Tête-à-tête avec Julie Holmes : La protection de la santé des végétaux de A à Z

Mai 2025 | Agence canadienne d’inspection des aliments | par Julie Holmes, biologiste des enquêtes phytosanitaires

Bonjour, je m’appelle Julie Holmes. Je suis biologiste des enquêtes phytosanitaires au centre opérationnel de l’Ontario, à l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Mon travail se situe à la croisée de la science, de la stratégie et de l’action concrète. J’ai la chance de pouvoir dire que chaque journée est différente.

En quoi consiste votre rôle de biologiste des enquêtes phytosanitaires à l’Agence canadienne d’inspection des aliments?

Essentiellement, il s’agit de détection précoce et de prévention. Je suis responsable de la surveillance nationale de plusieurs phytoravageurs réglementés, dont le longicorne asiatique et le flétrissement du chêne. J’élabore donc des protocoles de surveillance, je participe aux activités de l’Agence sur le terrain et je fournis des conseils techniques au personnel et aux parties prenantes de l’Ontario.

J’assure également la coordination avec notre direction générale des opérations pour la mise en œuvre du plan de surveillance nationale. Il s’agit entre autres d’établir les priorités de sélection des sites en fonction du risque, c’est-à-dire de cibler l’inspection de lieux particuliers comme les exploitations agricoles, les pépinières ou les forêts, où la présence d’espèces envahissantes est probable, ou encore de veiller à ce que les inspecteurs et inspectrices disposent des outils et de la formation nécessaires pour mettre en œuvre le plan de surveillance et détecter efficacement les espèces envahissantes. Pendant la haute saison, je traite les signalements d’organismes nuisibles, je réponds aux questions techniques et je me rends parfois sur place pour aider à la détection et à la délimitation, c’est-à-dire déterminer les limites géographiques d’une infestation après la détection d’un organisme nuisible. C’est un mélange de travail de bureau, de travail sur le terrain et de travail de collaboration.

Quel type d’activités de formation et de sensibilisation faites-vous, et pourquoi est-ce important?

La formation et la sensibilisation sont au cœur de mon travail. Chaque année, j’organise des séances de formation pour le personnel chargé des enquêtes en Ontario. Nous tenons un grand atelier visant à passer en revue les nouvelles techniques, à faire l’essai de différents pièges à insectes et outils d’enquête, à communiquer les leçons tirées du travail sur le terrain et à renforcer l’esprit d’équipe. Nous abordons tous les aspects, de la mise en place des pièges à la reconnaissance des signes et des symptômes, car lorsqu’il s’agit d’espèces envahissantes, le moindre indice peut s’avérer important.

La sensibilisation est tout aussi indispensable. Je travaille avec les municipalités, les techniciens sur le terrain et les groupes d’intérêt pour sensibiliser le public aux espèces envahissantes. Il peut s’agir d’installer un kiosque d’information sur le longicorne asiatique dans un parc, de faire des exposés ou de distribuer du matériel éducatif, comme des fiches d’identification des organismes nuisibles et même des tatouages d’insectes pour les enfants. Plus les gens savent ce qu’il faut chercher, plus les chances de détecter rapidement les organismes nuisibles sont élevées, et la détection précoce est cruciale.

En quoi votre travail est-il essentiel à la protection de l’environnement et de l’agriculture au Canada?

Les espèces envahissantes ne menacent pas seulement les arbres, elles peuvent modifier des écosystèmes entiers, ravager des cultures et occasionner des millions de dollars en dommages et en mesures de lutte pour les collectivités. Si nous parvenons à les détecter rapidement, il y a de fortes chances que nous les stoppions avant qu’elles ne se propagent davantage.

La surveillance nous aide à connaître l’emplacement des organismes nuisibles, leur mode de dissémination et les risques qu’ils représentent. Ces renseignements guident les décisions réglementaires, les mesures de protection commerciale et les efforts d’éradication. En plus d’empêcher l’introduction de nouveaux organismes nuisibles au pays, la surveillance constitue la première ligne de défense pour la protection des forêts, des exploitations agricoles et de la biodiversité du Canada.

Quel a été votre parcours et pourquoi avoir choisi le domaine de la protection des végétaux?

J’ai toujours aimé la biologie, en particulier les insectes. J’ai étudié l’écologie à l’Université de Guelph, où j’ai développé une véritable passion pour l’entomologie et les espèces envahissantes. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai rejoint l’ACIA en tant qu’inspectrice et j’ai travaillé dans différentes directions générales, dont Opérations, Politiques et programmes, et Sciences.

Finalement, je suis revenue à la Direction générale des sciences, qui réunit tout ce que j’aime : le travail sur le terrain, la communication scientifique et la possibilité de contribuer concrètement à la protection des végétaux au Canada. C’est un poste qui me stimule, m’apprend beaucoup et me permet de participer à quelque chose de vraiment important.

Pouvez-vous nous raconter l’une de vos journées les plus mémorables sur le terrain?

Je me souviens particulièrement de notre collaboration avec la Ville de London dans le but de créer un site de simulation de ravageurs forestiers dans le parc Springbank. Nous avons simulé une infestation du longicorne asiatique afin de former notre personnel et nos partenaires dans des conditions réelles. C’était incroyable de voir les gens observer les arbres, établir des signes et symptômes réalistes auxquels porter attention et poser des questions. C’était comme avoir un centre d’apprentissage pratique au beau milieu d’un espace public.

Ce type de collaboration et de créativité montre vraiment ce que nous pouvons accomplir lorsque nous travaillons ensemble. De plus, c’est agréable d’être sur le terrain avec une planchette à pince, une loupe et un groupe de personnes formidables qui partagent les mêmes intérêts.

Que peuvent faire les Canadiennes et les Canadiens à l’occasion de la Journée internationale de la santé des végétaux pour aider à protéger nos paysages?

Honnêtement, la curiosité demeure notre meilleur atout. Renseignez-vous sur les espèces envahissantes qui menacent votre région : leurs caractéristiques et les signes à surveiller. En voyage ou en camping, achetez et brûlez du bois de chauffage local. Nettoyez vos bottes ou vos vélos lorsque vous vous déplacez d’une aire naturelle à l’autre. Et si vous remarquez quelque chose d’étrange, comme un arbre endommagé ou un insecte bizarre, signalez-le!

Les signalements du public nous ont permis par le passé de repérer des incursions d’organismes nuisibles. Plus nous sommes au courant tôt, meilleures sont nos chances de contrôler la situation. Tout le monde a un rôle à jouer.