Février 2026 | Agence canadienne d’inspection des aliments | par l’équipe du projet RAM-SS de l’IRDG
Qu’arriverait-il si des infections courantes chez les animaux et les humains devenaient impossibles à traiter? La résistance aux antimicrobiens (RAM) n’est pas qu’un phénomène observé en laboratoire : c’est l’une des menaces actuelles les plus graves pour la santé mondiale et la sécurité économique. Des bactéries autrefois faciles à combattre à l’aide d’antimicrobiens se transforment en « superbactéries » capables de résister à certains de nos médicaments les plus importants. Avec la propagation de ces souches résistantes, des infections courantes pourraient devenir impossibles à traiter, ce qui risquerait d’anéantir des décennies de progrès et de nous ramener à l’époque où il n’existait pas encore d’antimicrobiens efficaces.
L’approche « Une seule santé » repose sur le principe que la santé des personnes, des animaux, des végétaux et des écosystèmes sont étroitement liées. Pour lutter efficacement contre la RAM, il faut voir plus loin qu’une source unique et suivre son développement et sa propagation dans tous les secteurs, qu’il s’agisse des systèmes naturels, des soins de santé ou de l’agriculture. Cette approche globale est la mission même du projet Résistance aux antimicrobiens - Une seule santé (RAM-SS) réalisé dans le cadre de l’Initiative de recherche et développement en génomique (IRDG) du gouvernement du Canada.
Un effort collectif national
S’attaquer à un problème aussi complexe que la RAM exige une collaboration sans précédent. Le projet RAM-SS de l’IRDG réunit une équipe diversifiée d’expertes et d’experts provenant de l’ensemble des ministères et organismes à vocation scientifique, dont :
- Agriculture et Agroalimentaire Canada
- Agence candienne d’inspection des aliments
- Environnement et Changements climatiques Canada
- Pêches et Océans Canada
- Santé Canada
- Agence de la santé publique du Canada
Équipe du projet RAM-SS lors d’une assemblée générale annuelle à Winnipeg, au Manitoba.
Cette collaboration nous permet de conjuguer notre expertise, nos données et nos connaissances dans un secteur donné pour relever des défis complexes comme :
- l’identification des « points névralgiques » de la RAM;
- l’étude des modes de transmission des gènes de RAM entre les humains, les animaux et l’environnement;
- l’étude de la manière dont les pratiques agricoles peuvent limiter le développement de la RAM avant qu’elle n’entre dans la chaîne alimentaire;
- la détermination d’un éventuel lien génétique entre les bactéries résistantes présentes dans les aliments vendus au détail et celles à l’origine d’infections chez les humains;
- l’examen de la manière dont les fongicides et les antibiotiques utilisés dans les exploitations agricoles contribuent au développement de bactéries et de champignons pharmacorésistants, ainsi que de leurs répercussions sur la santé publique;
- l’évaluation des effets de la RAM dans le ruissellement agricole qui se déverse dans les écosystèmes aquatiques;
- l’évaluation et la réduction du risque de propagation de la RAM chez les humains, chez les animaux et dans l’environnement;
- l’examen du rôle de la surveillance génomique dans la détection des menaces émergentes liées à la RAM avant qu’elles ne se généralisent.
L’adoption d’une approche intégrée et interdisciplinaire est essentielle pour comprendre ces questions et procurer des avantages sanitaires, économiques et environnementaux importants à la population canadienne.
La génomique : l’outil de suivi essentiel
Au cœur de la stratégie RAM-SS de l’IRDG se trouve la génomique, c’est-à-dire la science de la lecture et de l’interprétation de l’information génétique et du langage de l’ADN. À l’aide de technologies de pointe comme le séquençage du génome entier et la métagénomique, les scientifiques du gouvernement fédéral dressent le profil génétique complet des bactéries résistantes présentes chez l’humain, l’animal et les plantes ainsi que dans l’environnement, dans différents secteurs. Les applications de la génomique sont nombreuses, notamment pour la détection et le suivi des menaces liées à la RAM ainsi que pour l’intervention à cet égard. La génomique fournit des ensembles de données importants permettant de stimuler la recherche et l’innovation dans le domaine.
Définition de cibles d’intervention
En analysant les données provenant de différents secteurs, les scientifiques peuvent repérer des points névralgiques de RAM, comme des lieux, des méthodes de production ou des pratiques particulières qui contribuent de manière disproportionnée à la propagation de la résistance. Cela permet de mettre en évidence et de classer par ordre de priorité les domaines d’intervention clés.
Traçage haute définition
La génomique permet aux chercheuses et aux chercheurs de comprendre les liens entre les bactéries résistantes présentes chez les humains et les animaux ainsi que dans les aliments et l’environnement, et d’établir des voies de transfert précises. Il est ainsi plus facile de localiser les sources et les voies de transmission de la RAM.
Orientation des politiques et des pratiques
Les données scientifiques issues de la génomique éclairent directement la recherche de solutions ciblées à la RAM. Par exemple, l’établissement de liens entre l’utilisation de certains antimicrobiens et la propagation de certains gènes de résistance peut mener à des changements d’orientation visant à assurer une utilisation avisée des antimicrobiens afin de protéger la santé humaine et animale sans nuire à la production agricole.
