Août 2025 | Agence canadienne d’inspection des aliments | par Mike Rathjen
Les amatrices et amateurs de vin au Canada n’ont pour la plupart probablement jamais entendu parler du Centre pour la protection des végétaux. Pourtant, sans lui, les Canadiennes et les Canadiens ne pourraient porter à leurs lèvres bon nombre de leurs millésimes préférés.
Situé sur la péninsule de Saanich, sur l’île de Vancouver, avec vue sur la pittoresque baie Bazan et les îles Gulf tout au sud, le Centre est exploité par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Il comprend une toute nouvelle installation scientifique à la fine pointe de la technologie ainsi que des serres, des abris grillagés et des champs réservés aux parcelles d’essai, à la multiplication, ainsi qu’à la recherche et au diagnostic en santé végétale.
Au-delà du dépistage de maladies végétales et des diverses activités scientifiques à l’appui des vergers et des exploitations de petits fruits du pays, le travail réalisé par le Centre est essentiel à la santé et au succès de l’industrie vinicole du Canada, une industrie en pleine croissance. J’en sais quelque chose : en plus de travailler au Centre, je cultive le raisin et produis des vins canadiens depuis des années!
Je m’appelle Mike Rathjen et je suis actuellement producteur de vignes au Centre pour la protection des végétaux. Ici, je cultive et prends soin des plantes baccifères et des vignes pour contribuer au travail de diagnostic du Centre, soit la détection des maladies végétales et la culture de plantes exemptes de maladies destinées à l’exportation et à la plantation partout au Canada.
Mon parcours viticole
Je suis né et j’ai grandi à Kelowna, au cœur de la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, reconnue pour ses fermes fruitières, ses vergers et, bien sûr, ses vins. Comme bien des jeunes adultes à l’époque, je suis parti pour la grande ville de Vancouver pour étudier, avant de poursuivre une carrière de photographe. C’est là, accompagné de mon beau-frère, que j’ai commencé à m’intéresser à l’art et à la science de la viticulture. Nous faisions des virées en voiture dans l’Okanagan pour nous approvisionner en raisins, puis nous les faisions fermenter dans le garage.
En 2011, ma femme et moi avons déménagé sur l’île; j’ai alors troqué le garage de Vancouver pour mon sous-sol de Victoria, affectueusement surnommé le « bunker à vin ». C’est là que ma fascination pour la culture de la vigne et la vinification a vraiment pris son envol. Je travaillais également à l’époque comme technicien de terrain au Centre pour la protection des végétaux, où j’ai appris tout ce qu’il y a à savoir sur les opérations agricoles pour cultiver et entretenir des vignes et des fruits de vergers.
Dans le cadre de mes activités personnelles de viticulture et de vinification, je me suis concentré sur l’exploration des raisins locaux de l’île de Vancouver. Le climat doux à modéré de la péninsule de Saanich rappelle celui du nord de la Méditerranée, région célèbre depuis longtemps pour ses vins du « vieux monde ». La qualité du sol et la durée relativement longue des saisons de croissance sur l’île de Vancouver sont idéales pour de nombreuses cultures, notamment la vigne.
En 2016, j’ai fait le grand saut et ouvert Rathjen Cellars, mon propre vignoble en milieu agricole qui n’utilisait que des raisins provenant de l’île de Vancouver et des techniques de vinification à faible intervention. Nous voulions avant tout mettre en valeur la richesse et la vitalité naturelles des raisins locaux et le terroir unique de nos vignobles insulaires.
De 2015 à 2021, notre région a connu une suite de saisons de croissance exceptionnelles, ce qui a grandement facilité mon travail en cave. Un moment fort de cette période pour moi : j’ai remporté la toute première médaille Platine pour l’île de Vancouver au Concours des meilleurs vins du Canada.
Ce fut une expérience incroyable d’explorer cette région viticole émergente de l’île de Vancouver et d’y contribuer. Pourtant, en 2023, nous avons pris la difficile décision familiale de fermer notre vignoble. Même si les hauts et les bas de la viticulture à temps plein me manquent souvent, je suis heureux d’être de retour au Centre et de me concentrer à un travail qui aide les viticulteurs de partout au Canada.
