un déclenche une alerte.

EAU - Aéroport international de Dubaï – Tests

  • La compagnie aérienne Emirates collabore avec l’autorité sanitaire de Dubaï pour prélever des échantillons de sang des passagers à l’aéroport avant le départ. Les résultats peuvent être obtenus en 10 minutes.