Une demi-année en Ukraine : une scientifique de la Défense a travaillé étroitement avec des militaires et des bénévoles ukrainiens à l’innovation sur la ligne de front

6 janvier 2025

L’innovation évolue au même rythme que la nécessité sur la ligne de front en Ukraine, au moment où les nouvelles technologies et les contre-mesures sont conçues et déployées rapidement. En 2024, Marie-Pierre Raymond, scientifique de la Défense de Recherche et développement pour la défense (RDDC), a soutenu l’innovation militaire ukrainienne lors d’un déploiement de près de sept mois à titre de conseillère scientifique à Kyiv, en Ukraine, dans le cadre de l’opération UNIFIER.

« Sur la ligne de front, la technologie évolue toutes les deux à trois semaines. La course à la mise au point de nouvelles capacités se dispute, puis s’enchaîne quelques semaines plus tard une course à la conception de nouvelles contre-mesures, explique Mme Raymond. Les choses bougent très rapidement. Les soldats prennent part à l’innovation directement avec les fabricants. Aucun essai n’est réalisé en laboratoire. Les essais sont menés lors de missions de combat. C’est ce que j’appelle l’innovation à la vitesse de l’Ukraine. »

L’expérience antérieure de Mme Raymond, qui a servi dans les Forces armées canadiennes et travaillé dans le domaine de la guerre électronique, du renseignement d’origine électromagnétique et de la technologie fondée sur l’intelligence artificielle (IA) au sein du programme Innovation pour la défense, l’excellence et la sécurité (IDEeS), l’a très bien préparée en vue de son déploiement en Ukraine, où les drones sont exploités aux fins de capacités militaires qui évoluent rapidement.

Mme Raymond remplissait les fonctions de coordonnatrice entre les forces armées ukrainiennes, les Forces armées canadiennes et les innovateurs canadiens, y compris des entreprises ayant fait progresser leur technologie grâce au programme IDEeS, ainsi que le Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario.

« Chaque journée différait de l’autre », affirme Mme Raymond.

Elle précise que les alertes de raid aérien et les pannes de courant sont monnaie courante à Kyiv, notamment les pannes en succession planifiées, puisque le réseau d’électricité et l’infrastructure essentielle de l’Ukraine ont été ciblés durant l’invasion militaire russe en cours. Bien qu’il y ait eu des inconvénients, comme le manque de denrées périssables pendant les mois d’été, les ascenseurs hors service et l’absence de climatisation, Mme Raymond affirme que la plupart des jours se sont déroulés normalement à Kyiv, les gens vaquant à leurs tâches quotidiennes.

« Il s’agit d’une forme de résistance aux envahisseurs. À Kyiv, nous ne saurions pas qu’une guerre sévit jusqu’à ce qu’un raid aérien soit déclenché », ajoute Mme Raymond. Cependant, elle a remarqué la présence de peu de jeunes hommes dans les environs de Kyiv. « Les gens en Ukraine sont à la fois brillants et résilients. Il a été très gratifiant pour moi de collaborer avec eux à un important travail. »

Même si elle a surtout travaillé depuis Kyiv, Mme Raymond affirme avoir bien aimé les occasions qu’elle a eues de se rendre sur le terrain et de travailler directement avec les militaires et les membres du personnel de sécurité ukrainiens, de même qu’avec les bénévoles qui appuient les soldats en leur offrant instructions et technologies.

« La résilience et l’ingéniosité des Ukrainiens m’ont enseigné une belle leçon d’humilité. Leur capacité d’innover tout en étant soumis à une énorme pression, de s’adapter aux menaces actuelles en évolution et de tirer parti de partenariats mondiaux est tout simplement source d’inspiration », ajoute Mme Raymond.

Par exemple, Mme Raymond a vu de nombreuses unités innover dans leurs propres ateliers de première ligne, où elles travaillaient sur des drones à vue à la première personne. Ces drones sont contrôlés par un pilote qui regarde la prise de vue du drone à l’aide de lunettes. Dans ces ateliers de campagne, les militaires modifiaient les drones en réponse directe à la rétroaction de l’équipage suite à une opération, par exemple, modifier la longueur des antennes, changer les récepteurs et les piles, ainsi qu’utiliser l’intelligence artificielle pour contrer les systèmes de guerre électronique de l’ennemi. Ils ont ensuite proposé des idées, des techniques et des améliorations technologiques au sein de leur propre réseau d’innovation.

De plus, Mme Raymond a coordonné la participation de militaires ukrainiens à l’Environnement protégé des systèmes de défense contre les systèmes aéronefs sans pilote du programme IDEeS, événement de démonstration et de mise à l’essai de technologies de lutte contre les drones qui a eu lieu en mai et en juin 2024, au Centre de recherche de Suffield de RDDC, en Alberta.

Mme Raymond a découvert la valeur de l’autonomisation des Ukrainiens au moyen d’un soutien ciblé. Grâce à un don de 40 000 $ de RDDC, elle a fourni à deux organisations militaires de l’équipement de laboratoire essentiel pour eux. L’équipement – y compris des imprimantes 3D, un drone et des outils spécialisés – s’est avéré transformateur. Par exemple, le drone a facilité les recherches sur le terrain de munitions non explosées de l’ennemi, ce qui a accéléré leurs processus et rehaussé la sécurité, leur permettant ainsi de faire de l’ingénierie inverse pour développer des contre-mesures.

« À lui seul, le drone a eu une grande incidence parce que ces derniers ont été en mesure de changer la façon dont ils s’acquittaient de leurs tâches dangereuses. J’ai pu voir les utilisateurs finaux de ces dons ciblés, ainsi que la manière dont ces dons ont amélioré leur situation », souligne Mme Raymond.

De retour au sein du programme IDEeS, Mme Raymond fait fond sur les leçons qu’elle a tirées pendant son séjour en Ukraine pour transmettre ces précieuses connaissances à ses collègues de RDDC et aux membres des Forces armées canadiennes, afin qu’ils puissent comprendre l’incidence de la science et de la technologie sur les champs de bataille d’aujourd’hui et de demain, et se préparer en conséquence.

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