La science au profit de vignes saines
Le Centre pour la protection des végétaux joue un rôle unique et crucial dans le soutien de l’industrie vinicole canadienne. Bon nombre des vignes plantées aujourd’hui dans les vignobles canadiens proviennent de stocks qui ont été testés ou certifiés par le Centre.
Lorsque des vignes sont importées pays, le Centre agit comme protecteur à leur entrée au Canada : les plants sont minutieusement examinés pour détecter tout virus et maladie de type viral afin de relever le moindre signe d’infection. Ce programme de mise en quarantaine des plantes après l’entrée est le seul du genre au Canada pour les vignes.
Le Centre joue également un rôle crucial dans l’approvisionnement de ce que l’on appelle des ceps de vignes exempts de virus de première génération. Ces plants, rigoureusement testés et confirmés comme exemptes de virus, servent ensuite à la multiplication, garantissant que les générations suivantes sont également en santé. Ces vignes « propres » sont essentielles à la santé des vignobles canadiens : on optimise ainsi la santé des plants dès la première génération, ce qui permet de limiter les éclosions et favorise des rendements productifs.
Grâce à ces programmes, les viticulteurs canadiens peuvent planter et cultiver une grande variété de cépages en toute confiance.
Des installations renouvelées pour un avenir durable
Le Centre pour la protection des végétaux a beaucoup changé depuis mon premier emploi ici en 2012, alors qu’il fêtait déjà ses 100 ans!
En 2025, l’ACIA a officiellement inauguré une nouvelle installation scientifique ainsi que des serres pour le diagnostic et la recherche qui contribuent directement à la productivité et à la durabilité des agriculteurs et des viticulteurs canadiens. Ce projet de l’ACIA a été un précurseur de la stratégie de Laboratoires Canada, dont la conception, la réalisation et la construction relevaient de Services publics et Approvisionnement Canada, en étroite collaboration avec nos équipes de l’ACIA.
La nouvelle installation est à la fine pointe de la technologie et nous permet d’utiliser des outils avancés comme le séquençage génétique à haut débit et la robotique pour une détection rapide et précise des virus végétaux. Ces techniques aident les producteurs canadiens à accéder plus rapidement à de nouveaux cépages et à commercialiser leurs produits plus rapidement et à moindre coût.
En plus d’être ultra moderne, le nouveau bâtiment présente également d’excellentes caractéristiques de durabilité : installation carboneutre alimentée à l’énergie géothermique, il s’agit de l’un des premiers bâtiments du gouvernement du Canada à utiliser un champ géothermique comme source d’énergie.
C’est un endroit magnifique où travailler, embelli par une série d’œuvres d’art créées par des artistes issues des Premières Nations locales installées sur le site. Vous pouvez explorer une galerie de certaines de mes photos immortalisant des panneaux en fonte, une sculpture sur bois, une pagaie fabriquée à la main et un mât totémique exposés au Centre. Nous avons aussi reçu récemment un nouveau nom, ÍY ̧NOṈET ̧ÁUTW̱ E TŦE SJESEṈENEȻ, qui signifie « l’endroit qui est bon pour les plantes » en langue SENĆOŦEN, la langue traditionnelle du peuple W̱SÁNEĆ.
Je suis particulièrement fier de l’important travail que nous accomplissons ici au Centre pour la protection des végétaux et de ses répercussions sur la santé des vignobles et la croissance de l’industrie viticole du Canada. Je le constate chaque fois que je déguste un bon verre de vin produit à partir de raisins cultivés ici même au Canada, y compris ceux que j’ai moi-même produits!
Aujourd’hui plus que jamais, les Canadiennes et les Canadiens veulent appuyer les entreprises locales et acheter des produits d’ici. Alors, la prochaine fois que vous savourez votre vin canadien préféré, levez votre verre à nos viticulteurs passionnés de partout au pays et aux scientifiques du Centre pour la santé des végétaux.
Santé!
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