Table des matières
Historique et contexte
Alors que l’intérêt pour la recherche dans l’Arctique ne cesse de croître, il est essentiel d’assurer la sécurité des chercheurs nationaux et internationaux qui travaillent dans cet environnement difficile pour atteindre l’excellence sur le plan scientifique. Le 28 mai 2025, la conseillère scientifique en chef du Canada (CSC) a organisé une table ronde réunissant quinze experts scientifiques de l’Arctique afin d’examiner les risques liés à la recherche dans l’Arctique, leurs facteurs aggravants et les pratiques exemplaires pour les atténuer. La table ronde était coprésidée par les professeures Mona Nemer, CSC, et Jackie Dawson, chercheuse en résidence au Bureau de la conseillère scientifique en chef (voir l’annexe A pour consulter la liste complète des participants).
Ce que nous avons entendu
La table ronde a permis d’explorer trois domaines clés liés à la pratique sécuritaire de la recherche dans l’Arctique. Tout d’abord, les participants ont cerné un éventail de risques qui menacent la santé, la sécurité et le bien-être des chercheurs, y compris des risques pour la santé physique, mentale et émotionnelle, ainsi que des risques opérationnels et institutionnels. Deuxièmement, la discussion a porté sur les facteurs aggravants, tels que les enjeux liés à l’environnement, à la logistique, aux institutions et aux compétences, qui peuvent aggraver ces risques et en augmenter la probabilité ou la gravité. Enfin, les experts ont échangé sur les pratiques exemplaires et solutions possibles pour atténuer les risques, composer avec les facteurs aggravants et renforcer les mesures de sécurité en améliorant la formation, l’intégration des équipes, la préparation aux situations d’urgence et les mécanismes de responsabilisation. Les sections suivantes résument les discussions de la table ronde.
Risques
Pour la première partie de la table ronde, les participants ont fait part de leur point de vue sur les risques liés à la pratique sécuritaire de la recherche dans l’Arctique. Pour les besoins de la table ronde, les risques sont définis comme des événements potentiels qui mettraient en danger la santé ou la vie des chercheurs de l’Arctique et comprennent, entre autres, des risques physiques, mentaux, émotionnels et culturels. Les risques qui ont fait l’objet d’une discussion relevaient des catégories générales suivantes :
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1. Risques physiques
- Opérations aériennes dangereuses : L’expérience limitée des pilotes dans les conditions arctiques et la perte de repères visuels sont les principales causes des accidents d’hélicoptères.
- Besoins fondamentaux non satisfaits : Le manque de nourriture, l’accès limité aux soins médicaux et les abris inadéquats rendent les chercheurs plus vulnérables aux conditions météorologiques extrêmes de l’Arctique.
- Mauvaise manipulation de matières dangereuses : La mauvaise manipulation des substances dangereuses dans l’environnement extrême de l’Arctique augmente les risques pour la sécurité des chercheurs.
- Limites de la recherche et du sauvetage : Des capacités et des ressources limitées entraînent des retards ou l’absence de réponse aux situations d’urgence dans les régions éloignées.
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2. Risques mentaux et émotionnels
- Tension psychologique : L’isolement, le stress et les différences culturelles peuvent être une source de pression sur le plan psychologique pour les chercheurs.
- Risques pour la santé mentale des intervenants : Les situations d’urgence peuvent entraîner un stress aigu et des problèmes de santé mentale à long terme pour les équipes d’intervention.
- Pression pour obtenir des résultats : La mentalité de « les données ou la mort » crée une pression de performance qui augmente le risque d’épuisement professionnel et de prise de décision dangereuse.
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3. Risques culturels et communautaires
- Exclusion des membres des communautés locales du Nord : Le manque d’inclusion des membres des communautés dans les équipes de recherche les prive d’accès à la formation et aux ressources, ce qui augmente les risques qu’ils courent pendant les activités sur le terrain.
- Risques pour les relations et les efforts de réconciliation : Une formation insuffisante en matière de sensibilisation culturelle et le temps limité alloué pour établir et favoriser des relations authentiques avec les partenaires autochtones minent la confiance et les efforts de réconciliation.
- Risques pour les membres de la communauté : Une recherche mal planifiée et des pressions exercées pour obtenir des résultats peuvent mettre en danger les populations locales et éroder la confiance des communautés.
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4. Risques opérationnels et institutionnels
- Formation inadéquate : Une formation insuffisante ou non adaptée au contexte arctique entraîne un manque de préparation des chercheurs, notamment dans des domaines tels que la sensibilité culturelle.
- Ambiguïté des rôles au sein de l’équipe : Le manque de clarté des responsabilités crée de l’incertitude quant à la personne responsable de la pratique sécuritaire de la recherche.
- Confusion entre responsabilité légale et sécurité des chercheurs : Le focus sur les aspects légaux détourne les efforts d’amélioration des pratiques sécuritaires.
