L’évolution de la coqueluche sous surveillance

10 février 2020

 

The evolving nature of Bordetella pertussis in Ontario, Canada, 2009-2017: strains with shifting genotypes and pertactin deficiency. . Tsang RSW*, Shuel M*, Cronin K*, Deng S*, Whyte K*, Marchand Austin A, Ma J, Bolotin S, Crowcroft N, Schwartz K, Van Domselaar G*, Graham M*, Jamieson FB. Can J Microbiol 2019 Nov;65(11):823-30.doi: https://doi.org/10.1139/cjm-2019-0128

 

La surveillance en laboratoire des maladies évitables par la vaccination est importante pour la santé publique, car elle nous aide à comprendre la dynamique des maladies infectieuses et l’effet des vaccins sur celles-ci. Ce travail montre l’importance d’exercer une vigilance constante à l’égard de la coqueluche pour suivre son évolution et parvenir à expliquer les raisons de sa persistance en dépit d’une vaccination à grande échelle.

Que savait-on de ce domaine avant vos travaux, et quel est le motif de cette recherche ?

La coqueluche est une maladie bactérienne fortement contagieuse, causée par Bordetella pertussis (B. pertussis). Bien qu’elle soit évitable par la vaccination, la maladie touche entre 1 000 et 3 000 Canadiens chaque année. La plupart des pays développés, dont le Canada, offrent des programmes d’immunisation des nourrissons. Le type de vaccin anticoquelucheux le plus courant ne renferme que certaines composantes de la cellule bactérienne, notamment des antigènes comme la pertactine (PRN) et les fimbriae (FIM3), plutôt que la bactérie en entier. Ces composantes servent également à distinguer et à classifier les souches de B. pertussis en fonction de séquences types (ST). Malgré des taux de vaccination élevés, on note une augmentation des cas de coqueluche depuis quelques années. Cette hausse pourrait s’expliquer, notamment, par des modifications de la bactérie qui font qu’elle ne correspond plus aux composantes du vaccin actuel. L’identification et la compréhension de ces modifications parmi les souches en circulation sont importantes et s’inscrivent dans le mandat fondamental d’un laboratoire national de référence.

Quels sont les résultats les plus importants de vos travaux ?

En collaboration avec Santé publique Ontario, un ensemble de cultures de B. pertussis, provenant des échantillons de patients recueillis sur une période de neuf ans, ont été analysées. Bon nombre de ces isolats cliniques ne correspondaient pas à deux composantes majeures des vaccins (FIM3 et PRN). Aussi, la fréquence des deux génotypes prédominants (ST-1 et ST-2) semble avoir fluctué en alternance au cours de la période de l’étude. Lorsque la présence de ST-1 augmentait, celle de ST-2 diminuait, et réciproquement. Ces fluctuations sont probablement attribuables à l’adaptation des bactéries au vaccin. Par ailleurs, deux ST d’apparition récente qui ne présentent pas la PNR (ST-21 et ST-22) ont émergé depuis 2015. Leurs taux d’infection semblent augmenter (de 3 % des isolats en 2015 à 15 % des isolats en 2017). Ces modifications de B. pertussis pourraient découler d’une sélection des souches attribuable à l’immunité naturelle ou à l’immunité conférée par la vaccination.

Quelles sont les répercussions de la recherche ?

Cette étude montre l’absence de concordance entre certains isolats cliniques de B. pertussis et des composantes importantes du vaccin. Le vaccin actuel pourrait perdre en efficacité au fil du temps si la tendance observée se poursuit. Les études de surveillance en laboratoire qui incluent une caractérisation détaillée des souches jouent un rôle important dans la détermination des souches en circulation. Lorsqu’un écart se crée entre les souches transmises et les cibles vaccinales, l’efficacité du vaccin peut diminuer et le risque d’infection peut augmenter. L’acquisition de connaissances sur l’efficacité des vaccins contribue à la préparation et à la mise au point de vaccins aptes à prévenir cette maladie courante de l’enfance. Les souches représentatives recueillies au LNM constitueront une importante biobanque de référence pour les études à venir. Les connaissances issues de cette étude revêtent un intérêt particulier pour l’élaboration de nouveaux vaccins.