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La remise à l’état naturel : aider la nature à se rétablir d’elle-même

De nombreux cours d’eau au Canada ne s’écoulent plus librement, en raison de barrages ou d’autres obstacles, empêchant par le fait même le déplacement de nos espèces indigènes. La dégradation de certains bassins versants causée par le développement humain a atteint un point tel qu’une foule de rivières n’atteignent plus leurs plaines inondables, ce qui compromet de multiples services essentiels offerts par des écosystèmes en santé. Les scientifiques explorent maintenant le concept de la « remise à l’état naturel », dont l’objectif est de rétablir les fonctions de base essentielles des écosystèmes fluviaux, comme solution à long terme pour maintenir des bassins versants en santé pour les prochaines générations de Canadiens.

« La remise à l’état naturel est un élément important de la restauration », affirme Natalie Kathleen Rideout, étudiante qui travaille à Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) dans le cadre du Programme des adjoints de recherche. « L’idée est d’aider les humains à laisser la voie libre à la nature afin qu’elle puisse se rétablir d’elle-même et de leur faire comprendre que la nature est la mieux placée pour savoir quoi faire. » Ce concept a acquis une grande popularité en Europe, mais demeure très peu exploité par les scientifiques en Amérique du Nord. Natalie et ses collègues scientifiques d’ECCC et autres collègues du Canadian Rivers Institute de l’Université du Nouveau-Brunswick élaborent des méthodes pratiques visant à utiliser la remise à l’état naturel pour assurer le rétablissement de nos cours d’eau et de leurs bassins versants.

Évaluation du potentiel de remise à l’état naturel

Dans leur récent article sur les perspectives liées à cette méthode, intitulé Rewilding watersheds: using nature’s algorithms to fix our broken rivers (en anglais seulement), Natalie et ses collègues proposent un cadre pour évaluer le potentiel de remise à l’état naturel, fondé sur l’évaluation des fonctions de base des écosystèmes fluviaux, y compris les composantes structurelles (comme les variations de débit, en quelque sorte le pouls du cours d’eau), les composantes fonctionnelles (que l’on pourrait comparer au métabolisme du cours d’eau) et les composantes biotiques (soit les éléments vivants, comme les microorganismes, les animaux et les végétaux). « Nous avons effectué un examen systématique de la littérature portant sur 90 articles revus par les pairs et avons cherché les liens entre chacune de ces fonctions pour déterminer les objectifs de la remise à l’état naturel », précise Natalie. Par exemple, la restauration du débit naturel d’un cours d’eau par le retrait de barrages pourrait avoir des conséquences démesurées sur l’ensemble des fonctions de l’écosystème. Cependant, selon Natalie, l’examen d’une seule composante de l’écosystème n’est pas la meilleure approche à adopter, car elle ne garantit pas un écosystème en santé. Par conséquent, l’utilisation des données ouvertes de surveillance des fonctions des écosystèmes fluviaux peut aider à déterminer les mesures souhaitables de remise à l’état naturel et les endroits où elles devraient être mises en œuvre.

Les défis à relever

La remise à l’état naturel des cours d’eau comporte son lot de défis. Premièrement, il faut avoir accès à une banque de données spatiales et temporelles pour toutes les fonctions et les composantes de l’écosystème. Natalie et ses collègues ont conclu qu’« un grand nombre des fonctions de ces écosystèmes ne font pas l’objet d’une surveillance régulière, surtout à grande échelle ». Elle ajoute que « la majorité des renseignements biotiques portent sur les mois où il n’y a pas de glace. Donc, nous en savons peu sur ce qui se passe dans nos cours d’eau l’hiver, lorsque les conditions météorologiques sont extrêmes. »

Deuxièmement, il faut déterminer ce qu’il faut faire pour permettre à la nature de se rétablir d’elle-même sans menacer le mode de vie des nombreuses populations qui dépendent des écosystèmes d’eau douce. « Permettre à la nature de se régénérer ne signifie pas qu’il faut demander à la population de quitter tous ces endroits », déclare Natalie. « Il faut simplement tenter de trouver le juste équilibre entre nos sociétés et la nature et permettre à cette dernière d’être dans son état naturel, car tout le monde y gagnera. » Un tel équilibre repose sur la conversation, l’échange de connaissances et une adhésion par la société. Mais surtout, il nécessite de déterminer les secteurs prioritaires devant être remis à l’état naturel. Les secteurs hautement dégradés ayant subi une perte de biodiversité ou encore les secteurs existants qui sont grandement protégés ne sont pas nécessairement les endroits prioritaires qu’il faut remettre à l’état naturel; il faut plutôt accorder la priorité aux cours d’eau vulnérables dont les fonctions sont réduites. L’équipe travaille actuellement à une étude de cas préliminaire sur la rivière Wolastoq (Saint-Jean) dans le Canada atlantique (l’un des 11 secteurs prioritaires désignés par ECCC pour la conservation des espèces en péril), afin de mettre à l’essai sa proposition de cadre et d’aider à déterminer les endroits où la remise à l’état naturel peut donner les meilleurs résultats pour le fonctionnement d’écosystèmes en santé.

Une approche globale

Cette étude de cas vise à faire la promotion de la remise à l’état naturel comme une approche globale pour restaurer les cours d’eau et les bassins versants au Canada. L’objectif de l’équipe de recherche est de continuer d’obtenir des données pertinentes (nouvelles ou existantes) pour éclairer l’utilisation de cette approche dans d’autres régions et tenir davantage compte de la diversité biologique.


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