- Dépendance excessive à des chercheurs inexpérimentés : Le fait de confier des tâches intensives sur le terrain à des chercheurs peu expérimentés augmente le risque opérationnel.
- Soutien institutionnel limité en matière de pratiques sécuritaires : Un soutien administratif insuffisant transfère la responsabilité de la sécurité aux chercheurs, ce qui risque de décourager certains projets de recherche en raison de préoccupations relatives à la sécurité des chercheurs.
- Règlements restrictifs : Les règles qui excluent les membres expérimentés des communautés nordiques réduisent l’engagement local et l’expertise dans les opérations de recherche.
- Dépendance à l’égard de l’équipement des partenaires communautaires : Le fait de s’appuyer sur des partenaires locaux pour le matériel et l’assurance, plutôt que d’investir dans leur équipement et leur capacité, crée des lacunes sur le plan de la pratique sécuritaire de la recherche.
Facteurs aggravants
La table ronde a également exploré les facteurs qui peuvent aggraver les risques cernés sur le plan de la pratique sécuritaire de la recherche dans l’Arctique. Les facteurs aggravants sont définis comme tout facteur qui permet ou qui augmente la probabilité d’occurrence ou l’importance des répercussions d’un risque pour les chercheurs. Ces facteurs peuvent être classés dans les grandes catégories suivantes :
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1. Environnement et logistique
- Changements climatiques : L’altération du terrain et les conditions météorologiques imprévisibles compliquent à la fois la planification de la recherche et les opérations de recherche et de sauvetage.
- Coûts élevés : Des dépenses importantes liées à la recherche dans l’Arctique, y compris les déplacements et l’hébergement, réduisent les ressources disponibles pour la formation complète sur la sécurité, ainsi que la planification, la préparation et l’équipement liés à la pratique sécuritaire de la recherche.
- Circonstances inattendues : L’évolution rapide des conditions arctiques peut faire dérailler des expéditions, même si elles sont bien planifiées, créant ainsi des risques supplémentaires.
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2. Institutionnel et juridictionnel
- Fragmentation entre juridictions : L’absence de normes harmonisées entraîne un manque d’uniformité dans les pratiques, les ressources et la formation.
- Capacité d’intervention limitée en cas d’urgence : Les longs délais d’intervention dans l’Arctique et la méconnaissance de ces délais augmentent la vulnérabilité en cas de crise.
- Financement inégal : Les disparités dans l’allocation des ressources financières et matérielles nuisent à l’uniformité des pratiques et de la formation en matière de sécurité et de recherche dans l’Arctique.
- Absence de rapports centralisés : L’absence d’un système partagé pour le suivi, la déclaration et l’analyse des accidents empêche de tirer les leçons des incidents passés.
Pratiques exemplaires et solutions possibles
Au cours de la dernière partie de la table ronde, les experts ont discuté des pratiques exemplaires et des solutions possibles pour faire face aux risques identifiés et aux facteurs aggravants, dont :
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1. Inclusion et redéfinition de l’équipe
- Concept d’équipe de recherche élargi : Redéfinir la notion d’ « équipe de recherche » pour y inclure des membres des communautés, des guides et des experts locaux.
- Soutien aux collaborateurs des communautés : Offrir une formation et une indemnisation, et garantir l’inclusion des collaborateurs des communautés dans la planification et les protocoles de pratiques sécuritaires.
- Investissement dans les professionnels de la sécurité : Maintenir en poste des professionnels expérimentés en matière de pratique sécuritaire de la recherche et assurer leur intégration dans les équipes de recherche.
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2. Formation et harmonisation
- Formation normalisée sur les pratiques sécuritaires : Mettre en place une formation obligatoire harmonisée en matière de pratiques sécuritaires de la recherche dans toutes les administrations afin de garantir la cohérence et l’alignement sur les réalités de l’Arctique.
- Programmes de formation intégrés : Élaborer des programmes de formation traitant de multiples facettes qui incluent la sensibilisation culturelle, la préparation physique et la résilience mentale.
- Approches collaboratives en matière de formation : Promouvoir la mise en commun et le partage des coûts afin que les grandes institutions puissent aider les plus petites à accéder à la formation et aux ressources.
- Culture unifiée de pratique sécuritaire de la recherche : Favoriser et maintenir une culture partagée de la pratique sécuritaire de la recherche entre les organisations et les équipes de recherche.
- Investissements dans les infrastructures partagées : Investir dans des infrastructures polyvalentes pour soutenir des opérations coordonnées de recherche dans l’Arctique.
- Modèles de financement harmonisés : Examiner et harmoniser les modèles de financement de la recherche afin de déterminer les leçons tirées et les pratiques exemplaires pour soutenir et mener la recherche dans l’Arctique.
