Septembre 2025 | Agence canadienne d’inspection des aliments | par Cathy Furness et Rod Lister
Depuis décembre 2021, le Canada fait face à une éclosion d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) à l’échelle nationale. Depuis l’éclosion initiale, plus de 14 millions d’oiseaux d’élevage et domestiques ont été touchés. L’épidémie s’est également propagée à d’autres animaux, notamment des phoques, des chats et d’autres animaux d’élevage.
En mars 2024, l’épidémie a pris une tournure inattendue lorsque l’IAHP a été détectée chez des bovins laitiers aux États-Unis. Le virus prédominant de l’IAHP (génotype B3.13) présent chez les bovins laitiers américains n’a pas été détecté chez les oiseaux, les bovins ou tout autre animal au Canada (à ce jour en date de juin 2025). Cependant, cette découverte a soulevé des inquiétudes quant à la propagation de l’IAHP chez les mammifères et d’autres espèces, ce qui souligne la nécessité de protéger la population canadienne et le bétail du Canada contre l’IAHP.
Mise en place de mesures
En réponse, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a pris plusieurs mesures pour protéger l’approvisionnement en bovins laitiers et en lait du Canada. Ces mesures comprennent :
- travailler avec les productrices laitières et producteurs laitiers pour cerner les signes d’IAHP dans leurs troupeaux et savoir à qui s’adresser s’ils soupçonnent une infection;
- effectuer des tests volontaires sur les vaches qui ne présentent pas de signes cliniques d’IAHP et prodiguer des conseils aux vétérinaires;
- mettre en œuvre des exigences supplémentaires pour les bovins canadiens qui reviennent d’un séjour temporaire aux États-Unis;
- ajouter des restrictions à l’importation de bovins en provenance des États-Unis.
L’ACIA surveille également le lait produit au Canada pour favoriser la détection précoce de l’IAHP chez les bovins laitiers canadiens. L’ACIA a commencé à analyser le lait commercial en mai 2024 et en août, a commencé à analyser le lait cru non pasteurisé recueilli chez les transformatrices laitières et transformateurs laitiers. En novembre 2024, des analyses étaient en cours dans toutes les provinces. En date de juin 2025, l’ACIA avait analysé 1 211 échantillons de lait vendu au détail et 5 077 échantillons de lait cru provenant de 2 700 fermes laitières au Canada. Les derniers résultats des analyses sont disponibles sur le site Web de l’ACIA. À l’heure actuelle, seul le lait cru de consommation fait l’objet d’une surveillance. À ce jour, tous les tests de dépistage se sont révélés négatifs, et il n’y a aucune preuve d’IAHP dans l’approvisionnement en lait du Canada.
Pourquoi nous échantillonnons le lait
Le lait est un outil précieux de surveillance, car il est recueilli régulièrement dans plusieurs fermes laitières au Canada. Lorsque les vaches laitières contractent la grippe, au lieu de montrer des signes respiratoires, elles excrètent beaucoup de virus dans le lait. L’échantillonnage du lait permet de détecter la présence d’IAHP chez les bovins laitiers dès le début, même chez les animaux qui ne présentent pas de signes de maladie, ce qui permet à l’ACIA de prendre les mesures appropriées.
Comment fonctionnent les analyses?
Le système de surveillance est conçu pour prélever des échantillons dans un nombre représentatif de fermes réparties dans l’ensemble du Canada. Voici comment cela fonctionne :
- Un échantillon de 10 ml de lait cru est prélevé dans un nombre donné de camions chez certaines transformatrices laitières et certains transformateurs laitiers.
- Une fois que le nombre prédéterminé d’échantillons mensuels a été prélevé, les inspectrices et inspecteurs des aliments de l’ACIA collectent les échantillons et les envoient à un laboratoire de l’ACIA, comme le Laboratoire d’Ottawa (Fallowfield) ou le Laboratoire de Lethbridge.
- Un test de réaction en chaîne de la polymérase en temps réel est utilisé pour passer au crible les échantillons de lait. Il s’agit d’un test très sensible pour détecter le matériel génétique dans le lait.
- Des tests supplémentaires sont effectués pour déterminer la souche exacte du virus si le premier test de dépistage est positif.
- Les résultats des tests sont communiqués aux partenaires commerciaux, ainsi qu’au public par l’intermédiaire des médias sociaux et sur le site Web de l’ACIA.
Un échantillon positif signifie que du matériel génétique a été trouvé. La découverte du matériel génétique d’un virus ne signifie pas que l’échantillon contient des virus actifs qui peuvent nuire aux personnes ou aux animaux. Cela ne signifie pas non plus que l’échantillon de lait contaminerait les animaux ou les personnes qui entrent en contact avec l’échantillon de lait. À ce jour, tous les échantillons prélevés dans le lait vendu au détail et le lait cru ont eu des résultats négatifs aux tests de réaction en chaîne de la polymérase en temps réel.
Que se passerait-il si un test de dépistage s’avérait positif
Si l’IAHP était détectée dans un échantillon de lait, l’ACIA retracerait la source en prélevant des échantillons de chaque ferme qui a fourni du lait au camion, qui seraient tous analysés. Une fois détecté, le troupeau de la ferme cernée serait considéré comme touché.
Après la détermination du troupeau touché, la province ou le territoire concerné, de concert avec l’ACIA et l’industrie, travaillerait ensemble pour prévenir une propagation accrue en exigeant que :
- les mesures de sécurité personnelle et de biosécurité à la ferme sont suivies;
- les déplacements des bovins (en particulier les bovins en lactation) à l’intérieur et à l’extérieur des lieux sont restreints ou limités jusqu’à ce que la maladie soit éliminée du troupeau;
- aucun lait d’animaux manifestant des signes cliniques n’entre dans le réservoir et n’est jeté de manière appropriée;
- tout lait non jeté parce qu’il est donné à d’autres animaux subit un processus d’inactivation;
- tout le lait du réservoir est pasteurisé;
- les renseignements épidémiologiques relatifs au troupeau infecté sont recueillis;
- les autorités locales de santé publique participent à l’évaluation de tout risque potentiel pour la santé humaine.
Un troupeau touché peut être considéré comme n’étant plus touché lorsqu’il répond aux critères minimaux suivants (des exigences provinciales supplémentaires peuvent également s’appliquer), notamment :
- Au début, il faut attendre au moins 30 jours après la détection initiale de l’IAHP et confirmer qu’au moins 14 jours se sont écoulés depuis que les signes cliniques se sont dissipés dans le troupeau.
- Puis, une fois que les points ci-dessus ont été atteints, vérifier que les troupeaux avec des bovins laitiers en lactation produisent deux tests négatifs consécutifs, effectués à un intervalle de 14 à 21 jours. Il est à noter qu’une analyse du troupeau comprend des échantillons de tous les animaux en lactation du troupeau.
La protection de la population bovine du Canada contre l’IAHP est un effort collectif. Le risque de transmission de l’IAHP aux humains demeure faible, et le lait et les produits laitiers vendus sur le marché demeurent propres à la consommation. Le gouvernement du Canada, les provinces et les territoires, les agricultrices et agriculteurs et d’autres parties prenantes de l’industrie continueront de travailler ensemble pour surveiller activement la situation, s’y préparer et intervenir rapidement à mesure que la situation évolue afin d’aider à protéger les bovins du Canada et à protéger la population canadienne.