Une bouffée d’air frais dans les villes portuaires : réduction des répercussions de la pollution causée par le transport de marchandises par voie maritime

Nous savons tous que la circulation routière est une source de pollution de l’air, mais il est facile d’oublier que ce n’est pas seulement sur les autoroutes qu’il y a de la circulation. Les grands navires polluent aussi l’air dans les villes portuaires qu’ils visitent tout au long de leurs itinéraires.

La teneur en soufre du mazout lourd utilisé par ces navires est bien plus élevée que celle du carburant que nous mettons dans le réservoir d’autres types de moyens de transport, comme les véhicules routiers. Il en résulte une pollution au dioxyde de soufre (SO2), qui peut provoquer une détresse respiratoire aiguë, surtout chez les personnes asthmatiques. Les grands navires qui fonctionnent au mazout lourd émettent aussi d’autres polluants atmosphériques nocifs, comme les particules fines (PM2,5), qui peuvent causer des problèmes de santé. La réduction des niveaux de pollution causés par le transport maritime peut améliorer la qualité de l’air ambiant, ce qui permet à tout le monde de mieux respirer, surtout les Canadiens vivant dans les villes portuaires.

Pour diminuer l’effet de la pollution provenant du secteur maritime, plus précisément celle causée par mazout non raffiné à haute teneur en soufre, le Canada, les États-Unis et la France se sont alliés pour mettre en place la zone de contrôle des émissions de l’Amérique du Nord. La réglementation exige l’utilisation de carburants à faible teneur en soufre dans les eaux canadiennes à l’intérieur de la zone de contrôle. La quantité maximale acceptable de soufre est passée de 3,5 % à 1 % en 2012, et a finalement été réduite à 0,1 % en 2015.

Angelos Anastasopolos, scientifique à Santé Canada, était à la tête de l’équipe qui a mesuré les effets de cette réglementation sur la qualité de l’air au Canada et qui en a fait le suivi. L’équipe de Santé Canada a effectué un échantillonnage poussé de l’air à Halifax, en Nouvelle-Écosse, le port le plus achalandé des provinces de l’Atlantique. Ses membres ont aussi collaboré avec leurs collègues d’Environnement et Changement climatique Canada pour évaluer les tendances de la qualité de l’air dans de multiples autres villes portuaires du Canada, dont Vancouver, Victoria, Montréal et Québec, avant et après l’entrée en vigueur de la réglementation.

« Les résultats obtenus sont porteurs de bonnes nouvelles pour la qualité de l’air dans les villes portuaires », a déclaré M. Anastasopolos. « La mise en place de la réglementation sur les carburants marins à faible teneur en soufre a donné lieu à une baisse marquée des niveaux ambiants de SO2 dans toutes les villes portuaires que nous avons examinées, et ce, même dans les ports où la circulation maritime a augmenté, comme à Halifax. »

En fait, les scientifiques ont constaté que la réglementation relative aux carburants à faible teneur en soufre a fait baisser considérablement les niveaux de pollution atmosphérique par le SO2, les concentrations horaires diminuant en moyenne de 62 % dans les sites portuaires examinés. Les émissions des navires eux-mêmes sont censées avoir été réduites de 90 % une fois la norme mise en œuvre. La quantité de particules fines dans l’air a également été réduite. En effet, la composition des PM2,5 dans l'air a changé de manière significative dans les villes portuaires après la mise en œuvre de la réglementation, avec une diminution spectaculaire des sulfates et des métaux lourds que sont le nickel et le vanadium, soit des marqueurs de la combustion du mazout lourd. La réglementation maritime introduite en 2020, qui réduit de 3,5 % à 0,5 % la quantité de soufre autorisée dans les carburants pour les navires qui naviguent dans des eaux situées en dehors des zones de contrôle des émissions, pourrait procurer des avantages similaires à grande échelle sur la qualité de l’air.

« Les données que nous avons examinées font ressortir clairement les effets positifs de la réglementation, car elles nous montrent que ces initiatives sont significatives pour la santé des Canadiens qui vivent dans les villes portuaires et elles apportent des éléments probants pour étayer l’élaboration de futures politiques en matière de transport maritime », explique M. Anastasopolos.

Cette étude a fait l’objet d’une publication dans la revue Science of The Total Environment [en anglais seulement]. Les constatations qui en découlent sont communiquées aux ministères fédéraux concernés, aux gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu’aux résidents des communautés portuaires, et contribueront à l’amélioration continue de la qualité de l’air pour les Canadiens et la communauté internationale.