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3. Préparation et interventions en cas d’urgence
- Planification avancée de gestion des risques : Intégrer la planification de scénarios et les évaluations exhaustives des risques dans le cadre de la préparation des projets de recherche sur l’Arctique.
- Amélioration de l’accès aux opérations de recherche et de sauvetage : Renforcer la collaboration avec les organisations fédérales, telles que la Garde côtière canadienne et les Rangers canadiens pour améliorer les capacités de recherche et de sauvetage.
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4. Responsabilité ou sécurité
- Transition de la responsabilité légale à la sécurité des chercheurs : Mettre l’accent sur des mesures pratiques telles que l’embauche de guides expérimentés, la prise en charge des coûts de formation à la pratique sécuritaire de la recherche et la fourniture d’une assurance expédition complète pour les membres de l’équipe et l’équipement afin de favoriser une culture de pratique sécuritaire de la recherche dans l’Arctique.
- Planification flexible de la recherche : Élaborer des plans de recherche qui peuvent être modulés en réponse à des événements inattendus tout en maintenant la sécurité des chercheurs et les objectifs de la recherche.
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5. Données et responsabilisation
- Système de suivi des incidents : Mettre en place un système complet de surveillance, de suivi et d’analyse des incidents et des accidents, y compris les accidents évités de justesse.
- Mise en commun de données entre les administrations : Permettre le partage des données afin de cerner les tendances et d’améliorer les pratiques sécuritaires de recherche.
- Mécanismes de responsabilisation : Garantir une utilisation efficace des financements de la recherche dans l’Arctique grâce à des processus de surveillance clairs.
- Communauté de pratique : Créer un réseau de collaboration réunissant des chercheurs, des professionnels de la santé et de la sécurité, des partenaires communautaires et des représentants gouvernementaux afin de cerner les risques et les besoins et d’y répondre collectivement.
Annexe A : Liste des participants à la table ronde sur la pratique sécuritaire de la recherche dans l’Arctique
| Nom | Poste et organisation |
|---|---|
| Bureau de la conseillère scientifique en chef (BCSC) | |
| Mona Nemer | Conseillère scientifique en chef du Canada (coprésidente de la table ronde) |
| Jackie Dawson | Chercheuse en résidence au Bureau de la conseillère scientifique en chef, et professeure agrégée, Département de géographie, environnement et géomatique de la Faculté des arts, Université d’Ottawa (Ontario) Canada |
| Affaires mondiales Canada (AMC) | |
| Julie Crôteau | Directrice des Relations nordiques et polaires, Affaires mondiales Canada, Canada |
| Experts | |
| Andrew Applejohn | Directeur exécutif, Programmes, Savoir polaire Canada, Canada |
| Philippe Archambault | Professeur, Département de biologie, Université Laval (Québec) Canada |
| Maarten Boersma | Directeur p. i., Institut Alfred Wegener, Allemagne |
| Brent Else | Professeur, Université de Calgary (Alberta) Canada |
| Shelly Elverum | Anthropologue et cofondatrice d’Ikaarvik (Nunavut) Canada |
| LeeAnn Fishback | Gestionnaire de la conservation des ressources, Parc national Wapusk, Parcs Canada, Canada |
| Gwenn Flowers | Professeure, Université Simon-Fraser, Chaire de recherche du Canada de niveau 2 en glaciologie (Colombie-Britannique) Canada |
| Sarah Heath | Directrice, Programme du plateau continental polaire (PPCP), Canada |
| Peter Kikkert | Professeur adjoint, Université St. Francis Xavier (Nouvelle‑Écosse) Canada |
| Susan Kutz | Professeure, Université de Calgary, Faculté de médecine vétérinaire, et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé dans l’Arctique (Alberta) Canada |
| Michael Milton | Coordonnateur communautaire, Pond Inlet, Ikaarvik (Nunavut) Canada |
| Glenn Parsons | Gestionnaire p. i. de la logistique et des opérations dans l’Arctique, Programme du plateau continental polaire (PPCP), Canada |
| Michelle Rooker | Directrice, Santé, sécurité et environnement, Université de l’Alberta (Alberta) Canada |
| Amanda Savoie | Chercheure scientifique et chef de section (botanique), Musée canadien de la nature (Ontario) Canada |
| Jamal Shirely | Directeur, Innovation et recherche, Collège de l’Arctique du Nunavut, Institut de recherches du Nunavut (Nunavut) Canada |
| Personnel de soutien | |
| Nancy Abou-Chahine | Conseillère en politiques, Bureau de la conseillère scientifique en chef, Canada |
| Alexandre Bourque-Viens | Conseiller principal en politiques, Bureau de la conseillère scientifique en chef, Canada |
| Samantha Hogg | Analyste politique, Politique arctique et polaire, Affaires mondiales Canada, Canada |