Interopérabilité des données
Un élément clé du projet RAM-SS est l’engagement à faciliter l’accès aux données génomiques et contextuelles recueillies et générées par différents ministères ainsi que l’échange de ces données, afin qu’elles puissent être comparées et communiquées efficacement. Cette approche ouverte et normalisée renforce la surveillance nationale et appuie la coopération mondiale dans la lutte contre la RAM. Elle permet également de s’assurer que les nombreuses données générées, qui représentent un investissement important en temps, en expertise et en ressources, sont facilement accessibles et utilisables par les organismes de réglementation, les scientifiques internationaux, les professionnelles et professionnels de la santé publique et les partenaires de l’industrie, et ce, bien après la fin du projet.
Des résultats concrets : des solutions de rechange novatrices aux antibiotiques chez la volaille
Le projet RAM-SS devrait donner des résultats scientifiques concrets qui seront positifs pour la santé publique, l’économie et l’environnement. Le projet vise notamment à valider des stratégies durables, sans antibiotiques, pour les producteurs agricoles, y compris les aviculteurs. Ces autres moyens de lutter contre les maladies sont essentiels au maintien de la production alimentaire et à la santé animale et permettent d’atténuer les risques associés à la RAM.
Additifs alimentaires à base de petits fruits
Grâce à des découvertes révolutionnaires, il a été démontré que les sous-produits de la transformation des fruits, comme le marc de baies, sont de précieuses sources de composés bioactifs capables d’inhiber la croissance de bactéries nocives ou de stimuler la réponse immunitaire. Cela en fait des solutions de rechange prometteuses à l’utilisation d’antibiotiques courants dans les aliments du bétail. Ces substances peuvent aider à lutter contre les bactéries d’origine alimentaire multirésistantes, comme Salmonella, les souches pathogènes d’E. coli, Listeria monocytogenes et Staphylococcus aureus.
L’utilisation de ces produits comme additifs alimentaires est une nouvelle stratégie prometteuse pour maintenir les animaux en santé et réduire le risque de maladies de la volaille, comme l’entérite nécrotique causée par Clostridium perfringens et la coccidiose causée par Eimeria spp. Ces maladies, qui nécessitent habituellement l’administration d’antibiotiques, peuvent entraîner une mortalité élevée et des pertes économiques importantes.
Cette découverte a amené Santé Canada à délivrer des certificats d’études expérimentales sur l’intégration de marc de baies dans les aliments pour poulets à griller. Les producteurs de volaille canadiens envisagent maintenant d’adopter d’autres sources d’aliments pour préserver la santé des oiseaux, favorisant par le fait même une économie circulaire par l’utilisation de sous-produits qui autrement seraient jetés.
Vaccins de nouvelle génération
À mesure que les scientifiques en apprennent davantage sur le fonctionnement des maladies, ils utilisent des technologies modernes pour mettre au point de nouveaux vaccins qui offrent une meilleure protection tout en étant plus faciles à utiliser. La mise au point de vaccins est particulièrement importante dans le cas des agents pathogènes prioritaires qui ont des souches résistantes aux antibiotiques. Par exemple, la recherche sur les infections à Salmonella non typhiques a permis d’acquérir de nouvelles connaissances importantes sur la façon dont la bactérie acquiert le fer dont elle a besoin pour survivre. Les recherches en cours portent sur l’efficacité de nouveaux vaccins à nanoparticules végétales qui ciblent les protéines d’acquisition du fer de Salmonella. L’exploration de ces nouvelles approches pourrait mener à la mise au point de vaccins oraux sûrs et faciles à utiliser qui permettraient de protéger les poulets et d’empêcher la propagation de la maladie aux humains.
Collaborer pour un Canada plus sûr
Le projet RAM-SS est un élément essentiel pour mieux comprendre la RAM afin de protéger la population et de répondre aux besoins de divers secteurs, des soins de santé à l’agriculture, tout en préservant l’efficacité des antimicrobiens vitaux. Les résultats de ce projet continuent d’enrichir nos connaissances scientifiques collectives, lesquelles peuvent donner lieu à l’adoption de politiques et de pratiques efficaces permettant d’atténuer les risques liés à la RAM.
En cartographiant en permanence le mouvement des gènes de résistance dans le continuum Une seule santé, nous aidons à bâtir des systèmes de salubrité des aliments et de santé publique plus résilients pour l’avenir. La mise en commun de l’expertise scientifique dans les différents secteurs permet au Canada de gagner du terrain dans la lutte contre les superbactéries, tout en protégeant la santé, l’économie et l’environnement pour les générations à venir.
Pour en savoir plus
Découvrez une collection de publications scientifiques à comité de lecture, en libre accès (en anglais seulement), des collaborateurs du projet RAM-SS de l’IRDG. Vous pouvez également consulter un répertoire d’outils et de documents liés au projet sur GitHub (en anglais seulement).
- Initiative de recherche et développement en génomique (IRDG)
- Résistance aux antimicrobiens : Ce que fait le Canada
- Les antibiotiques, ce n’est pas automatique : la médecin en chef du Canada parle de la résistance aux antibiotiques
- Ressources sur la résistance aux antimicrobiens chez les animaux
- Résistance aux antimicrobiens : Ressources de sensibilisation
- Joignez-vous à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens