par Scott Dallimore et Stephen Wolfe
Comme nous l’indiquions dans notre billet de blogue du 30 août, la campagne de terrain dans l’Arctique de 2017 comprend aussi un volet terrestre, dans le cadre duquel Scott Dallimore et Stephen Wolfe de la CGC étudient la géologie côtière du nord du Yukon. Pour Scott et Steve, ce volet leur rappelle des souvenirs, car ils ont travaillé ensemble dans cette région côtière il y a 30 ans.
En plus d’offrir un soutien logistique pour le programme réalisé à bord de l’Araon, Scott et Steve se sont concentrés cette année sur l’observation de l’évolution du paysage terrestre dans le contexte de la hausse de température d’environ 2 °C enregistrée au fil des 30 dernières années.
Ils cherchent aussi à établir des corrélations entre la géologie marine et terrestre, en particulier les preuves d’une glaciation issue de plateformes de glace extracôtières plutôt que terrestres, et à noter les caractéristiques des sédiments marins d’origine extracôtière qui ont été soulevés par la glace et se trouvent maintenant dans les falaises le long de la côte du Yukon et sur l’île Herschel.
L’Araon revient à l’île Herschel
Le 4 septembre à 18 h, heure locale, l’Araon est arrivé à l’île Herschel pour débarquer les observateurs de mammifères marins (OMM) Rhonda Reidy, et John et Dale Ruben. Le soir nous offrait un paysage majestueux, et l’Araon se profilait superbement devant les montagnes Barnes en toile de fond. Le navire est resté en position à environ 2,4 km de la côte et l’équipage du bateau annexe a habilement conduit les observateurs jusque dans les eaux protégées de l’anse Pauline. Scott était particulièrement heureux de voir arriver l’Araon et l’équipage du bateau, car ne pas faire partie de l’équipe à bord du navire le tourmentait depuis un certain temps. Tous étaient avides de jeter un regard sur l’historique île Herschel et d’entendre raconter que des bœufs musqués se promenaient au bord de la mer quelques heures à peine avant leur arrivée.
Les gens de l’Araon ont été également très heureux d’annoncer que le programme de sismique multicanaux à bord de l’Araon avait connu un grand succès. Grâce aux eaux calmes, à l’excellente qualité du matériel, à la grande compétence des techniciens et à l’absence de mammifères marins (que nous ne voulions pas perturber), le programme avait atteint ses objectifs de recherche. Peu après le transfert des passagers, Scott, Rhonda, John et Dale ont été transportés vers Inuvik en hélicoptère, arrivant à destination au crépuscule, vers 23 h. Le jour de la démobilisation, il a fallu aussi « démobiliser » tous les barils de carburant que Scott et Steve avaient utilisés pendant les cinq jours précédents.


Photo 1 : L’Araon à l’ancre près de l’île Herschel. Photo 2 : L’équipage du bateau annexe accoste sur l’île Herschel tandis que Scott, très heureux, saute à bord du zodiac!



L’île Herschel est bordée au nord par une série de couches inclinées qui forment des crêtes en surface. Les crêtes sont constituées de sédiments marins qui sont presque certainement pareils aux sédiments dont l’Araon a recueilli des images en eaux profondes pendant le programme de sismique multicanaux. Les affleurements terrestres offrent une rare occasion de voir les propriétés et les caractéristiques des sédiments et la direction du pendage des couches stratifiées, et d’entrevoir les forces glaciaires qui ont incliné celles-ci. Un des aspects fascinants de la géologie de l’île Herschel et de celle de nombreux autres endroits le long de la côte du Yukon, c’est que la glace de glacier demeure présente dans le paysage. De grands glissements régressifs causés par le dégel mettent au jour des plaques glaciaires ensevelies et causent l’érosion rapide du paysage du littoral.



Photo 7 : Affleurement côtier à la frontière du Yukon et de l’Alaska. Les sédiments exposés au niveau des vagues sont d’origine glaciaire, avec de grands blocs et galets détachés du bouclier canadien. On en a fait l’échantillonnage et la description pour savoir s’ils sont semblables à ceux collectés en mer à bord de l’Araon
Photo 8 : Affleurement côtier à la frontière du Yukon et de l’Alaska. Les sédiments exposés au niveau des vagues sont d’origine glaciaire, avec de grands blocs et galets détachés du bouclier canadien. On en a fait l’échantillonnage et la description pour savoir s’ils sont semblables à ceux collectés en mer à bord de l’Araon
Au cours des cinq dernières années, les études de géologie marine menées par l’équipe de recherche à bord du navire Sir Wilfrid Laurier de la Garde côtière canadienne et par le KOPRI (Institut de recherche polaire de la Corée) à bord de l’Araon ont permis de recueillir des preuves de glaciation extracôtière près du point de transition entre le plateau continental et la pente continentale. Ces observations semblent indiquer que le bilan de glaciation marine serait différent des interprétations issues des travaux de cartographie terrestre. La campagne terrestre de 2017 a porté entre autres sur l’étude des affleurements terrestres depuis le point limitrophe entre les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon jusqu’à la frontière avec l’Alaska. En survolant le territoire en hélicoptère des basses terres vers les hautes terres, soit de la plaine côtière jusqu’au sommet des montagnes, nous avons surtout porté attention à la zone qui se trouve au-delà de ce qu’on appelle la limite glaciaire record. Nous avons réussi à échantillonner et caractériser plus de 20 sites sur plus de 200 km de côte.