Comment l’approche Une Seule Santé contribue à contrer l’anaplasmose – Partie 1

11 septembre 2023

 

En entreprenant un projet de recherche basé sur l’approche Une Seule Santé, qui reconnait l’interdépendance entre la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages et celle de l’environnement, des scientifiques s’allient pour développer de nouveaux savoirs en contexte canadien.

L’anaplas – quoi?

L’anaplasmose granulocytaire (AG) est la deuxième maladie transmise par les tiques la plus fréquente en Amérique du Nord, après la maladie de Lyme. C’est encore une fois la tique à pattes noires, Ixodes scapularis, qui est le principal vecteur de cette maladie, étant responsable de la transmission de la bactérie d’un animal infecté à l’humain.

L’AG est causée par la bactérie Anaplasma phagocytophilum, qui infecte les granulocytes sanguins, d’où son nom! Les granulocytes sont des globules blancs qui ont une fonction importante dans le combat des infections. C’est plus particulièrement son variant zoonotique (Ap-ha) qui cause la maladie chez l’humain et les animaux domestiques, surtout chez le cheval, le chien et le chat. Dans la nature, le variant Ap-ha tire principalement son origine des rongeurs sauvages.

L’augmentation rapide de cas d’anaplasmose déclarés au pays peut s’expliquer par l’expansion géographique de la tique Ixodes scapularis, une plus grande circulation dans l’environnement (entre les tiques et les rongeurs) et une vigilance à la hausse de la population et des professionnels de la santé.

Chronologie de la plus grande éclosion d’anaplasmose au pays

En avril 2021, la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal détecte des cas d’anaplasmose chez des chevaux et des chiens. La majorité de ces cas avaient en commun une histoire de voyage ou de résidence dans la ville de Bromont, au Québec.

En mai et juin 2021, le Laboratoire national de microbiologie (LNM) teste les échantillons sanguins de ces animaux, confirmant ainsi leur infection au variant Ap-ha. Afin de corroborer l’hypothèse que ces animaux auraient été exposés à la bactérie dans leur environnement, le LNM analyse par la suite des tiques collectées à Bromont entre 2019 et 2021 dans le cadre d’un projet de surveillance sur la maladie de Lyme. Les conclusions démontrent une augmentation de la proportion de tiques infectées par la bactérie causant l’anaplasmose; 1,1 % en 2019, 6,8 % en 2020 et 9,5 % en 2021. Sur cette période de 3 ans, 69 % de ces tiques étaient porteuses du variant Ap-ha.

C’est en juillet 2021 que les premiers cas humains d’AG sont rapportés. Au total, 47 cas humains ont été recensés au Québec pour l’année 2021, dont 35 dans la région de l’Estrie. Environ 88 % de ces cas auraient été exposés aux tiques autour de leur maison. Il s’agit du plus grand nombre de cas d’anaplasmose rapportés dans une même région au Canada. En 2022, 29 cas d’anaplasmose ont été signalés au Québec, dont 20 acquis au Québec, 12 en Estrie, 5 en Montérégie, 1 au Bas-Saint-Laurent, 1 à Montréal et 1 dont le lieu d’acquisition est inconnu.

Capturer les rongeurs pour mieux comprendre le phénomène

Pour investiguer l’émergence de l’anaplasmose, une équipe multidisciplinaire spécialisée dans les domaines de l’écologie, de la médecine vétérinaire, de l’épidémiologie et de la santé publique, se mobilise à l’été 2022 pour réaliser un projet de recherche sur le terrain.

En capturant des rongeurs sauvages, le groupe vise à identifier les espèces pouvant être considérées comme des hôtes réservoirs compétents, qui seraient les plus susceptibles de porter en eux le variant Ap-ha et de le transmettre aux tiques.

Les rongeurs capturés dans un piège où se trouve un appât sont endormis selon les normes éthiques établies dans le protocole de recherche. Une fois les tiques collectées (on peut parfois compter des dizaines de tiques sur un petit animal) et une prise de sang effectuée, ils sont ensuite relâchés dans la nature.

En 2022, 341 rongeurs ont été capturés, 106 échantillons de sang ont été testés et 1095 tiques analysées. Vingt-deux rongeurs de trois espèces différentes se sont avérés être positifs au variant Ap-ha.

L’étude qui se poursuit également à l’été 2023 se déroule sur huit sites boisés péridomestiques de la région de Bromont.

Il faudra attendre encore quelques mois pour le dévoilement des résultats complets, mais il n’y a pas de doute que de développer des connaissances sur cette maladie émergente orientera des interventions ciblées afin de réduire les risques de transmission (par exemple le déploiement de stations d’appâts avec acaricides pour traiter les rongeurs contre les tiques). L’histoire est donc à suivre!